
Présentation de l’éditeur :
Né dans l’Empire des Habsbourg, Georg Scheuer s’éveille tôt à la politique.
Il assiste à l’écroulement de la Première République autrichienne qui se transforme bien vite en dictature. Sur le chemin de l’école buissonnière, il croise des figures célèbres comme Wilhelm Reich et Otto Bauer, mais il rencontre aussi les premières chemises brunes. Militant d’abord aux Jeunesses socialistes puis aux Jeunesses communistes, sa rupture avec le stalinisme l’amène à se tourner un temps vers Léon Trotski.
Emprisonné pour « haute trahison », il est amnistié à la veille de l’Anschluss et la porte d’acier de l’Autriche annexée par Hitler se referme brutalement derrière lui. Comme tant d’autres antifascistes réfugiés en France, il est classé « ressortissant ennemi » et interné à la fameuse tuilerie des Milles avant d’entrer dans la clandestinité pour combattre les nazis. La Libération n’est pas pour autant la fin du cauchemar.
Un premier voyage en Autriche en 1946 apporte à Georg Scheuer l’atroce certitude que presque tous les siens ont été exterminés. D’autres dangers se profilent : le NKVD soviétique sévit dans l’Autriche occupée par les Alliés. Son camarade Karl, rescapé de Buchenwald, est kidnappé et envoyé au Goulag...
« Une jeunesse extrêmement riche, tant sur le plan politique que, plus généralement, sur le plan de l’expérience humaine. En toute modestie, [il] nous transmet le sens, on pourrait dire aussi la saveur de cette expérience, dans un livre de mémoires émouvant et instructif... » (Enzo Traverso)
Un récit fort où l’Histoire - de Sarajevo à Yalta - se mêle aux passions de la vie.
L’auteur :
Décédé en 1996 à Vienne, Georg Scheuer a été correspondant à Paris de nombreux journaux étrangers et rédacteur à l’AFP. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages historiques.
Extraits :
« En été 1927, j’ai 12 ans, mon père m’envoie dans le camp de vacances réservé aux fils de fonctionnaires, à St. Wolfgang dans la région du Salzmmergut. [...] Au cours des journées caniculaires de ce mois de juillet 1927 les nouvelles bouleversantes des batailles de rue à Vienne bousculent cette idylle de caserne. [...] Des fascistes embusqués ont tiré sur des ouvriers sociaux-démocrates. Les assassins ont été arrêtés, jugés et acquittés. Le 15 juillet, des milliers d’ouvriers descendent vers le centre de Vienne pour protester contre cet acquittement scandaleux, le président de police Schober envoie la police montée, les masses ouvrières sont dispersées, on leur tire dessus, elles se rassemblent de nouveau et prennent d’assaut le Palais de justice, symbole de la justice de classe. Des paquets de dossiers volent par les fenêtres et bientôt des flammes montent vers le ciel. Le Palais de justice brûle. Des morts et des blessés sur le pavé des rues de Vienne. Les ouvriers font grève. [...]
Assis sur les mêmes bancs du lycée moderne, nous avons le même âge et la même haine du dressage et du stress qu’on nous fait subir à l’école. Pepi Hindels me guide, ou plutôt me détourne, lorsqu’il m’amène à une soirée du Groupe de randonnée socialiste, dans la Josefstädterstrasse. [...] Après quelques mots et de solides poignées de main, on m’accepte dans le groupe. Un monde nouveau s’ouvre à moi. Nous portons comme emblème le Bundschuch, la chaussure portée par les paysans insurgés du 16° siècle, symbole de leur lutte. [...] Lors des soirées au club ou assis autour d’un feu de camp Heinz nous prêche les idées de révolution culturelle, d’éducation sexuelle radicale, de révolution sociale radicale contre toute autorité impériale ou bourgeoise, de rejet de la famille comme institution reproduisant l’oppression étatique ou sexuelle. Je répète tout cela à la maison au grand effroi de mes parents. Chez beaucoup d’entre nous, ces idées tombent sur un terrain fertile et développent des fruits auxquels notre chef n’a pas songé. [...]
