AccueilBibliothèqueCollection de textes
Dernière mise à jour :
samedi 25 mars 2017
   
Brèves
Mardi 21 mai - La Revue Z à Terra Nova
lundi 20 mai
Mardi 21 mai 2013 à 19h, rencontre à la Librairie Terra Nova de Toulouse avec l’équipe de la revue Z à l’occasion de la parution du dernier numéro Thessalonique & Grèce, aux éditions Agone. Après une enquête collective au nord de la Grèce, la revue Z viendra présenter son dernier numéro : Thessalonique dans la dépression européenne. Bricolages quotidiens et résistances insolvables.
Groupe de Liaison pour l’Action des Travailleurs
lundi 6 février
Le sommaire des articles de la revue Lutte de classe, publiée par le GLAT, a été largement augmenté, notamment sur la période 1971-1975. Pour tous les numéros listé, une version PDF est maintenant accessible en ligne. Bonnes lectures !
Mise à jour du catalogue du fonds documentaire
jeudi 1er septembre
Une nouvelle version mise à jour du Catalogue du Fonds Documentaire Smolny, très largement étendue (une vingtaine d’entrées supplémentaires) est en ligne ce jeudi 1er septembre 2011. Merci aux contributeurs. D’autres titres à suivre...
Ouverture des archives numériques du CERMTRI
lundi 15 août
Le CERMTRI a décidé de créer une bibliothèque numérique avec l’objectif de numériser le maximum de ses archives et de ses collections. Pour démarrer : La revue « Bulletin Communiste » (1920-1933) ; le journal « La Vérité » (1957-1958) ; la revue des « Cahiers du mouvement ouvrier » (2002-2011). Soit déjà 428 documents ce qui représente 6395 pages. Bravo pour cette excellente initiative !
Sur le Web
[infokiosques.net]
Nous nous auto-organisons et nous montons un infokiosque, une sorte de librairie alternative, indépendante. Nous discutons des publications, brochures, zines et autres textes épars qui nous semblent intéressants ou carrément nécessaires de diffuser autour de nous. Nous les rassemblons dans cet infokiosque, constituons ainsi nos ressources d’informations, et les ouvrons au maximum de gens. Nous ne sommes pas les troupes d’un parti politique, ni les citoyen-ne-s réformateurices de nos pseudo-démocraties, nous sommes des individus solidaires, qui construisons des réseaux autonomes, qui mettons nos forces et nos finesses en commun pour changer la vie et le monde.
Premiers pas sur une corde raide Montreuil (93) : concert de soutien au Rémouleur, samedi 11 octobre 2014 qcq Tout mais pas l'indifférence Crise, totalitarisme, luttes sociales et de classe en Grèce Bruxelles : programme de septembre 2014 au local Acrata
Bibliolib
Catalogue de textes d’origine libertaire ou anarchiste, sans habillage particulier (pas de commentaire, d’édition critique, de note). Les textes bruts donc avec une liste d’auteurs qui commence à être significative. Un bon point d’entrée donc pour ceux qui savent à l’avance ce qu’ils cherchent. Attention : ce site s’est fait subtilisé sa précédente adresse par un site pornographique. Notre propre lien a donc été incorrect quelque temps. Nous en sommes désolé.
Pelloutier.net
Sur l’histoire du syndicalisme révolutionnaire et de l’anarcho-syndicalisme, avec des études, documents et synthèses intéressantes sur Pelloutier, Monatte, La Vie Ouvrière (1909-1914) et sur les mouvements syndicalistes en France, Europe, USA...
Balance
Cahiers d’histoire du mouvement ouvrier international et de la Guerre d’Espagne. Nombreux articles en espagnol. Textes de Bordiga, entre autres.
Classiques des sciences sociales
Une bibliothèque numérique entièrement réalisée par des bénévoles, fondée et dirigée par Jean-Marie Tremblay, sociologue. Comprend de très nombreuses oeuvres du domaine public. La section des "auteurs classiques", en particulier, est une véritable mine, où l’on trouve Bebel, Bordiga, Boukharine, Engels, Fourier, Gramsci, Kautsky, Labriola, Lafargue, Lukacs, Luxemburg, Marx, Trotsky et bien d’autres.
PÉRET Benjamin (1945) : Le déshonneur des poètes
Mexico - Février 1945
19 avril 2011 par eric

