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Cahiers du Communisme de Conseils - Série complète !
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Neuf des douze numéros de la revue des Cahiers du Communisme de Conseil (1968-1972) sont maintenant accessible en version numérique au travers du sommaire général.
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dimanche 5 août
Les numéros 6, 8, 9 et 15 qui manquaient jusque là ont été ajoutés au sommaire général de la revue « Communisme » (1937-1939). Bonnes lectures !
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Controverses
Revue publiée par le Forum de la Gauche Communiste Internationaliste : C’est pour contribuer à déblayer la voie vers la clarification et le regroupement sur des bases théoriques, politiques et organisationnelles saines que Controverses a vu le jour. En d’autres termes, tout en tenant compte du changement de période qui n’est plus au reflux mais à la reprise historique des combats de classes, notre objectif essentiel est de reprendre ce qui était le souci de Bilan mais qu’il n’a pu mener complètement à bien compte-tenu des conditions d’alors : « ...une critique intense qui visait à rétablir les notions du marxisme dans tous les domaines de la connaissance, de l’économie, de la tactique, de l’organisation », et ce sans « aucun dogme », sans « aucun interdit non plus qu’aucun ostracisme », et « par le souci de déterminer une saine polémique politique ». Ceci est plus que jamais indispensable afin de réussir un nouvel « Octobre 17 » sous peine de se retrouver comme ces « vieux bolcheviks ... qui répètent stupidement une formule apprise par cœur, au lieu d’étudier ce qu’il y avait d’original dans la réalité nouvelle. (extrait de l’éditorial du n°1)
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BILAN 21f : Parti - Internationale - État / VII - 3e partie : l’État soviétique
Juillet - Août 1935 / pp. 715 - 724
23 décembre 2006 par albin

Nous avons déjà traité de la loi du développement inégal du capitalisme et des conclusions - à notre avis arbitraires - que l’on en a tirées. A proprement parler, il ne s’agit pas d’une « loi », mais d’une de ces manifestations de l’évolution de sociétés divisées en classes, qui donc n’est pas spécifique à la société capitaliste. Même avant le triomphe de la bourgeoisie, les systèmes économiques précédents résultaient non d’un parallélisme de régimes sociaux dans tous les pays, mais bien d’une synthèse d’organisations sociales disparates se concentrant autour de la maîtrise du régime correspondant à la phase la plus avancée du progrès atteint par la technique de production et contrôlant le monde entier. L’économie esclavagiste pouvait bien composer avec les formes subsistant de l’économie patriarcale ; la société médiévale et servile pouvait se combiner avec la persistance de régimes esclavagistes et même patriarcaux, la société bourgeoise se relier avec toutes ces formes d’économies qui l’ont précédée. Enfin, ainsi que Lénine l’a mis en évidence dans l’Impôt Alimentaire, la première expérience de gestion prolétarienne de l’économie en Russie pu apparaître non seulement au milieu d’une économie capitaliste contrôlant le restant du monde, mais le prolétariat prit le pouvoir dans un milieu social contenant une pluralité d’éléments économiques et sociaux foncièrement opposés entre eux : le régime patriarcal de l’économie paysanne naturelle, la petite production marchande, le capitalisme privé, le capitalisme d’État, le socialisme.