En 1931, plus de six cents représentants de trente-quatre partis socialistes sont réunis à Vienne ; pendant quelques semaines les menaces de crise et de guerre disparaissent sous le rayonnement d’illusions rouges. [...] Le maire Seitz rappelle 1914, lorsque l’Internationale devait justement se réunir à Vienne et en fut empêchée par les évènements de la guerre. Le président de la 2° Internationale, le ministre belge Vandervelde [1], utilise même un langage radical. Une nouvelle guerre engendrera la révolution, dit-il. [...] Le soir, je rencontre des jeunes « de tous les pays » devant l’Hôtel de ville. Nous échangeons nos insignes et nous discutons. C’est là que la propagande communiste se fait la plus intense parmi nous. « Vous les jeunes, vous connaissez trop peu l’histoire du mouvement ouvrier, mais regardez donc les divergences nationales entre vos délégués au cours de ce congrès international - ils continuent à servir les intérêts de leurs commanditaires capitalistes, comme à l’époque de la guerre mondiale. » [...]
Le chef du PC de Leningrad, Kirov, est liquidé en décembre 1934 par un coup de pistolet dans la nuque. Il paraît qu’il était trop « libéral ». L’attentat mis en scène par la Guépéou de Staline est le coup d’envoi d’une « vague d’épuration » terroriste en Union soviétique, de déportations massives et d’exécutions, qui aboutira dix-huit mois plus tard aux procès de Moscou. Les dessous véritables et les connexions de cette colossale provocation stalinienne ne percent que lentement les barrières de la censure pour pénétrer dans nos consciences. En premier lieu l’attention est braquée sur la volte-face de la politique mondiale du Kremlin. « J’approuve le réarmement de la France ». Cette déclaration de Staline éclate comme une bombe parmi nous. [...] L’approbation des crédits militaires par les sociaux-démocrates le 4 août 1914 avait été pour les communistes le signe de la faillite de la Deuxième Internationale qui justifia la scission et la création de la Troisième Internationale, fais-je remarquer. [...] Finalement nous décidons, à tout hasard, de former une « fraction de gauche » à l’intérieur des Jeunesses communistes. [...] Notre influence dans la clandestinité communiste est considérable. Hindels [2] est permanent dans des groupes syndicaux communistes, moi je dirige des groupes de lycéens et des cours de formation idéologique pour les jeunes socialistes et pour les Faucons rouges récemment passés aux Jeunesses communistes. [...]
Le Vieux nous apparaît comme le véritable héritier de Lénine, leader de la révolution mondiale, non seulement au moment de son apogée mais aussi dans les années de son déclin. Pour des communistes pensants - et nous essayons de penser - Trotsky donne des explications crédibles sur la « période de déclin » et sur la « dégénérescence bureaucratique » en Union soviétique. [...] L’inévitable révolution mondiale remettrait cependant l’Etat ouvrier « dégénéré » sur le droit chemin, et ouvrirait la voie au socialisme ; Trotsky l’explique dans des douzaines de brochures et de livres. Et quel langage, quelle musique ! Pas de « langue de bois », pas de répétitions monotones, mais des formules claires jaillies d’un esprit brillant, du vrai génie de la révolution. [... ] Au début du printemps 1936, Jan Frankel [3] se rend à Vienne en tant qu’envoyé de Trotsky. [...] Je lui demande comment il est au juste, le Vieux. Trapu et pourtant grand. Et puis il doit prendre un peu de ventre maintenant. Je tombe des nues. Un leader de la révolution ventru est totalement incompatible avec ce que j’imagine. Jan se rend compte de ma surprise et se ravise : c’est à cause de sa santé. [...] J’ai honte d’avoir basculé dans le culte idéaliste de la personnalité. Jan m’aide à voir en Lev Davidovitch uns simple mortel qui, en raison de ses capacités exceptionnelles, s’est retrouvé un moment à la pointe des évènements, et qui maintenant dans la période de réaction essaie de tenir le flambeau de l’espoir en union avec nous tous. [...]