Si l’on recherche la signification originelle de la poésie, aujourd’hui dissimulée sous les mille oripeaux de la société, on constate qu’elle est le véritable souffle de l’homme, la source de toute connaissance et cette connaissance elle-même sous son aspect le plus immaculé. En elle se condense toute la vie spirituelle de l’humanité depuis qu’elle a commencé de prendre conscience de sa nature ; en elle palpitent maintenant ses plus hautes créations et, terre à jamais féconde, elle garde perpétuellement en réserve les cristaux incolores et les moissons de demain. Divinité tutélaire aux mille visages, on l’appelle ici amour, là liberté, ailleurs science. Elle demeure omnipotente, bouillonne dans le récit mythique de l’Esquimau, éclate dans la lettre d’amour, mitraille le peloton d’exécution qui fusille l’ouvrier exhalant un dernier soupir de révolution sociale, donc de liberté, étincelle dans la découverte du savant, défaille, exsangue, jusque dans les plus stupides productions se réclamant d’elle et son souvenir, éloge qui voudrait être funèbre, perce encore dans les paroles momifiées du prêtre, son assassin, qu’écoute le fidèle la cherchant, aveugle et sourd, dans le tombeau du dogme où elle n’est plus que fallacieuse poussière.

Ses innombrables détracteurs, vrais et faux prêtres, plus hypocrites que les sacerdoces de toutes les églises, faux témoins de tous les temps, l’accusent d’être un moyen d’évasion, de fuite devant la réalité, comme si elle n’était pas la réalité elle-même, son essence et son exaltation. Mais, incapables de concevoir la réalité dans son ensemble et ses complexes relations, ils ne la veulent voir que sous son aspect le plus immédiat et le plus sordide. Ils n’aperçoivent que l’adultère sans jamais éprouver l’amour, l’avion de bombardement sans se souvenir d’Icare, le roman d’aventures sans comprendre l’aspiration poétique permanente, élémentaire et profonde qu’il a la vaine ambition de satisfaire. Ils méprisent le rêve au profit de leur réalité comme si le rêve n’était pas un de ses aspects et le plus bouleversant, exaltent l’action aux dépens de la méditation comme si la première sans la seconde n’était pas un sport aussi insignifiant que tout sport. Jadis, ils opposaient l’esprit à la matière, leur dieu à l’homme ; aujourd’hui ils défendent la matière contre l’esprit. En fait, c’est à l’intuition qu’ils en ont au profit de la raison sans se souvenir d’où jaillit cette raison.

Les ennemis de la poésie ont eu de tout temps l’obsession de la soumettre à leurs fins immédiates, de l’écraser sous leur dieu ou, maintenant, de l’enchaîner au ban de la nouvelle divinité brune ou « rouge » - rouge-brun de sang séché - plus sanglante encore que l’ancienne. Pour eux, la vie et la culture se résument en utile et inutile, étant sous-entendu que l’utile prend la forme d’une pioche maniée à leur bénéfice. Pour eux, la poésie n’est que le luxe du riche, aristocrate ou banquier, et si elle veut se rendre « utile » à la masse, elle doit se résigner au sort des arts « appliqués », « décoratifs », « ménagers », etc.

D’instinct, ils sentent cependant qu’elle est le point d’appui réclamé par Archimède, et craignent que, soulevé, le monde ne leur retombe sur la tête. De là, l’ambition de l’avilir, de lui retirer tout efficacité, toute valeur d’exaltation pour lui donner le rôle hypocritement consolant d’une sœur de charité.

Mais le poète n’a pas à entretenir chez autrui une illusoire espérance humaine ou céleste, ni à désarmer les esprits en leur insufflant une confiance sans limite en un père ou un chef contre qui toute critique devient sacrilège. Tout au contraire, c’est à lui de prononcer les paroles toujours sacrilèges et les blasphèmes permanents. Le poète doit d’abord prendre conscience de sa nature et de sa place dans le monde. Inventeur pour qui la découverte n’est que le moyen d’atteindre une nouvelle découverte, il doit combattre sans relâche les dieux paralysants acharnés à maintenir l’homme dans sa servitude à l’égard des puissances sociales et de la divinité qui se complètent mutuellement. Il sera donc révolutionnaire, mais non de ceux qui s’opposent au tyran d’aujourd’hui, néfaste à leurs yeux parce qu’il dessert leurs intérêts, pour vanter l’excellence de l’oppresseur de demain dont ils se sont déjà constitués les serviteurs. Non, le poète lutte contre toute oppression : celle de l’homme par l’homme d’abord et l’oppression de sa pensée par les dogmes religieux, philosophiques ou sociaux. Il combat pour que l’homme atteigne une connaissance à jamais perfectible de lui-même et de l’univers. Il ne s’ensuit pas qu’il désire mettre la poésie au service d’une action politique, même révolutionnaire. Mais sa qualité de poète en fait un révolutionnaire qui doit combattre sur tous les terrains : celui de la poésie par les moyens propres à celle-ci et sur le terrain de l’action sociale sans jamais confondre les deux champs d’action sous peine de rétablir la confusion qu’il s’agit de dissiper et, par suite, de cesser d’être poète, c’est-à-dire révolutionnaire.

