
Adhère au parti social-démocrate lituanien en 1895. D’abord lieutenant de Rosa Luxemburg, il va être de plus en plus écartelé (après 1911 et la scission du SDKPiL) entre sa loyauté pour ses anciens camarades et sa sympathie pour les thèses bolcheviques.
Libéré du bagne par la révolution de 1917, il est attiré dans l’orbite de la Révolution russe. Il apporte son appui total à Lénine sur la question de l’insurrection. En décembre, il se voit confier le rôle ingrat d’organiser la « fameuse » Commission extraordinaire de lutte contre la contre-révolution.
Personnage important du Comité Central, il assiste aux luttes qui divisent le parti bolchevik dans les années suivants Octobre. Ainsi, en janvier 1918, hostile aux négociations de paix, il accuse Lénine « de faire de façon masquée ce qu’avaient fait Kamenev et Zinoviev. »
Le 20 décembre 1918, Radek, débarquant illégalement à Berlin, a une première discussion sur la terreur en Russie, avec Luxemburg et Liebknecht : « Rosa regrettait que Dzerjinski soit à la tête de la Tchéka [...] « Nous tablons sur la révolution mondiale [lui répondis-je], nous devons gagner quelques années [...] Par ailleurs, la terreur est sans effet sur une classe jeune qui représente l’avenir de la société et pour cette raison déborde d’enthousiasme et d’abnégation. Il s’en va autrement avec la classe que l’histoire a condamnée à mort et qui a le crime de la guerre mondiale derrière soi ! » Liebknecht me soutint chaleureusement. Rosa dit : « Vous avez peut-être raison. Mais comment Jozef [Dzerjinski] peut-il être aussi cruel ? » Tiszka [Jogiches] rit et dit : « S’il le fallait, tu pourrais l’être toi aussi. » (in Nettl, p. 710)
Dzerjinski ne se rapproche de Staline qu’à propos de la question nationale (politique de russification de la Géorgie). Il prend ensuite une part très active dans la lutte contre les différentes oppositions.
Fondateur et premier chef de la Tchéka, puis de la Guépéou, il est aussi membre du Comité Central d’août 17 à sa mort. Il meurt, terrassé par une crise cardiaque lors d’une réunion du CC particulièrement agitée. Apprenant son décès, Radek déclare : « Felix est mort à temps. C’était un schématique. Il n’eût pas hésité à rougir ses mains dans notre sang. »
Avec son mince visage ascétique, ses yeux limpides et ses gestes rares dûs à des rhumatismes contractés dans les prisons tsaristes, on le surnomma le « Torquemada rouge » [1] En fait, ce n’était qu’un militant trempé par la clandestinité et le bagne, pénétré de l’obligation des tâches à accomplir, emporté comme tant d’autres militants sincères et loyaux par la défaite de la révolution mondiale et la nécessité érigée en vertu !
Bibliographie indicative :
— HAUPT Georges et MARIE Jean-Jacques, Les bolcheviks par eux-mêmes, Maspéro, 1969, Bibliothèque Socialiste n°13, p. 301-306 ;
— LICHTENHAN Francine-Dominique, Le laboratoire du Goulag. 1918-1939, Desclée de Brouwer, 2004 ;
— NETTL John Peter, La vie et l’oeuvre de Rosa Luxemburg, Editions François Maspéro, Bibliothèque Socialiste n°21 et 22, 1972 ;
— SERGE Victor, Ce que tout révolutionnaire doit savoir de la répression, Editions François Maspéro, 1977, p. 73-97 ;
[1] Torquemada (1420-1498) : inquisiteur général pour toute la péninsule Ibérique.