AccueilŒuvres Complètes de Rosa LuxemburgOCRL4 - La brochure de Junius, la guerre et l’Internationale ( 1907 - 1916 )
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La section des Œuvres complètes de Rosa Luxemburg accueille maintenant l’édition en ligne des OCRL, complémentaire des volumes parus au format papier, incluant également des textes inédits, d’auteurs tiers, en rapport avec les thématiques des volumes parus. Voir le Journal des parutions.
OCRL4 - Dernière réunion du BSI avant la guerre - Bruxelles, 29 et 30 juillet 1914
HAUPT Georges - SMOLNY / Édition en ligne
21 novembre 2014 par eric

Rosa LUXEMBURG, La brochure de Junius, la guerre et l’Internationale ( 1907 - 1916 )

Œuvres complètes, tome IV - Édition en ligne

PRÉSENTATION

L’édition papier propose, pages 18, 19 et 20, des extraits de cette réunion incluant les interventions de Rosa Luxemburg telles que rapportées dans le compte rendu. Comme annoncé dans la note I, page 3, nous donnons ici l’intégralité du texte, tel qu’il avait été établi par Georges Haupt dans son ouvrage Le Congrès manqué - L’Internationale à la veille de la Première Guerre mondiale. Étude et documents, Paris, Maspero, 1965, p. 249-267.

Les notes sont celles établies pour l’édition papier par l’équipe éditoriale de l’ouvrage paru en 2014 en co-édition Agone & Smolny.


DERNIÈRE RÉUNION DU BSI AVANT LA GUERRE

Bruxelles - 29 et 30 juillet 1914

Séance du mercredi matin, 29 juillet

Le citoyen Émile Vandervelde préside, entouré des membres du Comité Exécutif. Signent la liste de présence :

Grande-Bretagne : James Keir Hardie, Bruce Glasier, Dan Irving ; Allemagne : Hugo Haase, Karl Kautsky ; Autriche : Dr. Victor Adler, Dr. Friedrich Adler ; Bohême : Edmond Burian, Anton Nemec ; France : Jean Jaurès, Édouard Vaillant, Jules Guesde, Marcel Sembat, Jean Longuet ; Italie : Angelica Balabanoff, Oddino Morgari ; Espagne : Antoni Fabra i Ribas, Emilio Corrales ; Russie : Élie Roubanovitch, Paul Axelrod ; Lettonie : P. Winter, Otto Braun ; Pologne : Rosa Luxemburg, Henryk Walecki ; Danemark : Thorvald Stauning ; Hollande : Pieter Jelles Troelstra ; Belgique : Émile Vandervelde, Edouard Anseele, Louis Bertrand, Camille Huysmans ; Suisse : Karl Moor, Robert Grimm [1].

Le citoyen Henri de Man fait fonction de traducteur. On soulève d’abord la question de la presse. Peut-elle, oui ou non, assister aux débats.

Vaillant : À la dernière réunion du Bureau, la presse ne fut pas admise. Seuls les membres du Bureau pouvaient y assister. On pourrait faire de même maintenant.

Vandervelde est du même avis. Admettre les membres de la presse, c’est chose dangereuse. On pourrait leur faire parvenir un communiqué. [Adopté.]

Huysmans, voulant éviter des ennuis éventuels, critique la présence du citoyen Rappoport [2].

Vaillant : Rappoport était présent à Londres.

Huysmans : Le parti argentin nous avait envoyé une lettre disant que Rappoport était délégué de ce parti pour la réunion de Londres. Rien de plus. Nous nous exposons en l’admettant à cette réunion à une plainte de la part du parti argentin.

Rappoport : Ma nomination a paru dans l’organe officiel du parti. Mon mandat ne m’a pas été enlevé. Je voudrais simplement informer l’Argentine de ce qui s’est passé à cette réunion du Bureau.

Vandervelde : Cela est irrégulier. Que le Bureau se prononce.

[La majorité est contre l’admission.]

Vandervelde propose de faire rapport de la situation par nationalité impliquée dans le conflit.

Guesde : Que l’on fasse parler les délégués des sections nationales présentes.

Jaurès : Procédons par ordre d’événements. Entendons d’abord l’Autriche, la Bohême et la Serbie. Ensuite la Russie, la France, l’Allemagne, etc. [Adopté.]

Victor Adler : Je ne vous raconterai pas des choses que vous connaissez tous. Mais sachez que la note de provocation de l’Autriche était aussi surprenante pour nous que pour tout le monde. Nous devions être avertis à cause des démarches diplomatiques. Mais nous ne pouvions nous attendre à la guerre. Malgré que la Serbie a accepté tous les points principaux de l’ultimatum autrichien, à part quelques différences, nous avons tout de même la guerre [3].