Les guerres comme celle que nous subissons ne sont possibles qu’à la faveur d’une conjonction de toutes les forces de régression et signifient, entre autre choses, un arrêt de l’essor culturel mis en échec par ces forces de régression que la culture menaçait. Ceci est trop évident pour qu’il soit nécessaire d’insister. De cette défaite momentanée de la culture découle fatalement un triomphe de l’esprit de réaction, et, d’abord, de l’obscurantisme religieux, couronnement nécessaire de toutes les réactions. Il faudrait remonter très loin dans l’histoire pour trouver une époque où Dieu, le Tout-Puissant, la Providence, etc., ont été aussi fréquemment invoqués par les chefs d’État ou à leur bénéfice. Churchill ne prononce presque aucun discours sans s’assurer de sa protection, Roosevelt en fait autant, de Gaulle se place sous l’égide de la croix de Lorraine, Hitler invoque chaque jour la Providence et les métropolites de toute espèce remercient, matin et soir, le Seigneur du bienfait stalinien. Loin d’être de leur part une manifestation insolite, leur attitude consacre un mouvement général de régression en même temps qu’elle montre leur panique. Pendant la guerre précédente, les curés de France déclaraient solennellement que Dieu n’était pas allemand, cependant que, de l’autre côté du Rhin, leurs congénères réclamaient pour lui la nationalité germanique et jamais les églises de France, par exemple, n’ont connu autant de fidèles que depuis le début des présentes hostilités.

D’où vient cette renaissance du fidéisme ? D’abord du désespoir engendré par la guerre et de la misère générale : l’homme ne voit plus aucune issue sur la terre à son horrible situation ou ne la voit pas encore et cherche dans un ciel fabuleux une consolation de ses maux matériels que la guerre a aggravés dans des proportions inouïes. Cependant, à l’époque instable appelée paix, les conditions matérielles de l’humanité, qui avaient suscité la consolante illusion religieuse, subsistaient bien qu’atténuées et réclamaient impérieusement une satisfaction. La société présidait à la lente dissolution du mythe religieux sans rien pouvoir lui substituer hormis des saccharines civiques : patrie ou chef.

Les uns, devant ces ersatz, à la faveur de la guerre et des conditions de son développement, restent désemparés, sans autre ressource qu’un retour à la foi religieuse pure et simple. Les autres, les estimant insuffisants ou désuets, ont cherché soit à leur substituer de nouveaux produits mythiques, soit à régénérer les anciens mythes. D’où l’apothéose générale dans le monde, d’une part du christianisme, de la patrie et du chef d’autre part. Mais la patrie et le chef comme la religion, dont ils sont à la fois frères et rivaux, n’ont plus de nos jours de moyens de régner sur les esprits que par la contrainte. Leur triomphe présent, fruit d’un réflexe d’autruche, loin de signifier leur éclatante renaissance, présage leur fin imminente.

Cette résurrection de Dieu, de la patrie et du chef a été aussi le résultat de l’extrême confusion des esprits engendrée par la guerre et entretenue par ses bénéficiaires. Par suite, la fermentation intellectuelle engendrée par cette situation, dans la mesure où l’on s’abandonne au courant, reste entièrement régressive, affectée d’un coefficient négatif. Ses produits demeurent réactionnaires, qu’ils soient « poésie » de propagande fasciste ou anti-fasciste ou exaltation religieuse. Aphrodisiaques de vieillard, ils ne rendent une vigueur fugitive à la société que pour mieux la foudroyer. Ces « poètes » ne participent en rien à la pensée créatrice des révolutionnaires de l’An II ou de la Russie de 1917, par exemple, ni de celle de mystiques ou hérétiques du Moyen Age, puisqu’ils sont destinés à provoquer une exaltation factice dans la masse, tandis que ces révolutionnaires et mystiques étaient le produit d’une exaltation collective réelle et profonde que traduisaient leurs paroles. Ils exprimaient donc la pensée et l’espoir de tout un peuple imbu du même mythe ou animé du même élan, tandis que la « poésie » de propagande tend à rendre un peu de vie à un mythe agonisant. Cantiques civiques, ils ont la même vertu soporifique que leurs patrons religieux dont ils héritent directement la fonction conservatrice, car si la poésie mythique puis mystique crée la divinité, le cantique exploite cette même divinité. De même, le révolutionnaire de l’An II ou de 1917 créait la société nouvelle tandis que le patriote et le stalinien d’aujourd’hui en profitent.

