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Revue publiée par le Forum de la Gauche Communiste Internationaliste : C’est pour contribuer à déblayer la voie vers la clarification et le regroupement sur des bases théoriques, politiques et organisationnelles saines que Controverses a vu le jour. En d’autres termes, tout en tenant compte du changement de période qui n’est plus au reflux mais à la reprise historique des combats de classes, notre objectif essentiel est de reprendre ce qui était le souci de Bilan mais qu’il n’a pu mener complètement à bien compte-tenu des conditions d’alors : « ...une critique intense qui visait à rétablir les notions du marxisme dans tous les domaines de la connaissance, de l’économie, de la tactique, de l’organisation », et ce sans « aucun dogme », sans « aucun interdit non plus qu’aucun ostracisme », et « par le souci de déterminer une saine polémique politique ». Ceci est plus que jamais indispensable afin de réussir un nouvel « Octobre 17 » sous peine de se retrouver comme ces « vieux bolcheviks ... qui répètent stupidement une formule apprise par cœur, au lieu d’étudier ce qu’il y avait d’original dans la réalité nouvelle. (extrait de l’éditorial du n°1)
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BILAN 07d : Parti - Internationale - État / II : Classe et État
Mai 1934 / pp. 231 - 238
4 décembre 2006 par albin

Dans son livre, L’État et la Révolution, Lénine, s’appuyant sur les enseignements d’Engels, précisait l’idée fondamentale du marxisme touchant le rôle historique et la signification de l’État qui « est le produit et la manifestation de l’antagonisme inconciliable des classes. L’État apparaît là où les contradictions de classe ne peuvent être objectivement conciliées, et dans la mesure où elles ne peuvent l’être. Et inversement : l’existence de l’État prouve que les contradictions de classe sont inconciliables ». En plus de cette idée essentielle, le livre de Lénine contient des idées fondamentales quant au rôle de l’État, idées que les événements de l’après-guerre paraissent, à première vue, démentir et qui, pour cela, doivent à nouveau être mises en lumière.

Il serait possible, en effet, d’affirmer que l’État Soviétique, dans la mesure même où il « marche à grands pas » vers la réalisation du socialisme et vers la liquidation des classes, renforce - au lieu de le voir dépérir, suivant l’expression d’Engels - son appareil administratif, répressif et militaire. Par ailleurs, le phénomène de la conversion (violente ou non) de la forme démocratique de l’État capitaliste en forme fasciste, qui peut s’effectuer sur la base de forces sociales radicalement opposées à la bourgeoisie (petite-bourgeoisie et couches prolétariennes) semblerait, à son tour, faire apparaître l’impossibilité - apparente évidemment - de maintenir les formulations du marxisme pour l’explication des événements actuels.

L’on pourrait, il est vrai, opposer à ces considérations quant au rôle et à la fonction actuelle de l’État, la pensée exprimée par Engels dans son livre sur l’Origine de la Famille, de la Propriété Privée et de l’État ; « par exception, cependant, dit Engels, il se produit des périodes où les classes en lutte sont si prêtes à s’équilibrer que le pouvoir de l’État acquiert, comme médiateur en apparence, une certaine indépendance momentanée vis-à-vis de l’une ou de l’autre ». Mais cette image d’Engels ne peut se rapporter à la situation actuelle où les classes, loin de piétiner dans un certain « équilibre », sont poussées aux limites extrêmes de leur lutte. L’éventualité émise par Engels ne nous permet donc pas d’éclaircir les problèmes de la situation d’aujourd’hui. Au surplus, prise comme justification des différentes phases de la situation de l’après-guerre, cette éventualité représenterait plutôt un démenti très vif à la théorie marxiste sur l’État.

Si, depuis Lénine, rôle et signification de l’État ont été précisés d’une façon définitive, il n’en est pas de même pour ce qui est de la position occupée par les classes envers l’État, dans l’époque des guerres et des révolutions prolétariennes, ainsi que par l’État ouvrier envers l’évolution de la révolution prolétarienne mondiale.

Notre étude a pour but d’indiquer, sur la base des rapports existant entre l’État et la classe, les raisons pour lesquelles la doctrine marxiste ne souffre actuellement aucun démenti, alors que les situations nous permettent déjà de centraliser en des formulations fondamentales les nouvelles données programmatiques pour la victoire du prolétariat.

