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mercredi 28 juin 2017
   
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« Lutte de Classe » (GLAT) - Série complète !
samedi 27 octobre
La couverture chronologique de la revue du GLAT, Lutte de Classe, a été considérablement étendue (premier numéro de mars 1964) et comprend maintenant un renvoi sur une version numérisée des 128 numéros !
Cahiers du Communisme de Conseils - Série complète !
vendredi 26 octobre
Les trois numéros manquant (1, 2 & 5) sont maintenant disponibles dans les sommaires de la revue des Cahiers du Communisme de Conseils. Que les volontaires pour les transcriptions n’hésitent pas à se signaler... En attendant, bonne lecture !
Premiers scans des Cahiers du Communisme de Conseil
dimanche 5 août
Neuf des douze numéros de la revue des Cahiers du Communisme de Conseil (1968-1972) sont maintenant accessible en version numérique au travers du sommaire général.
Derniers numéros de la revue Communisme
dimanche 5 août
Les numéros 6, 8, 9 et 15 qui manquaient jusque là ont été ajoutés au sommaire général de la revue « Communisme » (1937-1939). Bonnes lectures !
Mise à jour sommaires GLAT
samedi 11 février
Le sommaire général de la revue du GLAT, Lutte de Classe vient d’être encore étendu. Merci de signaler manques ou corrections.
Sur le Web
Controverses
Revue publiée par le Forum de la Gauche Communiste Internationaliste : C’est pour contribuer à déblayer la voie vers la clarification et le regroupement sur des bases théoriques, politiques et organisationnelles saines que Controverses a vu le jour. En d’autres termes, tout en tenant compte du changement de période qui n’est plus au reflux mais à la reprise historique des combats de classes, notre objectif essentiel est de reprendre ce qui était le souci de Bilan mais qu’il n’a pu mener complètement à bien compte-tenu des conditions d’alors : « ...une critique intense qui visait à rétablir les notions du marxisme dans tous les domaines de la connaissance, de l’économie, de la tactique, de l’organisation », et ce sans « aucun dogme », sans « aucun interdit non plus qu’aucun ostracisme », et « par le souci de déterminer une saine polémique politique ». Ceci est plus que jamais indispensable afin de réussir un nouvel « Octobre 17 » sous peine de se retrouver comme ces « vieux bolcheviks ... qui répètent stupidement une formule apprise par cœur, au lieu d’étudier ce qu’il y avait d’original dans la réalité nouvelle. (extrait de l’éditorial du n°1)
Gavroche - La revue
Le premier numéro de la revue trimestrielle Gavroche est sorti en décembre 1981. Il prenait la suite du Peuple français, belle aventure éditoriale des années soixante-dix. Depuis plus de 20 ans, la revue s’attache à la retranscription des fêtes, des travaux, des luttes et des joies du principal acteur de l’histoire : le peuple. Gavroche fait aussi resurgir des événements jusque-là ignorés ou passés volontairement sous silence.
L’Echo de la Fabrique
Le journal des chefs d’ateliers et ouvriers de la soie à Lyon, hebdomadaire phare de la presse ouvrière, paraît d’octobre 1831 à mai 1834. Ce site en donne à lire l’intégrale des articles, suite à un remarquable travail empreint d’une grande rigueur scientifique. Indispensable pour l’étude des insurrections des canuts de 1831 et 1834.
La Révolution prolétarienne
Revue fondée par Pierre Monatte en 1925. Le site publie un grand nombre d’articles de la période "historique". La publication se poursuit...
La Bataille socialiste
Site de ressources documentaires sur le patrimoine socialiste. Suit l’actualité des parutions, publie certains articles en ligne et propose des documents concernant le mouvement ouvrier de la première moitié du XXe siècle principalement.
COMMUNISME 23b : Trotsky enfante une Internationale de transition
Février 1939 / pp. 3 - 10
9 novembre 2012 par inter

La solidarité avec les militants victimes de l’ennemi de classe ne signifie nullement l’accord avec leurs conceptions politiques, ni l’atténuation de la critique envers les positions qu’ils défendent au sein du mouvement ouvrier. Ainsi, la solidarité que nous témoignons à l’égard de Trotsky, lorsqu’il est pourchassé par le capitalisme et en particulier par le centrisme stalinien n’est pas en contradiction avec la critique que nous ne cessons de diriger contre ses positions politiques qui faussent et dénaturent les notions fondamentales de la lutte révolutionnaire. La situation que nous traversons actuellement est à ce point tragique que toute équivoque, toute confusion, tout opportunisme se paye inévitablement avec le sang des prolétaires.