La loi de l’évolution historique reste celle de la lutte des classes conditionnée à son tour par le développement de la technique de production : le développement inégal n’est qu’une expression de cette loi fondamentale. L’inversion entre loi et manifestation de cette loi conduit à deux conclusions politiques opposées dont l’une et l’autre nous semblent contraires à la doctrine marxiste. Suivant les uns, la victoire du prolétariat en Russie trouverait, dans la loi du développement inégal, les conditions objectives pour l’expansion indéfinie du socialisme en URSS, aucune opposition historique ne pouvant surgir entre la construction du socialisme en un seul pays et la persistance du régime bourgeois ailleurs, car l’inégalité du développement et sa loi feraient justement que l’îlot socialiste pourrait croître au milieu des économies capitalistes. Suivant les autres, la victoire prolétarienne en Russie ne serait et ne pouvait être qu’une manifestation accidentelle de l’évolution historique. Mais cette manifestation accidentelle due à la loi du développement inégal ne pouvait que disparaître, par la suite, du fait de l’immaturité des conditions économiques (défaut de la grande industrie) obligeant l’État russe à abandonner le programme de la révolution mondiale pour emprunter l’autre chemin conduisant graduellement au rétablissement de l’ancien régime sous la forme nouvelle d’une domination de la classe ou de la caste bureaucratique. Les centristes poussent donc à l’extrême l’idéalisation de l’inégalité du développement, alors que d’après les autres il serait possible d’expliquer la révolution russe non d’après les lois fondamentales de la lutte de classe sur le terrain mondial, mais en fonction de l’inégalité du développement, en somme en fonction d’éléments historiques qui ne sont pas des critères fondamentaux et qui doivent pousser à l’inévitable réapparition de conséquences liées à des facteurs économiques arriérés. Il s’ensuit qu’une victoire prolétarienne là où, comme en Russie, les conditions économiques pour le socialisme n’existent pas est obligée de replier son drapeau prolétarien, pour se replier vers le retour à l’économie capitaliste. Otto Bauer, le premier, commenta les mesures économiques décidées en 1921, au travers de la NEP, comme une confirmation nouvelle de la théorie marxiste et de l’impossibilité de réaliser une gestion économique prolétarienne en Russie. Dernièrement, des militants appartenant aux groupes de gauche issus de la dégénérescence centriste, des groupes qui sont donc appelés à hériter de l’expérience qu’a faite le prolétariat mondial en Russie, s’acheminent vers une critique de l’État russe qui prend comme point de départ la constatation de l’inévitabilité d’une évolution bourgeoise pour un État prolétarien surgissant là où les conditions économiques n’existent pas encore pour une gestion socialiste de la production. Nous avons fait ce rappel nullement pour indiquer que puisque socialistes et communistes de gauche se rencontrent dans le critère essentiel de la critique, les conclusions des uns et des autres doivent être réunies et rejetées a priori. Nous connaissons trop bien ce système de polémique consistant à détruire une opinion politique par ce qu’on la retrouve chez les ennemis du prolétariat pour l’employer, car s’il peut conduire à un succès immédiat, il n’arrive jamais à éclaircir le problème et le prolétaire qui donne son approbation au centrisme disant « cela est faux parce que le fasciste en profite » ou que « les socialistes disent la même chose », ce prolétaire se sera par cela même interdit la possibilité de comprendre quoi que ce soit. Les centristes par exemple ont beau jeu dans leur œuvre de bourrage de crânes lorsqu’ils disent aux ouvriers qu’il faut rejeter les positions préconisées par les fractions de gauche parce que ces dernières mettent sur le même plan l’État russe et les autres États capitalistes. Abstraction faite de la falsification introduite dans l’expression de nos positions communistes (nous parlons d’une analogie de fonctions entre les États capitalistes et l’État prolétarien dégénéré, et nullement d’une identité de nature entre ces États), il reste le problème suivant : qui donc a mis l’État russe sur le même plan historique que les États capitalistes si ce n’est le centrisme ? Il s’agit donc de procéder à une analyse de la réalité actuelle et des raisons politiques qui ont conduit à cette métamorphose, qui font de l’État russe actuel un pilier de la contre-révolution mondiale, et nullement de feindre une indignation verbale susceptible d’épouvanter les ouvriers. L’analogie que nous avons faite entre la position que défendit Bauer - à laquelle s’est associée ensuite la social-démocratie internationale - et la position prise dernièrement par certains communistes de gauche, n’a donc pour nous aucune valeur définitive : ce qui nous intéresse c’est de montrer que la critique communiste de la révolution russe doit emprunter un autre chemin pour arriver à des conclusions valables pour les révolutions futures.