* * *

Nous avons mis en lumière, dans le premier chapitre, le fait que la classe, tout en étant le reflet du mécanisme productif, n’accède au rôle de force historique qu’à la condition d’être appelée à réaliser une forme particulière d’organisation de la société. Ainsi, nous avons pu réfuter « l’automatisme économique » et mettre en évidence le fait qu’aujourd’hui encore, la partie se joue entre le capitalisme qui entend conserver ses privilèges par le maintien de la société bourgeoise, et le prolétariat qui combat pour l’instauration de la société communiste. La lutte se livre donc entre deux formes de sociétés radicalement opposées et non entre deux classes luttant dans le cadre exclusif limité par leurs intérêts économiques spécifiques. Les deux classes fondamentales antagonistes de la société actuelle ne se disputent pas un organe de domination (l’État), parce qu’une fois conquis il permettra à la classe victorieuse d’imposer violemment sa souveraineté (dans sa signification de seule expansion illimitée de ses besoins économiques particuliers), mais la bataille se mène sur un front bien plus large : la construction d’une nouvelle société ou le maintien de l’ancienne. L’expérience de la domination capitaliste est d’ailleurs la meilleure confirmation de cette affirmation. Sa société ne résulte pas d’une simple coordination des multiples intérêts économiques des composants de sa classe, mais d’une coordination qui embrasse toute la société et qui oblige des éléments de la classe exploiteuse dominante à réfréner l’expansion de leurs intérêts contingents en vue de la survivance de la société dans son ensemble. Les interventions de l’État dans le domaine économique qui, actuellement, se font jour dans tous les grands États impérialistes, ont précisément pour but de sauvegarder la société capitaliste toute entière en contrôlant - pour la discipliner - la liberté d’action économique de certains groupes - et non des moindres - du capitalisme.

Dans cette lutte impitoyable autour du maintien ou de la fondation d’une nouvelle société, les formations intermédiaires, que nous avons appelées des formations de classe dans le premier chapitre, en opposition avec l’appellation de classe, sont inévitablement balayées soit par leur adjonction au capitalisme, auquel aucun intérêt réel ne les relie, soit par le prolétariat victorieux qui peut, seul, leur assurer une existence meilleure : celle du salarié ayant ses intérêts garantis par l’État. Par contre, la faillite momentanée du prolétariat à réaliser sa mission historique, ce qui caractérise la situation actuelle, correspondra inévitablement à son incapacité de défendre même ses intérêts économiques limités. Cela prouve que le prolétariat, lui aussi, peut défendre victorieusement ses intérêts économiques seulement à la condition d’être suffisamment capable de lutter pour la fondation de la société communiste, de mobiliser, pour cette forme, toutes les couches exploitées de la société capitaliste.

Dans le chapitre déjà cité, nous nous sommes également efforcés d’établir des prémisses qui prouvent que l’on peut parler de « classe » là, et seulement là, où existe la possibilité historique, pour une formation de classe, d’identifier son évolution, ses intérêts économiques et sociaux avec le développement de la société elle-même. L’État qui surgit dans ce milieu historique, comme expression de cette identité, est et reste évidemment « l’État de la classe la plus puissante, la classe économiquement dominante qui, grâce à lui, (c’est-à-dire de l’État) devient également la classe politiquement dominante et acquiert ainsi de nouveaux moyens d’opprimer et d’exploiter la classe dominée » (Engels).

Il est certain que l’énonciation sèche et sommaire de la formule d’Engels : « l’État est l’organe d’une classe » semblerait conduire, à l’heure actuelle, à des énigmes, pour la Russie Soviétique d’une part, et les États fascistes de l’autre. On pourrait facilement, à ce sujet, argumenter de la sorte : ou bien l’État russe est l’État de la classe prolétarienne et puisque son activité intérieure et extérieure rompt avec les bases élémentaires de la lutte révolutionnaire : la construction d’une société sans classe et sans État, la théorie de la mission historique du prolétariat se trouve être détruite ; ou bien l’État russe n’est pas un État ouvrier et, dans ce cas, la théorie marxiste de la classe, en tant que formation sociale s’appropriant les moyens de production et instituant, pour leur conservation, l’organe de sa domination : l’État, serait à son tour démentie.

L’on pourrait raisonner de même pour les États fascistes : ou ce sont des États capitalistes et alors l’opposition que leur font des forces sociales et politiques nettement contre-révolutionnaires, telles la social-démocratie et même les droites libérales, devient incompréhensible ; ou bien encore, la théorie marxiste qui nous permet de parler de capitalisme après un examen de la forme en cours de la propriété privée doit, elle aussi, être révisée dans ses fondements.

Néanmoins, nous pensons que la définition : « l’État est l’organe d’une classe » garde encore toute sa signification historique. Dans le premier chapitre de cette étude (nous nous excusons auprès de nos lecteurs de devoir y revenir si fréquemment), nous avons indiqué que, non seulement la classe est une notion inséparable de la forme d’organisation sociale vers laquelle elle tend, et que l’évolution des forces productives lui permet de réaliser, mais aussi que la classe est une notion mondiale rattachant aux intérêts de sa conservation et à celle de la société où elle règne, tous les phénomènes qui se produisent, même dans les pays où elle est loin d’avoir triomphé, et, enfin, même là où elle a été écrasée par son ennemi, le prolétariat.

