
Présentation de l’éditeur :
Nous avons changé d’époque : l’éventualité d’un bouleversement global du climat s’impose désormais. Pollution, empoisonnement par les pesticides, épuisement des ressources, baisse des nappes phréatiques, inégalités sociales croissantes ne sont plus des problèmes pouvant être traités de manière isolée. Le réchauffement climatique a des effets en cascade sur les êtres vivants, les océans, l’atmosphère, les sols. Il ne s’agit pas d’un « mauvais moment à passer » avant que tout redevienne « normal ».
Nos dirigeants sont totalement incapables de prendre acte de la situation. Guerre économique oblige, notre mode de croissance actuel, irresponsable, voire criminel, doit être maintenu coûte que coûte. Ce n’est pas pour rien que la catastrophe de La Nouvelle-Orléans a frappé les esprits : la réponse qui lui est apportée - l’abandon des pauvres tandis que les riches se mettaient à l’abri - apparaît comme un symbole de la barbarie qui vient, celle d’une Nouvelle-Orléans à l’échelle planétaire.
Mais dénoncer n’est pas suffisant. Il s’agit d’apprendre, et cela à toute échelle, à briser le sentiment d’impuissance qui nous menace, à expérimenter la capacité de résister aux expropriations et aux destructions du capitalisme. Ce sont les chemins de cette alternative qu’explore Isabelle Stengers dans cet essai novateur.
L’auteur :
Isabelle Stengers, philosophe, enseigne à l’université libre de Bruxelles. Elle est l’auteure de nombreux livres sur l’histoire et la philosophie des sciences, dont, à La Découverte, L’invention des sciences modernes (1993) et, avec Philippe Pignarre, La Sorcellerie capitaliste (2005-2007).
Extrait :
On l’aura compris, se fier au capitalisme qui se présente aujourd’hui comme le « meilleur ami de la Terre », comme « vert », soucieux de préservation et de durabilité, ce serait commettre la même erreur que la grenouille de la fable, qui accepta de transporter un scorpion sur son dos pour lui faire traverser une rivière. S’il la piquait, ne se noieraient-ils pas tous les deux ? Il la piqua pourtant, en plein milieu de la rivière. En son dernier souffle, la grenouille murmura : « Pourquoi ? » À quoi le scorpion, juste avant de couler, répondit : « C’est dans ma nature, je n’ai pas pu faire autrement. » C’est dans la nature du capitalisme que d’exploiter les opportunités, il ne peut faire autrement.
La logique de fonctionnement capitaliste ne peut faire autrement que d’identifier l’intrusion de Gaïa avec l’apparition d’un nouveau champ d’opportunités. Pas question, dès lors, de toucher aux lois d’airain du « libre-échange ». Bienvenue, en revanche, aux quotas de dioxyde de carbone, qui permettent d’ores et déjà de très fructueuses opérations financières. Corrélativement, l’événement OGM traduit bien ce qu’il faut, du point de vue de cette logique, éviter, ce que nos responsables ont charge d’éviter et ce qui devra l’être plus encore lorsque les effets de l’intrusion de Gaïa se feront catastrophiques : la production de capacités collectives de se mêler des questions qui concernent l’avenir commun. Et de se mêler d’abord de la manière dont ces questions sont formulées, car discuter des solutions, c’est donner à d’autres le pouvoir de formuler le problème à résoudre.
pp. 65-66
Les Empêcheurs de Penser en Rond / La Découverte, parution le 08/01/2009
ISBN : 978-2-7071-5683-9
204 pages / 12,5cm x 19cm / 13 euros