En effet, les guerres impérialistes qui se déroulent en Espagne et en Chine ont une importance mondiale et une signification historique ayant montré d’une façon décisive la position réelle occupée dans la lutte des classes par les courants politiques se revendiquant du prolétariat révolutionnaire. Pour ne pas avoir compris la situation qui fait régner dans le monde une fièvre de guerre impérialiste, pour ne pas avoir discerné dans les événements espagnols le caractère impérialiste de la guerre « civile », des courants de gauche se sont reliés « inconsciemment » à l’idéologie de la contre-révolution. C’est sur la base de cette incompréhension que Trotsky lui-même s’est placé et se place encore à côté de ceux qui ont favorisé le déroulement de ces carnages impérialistes et l’installation des Unions Sacrées, qui en vivent, dans les pays « démocratiques ». Or, la 4ème Internationale, qui vient de se fonder en septembre 1938 et dont Trotsky est le chef incontesté, se présente avec un programme consacrant la trahison accomplie à propos des évènements d’Espagne et, partant, une action politique qui a déjà coûté la vie à des milliers d’ouvriers de tous les pays et qui a fait sombrer dans le camp de la bourgeoisie « démocratique » les quelques militants restés fidèles à l’internationalisme révolutionnaire jusqu’au déclenchement de la guerre d’Espagne.

On peut donc dire que sur le problème capital de la lutte des classes à l’échelle mondiale, la 4ème Internationale, qui s’est constituée avec des courants opportunistes de la Sociale-Démocratie, s’affirme, en réalité, sous le déguisement le plus prolétarien de l’action contre-révolutionnaire qui dévaste actuellement le mouvement ouvrier.

Nous nous bornerons, dans cette critique, à mettre cette réalité en évidence en examinant le mode de formation de cette Internationale de pacotille et les principaux chapitres composant son programme d’action.

La fondation des organisations prolétariennes est toujours conditionnée par la situation occupée par le Prolétariat dans la lutte des classes. Par conséquent, elles n’ont rien de viable lorsqu’elles sont le résultat de l’improvisation des individualités. Les différentes organisations exprimant à des degrés différents les aspirations de la classe ouvrière vers le communisme - que ce soit le syndicat, le parti ou l’internationale - vivent exclusivement de la lutte des classes qu’elles interprètent suivant le degré de conscience des éléments qui les constituent. Les périodes de dépression traversées par la classe ouvrière révèleront généralement la mort de l’Internationale, la trahison des partis, l’incorporation des syndicats à l’État capitaliste ou leur complète destruction. L’expérience historique a prouvé que, dans de pareilles conditions, la conscience du prolétariat se confinait au sein d’organismes qui n’étaient ni des partis, ni des syndicats, mais une forme appropriée à la vie de l’avant-garde dans une phase où le mouvement ouvrier est vaincu par la corruption et la violence capitaliste. Ce genre d’organisme, c’est la fraction de gauche.

Au début du mouvement ouvrier, Marx et Engels militent au sein de la Ligue des Communistes considérant que la mission du prolétariat peut surgir de la révolution bourgeoise. Ensuite, se constitue la Première Internationale au cours de la lutte effective contre la bourgeoisie radicale par la formation de partis dont l’action correspond à cette nouvelle acquisition de la conscience prolétarienne. Lorsque les conditions historiques marquent une période de reflux révolutionnaire à la suite de la défaite de la Commune de Paris, l’Internationale disparaît pratiquement. L’anarchisme décomposant tous les courants politiques, Marx se retire de la scène politique en tant que militant « pratique » pour retirer les causes de la défaite et se préparer à intervenir mieux armé au moment où le prolétariat reprendra le chemin de la lutte insurrectionnelle.

La Deuxième Internationale se fonde alors avec des partis dont les principaux représentants sont des disciples de Marx. Étant données les circonstances historiques du moment (phase ascendante du capitalisme) cette Internationale se corrompt assez rapidement et c’est dans son sein que se formera la fraction bolchevique qui pourra se placer à la tête de la Révolution d’Octobre, en 1917, grâce à la lutte impitoyable qu’elle déploiera contre l’opportunisme.