Ces prémisses doivent être constamment considérées afin de ne pas nous égarer dans les dédales propres aux situations actuelles. D’ailleurs, c’est sur une telle base que toutes les écoles historiques (et non seulement la marxiste) opèrent la classification entre les différentes périodes : barbarie, antiquité, moyen âge, capitalisme, prolétariat en stades où la société ne connaît pas encore de classes, où elle se concentre dans la domination des propriétaires d’esclaves, dans celle des seigneurs féodaux et des propriétaires fonciers, de la bourgeoisie, et, enfin, de la classe prolétarienne. Ainsi, toute cette immense multiplicité de phénomènes historiques qui illustrent l’ascension de l’humanité entière pendant des millénaires, peut se résumer dans l’idée maîtresse de la classe dominante au point de vue historique, et qui va faire refluer autour d’elle toutes les manifestations de la vie sociale, et cela sur l’échelle mondiale.

Envisagée ainsi, l’idée fondamentale que l’État reste l’instrument d’une classe ne souffrira aucun démenti. Et lorsque nous aurons précisé les positions, le chemin que l’État prolétarien doit adopter et parcourir pour ne pas déroger à sa fonction, à son but, il nous sera possible de déduire des expériences de l’après-guerre les éléments permettant la reprise de la lutte révolutionnaire et, au-delà de toute confusion, il nous sera possible de comprendre pourquoi la doctrine marxiste conserve sa valeur inaltérable.

* * *

La dernière phase de la barbarie (Morgan et Engels divisent la phase de la barbarie en trois périodes dont la dernière connaît une extension de l’échange, l’introduction de la monnaie et, enfin, la désagrégation des liens consanguins incompatibles avec une économie monétaire) pourrait, à première vue, infirmer l’idée que l’État est l’instrument d’une classe. En effet, à cette époque, la constitution gentilice [1] ne coïncide pas encore avec l’existence d’une classe exploiteuse, bien qu’une réglementation de la vie sociale soit déjà établie, qu’une certaine hiérarchie des fonctions existe au sein de la gens, et qu’il y ait une continuité manifeste dans l’attribution des fonctions occupées par les membres de celle-ci. Ainsi, les fonctions militaires (le Basileus chez les Grecs), de direction, de travail [2] étaient attribuées d’abord par voie démocratique, ensuite transmises héréditairement aux éléments qui se trouvaient soit dans la gens, soit dans les familles de la gens. Engels, à qui nous nous rapportons, remarque qu’avant cette époque, il s’était déjà effectué une évolution de la constitution gentilice, son passage du droit maternel au droit paternel - enfin sa dissociation et la constitution de collectivités de familles ou certaines d’entre elles concentrent bientôt, grâce à l’accroissement des richesses matérielles, un pouvoir de plus en plus étendu.

Afin de démontrer pour quelles raisons la constitution gentilice ne pu enfanter un appareil étatique, même rudimentaire, et afin de démontrer que ce dernier surgit seulement de la désagrégation des liens consanguins, nous établirons rapidement quelle fut la signification de la constitution gentilice.

La gens représentait une unité économique, où l’attribution des travaux nécessaires à la collectivité se faisait par la dévolution des charges de direction à des individus qui, loin d’acquérir une position de privilège et d’aisance, se trouvaient exposés aux plus graves dangers [3] alors que le mode de production, c’est-à-dire le rapport entre l’homme, la société et les forces de production reste régi par le principe de la propriété commune. Dans la constitution gentilice, nous assistons, par conséquent, à l’attribution du pouvoir non suivant les intérêts d’un privilège, mais suivant une ligne opposée : certains de ses composants sont obligés d’occuper les postes les moins enviés.

La constitution gentilice n’a donc rien à voir avec une organisation étatique qui présuppose l’utilisation de cette dernière dans le but de garder et d’accroître une certaine domination au sein de la société.