Le Parti est incapable d’agir [4]. Dire autre chose serait tromper le bureau. Il ne faut pas se laisser duper par les nouvelles. Ce qui se voit maintenant, c’est le résultat d’une agitation de classe et démagogique de plusieurs années. On manifeste en faveur de la guerre à la rue. Une nouvelle situation se créera dans notre pays, pays rempli de problèmes et de contrastes nationaux. Quelle sera cette situation ? Personne ne le sait. La question des Sud-Slaves, l’agitation serbe en Bosnie, tout cela a agi évidemment contre la Serbie. L’inimitié chez nous contre la Serbie est presque une chose naturelle. Je ne crois pas personnellement à ce que la guerre devienne générale. Chez nous, on veut en finir avec la Serbie. Examinons cette situation par rapport au Parti. Nous ne pouvons pas écarter le danger. Des démonstrations sont rendues impossibles. On risque sa vie, on s’expose à l’emprisonnement. Soit. Nous sommes déjà passé par là. Mais l’organisation et la presse tout entières sont en danger. On risque d’anéantir le travail de trente ans, sans aucun résultat politique. N’est-ce pas un danger d’encourager la Serbie à l’intérieur de notre pays ? N’assumons-nous pas une grande responsabilité en voulant faire croire aux Serbes qu’une révolution menace l’Autriche ? Il nous faut protéger le prolétariat contre pareille infection. Nous devons sauvegarder nos institutions. Les idées de grève, etc., ne sont que des fantaisies. La question est très grave et notre seul espoir est que nous soyons seuls les victimes, que la guerre n’aille pas plus loin. Même si elle est localisée, la situation du parti sera très triste. Nos adversaires seront fortifiés et encouragés par leurs succès. Nous avons eu la joie de pouvoir organiser chez nous le Congrès international. Nous nous sommes préparés avec assiduité. Le prolétariat autrichien, sans distinction de nation, attendait ce Congrès avec impatience. C’est triste, mais il n’a rien à faire. Ce que nous espérons, c’est que le Bureau nous croie : nous ne pouvions faire autrement. Nous voulons sauver le Parti. Ce que le Bureau peut faire et nous avec lui, c’est condamner les coupables et essayer de localiser le conflit. Notre industrie sera peut-être militarisée. Et tout refus de travail serait jugé par la loi martiale. Nous espérons malgré tout de voir la grande guerre évitée. Y croire, c’est peut-être croire à un miracle, malgré tout, nous espérons.

Haase : Je voudrais faire une communication de grande importance. On se demande ce que fait le prolétariat en ces moments critiques. Si on devait croire les journaux bourgeois, le prolétariat reste chauviniste. Le télégramme suivant, que l’on vient de m’envoyer de Berlin, prouve bien le contraire.

[Il donne lecture d’un télégramme signé Braun disant que, la veille à Berlin, des milliers d’ouvriers ont manifesté contre la guerre et en faveur de la paix, dans 27 meetings archi-combles ainsi que dans la rue [5].]

Nemec expose la situation en Bohême, où de la part de la bourgeoisie il y a eu des manifestations belliqueuses. La bourgeoisie considère la guerre comme le dérivatif de la politique des dernières années. Seulement, il ne faut pas oublier les mesures prises par le gouvernement autrichien contre les Serbes pour rendre la situation plus critique. À son avis, les socialistes serbes sont partisans de l’annexion à l’Autriche. La bourgeoisie voit dans la guerre un moyen de réduire l’influence de la social-démocratie. Nos camarades ont examiné d’accord avec les socialistes allemands d’Autriche l’éventualité d’une grève générale. Ils étaient d’accord avec eux. Nos organisations sont en jeu.

Victor Adler espère que le Bureau ne prendra pas de décisions néfastes quoique la décision du Bureau dominera tout. Le parti d’Autriche peut voir quelle partie de la responsabilité il peut assumer.

Jaurès voudrait connaître l’état d’esprit de la Bosnie-Herzégovine, des Croates. Qu’attendent les Hongrois de la guerre ?

Victor Adler : Les Croates sont des catholiques. Les Serbes sont des orthodoxes. Les Croates sont très fidèles à la dynastie. En Bosnie l’élément serbe ne domine pas. Il y a des Croates et des Mahométans. Ce sont les Croates qui ont organisé un pogrom contre le clergé catholique. Quant à la Hongrie, les Magyars sont opposés aux Slaves, notamment aux Roumains.

Qui est-ce qui gouverne actuellement en Autriche ? L’empereur est comme prisonnier. Toute la politique est influencée par Berchtold et Tisza [6]. La situation intérieure de la Hongrie est en outre très trouble. Il est certain qu’une partie de la classe ouvrière est entraînée par les idées belliqueuses. Au point de vue de l’intérêt de l’Autriche il faut tenir compte en outre des désirs serbes concernant la Bosnie.

[Les notes d’un des participants, Fabra i Ribas, apportent ici des précisions qui ne figurent pas dans le compte rendu officiel :]

« Les déclarations d’Adler et de Nemec produisirent une très mauvaise impression sur les délégués présents, elles leurs parurent exagérément pessimistes, et surtout inopportunes dans ces heures tragiques. Le grand respect qu’inspirait la personnalité d’Adler ne permit cependant pas à cette impression de se traduire d’une manière trop vive. [...] Le discours d’Adler avait non seulement produit une mauvaise impression, mais, bien plus, une profonde stupéfaction. Haase se montra particulièrement contrarié et Rosa Luxemburg était absolument indignée. Tandis qu’Henri de Man traduisait en français les déclarations du leader autrichien, Rosa Luxemburg s’avança vers Corrales et moi-même, et en proie à une vive émotion me dit : “La séance ne peut pas se poursuivre dans une telle atmosphère. Aux paroles d’Adler, nous devons répondre par des discours énergiques et par des faits plus éloquents que tous les discours. Morgari et Axelrod doivent nous rapporter les campagnes faites contre la guerre par nos amis italiens et russes. Expliquez-nous aussi ce qui s’est passé en Espagne en juillet 1909.” Haase, qui écoutait la conversation, approuva les paroles de Rosa Luxemburg et parut disposé, comme il l’avait déjà fait, à parler autrement que ne l’avait fait Adler [7] ».