Cependant l’Internationale Communiste, fondée après la Révolution russe et qui s’était donné pour mission de réaliser la Révolution mondiale, fut assassinée par ceux qui édifièrent la théorie du « socialisme en un seul pays ». Quand les premiers symptômes de l’agression centriste contre le Prolétariat mondial se firent jour au sein de la Troisième Internationale, Trotsky réagit vigoureusement et fut immédiatement accusé de « fractionnisme ». Devant cette accusation qui révélait une réalité, Trotsky s’efforçait d’expliquer l’inévitabilité de la formation de fractions. « Si l’on ne veut pas de fraction, écrit-il dans Cours Nouveau, il ne faut pas de groupements permanents ; si l’on ne veut pas de groupements permanents, il faut éviter les groupements temporaires ; enfin, si l’on ne veut pas de groupements temporaires, il faut qu’il n’y ait pas de divergences de vue, car là où il y a deux opinions, les gens se groupent fatalement ».

Mais il se contenta de poser le problème en relation avec la situation immédiate et négligea complètement l’expérience historique. Son explication contingente à ce qu’il a appelé le « Cours Nouveau » était limitée par son fétichisme de l’unité du parti, bien qu’il reconnût que cette unité était loin d’être menacée par des divergences de vue dont le « criterium essentiel de l’appréciation était le même chez les deux parties ». Le problème de la fraction était considéré surtout en fonction des particularités de la dictature prolétarienne en U.R.S.S. mettant le Parti Communiste aux prises avec la pénétration progressive de l’arrivisme bureaucratique s’appuyant sur les couches arriérées de la paysannerie. Cette situation lui fit écrire que le « maintien de l’unité du parti est le souci le plus grave de la grande majorité des communistes. Mais, il faut le dire ouvertement ; s’il est maintenant un danger sérieux pour l’unité du parti : c’est le bureaucratisme effréné ». L’unité du parti, menacée par le bureaucratrisme, représentait à ses yeux l’élément essentiel de la formation des fractions et bornait forcément son analyse du phénomène fractionnel en tant que manifestation de la réaction prolétarienne contre le centrisme stalinien : expression de l’idéologie capitaliste au sein de l’Internationale Communiste.

Lorsque les « bureaucrates » prétendirent que sa position sur les fractions était favorable à la tendance menchévique - exclue du parti en 1922 - Trotsky déclara qu’il ne faisait que s’inspirer d’une résolution du Comité central sur le « fractionnisme » et demanda : « depuis quand explication équivaut-il à justification ? »

Ainsi Trotsky, se basant en définitive sur le fait que l’existence d’une fraction, même si elle n’est pas au service des « bureaucrates », menace l’unité du parti, s’inclina devant « l’appareil » dirigeant et donna libre cours au développement du centrisme lequel put bientôt, en dépit de la popularité de Trotsky, expulser celui-ci du parti, l’exiler de l’U.R.S.S. sans provoquer de réactions ouvrières capables de donner à l’internationalisme révolutionnaire une forme organique durable qui n’aurait pas eu le pitoyable sort de l’Opposition de gauche.

On peut affirmer que toutes les manifestations du trotskisme, depuis la formation de l’Opposition de gauche jusqu’à la fondation de la quatrième internationale - en passant par le noyautage dans la sociale-démocratie - ont eu pour cause essentielle l’incompréhension et le rejet catégorique de la nécessité de constituer la fraction de gauche au moment où l’ennemi de classe s’efforçait, sur la base des défaites prolétariennes, de se rendre maître du parti révolutionnaire.

Il est bien évident, cependant, que la constitution de la fraction de gauche, au lieu d’une Opposition de gauche sans principes, n’aurait pu empêcher le cours des situations de se diriger vers les multiples défaites enregistrées par le prolétariat mondial depuis la victoire d’Octobre 1917. Mais, ce qui aurait pu être évité, c’est, d’abord, le gaspillage des énergies prolétariennes qui réagissaient contre le centrisme stalinien ; ensuite, l’impuissance idéologique de Trotsky qui devait le faire passer dans le camp de la bourgeoisie. Loin de sous-estimer le mérite de Trotsky à se dresser un des premiers contre le centrisme, nous considérons plutôt qu’en adoptant le chemin de la fraction, il aurait préservé ses qualités révolutionnaires et l’expérience qu’il détenait pour avoir été une des figures parmi les plus représentatives de la révolution russe. L’avortement de sa politique d’« Opposition de Gauche » aurait pu être évitée s’il avait été permis aux prolétaires qui se dirigeaient instinctivement vers lui, de sélectionner les cadres de leur parti de demain au travers de la clarification idéologique, de la sélection des conceptions politiques , en s’incorporant à l’évolution réelle de la lutte des classes que la fraction aurait suivi pas à pas.