Dans le chapitre destiné à la genèse de l’État Athénien, Engels, qui le qualifie « de modèle particulièrement typique de la formation de l’État en général, parce que, d’une part, elle s’accomplit en pleine pureté sans immixtion de violence intérieure ou extérieure - l’usurpation de Pisistrate ne laissa pas derrière elle trace de sa courte durée - parce que, d’autre part, elle fait surgir immédiatement de la constitution gentilice, un État d’une forme très perfectionnée : la république démocratique » ; Engels fait donc remarquer qu’un « caractère essentiel de l’État consiste dans une force publique distincte de la masse du peuple ». Par ailleurs, il montre aussi la nécessité, pour ce dernier, de prendre pour base d’organisation sociale la subdivision du territoire et non plus le groupe consanguin. Cette évolution, en particulier, s’effectua au travers des trois constitutions de l’État Athénien. Celle de Thésée, qui commence par réglementer l’évolution des gentes, qui perdent déjà leur caractère de groupe consanguin, celle de Solon qui, sous l’effet de l’économie monétaire passe, mais toujours sur la base de la survivance des quatre vieilles tribus consanguines, à la division de la population en quatre classes, division basée sur la propriété foncière et, enfin, celle de Clysthène qui, dans sa constitution nouvelle, veut ignorer les quatre anciennes tribus fondées sur les gentes et les phrateries (confédérations de gentes et de tribus) et les remplace par une organisation toute nouvelle ayant pour base la répartition des citoyens (déjà divisés en nautraries, c’est-à-dire en petites circonscriptions militaires et territoriales à raison de 12 par tribu) uniquement d’après leur lieu de résidence. Et Engels dit à ce propos : « Ce ne fut plus le fait d’appartenir au groupe consanguin qui décida, mais le seul domicile ; ce ne fut pas le peuple, mais le sol qu’on subdivisa ; les habitants devinrent politiquement simple appartenance du territoire ». Pour que l’État pu se développer, il fallut donc briser les liens gentilices incompatibles avec une économie monétaire et avec la domination de groupes sur d’autres et c’est à quoi aboutirent ces différentes constitutions.

* * *

L’époque de la barbarie est révolue et avec elle ce mode de production qui permet à l’homme de se relier directement aux moyens de production. La propriété commune de cette époque (les biens mobiliers très peu nombreux étaient, par l’usage, propriété privée) était le reflet direct de cette situation où le caractère encore primitif des moyens de production (chasse, pêche) ne laissait entrevoir aucun besoin dépassant les nécessités d’une alimentation rudimentaire. C’est en conséquence de l’apparition de l’industrie, de l’échange, de la monnaie, qu’une vision de besoins plus étendus apparut en correspondance avec l’impossibilité d’en faire bénéficier l’ensemble de la société ; et parallèlement à la volonté de certaines familles d’abord, de classes ensuite, de monopoliser les instruments de production.

Une fois dépassée cette phase, le mode de production change radicalement. Les nouvelles formes de la production ne permettent plus d’établir entre l’homme et les moyens de production un lien direct. Ce n’est plus qu’une minorité qui pourra bénéficier de la production de tous, et ainsi apparaît la nécessité d’un organe destiné à consacrer la domination de la classe maîtresse et d’assujettir toutes les autres formations sociales. Voilà les conditions sociales qui engendrent l’État.

Mais, comme l’écrivait Lafargue, les forces économiques qui ont conduit à la division de la société en classes, à la domination du capitalisme, portent en elles les conditions d’un « communisme en retour », car, écrivait-il, « l’humanité ne progresse pas en ligne droite, comme le pensait Saint-Simon ; ainsi que les corps célestes autour de leur centre d’attraction et que, les feuilles sur la tige, elle décrit dans sa marche une spirale dont les cercles vont continuellement en s’élargissant. Elle arrive nécessairement à des points correspondants et l’on voit alors reparaître des formes antérieures que l’on croyait éteintes à jamais ; mais elles ne reparaissent que profondément modifiées par la succession ininterrompue des phénomènes économiques et sociaux qui se sont produits dans le cours du mouvement. La civilisation capitaliste, qui a réintroduit le collectivisme, achemine fatalement l’humanité vers le communisme. L’homme, parti d’un communisme simple et grossier des temps primitifs, retourne à un communisme complexe et scientifique ; c’est la civilisation capitaliste qui en élabore les éléments après avoir enlevé à la propriété son caractère personnel. Les instruments de production qui, pendant la période de la petite industrie, étaient disséminés et possédés individuellement par les artisans, arrachés de leurs mains, sont centralisés, mis en commun dans de gigantesques fabriques et dans de colossales fermes. Le travail a perdu son caractère individuel. L’artisan oeuvrait chez lui individuellement ; le prolétaire travaille en commun dans l’atelier ; le produit, au lieu d’être individuel, est « une œuvre commune ».

Ces considérations historiques nous permettent de fixer deux principes qui nous paraissent fondamentaux dans la doctrine marxiste de l’État : 1°) c’est l’instrument du travail qui pose les conditions pour la division de la société en classes, 2°) ce sont ensuite les classes qui donnent vie à l’État.

Le caractère « en dehors des classes » que revêt l’État ne découle pas d’une possibilité qu’offre la classe dominante (évidemment celle-ci profitera de cette apparence pour tromper les exploités), ni d’une vertu intrinsèque de l’État lui-même, mais, comme Engels le releva pour l’État Athénien considéré en général, résulte directement de l’impossibilité d’établir un lien entre l’homme et les moyens de production, dès que l’industrialisation de ceux-ci détermine les deux effets contradictoires qui sont l’élargissement de la production d’une part et la possibilité pour une minorité de la population seulement de s’approprier cette production élargie.