Avec Trotsky, tout ne se passe pas non plus tout à fait comme nous l’avions imaginé. [...] Le guide de la révolution mondiale, après de longues pérégrinations, a trouvé refuge au Mexique. Là-bas, devant une commission d’enquête américaine, il a fait d’étranges déclarations sur l’attitude qu’il compte adopter lors de la deuxième guerre mondiale. Pour infirmer les calomnies de Staline, Trotsky se montre particulièrement prosoviétique. C’est une chose à laquelle nous nous attendions puisque nous-mêmes croyons encore plus ou moins à la fiction d’un prétendu Etat ouvrier. Mais l’exilé de Coyoacan va plus loin et assure vouloir, en cas de guerre, appuyer les Etats capitalistes du moment que ceux-ci sont alliés à l’Union soviétique. Dans de tels pays ce ne serait plus le défaitisme révolutionnaire recommandé jadis par Lénine qu’on devrait appliquer, mais une simple opposition politique. [...] Des protestations s’élèvent. Est-ce que la révolution mondiale doit être subordonnée et éventuellement sacrifiée au nécessité de la défense russe ou est-ce le contraire ? [...] Est-ce que la Quatrième Internationale, avant même d’avoir véritablement vu le jour, quitte le droit chemin comme celles qui l’ont précédé ? [...] Le Vieux n’aime pas que l’on pose de telles questions. Ses réponses ont des intonations différentes selon qu’il s’exprime dans des bulletins internes ou dans des déclarations publiques, devant des commissions bourgeoises. Nous sommes décontenancés et, agissant de concert avec des camarades tchécoslovaques, français, suisses et belges, nous rédigeons des résolutions conformes à un internationalisme intégral. [...]
Trotsky appelle ses disciples à une conférence qui doit se tenir en septembre 1938 à Paris. [...] A Lille, recevant une lettre d’invitation qui vient du Secrétariat international, nous croyons à la possibilité d’une manifestation historique impressionnante : alors que le fracas des armes retentit partout dans la vieille Europe, des internationalistes pourraient hisser le drapeau rouge de la fraternisation européenne. Si après cela la guerre éclatait « quand même », la manifestation de Paris resterait un phare lumineux, un peu comme les conférences internationales de Bâle et de Stuttgart avant la première guerre mondiale, comme Zimmerwald et Kienthal en 1915 et 1916. [...] Le vieux révolutionnaire Alfred Rosmer a prêté sa maison de Périgny en banlieue parisienne pour la tenue de la « Conférence de fondation » souhaitée par Trotsky. [...] La conférence internationale est déjà commencée. Après coup, nous comprenons que nous avons été invités délibérément trop tard car on connaissait déjà nos opinions oppositionnelles et on voulait éviter dans la mesure du possible que nous prenions la parole. [...] Il ne s’agit en fait que d’une réunion des amis intimes de Trotsky. Parmi eux, les américains James Cannon et Max Shachtman, les Français Marcel Hic, Yvan Craipeau, Pierre Naville, Jean Rous et David Rousset, les Belges Walter Dauge et Léon Lesoil, l’Italien Pietro Tresso alias Blasco et le Grec Raptis alias Pablo [4] [...] Mais tout d’abord une dispute éclate autour des perspectives. La situation mondiale est-elle « révolutionnaire » - comme le prétend le Secrétariat international de Trotsky - ou bien la marée réactionnaire atteint-elle de nouveaux points culminants, sommes-nous à la veille d’une nouvelle guerre mondiale, la nouvelle partition impérialiste de l’Europe n’a t-elle pas déjà commencé ? Notre évaluation de la situation nous mène à la conclusion que toutes les forces devraient être mobilisées contre la guerre menaçante, selon les paroles de Karl Liebknecht pendant la Première Guerre mondiale : « L’ennemi est dans notre propre pays ! » Nos propositions sont repoussées avec indignation. [...] Max Shachtman, chef de la délégation américaine et mandataire direct du dirigeant de la révolution mondiale, président de la conférence de fondation, fait appel à notre conscience : Camarades, soyez raisonnable. Vous ne pouvez tout de même pas prétendre en savoir plus que le Vieux. [...] Vous ne devez