Haase : Il nous était difficile de quitter en ce moment nos pays respectifs. Il nous faudra rentrer de suite, par conséquence terminer ce soir, si possible.

Vandervelde : On compte sur plusieurs d’entre vous pour le meeting de ce soir [8]. Leur absence causerait une grande déception.

Keir Hardie : Pourquoi terminer aujourd’hui ? Ce serait une faute de terminer trop à la hâte.

Vaillant : Que ferons-nous pour aboutir ? Il faut seulement se quitter après avoir terminé. N’importe comment. Cette nuit ou demain matin.

Huysmans : Dans la pensée de Vaillant, nous ne pouvons aboutir aujourd’hui. Il faudra donc siéger demain matin.

Rosa Luxemburg : Il faut agir fermement et avec rapidité [Rasch und entschlossen handeln]. Nous ne devons pas faire de manifeste, seulement il nous faut encore décider du Congrès. Essayons néanmoins de finir aujourd’hui.

Haase est d’avis qu’il faut un manifeste. S’il faut rester on restera. Les diplomates agissent toujours vite. Faisons de même !

Nemec : Suivant Adler, l’élément serbe ne domine pas en Bosnie. Le contraire est vrai. La majorité de la Bosnie est composée de Serbes. À Prague nous ne craignons pas la lutte, seulement nous craignons maintenant la destruction de notre parti.

Séance du mercredi après-midi, 29 juillet

[La séance est ouverte à 3 heures ¼.]

Haase : Je propose que l’Internationale se réunisse en Congrès au plus tard à la fin de la semaine prochaine à Paris. C’est à l’Internationale de prouver qu’elle vit. Ce Congrès devra produire une impression sur les ouvriers de tous les pays, sur la situation politique de tous les pays. Il s’agit de prouver que la social-démocratie n’est pas une quantité négligeable. Usons de l’influence que nous avons. Si à Paris les Russes, les Autrichiens, les Français, les Allemands, les Italiens, etc., élèvent la voix pour protester, alors nous pouvons être satisfaits d’avoir fait notre devoir. Nous ne savons si nous aurons du succès. Mais il nous faut faire notre devoir.

Vaillant : Ce Congrès ne sera pas un congrès extraordinaire mais un congrès ordinaire. Les Français seront très heureux de pouvoir vous recevoir chez eux. Ils peuvent déjà dès aujourd’hui prendre les mesures nécessaires pour ouvrir à Paris, dimanche en huit, le congrès qui devait avoir lieu à Vienne.

Irving regrette les deux propositions. Le changement de lieu se comprend. Seulement, les Anglais ne peuvent se conformer au changement de date. Le nombre de délégués sera bien différent de celui que nous attendions pour Vienne.

Huysmans : Précisons. Nous organiserons ce congrès comme nous avons organisé celui de Bâle. Nous ne pouvons mettre à charge de la France ce congrès. Les frais en doivent être communs. Il faudra supprimer de l’ordre du jour les questions de l’alcoolisme, du chômage, de la cherté et ne conserver que l’impérialisme et les questions politiques immédiates, comme par exemple la déportation des camarades sud-africains. Il faut accepter la date proposée. Les Africains [9] sont déjà en partie en Europe. Pour l’Amérique, on peut télégraphier. La durée du congrès serait limitée. Il n’y aura pas de commissions.

Vandervelde : Procédons par ordre. D’abord le siège, puis la date, la question des frais, finalement les détails d’organisation. D’abord le siège. Propose-t-on une autre ville que Paris ?

Keir Hardie : Paris n’est pas proposé. Londres pourrait convenir également.

[Paris est désignée.]

A. Balabanoff : Vaillant dit que ce ne sera pas un congrès extraordinaire. Or si on se réunit maintenant, ce sera un congrès extra-ordinaire. Le Bureau ne peut-il prendre quelque décision immédiate ? À mon avis, il faudrait mieux remettre le Congrès et ne pas se réunir. Il ne nous faut pas faire du Congrès une simple démonstration. Il nous faut prendre des mesures.

Jaurès : Le Bureau Socialiste International formulera (décidera la forme) de protestation contre la guerre, le Congrès souverain décidera. Il prendra l’ordre du jour et les résolutions qu’il voudra. Les décisions du Congrès ne peuvent être subordonnées à cette réunion. Il nous faut le Congrès. Son travail et ses résolutions inspireront de la confiance au prolétariat. Ne pas tenir le Congrès, ce serait une déception pour le prolétariat. À Vienne il est devenu impossible. Or, cela ne peut suffire. Il nous faut réunir le Congrès le plus tôt possible à Paris. S’il était possible de le faire demain, ce serait demain. L’ouverture du Congrès peut se faire le dimanche 9 août par une grande démonstration. Il y aura une foule énorme. Ainsi nous aurons tous collaboré au travail de la Paix.