La filiation qui fait découler la classe de l’État n’est donc pas seulement une coïncidence ou une simple donnée historique intervertible, de telle sorte qu’il soit possible de parler d’un État engendrant la classe ; mais, comme nous l’avons déjà fait remarquer dans le chapitre premier, la classe précède l’État en tant que produit direct de cette phase de l’évolution de la société humaine où le monopole des moyens de production devient une nécessité pour asseoir un privilège et conformer, dans le sens de son maintien, l’organisation de la société toute entière. Il est évident que l’État est un instrument nécessaire pour l’instauration et le maintien d’une classe au pouvoir. Mais, si sous prétexte que la réalité historique n’est qu’un composé, un processus unitaire, où l’on peut indifféremment intervertir les rôles des composants, on transposait cette filiation en affirmant que la classe est un instrument de l’État, on bafouerait non seulement la théorie marxiste dans son ensemble (« L’histoire de toute société jusqu’à nos jours n’a été que l’histoire des luttes de classes » - Manifeste Communiste), mais la réalité actuelle deviendrait un galimatias incompréhensible. Il faudrait, dans ce cas, admettre que s’il existe un État fasciste, démocratique, soviétique, il existe aussi une classe fasciste, démocratique, soviétique, et que le mode de production n’est pas déterminé par les relations existant entre les rapports sociaux, juridiques et les moyens de production, mais par la relation existant entre les classes et l’État.

Au reste, le caractère « en dehors des classes » de l’État est permanent pour toute forme étatique : c’est la résultante directe de ce vide qui sépare l’ensemble de la population de la masse des produits, vide qui va être occupé par la classe qui, s’appropriant les moyens de production, contrôle cette masse de produits. Cette distinction de l’État par rapport aux classes est, d’autre part, comme Engels l’a prouvé, la forme exclusive sur laquelle peut être construit un État. En effet, historiquement les liens de la consanguinité sont remplacés par ceux du territoire, non parce que la gens se transforme formellement en une collectivité de familles ou en une circonscription territoriale, mais parce que la substance même de la nouvelle organisation sociale a changé. Avant, il s’agissait d’une division du travail qui s’effectuait spontanément entre les membres de la gens, par après il s’agira d’imposer une coercition qui ne peut plus s’effectuer sur la base de la consanguinité et de la propriété communistes : l’unité économique de la gens ayant été détruite pour toujours. Et puisque le lien consanguin ne peut donner naissance aux classes, c’est dans le mécanisme économique que ces dernières trouveront leurs sources. Dans les conclusions de son livre sur l’origine de la famille, Engels parle également, comme nous l’avons déjà dit, de l’éventualité « où les classes en lutte sont si près de s’équilibrer ». Engels ne reporte pas cette pensée pour déterminer une possibilité (soit-elle contingente) où l’État ait une fonction médiatrice, mais, à notre avis, pour mettre en évidence des situations où, provisoirement, les intérêts des classes se trouvent en équilibre, l’État peut apparaître comme l’organe médiateur. Mais, chez Engels, il ne s’agit certes pas d’une phase particulière de la vie de l’État, mais bien d’une phase particulière de la vie des classes. Ce qui est d’ailleurs prouvé par le fait qu’il parle de l’État qui acquiert une indépendance comme « médiateur » en apparence, alors qu’il parle des « classes en lutte et prêtes à s’équilibrer ».

On sait que certains groupes, se réclamant de la gauche communiste, interprètent ce passage de Engels de telle sorte qu’il puisse servir à donner une explication théorique du fascisme et du soviétisme, ainsi que des formes gouvernementales qui ont précédé la victoire du fascisme. Que cela soit en contradiction flagrante avec la pensée véritable d’Engels est prouvé par cette considération essentielle : nous ne traversons nullement aujourd’hui une période où les classes s’équilibrent. Par contre, nous connaissons une situation tout à fait opposée où les contrastes de classe mûrissent continuellement des antagonismes toujours plus âpres.

Pour la compréhension de la situation actuelle, et nous réservant de traiter dans les chapitres ultérieurs les problèmes relatifs aux différentes formes étatiques existantes, nous considérerons que la formule « l’État est l’organe d’une classe » n’est pas, d’un point de vue formel, une réponse en soi aux phénomènes qui se déterminent, la pierre philosophale qui doit être recherchée au travers des faits, mais qu’elle signifie qu’entre la classe et l’État se déterminent des rapports qui dépendent de la fonction d’une classe donnée. En particulier, pour ce qui est du prolétariat qui ne fonde pas son État dans le but de s’assujettir d’autres classes, le problème réside dans la détermination des positions politiques sur lesquelles devra être fondé l’État prolétarien par rapport à la Révolution mondiale.