Confronter les révolutionnaires de l’An II et de 1917 avec les mystiques du Moyen Age n’équivaut nullement à les situer sur le même plan, mais, en essayant de faire descendre sur terre le paradis illusoire de la religion, les premiers ne sont pas sans faire montre de processus psychologiques similaires à ceux qu’on découvre chez les seconds. Encore faut-il distinguer entre les mystiques qui tendent malgré eux à la consolidation du mythe et préparent involontairement les conditions qui amèneront sa réduction au dogme religieux et les hérétiques dont le rôle intellectuel et social est toujours révolutionnaire puisqu’il remet en question les principes sur lesquels s’appuie le mythe pour se momifier dans le dogme. En effet, si le mystique orthodoxe (mais peut-on parler de mystique orthodoxe ?) traduit un certain conformisme relatif, l’hérétique en échange exprime une opposition à la société où il vit. Seuls les prêtres sont donc à considérer du même œil que les tenants actuels de la patrie et du chef, car ils ont la même fonction parasitaire au regard du mythe.

Je ne veux pour exemple de ce qui précède qu’une petite brochure parue récemment à Rio de Janeiro : L’Honneur des poètes, qui comporte un choix de poèmes publiés clandestinement à Paris pendant l’occupation nazie. Pas un de ces « poèmes » ne dépasse le niveau lyrique de la publicité pharmaceutique et ce n’est pas un hasard si leurs auteurs ont cru devoir, en leur immense majorité, revenir à la rime et à l’alexandrin classiques. La forme et le contenu gardent nécessairement entre eux un rapport des plus étroits et, dans ces « vers », réagissent l’un sur l’autre dans une course éperdue à la pire réaction. Il est en effet significatif que la plupart de ces textes associent étroitement le christianisme et le nationalisme comme s’ils voulaient démontrer que dogme religieux et dogme nationaliste ont une commune origine et une fonction sociale identique. Le titre même de la brochure, L’Honneur des poètes, considéré en regard de son contenu, prend un sens étranger à toute poésie. En définitive, l’honneur de ces « poètes » consiste à cesser d’être des poètes pour devenir des agents de publicité.

Chez Loÿs Masson l’alliage religion-nationalisme comporte une proportion plus grande de fidéisme que de patriotisme. En fait, il se limite à broder sur le catéchisme :

Christ, donne à ma prière de puiser force
aux racines profondes
Donne-moi de mériter cette lumière
de ma femme à mes côtés
Que j’aille sans faiblir vers ce peuple
des geôles
Qu’elle baigne comme Marie de ses
cheveux.
Je sais que derrière les collines ton pas
large avance.

J’entends Joseph d’Arimathie froisser
les blés pâmés sur le Tombeau
et la vigne chanter entre les bras rompus
du larron en croix.
Je te vois : Comme il a touché le saule
et la pervenche
le printemps se pose sur les épines de la
couronne.
Elles flambent :
Brandons de délivrance, brandons
voyageurs
ah ! qu’ils passent à travers nous et qu’ils
nous consument
si c’est sur le chemin vers les prisons.

Le dosage est plus égal chez Pierre Emmanuel :

O France robe sans couture de la foi
souillée par les pieds transfuges et les
crachats
O robe de suave haleine que déchire
la voix tendre férocement des insulteurs
O robe du plus pur lin de l’espérance
Tu es toujours l’unique vêtement de ceux
qui connaissent le prix d’être nus devant
Dieu...

Habitué aux amens et à l’encensoir stalinien, Aragon ne réussit cependant pas aussi bien que les précédents à allier Dieu et la patrie. Il ne retrouve le premier, si j’ose dire, que par la tangente et n’obtient qu’un texte à faire pâlir d’envie l’auteur de la rengaine radiophonique française : « Un meuble signé Lévitan est garanti pour longtemps. »

Il est un temps pour la souffrance
Quand Jeanne vint à Vaucouleurs
Ah ! Coupez en morceaux la France
Le jour avait cette pâleur
Je reste roi de mes douleurs.