Bruce Glasier : Les Anglais repoussent la proposition du changement de date. Si on pouvait empêcher la guerre par quelque action immédiate, ils ne s’opposeraient pas. Mais les socialistes dans les pays intéressés sont dans un état impuissant. Nous avons tous pour les camarades d’Autriche beaucoup de respect, mais malgré ce respect nous sommes d’avis que ceux-ci auraient dû dire : Sacrifions notre propriété pour faire notre devoir. Quant au Congrès, nous sommes d’avis qu’il n’y aura que quelques délégués. Ceux des syndicats ne sauront venir.

Haase demande aux Anglais de tenir compte de ce que les circonstances extraordinaires réclament des mesures extraordinaires. On n’a pu prévoir ce Congrès. Nous aurons tous les mêmes difficultés pour pouvoir y assister. Si l’Allemagne et la France sont impliquées dans le conflit, le Congrès ne pourrait avoir lieu. Il est donc difficile de régler tout. Quand Jaurès parle de la souveraineté du Congrès pour entendre toutes les opinions, nous sommes d’accord, mais c’est au Bureau Socialiste International de prendre des mesures pour démontrer l’utilité de ce Congrès. Il faut qu’au Congrès on soit d’accord. Il faudra donc éviter surtout de prendre des points à dissension, comme par exemple la Grève Générale en cas de guerre, etc. Que le Bureau Socialiste International agisse dans ce sens !

Victor Adler : La proposition de Haase nous apporte une solution. Il faut que le Congrès se réunisse aussi vite que possible. Il pouvait y avoir des doutes pour l’endroit. On aurait pu prendre une ville suisse, mais là de grandes démonstrations deviendraient impossibles. Si néanmoins le Congrès vient en retard ce sera indépendant de notre volonté. Je soutiens la date proposée par Haase. Pour répondre maintenant à Bruce Glasier : je ne sais comment j’aurais pu faire rapport autrement. J’ai la responsabilité de faire rapport sans me préoccuper des opinions publiques. Depuis 1908 nous faisons la guerre à la guerre. Et que les camarades anglais nous croient : notre situation est très difficile, plus difficile que celle des camarades anglais qui y voient des difficultés d’envoyer des délégués 15 jours plus tôt à un Congrès. Il ne s’agit pas ici de la propriété ; il s’agit de nos armes que nous ne voulons déposer sans avoir agi en faveur de l’Internationale. J’ai cru qu’il n’était pas nécessaire de faire l’éloge de nos efforts, dans un moment comme celui-ci. Si c’est ce que l’on veut de nous, je m’excuse de ne l’avoir fait et je vous demande de ne plus avoir du mépris pour nous.

Irving : Quand nous avons parlé de difficultés, ces difficultés concernaient non seulement l’Angleterre mais aussi les autres nations.

Keir Hardie : Si la raison unique d’avancer la date du Congrès est de faire une démonstration contre la guerre, je ne puis soutenir la proposition. Cela ne peut suffire. Il faut conserver l’ordre du jour. Les points inscrits sont d’un intérêt permanent, mais la guerre peut passer. Ne changeons donc pas la date si l’on doit devoir conserver l’ordre du jour. Discutons d’abord l’ordre du jour. Il en résultera si oui ou non il faut maintenir la date.

Vandervelde : Nous votons, car la discussion dure trop longtemps. Si les puissances étaient si lentes à organiser la guerre que nous le sommes à organiser la guerre à la guerre, nous pourrions dormir en paix.

Je mets donc aux voix : le 9 août et l’ancienne date.

[9 août adopté. Votent contre, les Anglais et les Italiens.]

Ordre du jour

Troelstra : On ne peut considérer ce Congrès comme extraordinaire. Nous ne pouvons en faire un second Congrès de Bâle. Ce serait prouver que le Congrès de Bâle n’a eu aucun résultat. Il y aurait donc par conséquence contradiction à ne pas discuter les autres points. En discutant l’impérialisme, il nous faudra discuter la grève générale, la conduite de la bourgeoisie en temps de paix, etc. Nous faisons le Congrès par anticipation, mais ne changeons pas l’ordre du jour.

Vaillant : Nous avons changé le lieu et la date du Congrès. Maintenons l’ordre du jour. Si le Congrès n’est pas extraordinaire pour cela, il le sera néanmoins par les circonstances. Il nous faut en tenir compte. Ce sont les menaces de guerre qui constituent en ce moment la préoccupation du prolétariat universel. Quels sont les moyens pour empêcher, limiter et éviter la guerre ? Il nous faudra donc placer la question de la guerre en tête de l’ordre du jour. Comment pouvons-nous discuter la question de la cherté si la guerre apporte la famine ? Comment discuter l’impérialisme si la guerre est encore là ? Mettons donc en tête, avant l’Impérialisme, les mesures à prendre contre la guerre, et maintenons l’ordre du jour. Nous donnons ainsi satisfaction au prolétariat et au public et nous faisons notre devoir.

Vandervelde : Il est certain que la question de la guerre est dominante. Si le danger est écarté, nous aurons notre Congrès.

Rosa Luxemburg est d’avis qu’à Paris il faut agir comme on a agi à Bâle. La question de la guerre domine, il faut donc avant tout fixer l’attention sur ce point. Les autres points en souffriront. Ils seront traités d’une façon trop rapide et sans assez d’intérêt.