Ainsi que nous l’avons déjà expliqué, chaque période historique est caractérisée par la classe qui se trouve au pouvoir. Étant donné que la fonction de l’État découle du rôle de la classe et, qu’en général, pour toutes les classes qui ont précédé le prolétariat, leur rôle consista toujours à asseoir leur domination économique, politique, et à y conformer des types de sociétés : « l’État est l’organe de ces classes » dans la mesure où il concrétise la domination de ces dernières.

Pour le prolétariat, le problème se pose sur de toutes autres bases. En effet, si l’on pouvait admettre cette éventualité toute abstraite que le prolétariat puisse réaliser son insurrection à une époque où, grâce à une évolution industrielle poussée extrêmement loin, on puisse passer, du jour au lendemain, de la société capitaliste à la société communiste (la répartition de la masse des produits permettant à tous les producteurs d’assouvir la pleine et libre satisfaction de leurs besoins), si donc pareille éventualité était possible, il n’y aurait aucune nécessité de fonder un État prolétarien. Mais l’époque de transition entre la société capitaliste et la société communiste, l’époque de la dictature du prolétariat, est caractérisée par la nécessité de discipliner et de réglementer l’évolution de la production (qui reste insuffisante , même après l’écrasement du capitalisme), de l’orienter vers un épanouissement qui permettra l’établissement de la société communiste. Les menaces de restauration bourgeoise sont également en fonction de cette insuffisance de la production et des forces de production - même dans la période de la dictature du prolétariat - et non pas en unique fonction des velléités réactionnaires des classes dépossédées.

Par conséquent, le rôle du prolétariat ne pourra être compris dans son ensemble qu’à la condition de considérer qu’à l’opposé des classes qui l’ont précédé, les fondements de son programme aussi bien que la politique de son État, instrument de sa domination, ne peuvent être trouvés et réalisés que dans la vision constante du processus de l’évolution progressive de la révolution internationale. Pour le capitalisme, par contre, la substitution de son privilège au privilège féodal, l’époque des révolutions bourgeoises, pouvait s’accompagner d’une coexistence permanente entre les États capitalistes et les États féodaux et même pré-féodaux. De plus, Marx a mis en lumière le fait que l’une des conditions pour la fondation et le maintien du régime capitaliste consiste justement dans la coexistence entre des régimes bourgeois et des colonies qui permettent un investissement de la plus-value ne donnant pas lieu aux phénomènes et aux contrastes propres de l’économie capitaliste. La vision historique du capitalisme ne peut donc, en aucun cas, être empruntée par le prolétariat, car ce dernier ne peut triompher qu’à la condition d’opposer à la société bourgeoise une société basée sur d’autres principes ; et nous avons déjà expliqué que ces principes ne peuvent s’accompagner que de l’épanouissement du caractère collectif revêtu par les instruments de production, vers la société communiste.

* * *

Le rôle du capitalisme, son but, suffisent à indiquer le rôle et le but de ses différentes formes d’État : maintenir l’oppression au profit de la bourgeoisie. Pour ce qui est du prolétariat, c’est encore une fois le rôle et le but de la classe ouvrière qui détermineront le rôle et le but de l’État prolétarien. La bourgeoisie pourra avoir une série d’orientations politiques contradictoires, par exemple l’État fasciste et celui dit démocratique. Mais, en définitive, pour déterminer si certains pays sont capitalistes ou non, nous n’examinerons pas si la nature de la politique qu’ils appliquent est capitaliste : il nous suffira d’établir si ces États se fondent sur le principe de la propriété privée pour reconnaître qu’effectivement ils sont capitalistes ; et cela malgré les contradictions au point de vue de l’espace (simultanéité d’un État démocratique et fasciste - par exemple : la France et l’Italie) et dans le temps (rupture des programmes rattachés aux formulations démocratiques du siècle passé).

Pareillement, le rôle et le but du prolétariat, c’est-à-dire la révolution mondiale, conditionnent aussi le programme, le rôle et le but de l’État prolétarien. Ici le critère de la politique menée par l’État n’est plus un élément indifférent pour déterminer son rôle (comme c’est le cas pour la bourgeoisie et pour toutes les classes précédentes), mais un élément d’ordre capital dont va dépendre le rôle de l’État prolétarien et, en définitive, sa fonction d’appui à la Révolution mondiale.