Dans son article « Un grand succès », publié en guise de préface à une brochure consacrée à la Conférence internationale de la 4ème Internationale, Trotsky résume en quelques lignes le procès de formation de cette dernière. D’après lui, trois étapes caractérisent cette formation. D’abord, celle du redressement des partis communistes envisagé jusqu’à la mort de l’Internationale Communiste survenue avec l’avènement du fascisme en 1933 en Allemagne. Ensuite, celle où se pose la « nécessité d’édifier la Quatrième Internationale » ; « cependant, écrit-il, nos organisations aux effectifs faibles, nées par la sélection individuelle, dans le processus de la critique théorique, presque en dehors du mouvement ouvrier réel, ne se trouvaient pas encore préparées à agir indépendamment. La deuxième période se caractérise par des efforts de trouver, pour ces groupes de propagande isolés, un milieu politique réel, fût-ce au prix d’un renoncement temporaire à l’indépendance formelle ».

L’insistance à rechercher à prendre contact avec un « milieu politique réel » pourrait faire croire à une orientation marxiste d’un réalisme de classe... Hélas, ce n’est que de la littérature car ce milieu, c’est tout simplement la sociale-démocratie ! « L’entrée dans les partis socialistes a, d’un coup, accru nos rangs quoiqu’elle ait, malgré tout... donné du point de vue quantitatif, moins que l’on pouvait attendre » ; et, se moquant vraiment de la réalité, Trotsky poursuit : « Mais cette entrée a signifié une étape extrêmement importante dans l’éducation politique de nos sections qui, pour la première fois, se sont mesurées et ont vérifié leurs idées face à face avec les réalités de la lutte prolétarienne et de ses exigences ».

Bien que la première étape - pour parler comme Trotsky, celle du redressement des partis - se soit faite sur la base d’alliances de formations hétérogènes au détriment de la clarification idéologique, le terrain sur lequel agissait l’ « Opposition de gauche » était encore un terrain de classe qui, peu à peu cependant, sous la pression des éléments de la gauche socialiste avec lesquels Trotsky consentit à collaborer, se transformait en terrain capitaliste.

Mais la seconde étape qui est présentée comme une étape d’aguerrissement de « l’Opposition de Gauche » n’était en réalité rien moins qu’une écœurante capitulation. Il faut avoir la « science infuse », comme Trotsky, pour oser prétendre qu’une pareille chute au seins d’organisations passées, depuis 1914, au service du capitalisme, puisse signifier un progrès quelconque pour les ouvriers révolutionnaires. Quand on se rappelle les sarcasmes de Trotsky à l’égard d’un opportuniste comme Cachin qu’il traitait de « planche pourrie » dont il fallait bien se servir pour atteindre les ouvriers français à l’époque de la formation du parti communiste en France, on est en droit de se demander comment il faut appeler ceux qui entrent sans conditions dans une Internationale qui n’est plus qu’un « cadavre puant ».

Trotsky s’en tirera en déclarant que « les dilettantes, les charlatans ou les imbéciles ne sont pas capables de pénétrer dans la dialectique des flux et des reflux historiques ». Nous préférons naturellement être des imbéciles plutôt que les portiers de la sociale-démocratie où l’on invite les ouvriers à venir manger au râtelier de l’idéologie capitaliste.

La troisième étape est caractérisée par une situation qui « place la Quatrième Internationale en face des tâches d’un mouvement de masses ».

Ce procès de formation résumé en quelques lignes aurait encore pu être raccourci en le dépouillant de sa littérature, même si l’on y avait inclus la trahison consommée par Trotsky et ses partisans à l’occasion de la guerre d’Espagne et de celle de Chine. Cet article est certainement « un grand succès », car il est remarquable que dans une situation internationale où des milliers d’ouvriers périssent sur des champs de bataille, on puisse écrire sur l’internationalisme sans s’expliquer une seule fois sur cette cruelle réalité.