Roubanovitch : Aujourd’hui nous devons prendre des mesures contre la guerre, que nous ne pourrons éviter si elle y est. Nous n’avons à ce sujet jamais pris un engagement à l’égard du prolétariat. Nous devons tenir le Congrès. C’est une chose décidée. Nous sommes conscients de la gravité du moment, et, d’accord avec Troelstra, nous proposons de maintenir l’ordre du jour auquel nous sommes préparés. Mais à cause de la situation actuelle, nous inscrirons en premier lieu la question de l’impérialisme et les moyens de lutter contre la guerre.

Sembat appuie Vandervelde qui dit que les propositions de Vaillant et de Troelstra peuvent s’unir. Au Congrès, on pourra, s’il le faut, supprimer les autres points. Si non ce Congrès sera une conférence et une démonstration contre la guerre.

Keir Hardie propose de ne pas discuter l’impérialisme et la lutte contre la guerre comme formant un seul point. Il y a deux choses bien distinctes à discuter : l’actualité et l’impérialisme - l’avenir.

Kautsky ne croit pas qu’en dix jours nous aurons la paix universelle. Dans ces conditions, il nous est impossible d’aller à Paris discuter ces questions qu’on peut encore toujours discuter. Nous ne pouvons nous absenter longtemps maintenant. Ne discutons donc pas l’éventualité des guerres futures. Je crois qu’il suffira d’échapper à la guerre actuelle pour éviter les guerres futures.

Jaurès : La situation est critique. Les Français acceptent les deux propositions. Au début, ils étaient d’avis qu’il fallait conserver l’ordre du jour. Les Allemands proposent de ne discuter que la guerre. La meilleure voie est peut-être celle indiquée par Vandervelde. Une question délicate c’est en outre de savoir comment on pourra discuter à Paris. On veut, si j’ai bien compris Adler, éviter les questions sur lesquelles on n’est pas d’accord. Nos camarades, comme Haase, savent qu’on peut décider des points que l’on mettra à l’ordre du jour, mais non de ce que l’on dira. Les Français ont reçu des mandats formels [10]. Ils doivent parler. C’est une question de tact que de traiter les questions sur lesquelles on n’est pas d’accord. On ne peut éviter la question de la grève générale. Cela s’est fait toujours, même à Bâle. Néanmoins on s’est entendu. On rallie les discussions des commissions aux discussions des séances plénières. Qu’on prouve avoir le tact de savoir organiser.

Sembat demande la clôture de la discussion sur ce point.

Haase propose de mettre tous les points à l’ordre du jour de Paris, mais d’ajouter en tête : La guerre et le prolétariat. Le premier point aura ainsi rapport à la situation actuelle. Le Congrès a alors le droit de modifier l’ordre du jour, si bon lui semble.

Keir Hardie : Il faut discuter séparément la situation actuelle et l’avenir. Il y aura malentendu.

[La proposition Haase est adoptée.]

Vandervelde : La communauté des frais s’impose comme pour Bâle.

[Adopté.]

Walecki demande quelle sera la durée du Congrès.

Vandervelde : Il est impossible de prendre la décision à ce sujet. Il nous faut attendre la situation du moment.

Kautsky : Rien ne dit que nous pourrons siéger à Paris. Prenons nos précautions.

Vandervelde propose de faire décider le Comité Exécutif dans ce cas. [Adopté.]

Jaurès demande de ne pas oublier les décisions de cette réunion.

Vandervelde : Examinons maintenant la situation politique. Mais soyons brefs.

Victor Adler : Que publiera la presse à propos de cette réunion ?

Huysmans donne lecture du 1er communiqué libellé comme suit :

Le Bureau socialiste international, convoqué par télégramme, s’est réuni mercredi 29 juillet 1914 à la Maison du Peuple de Bruxelles.

Étaient présents : du Comité Exécutif (Belgique) : Vandervelde, Anseele, Bertrand, Huysmans ; de la France : Jaurès, Vaillant, Sembat, Guesde, Longuet ; de l’Allemagne : Haase ; de la Grande-Bretagne : Keir Hardie, Irving, Bruce Glasier ; de la Pologne : Rosa Luxemburg, Walecki ; de la Russie : Roubanovitch, Axelrod, Winter, Braun ; de l’Italie : Morgari, Balabanoff ; de la Hollande : Troelstra ; de la Suisse : Grimm, Moor ; du Danemark : Stauning ; de l’Espagne : Fabra Ribas et Corrales ; de l’Autriche, Hongrie-Bohême : V. Adler, F. Adler, Nemec, Burian.

L’Assemblée a examiné la situation politique créée par les derniers événements et elle a entendu et discuté les rapports des délégués venant des pays où la guerre sévit ou menace de sévir. À l’unanimité il a été décidé de ne pas ajourner le Congrès qui aurait dû se tenir à Vienne le 23 août mais au contraire d’en rapprocher la date ; sur proposition des délégués allemands et avec la vive adhésion des délégués français, il a été décidé de réunir le Congrès à Paris le 9 août, de maintenir l’ordre du jour et de mettre en tête l’examen de la question suivante : « La guerre et le prolétariat ».

Vandervelde donne lecture d’un télégramme du Temps de Paris, disant la situation plus critique.