Tenant compte que l’État n’est, en définitive, que l’instrument de la classe, que le prolétariat ne peut réaliser sa mission que sur la base de son triomphe à l’échelle internationale, nous comprendrons mieux que la nature de classe de l’État prolétarien ne garantit nullement le rôle prolétarien de cet État. Il faut considérer qu’en définitive l’État ne reste qu’un des instruments de la lutte du prolétariat, bien qu’il en soit un des instruments les plus importants. D’autres instruments de la lutte prolétarienne offrent l’apparente contradiction entre leur nature de classe et la politique qu’ils appliquent. Ainsi en est-il, abstraction faite du parti dont au point de vue concret matériel, il est difficile d’indiquer les bases de classe, des syndicats fondés sur des principes de classe et gardant cette nature, bien qu’ils appliquent, sous la direction réformiste, une politique opposée aux intérêts du prolétariat et à la révolution. Ce qui arriva avant la guerre, et ce qui se répète actuellement pour les syndicats, s’est vérifié pour l’État Soviétique. Le syndicat, malgré sa nature prolétarienne, avait devant lui une politique de classe qui l’aurait mis en opposition constante et progressive avec l’État capitaliste et une politique d’appel aux ouvriers afin qu’ils attendent l’amélioration de leur sort de la conquête graduelle (réformes) de « points d’appui » au sein de l’État capitaliste. Le passage ouvert des syndicats, en 1914, de l’autre côté de la barricade, prouva que la politique réformiste conduisait justement à l’opposé du but qu’elle affichait : c’était l’État qui gagnait progressivement les syndicats jusqu’à en faire des instruments pour le déclenchement de la guerre impérialiste. Il en est de même pour l’État ouvrier, face au système capitaliste mondial. Encore une fois, deux chemins : celui d’une politique réalisant sur son territoire, et à l’extérieur, en fonction de l’Internationale Communiste, des positions toujours plus avancées dans la lutte dirigée vers l’écrasement du capitalisme international ou bien la politique opposée, consistant à appeler le prolétariat russe, et de tous les pays, à appuyer la pénétration progressive de l’État russe au sein du système capitaliste mondial, ce qui amènera inévitablement l’État ouvrier à joindre son sort à celui du capitalisme, lors de l’aboutissant des situations : la guerre impérialiste.

Dans le chapitre dédié à la classe, nous avons mis en lumière le caractère mondial de la classe. Cela nous permet ainsi de comprendre comment il est possible que l’État russe, tout en exerçant sa domination sur un territoire où, suivant le « Manifeste Communiste » est réalisée « la formule unique, pouvant résumer la théorie communiste : abolition de la propriété privée », que cet État puisse exercer un rôle contre-révolutionnaire, pour ce qui est des intérêts du prolétariat russe et du prolétariat mondial. Dans la situation actuelle, il est évident que la classe qui domine au point de vue mondial est le capitalisme. L’État ouvrier, s’il avait appliqué la politique qui découlait du programme d’Octobre 1917, aurait déterminé dans la moindre des fibres de la vie des sociétés capitalistes, arriérées et coloniales, une opposition entre deux types de sociétés, entre deux mondes. Et cela aurait abouti à l’éclosion d’une guerre de classe mondiale pouvant s’appuyer sur l’État ouvrier. La politique contre-révolutionnaire sanctionnée en 1927, après l’exclusion des gauches marxistes, ne pouvait que déterminer cette autre issue : dans toutes les sociétés capitalistes, aussi bien que dans la société soviétique elle-même, les oppositions de classe aboutirent à l’écrasement du prolétariat international, l’évolution du monde capitaliste vers la guerre, entraînant, à sa suite, l’État ouvrier arrivant au dernier échelon de sa politique : la trahison.

[1] Constitution gentilice : basée sur la gens, c’est-à-dire sur des groupes consanguins se réclamant d’une descendance commune et formant une tribu à forme de vie communiste.

[2] « Toute fonction chez les barbares tend à s’immobiliser dans une même famille : on est tisserand, forgeron, magicien ou prêtre de père en fils : de cette manière naissent les castes. Le chef chargé du maintien de l’ordre intérieur et de la défense extérieure était choisi parmi tous les habitants ; mais peu à peu on prit l’habitude de l’élire dans la même famille qui finit par désigner elle-même le chef de la communauté sans qu’on passât à la formalité de l’élection » (Lafargue : « Origines de la propriété »).

[3] Dans son livre sur la propriété, Lafargue démontre : « qu’on serait dans l’erreur de croire que les fonctions de chef constituaient au début un privilège enviable : elles étaient au contraire des charges lourdes et dangereuses. Les chefs étaient rendus responsables de tout. Une disette était pour les Scandinaves le signe certain du courroux des dieux : ils en faisaient porter la faute à leur Roi qui était déposé et parfois mis à mort. Ces fonctions étaient si peu recherchées que l’élu de l’Assemblée populaire ne pouvait s’y soustraire sans encourir le bannissement et la peine grave de devoir démolir sa maison, le bien sacré et inviolable de la famille ». (Voir aussi à ce sujet, le chapitre concernant les tribus iroquoises dans le livre d’Engels : « Origine de la famille, de la propriété privée et de l’Etat »).