Mais c’est à Paul Éluard qui, de tous les auteurs de cette brochure, seul fut poète, qu’on doit la litanie civique la plus achevée :

Sur mon chien gourmand et tendre
Sur ses oreilles dressées
Sur sa patte maladroite

J’écris ton nom
Sur le tremplin de ma porte
Sur les objets familiers
Sur le flot du feu béni
J’écris ton nom...

Il y a lieu de remarquer incidemment ici que la forme litanique affleure dans la majorité de ces « poèmes », sans doute à cause de l’idée de poésie et de lamentation qu’elle implique et du goût pervers du malheur que la litanie chrétienne tend à exalter en vue de mériter les félicités célestes. Même Aragon et Éluard, jadis athées, se croient tenus, l’un, d’évoquer dans ses productions les « saints et les prophètes », le « tombeau de Lazare » et l’autre de recourir à la litanie, sans doute pour obéir au fameux mot d’ordre « les curés avec nous ».

En réalité, tous les auteurs de cette brochure partent sans l’avouer ni se l’avouer d’une erreur de Guillaume Apollinaire et l’aggravent encore. Apollinaire avait voulu considérer la guerre comme un sujet poétique. Mais si la guerre, en tant que combat et dégagée de tout esprit nationaliste, peut à la rigueur demeurer un sujet poétique, il n’en est pas de même d’un mot d’ordre nationaliste, la nation en question fût-elle, comme la France, sauvagement opprimée par les nazis. L’expulsion de l’oppresseur et la propagande en ce sens sont du ressort de l’action politique, sociale ou militaire, selon qu’on envisage cette expulsion d’une manière ou d’une autre. En tout cas, la poésie n’a pas à intervenir dans le débat autrement que par son action propre, par sa signification culturelle même, quitte aux poètes à participer en tant que révolutionnaires à la déroute de l’adversaire nazi par des méthodes révolutionnaires, sans jamais oublier que cette oppression correspondait au vœu, avoué ou non, de tous les ennemis - nationaux d’abord, étrangers ensuite - de la poésie comprise comme libération totale de l’esprit humain car, pour paraphraser Marx, la poésie n’a pas de patrie puisqu’elle est de tous les temps et de tous les lieux.

Il y aurait encore beaucoup à dire de la liberté si souvent évoquée dans ces pages. D’abord, de quelle liberté s’agit-il ? De la liberté pour un petit nombre de pressurer l’ensemble de la population ou de la liberté pour cette population de mettre à la raison ce petit nombre de privilégiés ? De la liberté pour les croyants d’imposer leur dieu et leur morale à la société tout entière ou de la liberté pour cette société de rejeter Dieu, sa philosophie et sa morale ? La liberté est comme « un appel d’air », disait André Breton, et, pour remplir son rôle, cet appel d’air doit d’abord emporter tous les miasmes du passé qui infestent cette brochure. Tant que les fantômes malveillants de la religion et de la patrie heurteront l’aire sociale et intellectuelle sous quelque déguisement qu’ils empruntent, aucune liberté ne sera concevable : leur expulsion préalable est une des conditions capitales de l’avènement de la liberté. Tout « poème » qui exalte une « liberté » volontairement indéfinie, quand elle n’est pas décorée d’attributs religieux ou nationalistes, cesse d’abord d’être un poème et, par suite, constitue un obstacle à la libération totale de l’homme, car il le trompe en lui montrant une « liberté » qui dissimule de nouvelles chaînes. Par contre, de tout poème authentique s’échappe un souffle de liberté entière et agissante, même si cette liberté n’est pas évoquée sous son aspect politique ou social, et, par là, contribue à la libération effective de l’homme.

Mexico, février 1945


Source :

— PÉRET Benjamin, Le déshonneur des poètes précédé de La parole est à Péret, collection « Liberté », introducton de Jean Schuster, Paris, Éditions Jean-Jacques Pauvert, 1965 ;

— Transcription : marxists.org ; Mise en page : Smolny, 2011.


Sur la toile :

— Association des Amis de Benjamin Péret ;

Autres articles de cette rubrique
  1. ANONYME : Protestation devant les libertaires du présent et du futur sur les capitulations de 1937
  2. APPEL Jan (1966) : Autobiographie
  3. APPEL Jan (1966) : Autobiography [english version]
  4. BENBOW William (1832) : Grand National Holiday, and Congress of the Productive Classes
  5. BORDIGA Amadeo (1922) : Le principe démocratique
  6. BORDIGA Amadeo (1922) : Thèses de Rome
  7. BORDIGA Amadeo (1951) : Crue et rupture de la civilisation bourgeoise
  8. BORDIGA Amadeo (1951) : Filling and bursting of bourgeois civilisation