Mais, comme le dit Trotsky, la trahison a sa logique. Après 1914, les socialistes ont été les plus chauds partisans du pacifisme, du désarmement. Après la victoire du fascisme en Allemagne en 1933, les centristes - qui ont proclamé que de la victoire du fascisme devait inévitablement surgir la révolution prolétarienne - justifiant ainsi leur fonction de bourreau du prolétariat mondial, sont devenus les champions de l’antifascisme. Trotsky, lui, après avoir agoni d’injures les internationalistes révolutionnaires qui, au sein des fractions de gauche étaient parvenus à saisir la signification réelle des évènements espagnols et de Chine, invente une Internationale dont la particularité est de ne pas avoir de masses derrière elle, de ne pas être autre chose qu’une « minorité qui nage contre le courant » et dont le programme est conditionné par « l’époque de transition » imposant « un système de revendications transitoires capables de rassembler les masses pour la lutte révolutionnaire pour le pouvoir ».

Certes, Trotsky nous avait habitué à des idées assez originales sur la formation de la nouvelle internationale... mais, cette dernière idée est d’un imprévu qui peut faire craindre pour la raison de son auteur. On cherche vainement dans tous les débats et les documents publiés par la « Conférence Internationale de la Quatrième Internationale »des éléments rappelant de près ou de loin des conditions politiques ou économiques qui justifieraient cette Internationale. On n’y trouve qu’une condamnation à l’égard des mouvements de masses et des considérations générales sur la situation du capitalisme décadent et la dépression du mouvement ouvrier international. Ce qui est le plus concret, mais bien loin d’être en faveur de la nouvelle création trotskiste, c’est le maintien intégral des points de vue politiques en ce qui concerne l’U.R.S.S., l’Espagne, la Chine et la démocratie bourgeoise.

Pour L’U.R.S.S., le « Manifeste de la Conférence aux Travailleurs du Monde Entier » déclare que « Nous, Quatrième Internationale, défenseurs loyaux de l’U.R.S.S. contre tous ses ennemis au dedans et au dehors, accusons le stalinisme d’avoir soumis la vie économique du pays aux intérêts de la clique bureaucratique du sommet..., etc. ». L’État soviétique qui a servi au centrisme pour sa lutte contre le trotskisme et tous les courants de gauche qui se sont manifestés au sein de la Troisième Internationale a été également l’élément qui, cause déterminante de toutes les divergences au sein de l’Opposition de gauche, a servi de massue à Trotsky pour imposer des conditions politiques favorables à ses conceptions générales. Or, le rôle révolutionnaire de l’État soviétique résultait, non de son caractère prolétarien, mais de la politique qu’il appliquait, non seulement en Russie mais internationalement. Privé du soutien du prolétariat mondial sous l’action triomphante du capitalisme dans tous les pays où subsistait sa domination et grâce à l’action du centrisme en U.R.S.S., l’État soviétique devait inévitablement reprendre, en dépit de l’expropriation de la bourgeoisie, une fonction capitaliste exercée par le truchement du centrisme. Or, pour Trotsky, l’État soviétique contrôlant un mécanisme productif « socialisé » est une conquête de la Révolution d’Octobre et, partant, une acquisition prolétarienne qu’il faut défendre même si elle est dénaturée par le centrisme. Ainsi, l’État prolétarien, qui est un vestige de la société capitaliste dans la phase de transition - entre le capitalisme et le communisme - et qui doit dépérir pour faire place à la société sans classes, partant sans État, est considéré en dehors de la lutte des classes au travers de laquelle le prolétariat doit gérer l’État qu’il a conquis. En réalité, l’État soviétique est devenu une place forte du capitalisme mondial et dont le centrisme est le gérant. La trahison du centrisme a donc fait de l’État russe un bastion capitaliste que le prolétariat russe devra reconquérir au travers de l’insurrection prolétarienne. C’est dire que les « loyaux défenseurs de l’U.R.S.S. », que sont les partisans de la Quatrième Internationale, sont en fait un appendice inconscient de l’œuvre contre-révolutionnaire du centrisme lui-même.