pas voir uniquement l’Europe centrale. En Europe occidentale nous sommes en plein élan révolutionnaire. Vous n’avez aucune idée de l’Amérique ... Et il nous met en garde : Réfléchissez si vous voulez continuer à être considérés comme membres de l’Internationale. Après avoir brièvement réfléchi, Kegel [5] répond en notre nom. [...] Malgré vos résolutions optimistes, auxquelles d’ailleurs vous ne croyez certainement pas vous-mêmes, nous sommes de l’avis que la deuxième partition impérialiste du monde a bel et bien commencé avec l’ « Anschluss » de l’Autriche, et qu’elle continuera. La guerre d’Espagne elle-même, perdue pour les ouvriers, fait déjà partie de cette nouvelle guerre mondiale. Cela, il faut le dire. Il est de notre devoir de dire la vérité. [...] Vous êtes des ultragauches ! Crie tout-à-coup Shachtman et ainsi coupe court à toute nouvelle prise de parole car ce mot, lancé à la réunion comme une révélation, est synonyme d’anathème. Une fois de plus, nous voilà démasqués comme « hérétiques ». [...]
Montauban, 630 kilomètres au sud de Paris, traversée par le Tarn, 50 000 habitants qu’on appelle les Montalbanais, une cathédrale du 17° siècle, un musée Ingres. Pourra t-on se camoufler ici ? [...] Nous savons que nous sommes des « morts en sursis ». Seule la réflexion que c’est le moment ou jamais de maintenir la cohésion de notre groupe pour préparer la nouvelle Internationale permet à Max de surmonter sa « crise de conscience ». [...] Nous trouvons une vieille machine à écrire, et au printemps 1941, nous commençons à taper le premier bulletin depuis le début de la guerre. En plusieurs exemplaires, pour servir de base de discussion dans les nombreux cercles et groupes de travail qui sont en train de se créer parmi les émigrés de Montauban. [...] Dans la cuisine campagnarde, tante Resi prépare des soupes aux légumes et des boulettes. Pour notre communauté Edith va chercher au village le pain et les matières grasses sévèrement rationnés avec les tickets d’alimentation. [...]
Les contrôles d’identité se font plus sévères. Depuis sa démobilisation de la Légion étrangères, Fred travaille comme maçon à la mairie de Saint-Julien, un petit village méridional. Le soir, après les heures d’ouverture, le bureau est rarement fermé à clé. En cambriolant, pense-t-il, on pourrait utiliser le tampon officiel pour divers papier, et procurer ainsi des documents authentifiés à plusieurs camarades. Nous discutons la proposition de Fred lors d’une séance exceptionnelle. [...] Kegel, Max et Lotte [6] sont tout feu, tout flamme, moi je fais des objections. [...] Mais je suis mis en minorité et l’action réussit. Le tampon de la municipalité n’est pas seulement utilisé sur place mais tout simplement emporté ainsi qu’un tas de certificats de naissance et de baptême, des livrets de famille et des certificats de mariage, le tout d’une blancheur vierge, attendant simplement d’être remplis de noms et de dates correspondants. Il s’agit de procéder prudemment avec le butin. Tout d’abord il faut en camoufler la provenance. Par quelques retouches, la commune du Sud de la France devient un village situé dans le Nord lointain, devenu quasiment inaccessible - en plus de la « zone occupée, il y a là aussi une « zone interdite » -, ce qui peut également expliquer le léger accent de nos camarades lors des contrôles d’identité dans le Midi. [...]
Nous, juge d’instruction près du Tribunal militaire de Toulouse ... - c’est l’introduction de l’acte d’accusation rédigé en septembre 1942 par Monsieur Schrecker, juge militaire français au nom allemand, contre trois femmes, l’ « ex-Autrichienne Mélanie Berger » (Anna), « Jeanne Katzenstein de nationalité apatride, déchue de la nationalité allemande » et la Française Hélène Hartmann pour « activité communiste et anarchiste ». Elles auraient en 1941 et en 1942 :
[...] Dans une intention communiste ou anarchiste, détenu en vue de la distribution, de la vente ou de l’exposition, dans un but de propagande, des tracts, bulletins ou papillons d’origine étrangère, de nature à nuire à l’intérêt national.