  9. BORDIGA Amadeo (1951) : Piena e rotta della civiltà borghese
  10. BOUKHARINE Nicolas (1917) : La guerre et le socialisme révolutionnaire
  11. BOUKHARINE Nicolas (1937) : À la future génération des dirigeants du Parti
  12. BRENDEL Cajo (1953) : L’insurrection ouvrière en Allemagne de l’Est - juin 1953
  13. BRENDEL Cajo (1999) : « Garde-toi de tout mythe ! »
  14. BRETON André & COLLECTIF (1934) : Planète sans visa
  15. BRETON André (1936) : La vérité sur le procès de Moscou
  16. BRETON André (1956) : Hongrie, Soleil levant
  17. CAMUS Albert (1953) : Moscou sous Lénine
  18. CHIRIK Marc (1976) : Présentation de textes de « Bilan »
  19. COLLECTIF (1973) : Garde-fous arrêtez de vous serrer les coudes — Documents
  20. CONTRE-ATTAQUE (1935) : Union de lutte des intellectuels révolutionnaires
  21. DARWIN Charles & WALLACE Alfred (1858) : On the Tendency of Species to form Varieties ; and on the Perpetuation of Varieties and Species by Natural Means of Selection
  22. EISNER Kurt (1918) : An die Bevölkerung Münchens !
  23. ENGELS Friedrich (1842) : Die innern Krisen
  24. ENGELS Friedrich (1842) : Englische Ansicht über die innern Krisen
  25. ENGELS Friedrich (1842) : Stellung der politischen Parteien
  26. FISR (1943) : À tous les travailleurs de la pensée et des bras
  27. GAPONE George & VASSIMOV Ivan (1905) : Pétition des ouvriers au Tsar
  28. GLAT (1969) : Luttes et organisations de classe
  29. GLAT (1969) : Pour un regroupement révolutionnaire
  30. GRANDJONC Jacques (1989) : Introduction à « Communisme / Kommunismus / Communism »
  31. GTM (1937) : Le massacre de Barcelone, une leçon pour les ouvriers du Mexique !
  32. GUILLAMON Augustin (2002) : Chronologie d’Amadeo Bordiga
  33. HAASE Hugo (1919) : Reichstagsreden gegen die deutsche Kriegspolitik
  34. HOBSBAWM Eric (1961) : « La situation de la classe laborieuse en Angleterre »
  35. HOWARD Roy (1936) : Interview with J. Stalin
  36. ISTRATI Panaït (1929) : Conclusion pour combattants
  37. JANOVER Louis (1977) : Les nouveaux convertis
  38. JANOVER Louis (1981) : Actualité de Panaït Istrati
  39. JANOVER Louis (1985) : Lire Spartacus
  40. JANOVER Louis (1989) : Daniel Guérin, le trouble-fête
  41. JANOVER Louis (1991) : Les vraies leçons de Marx
  42. JANOVER Louis (1996) : Maximilien Rubel, une œuvre à découvrir
  43. JANOVER Louis (2007) : Les habits neufs de la feinte-dissidence
  44. JANOVER Louis (2008) : À propos de la réédition des « Pages choisies » de Karl Marx
  45. JANOVER Louis (2009) : De la rétrocritique considérée comme le dernier des arts
  46. JANOVER Louis (2009) : Vous avez dit minuit dans le siècle ?
  47. JAURÈS Jean (1914) : Discours de Vaise
  48. JOUHAUX Léon (1914) : Discours sur la tombe de Jean Jaurès
  49. KAUTSKY Karl (1922) : Socialisation ou nationalisation des banques ?
  50. LAFARGUE Paul (1885) : Une visite à Louise Michel
  51. LÉNINE & SVERDLOV Iakov (1918) : Position du Comité Central du P.O.S.D.R.(b) dans la question de la paix séparée et annexionniste
  52. LÉNINE (1914) : Der Krieg und die russische Sozialdemokratie
  53. LÉNINE (1918) : Additif au décret du Conseil des Commissaires du Peuple « La Patrie socialiste est en danger ! »
  54. LÉNINE (1918) : Chose étrange et monstrueuse
  55. LÉNINE (1918) : De la gale
  56. LÉNINE (1918) : Discours à la réunion commune des fractions bolchevique et socialiste-révolutionnaire de gauche du Comité Exécutif Central de Russie du 23 février 1918