Pour ce qui est de la Démocratie, « l’art de s’appuyer sur l’expérience des masses elles-mêmes » guide l’action de la Quatrième Internationale. « Nous sommes prêts à défendre la patrie contre les capitalistes étrangers, si nous garrottons nos propres capitalistes et les empêchons de s’attaquer à la patrie d’autrui ». C’est ainsi que la clarté marxiste est apportée aux ouvriers par Trotsky. Cette position a déjà coûté pas mal de sang aux travailleurs espagnols et la fixer dans un programme signifie qu’on est plus que jamais décidé à la défendre. En guise de précision, on peut lire dans les documents de la Conférence « qu’il faut savoir traduire ces idées fondamentales en des idées plus particulières et plus concrètes, selon la marche des évènements et l’orientation de l’état d’esprit des masses » ... et plus loin : « ... appuie toute revendication, même insuffisante, si elle est capable d’entraîner les masses, même à un faible degré, dans la politique active, d’éveiller leur critique, de renforcer leur contrôle sur les machinations de la Bourgeoisie » ... et encore : « C’est ce point de vue que notre section américaine, par exemple, soutient en la critiquant, la proposition de l’institution d’un référendum sur la question de la déclaration de la guerre » ... Quand on lit de pareilles déclarations, il devient évident que ceux qui les ont approuvées ne savent plus ce qu’est le marxisme - s’ils l’ont jamais su - lequel, nous semble-t-il, n’est que l’interprétation des luttes de classes au travers de la conception du matérialisme historique. Dire qu’il faut que les communistes poussent les ouvriers à faire des expériences à la portée de leur « état d’esprit » pour arriver au but final, c’est de la logique empirique et non de la dialectique marxiste. Quand une situation se présente, l’avant-garde donne ses mots d’ordre, car elle tient compte qu’une fois cette situation dépassée, si l’avant-garde n’a pas rempli son rôle, la conscience des masses retourne à l’état passif. C’est donc cette « théorie » de l’expérience qui explique l’innovation d’un système de « revendications transitoires ».

Si Trotsky était encore capable de penser à autre chose qu’à fonder des Internationales, il réussirait certainement à se rappeler que l’I.C. avait également un programme qui tenait compte des difficultés pour la classe ouvrière à s’élever à la conscience révolutionnaire du parti. Mais il n’était pas question de faire du programme de l’I.C. un programme de transition. C’est entendu, les masses sont encore sous l’influence d’une ambiance capitaliste qui les égare politiquement - bien qu’elles veulent sortir de cette situation. Mais le rôle d’une Internationale n’est pas de se substituer au syndicat en lui empruntant son programme limité. L’avant-garde est tenue de profiter des situations où les ouvriers luttent pour des revendications immédiates en lançant des mots d’ordre susceptibles de les entraîner dans les étapes suivantes vers des objectifs plus élevés. Non, Trotsky n’est pas tout à fait aveugle et il sait encore se rendre compte que la situation actuelle n’est pas aux actions de masse. Il ne se gênera d’ailleurs pas pour le constater et l’écrire dans l’article sus-mentionné : « Comme si une organisation de masse pouvait s’édifier dans n’importe quelles conditions ! Comme si un programme révolutionnaire n’obligeait pas, dans une période de réaction, à rester minoritaire et à nager contre le courant ». Et il aura le front d’ajouter : « Ne vaut rien le révolutionnaire qui mesure le rythme de son époque sur sa propre impatience » ( !). Ces considérations pourraient s’appliquer à lui-même, s’il n’était pas question de programme révolutionnaire, car Trotsky est passé lui aussi dans le camp de la bourgeoisie à l’occasion des évènements d’Espagne et de Chine. À ce sujet, la Conférence consacre le point de vue « que tout en combattant ce gouvernement de défaite et de réaction (le gouvernement Negrin-Staline) les ouvriers avancés doivent travailler de toutes leurs forces à la victoire des armées républicaines ». Voilà où conduit le programme de transition : les prolétaires qui ont sacrifié leur vie à la bourgeoisie démocratique espagnole qui a permis l’armement des fascistes avec qui elle est prête à collaborer, auront anticipativement donné la véritable signification capitaliste du programme de transition ! En Chine, également, la « libération nationale », qui engloutit les masses chinoises et japonaises dans le massacre actuel, est revendiquée par le trotskisme comme une « étape transitoire » de la lutte révolutionnaire des prolétaires chinois.

En face de cette situation, la Quatrième Internationale porte la lourde responsabilité d’avoir favorisé le rattachement des ouvriers les plus avancés aux appareils militaires bourgeois qui, en Chine et en Espagne organisent le massacre des prolétaires.

L’Internationale qui vient de se créer s’est donc fondée sur la réalité d’une trahison consacrée programmatiquement. Par conséquent, son existence est liée indéfectiblement à la persistance d’une situation de guerre impérialiste. Son sort sera réglé comme celui du capitalisme mondial au cours de la reprise des luttes prolétariennes au travers desquelles la classe ouvrière, reprenant le chemin de son indépendance, transformera cette situation de guerre impérialiste en guerre civile.