Axelrod ne croit pas nécessaire de parler de la situation de la Russie à l’égard de l’Autriche et d’une conflagration éventuelle. Ce qui est le principal, c’est de savoir si la social-démocratie russe est en état de faire quelque chose contre la guerre. Depuis environ dix ans, la Russie est en état révolutionnaire et je ne crois pas que nous sommes loin du second acte de cette histoire. À mon avis, la masse se lèverait de nouveau pour s’opposer à la guerre. Quelle est maintenant la situation du parti ? Il y a quelques jours, nous avons eu des grèves à caractère révolutionnaire [11]. D’un côté le parti est affaibli. L’organisation a beaucoup perdu à cause de la grève actuelle. Mais le prestige de l’idée socialiste a augmenté énormément. La révolution éclatera-t-elle en cas de guerre, c’est ce que nous pouvons dire en ce moment avec certitude. Il donne lecture de la déclaration suivante de la part de la PPS Russe [12] :

Si l’on raconte, en dehors des frontières russes, et ces temps-ci en Autriche qu’en cas de guerre austro-russe, la population de la Pologne russe se révolterait en faveur de l’Autriche, cette déclaration est absolument fausse.

En ce qui concerne la Galicie, nous ne savons rien. Mais par ailleurs, toutes nos informations, et tout ce que nous affirment nos camarades de la Pologne russe, sont unanimes : si, à cause d’une guerre, un mouvement populaire se fait constater en Pologne russe, ce mouvement constituera une partie du mouvement révolutionnaire de l’empire russe, dont la solution sera l’autonomie de la Pologne russe et une Russie démocratique.

Roubanovitch : La situation russe est différente de celle de l’Autriche. Nous constituons un parti secret et désorganisé. Nos préoccupations ne sont donc pas les mêmes. Le tsarisme est isolé en Europe et cherche des diversions. Quel est son but ? La mobilisation nous montre ses desseins comme belliqueux. Il s’est joué en Russie une comédie qui sera un jour déjouée par nous, aidés par une partie de la bourgeoisie. Nous ne pouvons prendre aucun engagement formel. Le prolétariat russe est plus révolutionnaire que le parti. En temps de guerre il n’y a pas de doute : la situation deviendra encore plus révolutionnaire. Et alors, le parti, le cas échéant, aura recours à des moyens puissants.

Haase : Nous connaissons suffisamment les Autrichiens pour comprendre leur attitude. Nous connaissons leur tactique. Ils ont vu leur situation de trop près. Ils ont tort dans leur passivité et dans leur résignation, d’abord parce que cette passivité ne sert pas la social-démocratie, ensuite parce qu’elle n’est pas favorable au dénouement de la crise actuelle. Si maintenant ils s’opposent à la guerre, ils auront l’opinion publique avec eux après la guerre. La population reconnaîtra que c’est la social-démocratie qui n’a pas perdu la tête dans les moments critiques. Je ne puis croire que les manifestations du prolétariat font augmenter l’attitude belliqueuse des gouvernements. Au contraire, suivant moi, cela servira de frein. Je sais qu’il y a des difficultés énormes à cela mais mes impressions sont ainsi. Nous espérons que les décisions de cette réunion et celles qui seront prises à Paris ne causent plus de difficultés aux Autrichiens.

Quant à l’Allemagne, le gouvernement déclare ne pas avoir été consulté. C’est possible. Seulement 15 jours avant la publication de la note de l’Autriche à la Serbie nous savions qu’à la fin de la moisson l’Autriche enverrait un ultimatum à la Serbie. On peut nous reprocher de ne pas avoir parlé alors. C’est que nous n’avons pu y croire. Le gouvernement allemand a fermé les yeux pour avoir les mains libres au moment du conflit. Le télégramme du Temps semble dire que l’Allemagne a influencé l’Autriche. Nous savons que l’Allemagne veut la paix mais quand la Russie intervient, elle devra bien intervenir à son tour. Quant à l’histoire de l’entrevue que j’aurais eue avec le chancelier, c’est absolument inexact. Le gouvernement n’a pas essayé d’influencer la social-démocratie qui était avisée par le représentant du gouvernement. On évite tout ce qui pourrait conduire à la guerre. Nous n’avons pas non plus arrêté notre activité. Nos manifestations ont même profité d’une certaine neutralité. On a toléré nos cortèges. C’est la bourgeoisie libérale qui est la plus belliqueuse, elle est anti-serbe et avec l’Autriche. Mais les classes gouvernementales et les grands industriels sont hostiles à la guerre. Les organes du parti militaire déclarent que l’Allemagne n’a aucun intérêt à la guerre. Mais si la Russie attaque, l’Allemagne intervient. Là, il n’y a pas de doute. Les social-démocrates profitent de la situation actuelle. Nous ne nous arrêterons pas. Nous augmenterons nos manifestations que nous rendrons encore plus anti-belliqueuses.

Si maintenant l’Allemagne entre dans la danse malgré les protestations de la social-démocratie, nous ne nous croyons pas assez forts pour pouvoir l’en empêcher. En tout cas, nous ferons notre devoir.

Keir Hardie propose de siéger demain. [Adopté.]