  57. LÉNINE (1918) : Interventions sur la question de la paix de Brest-Litovsk
  58. LÉNINE (1918) : Leçon sérieuse et sérieuse responsabilité
  59. LÉNINE (1918) : Note sur la nécessité de signer la paix
  60. LÉNINE (1918) : Paix ou guerre ?
  61. LÉNINE (1918) : Projet d’ordre du jour à tous les soviets de députés
  62. LÉNINE (1918) : Projet de résolution du Conseil des commissaires du peuple sur l’évacuation du gouvernement
  63. LÉNINE (1918) : Rapport sur la question de la paix
  64. LÉNINE (1918) : Sur le terrain pratique
  65. LÉNINE (1918) : Une leçon dure, mais nécessaire
  66. LÉNINE (1918) : Une paix malheureuse
  67. LÉNINE (1919) : Discours d’ouverture au Premier Congrès de l’Internationale Communiste
  68. LÉNINE (1919) : Discours prononcé le 19 janvier après l’assassinat de Rosa Luxemburg et de Karl Liebknecht
  69. LERMONTOV Michel (1840) : Un fataliste
  70. LEVI Paul (1924) : Einleitung zu Rosa Luxemburg: «Einführung in die Nationalökonomie»
  71. LIEBKNECHT Karl & MEYER Ernst (1918) : Die nächsten Ziele eures Kampfes
  72. LIEBKNECHT Karl (1914) : Déclaration au Reichstag
  73. LIEBKNECHT Karl (1915) : Lettre à la Conférence de Zimmerwald
  74. LIEBKNECHT Karl (1918) : Für die freie sozialistische Republik Deutschland
  75. LIEBKNECHT Karl (1918) : To the Workers and Soldiers of the Allied Countries
  76. LIEBKNECHT Karl (1918) : Trotz alledem !
  77. LIEBKNECHT Karl (1918) : Was will der Spartakusbund ?
  78. LIEBKNECHT Karl (1919) : Kamaraden ! Arbeiter !
  79. LIEBKNECHT Karl (1919) : Malgré tout !
  80. LIEBKNECHT Karl, USPD & SPD (1918) : Bedingungen zum Eintritt in die Regierung
  81. LUXEMBURG Rosa & SPARTAKUSBUND (1918) : Was will der Spartakusbund ?
  82. LUXEMBURG Rosa (1893) : L’année 1793 !
  83. LUXEMBURG Rosa (1898) : À quoi sert la politique coloniale ?
  84. LUXEMBURG Rosa (1902) : Martinique
  85. LUXEMBURG Rosa (1904) : Social-démocratie et parlementarisme
  86. LUXEMBURG Rosa (1906) : Blanquisme et social-démocratie
  87. LUXEMBURG Rosa (1908) : Tolstoï, comme penseur social
  88. LUXEMBURG Rosa (1912) : Dans l’asile de nuit
  89. LUXEMBURG Rosa (1912) : Im Asyl
  90. LUXEMBURG Rosa (1914) : Discours devant le Tribunal de Francfort
  91. LUXEMBURG Rosa (1914) : Le revers de la médaille
  92. LUXEMBURG Rosa (1918) : Assemblée nationale ou gouvernement des Conseils ?
  93. LUXEMBURG Rosa (1918) : Das alte Spiel
  94. LUXEMBURG Rosa (1918) : Der Anfang
  95. LUXEMBURG Rosa (1918) : Die kleinen Lafayette
  96. LUXEMBURG Rosa (1918) : Die Nationalversammlung
  97. LUXEMBURG Rosa (1918) : Eine Ehrenpflicht
  98. LUXEMBURG Rosa (1918) : L’Achéron s’est mis en mouvement
  99. LUXEMBURG Rosa (1918) : L’Assemblée nationale
  100. LUXEMBURG Rosa (1918) : Les petits Lafayette
  101. LUXEMBURG Rosa (1918) : Nationalversammlung oder Räteregierung ?
  102. LUXEMBURG Rosa (1918) : Parteitag der Unabhängigen SP
  103. LUXEMBURG Rosa (1918) : Protestresolution gegen das Vorgehen der deutschen Regierung im Osten
  104. LUXEMBURG Rosa (1918) : Schlussrede
  105. LUXEMBURG Rosa (1918) : Un devoir d’honneur
  106. LUXEMBURG Rosa (1918) : Unser Programm und die politische Situation
  107. LUXEMBURG Rosa (1918) : Korreferat zur Politik der USPD
  108. LUXEMBURG Rosa (1918) : Les masses « immatures »
  109. LUXEMBURG Rosa (1919) : Der erste Parteitag
  110. LUXEMBURG Rosa (1919) : Das Versagen der Führer
  111. LUXEMBURG Rosa (1919) : Die Ordnung herrscht in Berlin