On ne dit pas de quel intérêt national il s’agit. Anna aurait de surcroît :
[...] propagé les mots d’ordre de la Troisième Internationale communiste [...], notamment en remplissant les fonctions de secrétaire d’une organisation communiste et anarchiste, en recevant chez elle des dirigeants, en constituant la documentation, rédigeant et tapant les tracts à la machine.
[...] Anna est condamnée à 15 ans de prison, Jeanne à 3 ans, Hélène s’en tire avec 15 mois. Toutes les trois sont transférées à la prison des femmes des Baumettes, à Marseille, et se trouvent donc réunies dans la même cellule pour un temps indéterminé. [...] Nous réfléchissons aux moyens de les sauver. [...] L’espoir grandit encore plus en juillet 1943 avec la chute de Mussolini. L’Axe est brisé. Je travaille fiévreusement jour et nuits à de nouveaux tracts, destinés aux ouvriers français et aux soldats allemands. [...]
Nous voulons donc nous présenter en tant que Gestapo, demander tout d’abord à voir Anna et puis, après un bref simulacre d’interrogatoire, décider brusquement de l’amener à la Kommandantur pour une « confrontation », tout cela avec une brutalité « teutonne » appuyée et en quelques minutes sans laisser le temps à l’administration pénitentiaire de vouloir en savoir plus. [...] Finalement, j’ai l’idée de découper simplement une petite croix gammée dans un épais papier de réclame doré. Lotte la fixe à son corsage et se met en route tôt le matin. A la porte d’entrée et à l’accueil de la prison des Baumettes, l’effet dépasse ce que nous attendions : la panique. Les fonctionnaires français compétents expliquent avec empressement et soumission que la détenue ne peut pas être présentée actuellement, car elle a été transférée la veille à l’hôpital pour une jaunisse aiguë ... Nous n’avons donc que quelques heures pour nous adapter à la situation nouvelle. [...] Nous prenons un taxi sur la Canebière, à cinq : Lotte avec sa broche en forme de croix gammée, les Viennois Max et Ignaz tous les deux habillés au mieux et portant des porte-documents noirs, un soldat allemand prêt à déserter que nous avons persuadé à participer, en uniforme, et moi avec ma canne et mon béret. Exprès, nous ne parlons qu’allemand, à voix haute et d’un ton arrogant et saccadé, en houspillant le chauffeur lorsqu’il roule trop lentement - direction l’hôpital ! [...] Au fond, devant une porte, se trouvent trois flics français en uniforme normal, à moitié endormis, des bouteilles de rouge à moitié vides posées à côté d’eux. [...] Les policiers somnolents sursautent littéralement, bousculés et pris au dépourvu ; Max et Ignaz demandent dans un allemand énergique la présentation immédiate de la personne cherchée pour un « interrogatoire », Lotte « traduit » en mauvais français d’un ton non moins aigu, notre soldat se tient au garde-à-vous et joue avec son pistolet de service. Une mêlée humaine bizarre déboule dans les escaliers : Anna entourée de trois hommes et d’une femme, derrière eux des policiers qui protestent et le personnel de l’hôpital horrifié et indigné. [...]
La guerre est finie. [...] Les autres préparent encore à Paris leur retour. Pas tous. Ignaz Duhl a disparu à Marseille. [...] Edith a été arrêtée à Valence « en flagrant délit », alors qu’elle discutait avec un soldat de la Wehrmacht sur les bords du Rhône et qu’elle lui remettait un tract. [...] Pas la moindre trace de Kegel. [...] Et voilà la preuve que même ici on n’est pas à l’abri des bras longs du NKVD ..."