Jaurès voudrait examiner la question par rapport à l’influence à exercer. La France est unanime à condamner l’acte de l’Autriche et l’hypocrisie des prétextes pour ne pas accepter la réponse de la Serbie qui déjà, allait trop loin. L’Autriche voulait la guerre et écraser le petit peuple. Ce fait a provoqué l’indignation générale. Les catholiques militants qui ont, en catholiques, beaucoup de sympathie pour l’Autriche, manifestent leur réprobation. À l’égard de l’Allemagne, il ne se trouvera pas un Français sur 100 000 capable d’admettre que l’Allemagne n’était pas au courant des faits. Peut-être le texte de la note ne lui a pas été remis, mais il est certain que l’Allemagne est résolue à se mettre du côté de l’Autriche au premier incident. Deux jours avant l’envoi de la note, un journaliste allemand, attaché à la chancellerie à Paris, disait : « Je pars parce qu’il va y avoir une grosse affaire à cause de l’incident austro-serbe. » L’opinion est donc que l’Allemagne a tout su. Nous saurons ainsi quelle est la force de résistance de la Triple Entente. « Si l’on cède, le prestige germanique sera accru sans guerre. » Voilà le calcul fait en Allemagne. Les gouvernements en sont-ils arrivés à un tel point de faiblesse de ne pas comprendre le danger ? Tous, nous sommes d’accord. C’est le plus grand des malheurs qui nous attend.

Le gouvernement français veut la paix. Il soutiendra l’Angleterre dans ses médiations en faveur de la paix. Il a agi auprès de la Russie pour ne pas voir s’aggraver la situation. Maintenant nous ne pouvons que veiller à des influences nouvelles et défavorables. Quant à notre thèse, la voici : nous ne sommes pas obligés à une action, ni forcés par un traité. Je me réjouis, et j’en remercie profondément les camarades allemands de leurs manifestations en faveur de la paix. On croit en France que même si nous ne suivons pas la Russie, l’Allemagne nous attaquera. Il n’y a pas là de notre part une arrière-pensée de guerre. Nous voudrions vous le prouver et nous vous prions de le croire. Si nous pouvions éviter cette situation terrible, nous pourrions être satisfaits.

Morgari expose la situation de l’Italie qui prouve qu’elle n’est pas restée fidèle à la Triple Entente. On connaît suffisamment les antipathies nationales. Quant à la conduite du prolétariat italien, au point de vue grève générale, etc., rien ne se laisse prévoir. Il comprend les difficultés des Autrichiens. Mais peu importent ces difficultés. Les socialistes italiens sont passé par là, à l’occasion de la guerre de Tripoli. Ils ont été insultés, calomniés. Mais après la guerre, leur prestige s’est accru [13].

[La séance est levée à 8 heure ½.]

Séance du jeudi matin, 30 juillet

Bruce Glasier regrette l’absence de Keir Hardie qui, avec les autres camarades anglais, était bien désappointé des débats d’hier. On a donné trop de préférence aux Français et aux Allemands mais on n’a pas suffisamment attaché d’importance aux Anglais. L’Angleterre est bien considérée comme une puissance dans le monde capitaliste mais non au sein du Bureau Socialiste International. En Angleterre on ne croit guère en ce moment en une influence possible de la guerre austro-serbe. Après la guerre balkanique, nous avons bien connu des répercussions économiques, mais nous ne croyons pas être affectés par la guerre actuelle. Les Anglais veulent la paix. Tous les membres du Cabinet veulent la paix. La classe ouvrière également. Dans tous les Congrès syndicaux on a toujours parlé contre le militarisme et contre la guerre. Qu’une partie de la population se laisse entraîner, le mouvement syndical et socialiste combattra toujours cette tendance.

Vandervelde : Les camarades anglais se sont bien trompés quand ils ont cru qu’on n’attachait pas d’importance à eux. Il y a malentendu. En Angleterre l’orateur qui se lève a le droit de parler. Ici le président donne la parole au premier orateur inscrit. Ensuite, il était convenu que les délégués parleraient suivant l’importance de leur pays dans le conflit actuel.

Vandervelde donne lecture de la résolution suivante proposée par Haase :

Le Bureau Socialiste International a entendu aujourd’hui, en sa séance du 29 juillet, les délégués de toutes les nations menacées par la guerre mondiale, exposant la situation politique dans leurs pays respectifs. À l’unanimité, il fait une obligation aux prolétaires de toutes les nations intéressées, non seulement de continuer leurs démonstrations contre la guerre, et pour la paix, mais encore de les renforcer. Les prolétaires allemands et français pèseront de toutes leurs forces sur leurs gouvernements, comme ils l’ont fait jusqu’à présent, pour obtenir d’eux une pression sur leurs alliés, l’Autriche et la Russie, afin qu’elles cessent de mettre en danger la paix du monde.

Le Congrès convoqué à Paris, sera l’expression vigoureuse de cette volonté pacifique du prolétariat mondial.

Morgari : Et les Italiens ?

Kautsky propose d’ajouter : les Italiens et les Anglais appuieront respectivement les efforts de l’Allemagne et de la France.

Vaillant : Les camarades socialistes qui siègent aux Parlements de tous les pays en état de neutralité pourraient intervenir d’une façon extrêmement utile en faveur du règlement arbitral du conflit.

Jaurès propose d’insérer cette remarque dans la résolution.

Troelstra regrette cette proposition. Nous faisons en ce moment le travail du Congrès qui aura à se prononcer sur la question de l’arbitrage. Il y a des partis qui ne partagent pas les idées de Jaurès à ce sujet.

Victor Adler veut tranquilliser Troelstra. Nous faisons maintenant le travail du moment. Les camarades de tous les pays seront contents, malgré leurs principes, si de cette façon le conflit pouvait prendre fin. Votons la résolution qui est calme et énergique.