  112. LUXEMBURG Rosa (1919) : Kartenhäuser
  113. LUXEMBURG Rosa (1919) : L’ordre règne à Berlin
  114. LUXEMBURG Rosa (1919) : Versäumte Pflichten
  115. LUXEMBURG Rosa (1919) : Was machen die Führer ?
  116. LÖWY Michael (1969) : Le marxisme révolutionnaire de Rosa Luxemburg
  117. MALATESTA Errico & COLLECTIF (1915) : L’Internationale anarchiste et la guerre
  118. MARAT Jean-Paul (1791) : Sur la loi Le Chapelier
  119. MARTOV Julius (1907) : La leçon des événements russes
  120. MARTOV Julius (1908) : Le Marxisme en Russie
  121. MARTOV Julius (1918) : À bas la peine de mort !
  122. MARTOV Julius : La Troisième Douma et les socialistes
  123. MARX Karl & ENGELS Friedrich (1848) : Le Manifeste du Parti Communiste
  124. MARX Karl (1852) : Pauperism and Free Trade. - The approaching commercial crisis
  125. MARX Karl (1856) : Appel au prolétariat anglais
  126. MARX Karl (1865) : Salaire, Prix et Plus-value
  127. MATTICK Paul (1960) : Anton Pannekoek, une biographie politique
  128. MATTICK Paul (1977) : Interview à Lotta Continua
  129. MEHRING Franz (1914) : Ein Protest
  130. MÜHSAM Erich (1918) : Revolutionäre, internationalistisch gesinnte kommunistische Arbeiter und Soldaten !
  131. O’CASEY Sean : The Story of the Irish Citizen Army
  132. PANNEKOEK Anton (1933) : L’acte personnel
  133. PANNEKOEK Anton (1933) : La destruction comme moyen de lutte
  134. PÉRET Benjamin (1945) : Le déshonneur des poètes
  135. PIATAKOV, BOSCH, BOUKHARINE (1915) : Thèses sur le droit des nations à l’autodétermination
  136. PIECK Wilhelm ( 1918) : Arbeiter, Soldaten, Genossen !
  137. POSPOLOV Pavel (1938) : Aperçu historique - La lutte de Boukharine contre Lénine et le Parti
  138. PROUVOST Léon (1921) : Le code bolchevik du mariage
  139. PYATAKOV, BOSCH, BUKHARIN (1915) : Theses on the right of nations to self-determination
  140. RADEK Karl (1919) : Nachruf auf Karl Liebknecht
  141. RUBEL Maximilien (1947) : Karl Marx et le socialisme populiste russe
  142. RUBEL Maximilien (1980) : Le socialisme réellement inexistant
  143. SCHEIDEMANN Philipp (1924) : Bericht über den 9. November 1918
  144. SCHMIDT Véra (1923) : Éducation psychanalytique en Russie soviétique
  145. SOREL Georges (1899) : L’éthique du socialisme
  146. SOREL Georges (1906) : Le caractère religieux du Socialisme
  147. SOVNARKOM (1918) : La patrie socialiste est en danger !
  148. SPD (1914) : Aufruf zum Massenprotest gegen die Kriegsgefahr
  149. SPD (1914) : Resolution der Berliner Arbeiterschaft gegen das Ultimatum Österreich-Ungarns an Serbien
  150. SPD Württembergs (1914) : Bericht über eine öffentliche Versammlung mit Karl Liebknecht
  151. TROELSTRA (1914) : Kautsky und der Zusammenbruch der II. Internationale
  152. TROTSKI Léon (1910) : Les intellectuels et le socialisme
  153. TROTSKI Léon (1916) : Salut à Franz Mehring et Rosa Luxemburg
  154. TROTSKI Léon (1919) : Karl Liebknecht, Rosa Luxemburg
  155. TROTSKI Léon (1929) : Paris et Zimmerwald
  156. TROTSKI Léon (1939) : Un nouveau grand écrivain, Jean Malaquais
  157. TROTSKI Léon et al. (1915) : Manifeste de Zimmerwald
  158. TROTZKI Leo et al. (1915) : Das Zimmerwalder Manifest
  159. VOLINE (1939) : La naissance des « Soviets » ( janvier - février 1905 )
  160. VOLINE (1939) : Souvenirs sur Gapone et Janvier 1905
  161. WEIL Simone (1933) : Déclaration à la conférence d’unification des groupes de la gauche communiste
  162. ZETKIN Clara (1914) : Resolution für den Kampf gegen den Krieg