Si nous restons fidèles aux conceptions essentiellement internationalistes pour juger une époque donnée de l’évolution historique, et si nous nous en tenons aux conceptions de la lutte de classe, nous arriverons à poser les jalons qui nous permettront d’atteindre des conclusions marxistes. Pour ce qui concerne par exemple le développement inégal, nous avons déjà expliqué qu’il s’agit là d’une simple expression du processus historique et que le développement inégal qui n’a point de valeur définitive sur le terrain de l’évolution économique acquerra également sa valeur réelle en fonction de considérations politiques et historiques. Le régime social analysé en son expression mondiale subsiste, s’étend et ne peut être détruit que sous l’action de facteurs mondiaux. La Russie, par exemple, que l’on dénomma à ce moment le « chaînon le plus faible de 1917 » ne l’était guère au point de vue économique puisque ce territoire était en Europe celui qui présentait les conditions économiques pour la meilleure défense du régime bourgeois, mais l’était justement à cause des conditions historiques dans lesquelles s’effectuait la profonde transformation économique et sociale qui dans les autres pays faisait le contenu des révolutions bourgeoises. Au point de vue mondial, ce secteur de l’économie capitaliste craquait en des circonstances historiques qui en faisaient la maille la plus faible parce que le prolétariat était en mesure d’intervenir dans ces événements avec l’expérience d’un siècle environ de luttes de classes : en Russie, le prolétariat, loin d’accompagner la bourgeoisie dans ses mouvements, devenait une force historique autonome faisant son entrée pour écarter la bourgeoisie, pour l’anéantir, pour s’acquitter d’un rôle dont les fondements ne peuvent être trouvés à l’intérieur de la Russie, mais en fonction de la lutte de classe sur le terrain mondial. Le « contenu » bourgeois ou prolétarien de la révolution d’Octobre 1917 ne se reconnaît pas à l’expression qualitative et politique ; ce qui opposera contenu bourgeois à contenu prolétarien, ce n’est point que la révolution bourgeoise procédera au partage de la terre et à l’industrialisation de l’économie, alors que la révolution prolétarienne instituera d’un coup, avec la socialisation des moyens de production, un type de société où les postulats communistes pourront être immédiatement réalisés. Des modifications analogues ou semblables dans les rapports économiques peuvent s’accomplir sous la direction de classes fondamentalement opposées. Les transformations économiques qui s’étaient opérées en France, en Angleterre, etc., sous la formule de la propriété privée des moyens de production, peuvent se faire en Russie sous le signe de la socialisation des instruments de travail. Les deux formes juridiques et sociales (propriété privée et socialisation) ne sont nullement conditionnées par l’état économique du pays donné mais par le degré atteint par la technique de production sur l’échelle mondiale et par la phase traversée par la lutte de classe internationale. De plus, dans l’institution de la socialisation des moyens de production, nous réalisons la condition primaire pour l’économie prolétarienne, mais nullement la condition qui suffira à nous garantir d’une éventuelle dégénérescence de la révolution prolétarienne. Même si cette dernière devait vaincre dans un secteur hautement industrialisé, les conditions ne seraient nullement réalisées pour une gestion prolétarienne de l’État ouvrier. Ces conditions dépendent de la nature même du processus de la révolution prolétarienne et des objectifs qu’un État ouvrier peut s’assigner. A l’intérieur d’un pays donné, cet État ouvrier a de grandes tâches à remplir, mais la sphère de son action est au dehors de ses frontières car la révolution n’est en définitive qu’une manifestation de la vie du prolétariat mondial en vue d’une transformation internationale de la société. Les bolcheviks, par la victoire d’Octobre 1917, nous ont montré que c’est uniquement sur la base de considérations internationales que nous pouvons diriger la lutte du prolétariat de chaque pays et que la victoire pouvait se réaliser même en un secteur économique fortement arriéré. C’est en restant sur le même chemin historique que nous pourrons poursuivre l’œuvre de Lénine. Il nous reste à doter l’État prolétarien d’une théorie internationale en fonction de laquelle devront être résolus les problèmes économiques de la gestion de cet État, et nullement de nous assigner comme but celui de réaliser les conditions sociales du communisme en un seul pays. L’erreur que commettent à notre avis les communistes de gauche hollandais et avec eux le Cde Hennaut [1], c’est de se mettre en une direction foncièrement stérile, car le fondement du marxisme consiste justement à reconnaître que les bases d’une économie communiste ne peuvent se présenter que sur le terrain mondial, et jamais elles ne peuvent être réalisées à l’intérieur des frontières d’un État prolétarien. Ce dernier pourra intervenir dans le domaine économique pour changer le processus de la production, mais nullement pour asseoir définitivement ce processus sur des bases communistes car à ce sujet les conditions pour rendre possible une telle économie ne peuvent être réalisées que sur la base internationale. C’est enfreindre la théorie marxiste dans son essence même que de croire possible de réaliser les tâches économiques du prolétariat à l’intérieur d’un seul pays. Nous ne nous acheminons pas vers la réalisation de ce but suprême en faisant croire aux travailleurs qu’après la victoire sur la bourgeoisie ils pourront directement diriger et gérer l’économie dans un seul pays. Jusqu’à la victoire mondiale ces conditions n’existent pas et pour se mettre dans la direction qui permettra la maturation de ces conditions il faut commencer par reconnaître qu’à l’intérieur d’un seul pays il est impossible d’obtenir des résultats définitifs ; il faut commencer par reconnaître que l’institution même de la maîtrise directe des travailleurs sur l’économie n’est pas possible. A part ses objectifs économiques, d’une énorme importance comme d’ailleurs nous le verrons par la suite, le prolétariat vainqueur trouve l’essentiel de sa tâche dans la proclamation ouverte qu’il lui est impossible d’instituer les bases mêmes du communisme, mais que pour arriver à ce résultat, qui ne lui est nullement particulier, il doit mettre l’État au service de la révolution mondiale d’où seulement peuvent germer les conditions réelles pour l’émancipation des travailleurs au point de vue national aussi bien qu’international.