[Le texte définitif de la résolution est adopté à l’unanimité.]

Voici ce texte :

Le Bureau Socialiste International a entendu aujourd’hui en sa séance du 29 juillet les délégués de toutes les nations menacées par la guerre mondiale, exposer la situation politique dans leur pays respectif. À l’unanimité, il fait une obligation aux prolétaires de toutes les nations intéressées, non seulement de poursuivre, mais encore d’intensifier leurs démonstrations contre la guerre, pour la paix et pour le règlement arbitral du conflit austro-serbe.

Les prolétaires allemands et français devront exercer sur leurs gouvernements une pression plus énergique que jamais afin que l’Allemagne exerce sur l’Autriche une action modératrice et que la France obtienne de la Russie qu’elle ne s’engage pas dans le conflit. Les prolétaires de Grande-Bretagne et d’Italie, de leur côté, appuieront ces efforts de toutes leur forces.

Le Congrès convoqué d’urgence à Paris sera l’expression vigoureuse de cette volonté pacifique du prolétariat mondial.

Vandervelde : En ce qui concerne la proposition de Vaillant sur les pays neutres, je ferai aujourd’hui même des démarches personnelles auprès du chef du cabinet belge. À mon avis, il est préférable que cela ne se fasse pas officiellement.

Vaillant : Nous vous laissons le choix de la voie, pourvu que vous aboutissiez !

Rosa Luxemburg propose la résolution suivante adoptée à l’unanimité :

Le Bureau Socialiste International félicite chaleureusement le prolétariat de la Russie de son attitude révolutionnaire et l’invite à persévérer contre le tsarisme dans ses efforts héroïques qui constituent la garantie la plus efficace contre la menace de la guerre mondiale.

Vandervelde lève la séance en donnant rendez-vous à l’Internationale, dimanche en huit à Paris.


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[1] Nous avons complété les prénoms quand ils étaient absents ou ne figuraient que par leur initiale.

[2] Socialiste français originaire de Russie, Charles Rappoport (1865-1941) participa aux mouvements révolutionnaires russes et, dès 1902, fut membre du Parti ouvrier social-démocrate de Russie. Émigré en France, il devint un militant connu du Parti socialiste. À la 13e réunion du BSI, tenue à Londres en décembre 1913, il représenta le Parti socialiste argentin.

[3] À la suite de l’assassinat du prince héritier François-Ferdinand et de sa femme à Sarajevo (Bosnie-Herzégovine) par des nationalistes serbes le 28 juin, l’Autriche-Hongrie avait adressé le 23 juillet un ultimatum à la Serbie composé de dix points. Cette note, « effroyablement dure » selon Jaurès, dont les clauses étaient rédigées de sorte à le rendre inacceptable, devait servir de prétexte au déclenchement de la guerre le 28 juillet, malgré l’acceptation par la Serbie de quasiment toutes les demandes austro-hongroises.

[4] Le compte-rendu rapporte le terme employé par Adler, « Wehrlos », qui aurait aussi pu se traduire par « incapable de se défendre ».

[5] Le 28 juillet, des dizaines à des centaines de milliers de personnes avaient participé à des meetings pacifistes organisés par le SPD, puis certains avaient manifesté en bravant l’interdiction gouvernementale.

[6] Le comte Leopold Berchtold (1863-1942) était le ministre des affaires étrangères d’Autriche-Hongrie, partisan de la guerre contre la Serbie ; et le comte István Tisza (1861-1918) Premier ministre de la partie hongroise de l’Empire.

[7] Fabra i Ribas, témoignage reproduit dans le Bulletin de la Société d’études jaurésiennes, n° 28, janvier-mars 1968, p. 4-5.

[8] Il s’agit du grand meeting international qui eut lieu le soir même au Cirque Royal. Vandervelde, Haase, Morgari, Keir-Hardie, Roubanovitch, Troelstra et Jaurès prirent la parole. Le texte de leurs discours fut publié dans Le Peuple le 30 juillet 1914.

[9] Il s’agit des délégués d’Afrique du Sud.

[10] Le congrès extraordinaire de la SFIO du 14 au 16 juillet 1914 avait voté en faveur de « la grève générale ouvrière simultanément et internationalement organisée » pour empêcher la guerre.

[11] En Russie, le 17 juillet 1914, commencèrent des mouvements de grève de caractère économique. Ces mouvements prirent rapidement une grande extension, et les 21-22 juillet, à Saint-Pétersbourg, 200 000 ouvriers se mirent en grève. La presse socialiste occidentale parlait déjà de situation révolutionnaire en Russie. La grève générale se termina le 27 juillet.

[12] Probablement une erreur dans le compte rendu : il s’agit plus précisément du Parti socialiste polonais (PPS) des territoires polonais dans l’Empire Russe.

[13] La guerre de Libye oppose l’Italie à la Turquie (1911-1912). Exploitant les tensions au Maroc au même moment, l’Italie provoque la Turquie en septembre et, au terme du conflit, annexe Tripoli et la Cyrénaïque en octobre 1912. Le Parti socialiste italien est divisé face au conflit, même si des manifestations contre la guerre sont organisées en septembre 1911 - et réprimées par le pouvoir. Un appel à la grève générale est lancé, mais se solde par un échec. Conséquence des divergences face à la guerre, le congrès du PSI de juillet 1912 exclut l’aile droite belliciste.