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  246. BILAN 35e : La révolution espagnole
  247. BILAN 35f : Les problèmes de la période de transition (partie 4)
  248. BILAN 35g : Nature et évolution de la Révolution russe : Réponse au camarade Hennaut
  249. BILAN 35h : La crise dans la Fraction — Communiqué du comité de coordination
  250. BILAN 36a : La consigne de l’heure : ne pas trahir
  251. BILAN 36b : Octobre 1917 - Octobre 1936
  252. BILAN 36c : Mario di Leone
  253. BILAN 36e : L’isolement de notre fraction devant les événements d’Espagne
  254. BILAN 36f : La crise de la Fraction - Communiqué de la Commission Exécutive
  255. BILAN 36g : Documents de la minorité
  256. BILAN 37a : La réalité d’un « gouvernement de façade »
  257. BILAN 37b : Mario de Leone est mort
  258. BILAN 37c : Salut du groupe de Marseille
  259. BILAN 37d : Salut du groupe de la minorité de Barcelone
  260. BILAN 37e : L’ « autre » aspect de la domination capitaliste. La « Démocratie » en fonction aux États Unis
  261. BILAN 37f : La bourgeoisie renverra-t-elle Blum ?
  262. BILAN 37g : Problèmes de la période de transition (partie 5)
  263. BILAN 37h : Nouveaux assassinats : Nouvelle Constitution en Russie
  264. BILAN 37i : La crise de la fraction - Ordre du jour de la Commission Exécutive
  265. BILAN 38a : Le capitalisme français n’a pas renvoyé Blum
  266. BILAN 38b : Trotski pourra-t-il rester au Mexique ?
  267. BILAN 38f : Problèmes de la période de transition (partie 6 - fin)
  268. BILAN 39a : Le procès de Moscou
  269. BILAN 39b : Le prolétariat français doit briser l’Union Sacrée
  270. BILAN 39c : Lénine - Luxemburg - Liebknecht
  271. BILAN 39d : À propos d’un anniversaire
  272. BILAN 39e : Sous le signe de la constitution « la plus démocratique du monde » on extermine en URSS la génération d’Octobre
  273. BILAN 39f : Nos divergences avec le camarade Hennaut
  274. BILAN 39g : Le Marxisme n’est pas de la littérature Camarade Victor Serge !
  275. BILAN 39h : Que faire ? Retourner au Parti Communiste, Messieurs !
  276. BILAN 40a : Premier Mai 1937
  277. BILAN 40b : La France « libre, forte et heureuse » assassine les prolétaires
  278. BILAN 41a : Plomb, Mitraille, Prison
  279. BILAN 41b : Quand les bourreaux parlent... Le discours de Staline
  280. BILAN 41f : Antonio Gramsci - Camillo Berneri
  281. BILAN 41g : Bilan en danger - La vie de Bilan
  282. BILAN 42a : La répression en Espagne et en Russie
  283. BILAN 42f : Antonio Gramsci
  284. BILAN 43a : Pour la solidarité de classe à toutes les victimes de la guerre d’Espagne
  285. BILAN 43b : Du travail et du pain
  286. BILAN 43c : Andrés Nin assassiné ?
  287. BILAN 43d : Les bourreaux soviétiques à l’oeuvre
  288. BILAN 43e : À propos de quelques élucubrations trotskistes
  289. BILAN 43f : Le Comité national de la C.G.T.
  290. BILAN 43g : L’évolution des évènements d’Espagne
  291. BILAN 43h : Le Front Populaire
  292. BILAN 43i : Pour le Bureau International des fractions communistes de gauche
  293. BILAN 43j : L’impérialisme japonais à la conquête de la Chine
  294. BILAN 43k : Documentation internationale
  295. BILAN 43l : La vie de Bilan
  296. BILAN 44a : Lettre ouverte au Centre pour la IVe Internationale et au Parti Socialiste Révolutionnaire de Belgique
  297. BILAN 44b : À bas le carnage impérialiste en Chine
  298. BILAN 44c : Le capitalisme passe à l’attaque « La France aux Français »
  299. BILAN 44d : La guerre impérialiste d’Espagne et le massacre des mineurs asturiens
  300. BILAN 44e : Le monde arabe en ébullition
  301. BILAN 44f : Marxisme et Dogmatisme
  302. BILAN 44g : Et Calligaris ?
  303. BILAN 45a : Pour le XXème anniversaire de la Révolution d’Octobre
  304. BILAN 45b : Le front populaire continue
  305. BILAN 45c : Le droit au soulèvement armé
  306. BILAN 46a : "Bilan" disparaît
  307. BILAN 46e : Un grand renégat à la queue de paon : Léon Trotsky
  308. BILAN 46g : Écho à l’étude de la période de transition
  309. BILAN 46h : "Octobre" bulletin mensuel du Bureau International des Fractions de Gauche