(voir pages 28, 30-31, 38-39, 79-81, 95-97, 160-161, 167-171, 219-223, 235-236, 243-254, 262-263 ... ainsi que les photos de tracts de « Fraternisation prolétarienne » pages 148-150)
Éditions Syllepse, parution : mars 2002
ISBN : 2-913165-62-1
288 pages / 13cm x 21cm / 20 euros
Sur le site :
— Notre sommaire des numéros du journal « L’Étincelle » ;
Bibliographie complémentaire :
— Courant Communiste International, La Gauche communiste d’Italie 1991 [voir le chapitre 8 « À l’épreuve de la guerre »] ;
— CERMTRI [voir cahiers numéros 10 et 11 pour une bibliographie sur les RKD entre 1936 et 1945] ;
— LANNERET Pierre, Les internationaliste du "troisième camp" en France pendant la Seconde Guerre mondiale, Acratie 1995 [voir "les anarchistes" pages 54-59 ; sur les Communistes révolutionnaires allemands et français - RKD -, voir pages 68-71] ...
[1] VANDERVELDE Emile (1866-1938) : socialiste belge, plusieurs fois ministre.
[2] HINDELS Josef (1916-1990), employé de commerce, membre des RKD puis au PS.
[3] FRANKEL Jan (1906- ?), dissident du PC thèque, secrétaire de Trotsky à Prinkipo, mort sans doute aux USA.
[4] CANNON James (1885-1973), militant très jeune dans les IWW, il est élu au CC du PC américain unifié en 1920. Convaincu par les textes de Trotsky qu’il découvre au VI° congrès de l’IC, il finira par fonder le Socialist Workers Party. - SHACHTMAN Max (1903-1972), né en Pologne, émigré très jeune, il devient le secrétaire général des JC aux Etats-Unis, puis il est adjoint de Cannon à l’International Labor Defence. Passé dans l’Opposition de gauche, il retourne à la social-démocratie après 1940. - HIC Marcel (1915-1944), trotskiste français mort en déportation. - CRAIPEAU Yvan (1911-2001), militant trotskiste dont on peut lire les opus suivants : Contre vents et marées. Les révolutionnaires pendant la Deuxième Guerre mondiale, Savelli 1977 et La Libération confisquée, Savelli-Syros 1978. - NAVILLE Pierre (1904-1993), surréaliste et trotskiste français. - ROUS Jean (1908-1985), avocat et dirigeant trotskiste français. - ROUSSET David (1912-1997) . - DAUGE Walter (1907-1944), trotskiste belge qui se compromet quelque peu pour survivre lors de l’Occupation. Il est abattu par des hommes se réclamant de la Résistance. - LESOIL Léon (1892-1942), trotskiste belge mort en déportation. - TRESSO Pietro (1893-1943), membre du PSI puis du PCI, fraction Bordiga, il rejoint Gramsci et dirige le parti clandestin. Exclu en 1930, il rejoint l’opposition trotskiste. Arrêté à Marseille, il est libéré par des FTP puis liquidé par les staliniens français. - RAPTIS Mikhalis, dit Pablo (1911-1996), né à Alexandrie (Égypte), il étudie à Athènes à l’École polytechnique. Adhèrant en 1928 à un groupe communiste dissident et semi-clandestin, expulsé de Grèce, il s’installe à Paris où il participe en 1938 au congrès de fondation de la IVe Internationale en tant que délégué de la section grecque. Pendant la guerre il fait profiter les groupes trotskistes français de son expérience de la clandestinité. Il participe notamment à la publication de la presse, y compris le journal Arbeiter und Soldat adressé aux soldats allemands. Au sortir de la Deuxième Guerre mondiale, Pablo est l’un des principaux dirigeants de la IV° Internationale, avec le Belge Ernest Mandel et le Français Pierre Frank. Ses qualités de théoricien et d’organisateur lui permettront de porter à bout de bras l’aide au FLN de la IVe Internationale !
[5] FISCHER Karl, dit Kegel (1918-1963), représentant de commerce, membre des RKD.
[6] ISRAEL Lotte (1920-1980), membre des RKD.