* * *

Nous avons déjà mis en évidence les caractères historiques qui font naître et développer l’État qui deviendra l’instrument essentiel de domination de la classe au pouvoir. Nous aurons différentes formes d’États suivant les intérêts particuliers de la classe maîtresse, mais l’État doit sa nature non aux intérêts particuliers d’une classe donnée, mais au stade que traverse la technique de production et aux conséquences qui en résultent : la division de la société en classes, l’accaparement des moyens de production par la classe appelée à diriger la société. Les raisons mêmes qui donneront naissance à la formation d’une classe donneront aussi vie à l’État. Marx, dans la Critique du Programme de Gotha, indique nettement ce qui distingue « la période de transition » de la société communiste. Il écrit : « Dans une phase supérieure de la société communiste, quand auront disparu l’asservissante subordination des individus à la division du travail et, avec elle, l’antagonisme entre le travail intellectuel et le travail manuel, quand le travail sera devenu, non seulement le moyen de vivre, mais même le premier besoin de l’existence ; quand, avec le développement en tous sens des individus, les forces productives iront s’accroissant, et que toutes les sources de la richesse productive jailliront avec abondance, alors seulement l’étroit horizon du droit bourgeois pourra être complètement dépassé et la société pourra écrire sur ses drapeaux : « De chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins ». Pour ce qui concerne la phase de transition, Marx avait précédemment écrit dans la même « Critique », que l’idée lassallienne du « partage du produit » est fausse au point de vue théorique car « au sein d’un ordre communiste, fondé sur la propriété commune des moyens de production, les producteurs n’échangent pas leurs produits ; de même le travail incorporé dans des produits n’apparaît pas davantage ici comme la valeur de ces produits, comme une qualité réelle possédée par eux, puisque désormais, au rebours de ce qui se passe dans la société capitaliste, ce n’est plus par la voie d’un détour, mais directement, que les travaux de l’individu deviennent partie intégrante du travail de la communauté. Le mot « produit du travail », condamnable, même aujourd’hui à cause de son ambiguïté, perd ainsi toute signification ». Le but de la société communiste, même dans sa phase transitoire n’est donc pas de procéder au partage des produits, mais d’établir entre la société et le travailleur un rapport social qui ne sera plus le résultat de la loi de la valeur. Nous réservant de revenir sur cette question par après, nous nous bornerons à citer ce que Marx dit à ce sujet : « Le producteur reçoit individuellement - les défalcations une fois faites - l’équivalent exact de ce qu’il a donné à la société. Ce qu’il lui a donné, c’est son quantum individuel de travail. Par exemple, la journée sociale de travail représente la somme des heures de travail individuel ; le temps de travail individuel de chaque producteur est la portion qu’il a fournie de la journée sociale de travail, la part qu’il y a prise. Il reçoit de la société un bon constatant qu’il a fourni tant de travail (défalcation faite du travail effectué pour le fond collectif) et, avec ce bon, il retire des stocks sociaux une quantité d’objets de consommation correspondante à la valeur de son travail. Le même quantum de travail qu’il a fourni à la société sous une forme, il le reçoit d’elle sous une autre forme ». Nous avons amplement reproduit ces passages de Marx pour prouver que les conditions objectives permettant d’atteindre la société communiste ne se réaliseront que lorsque le développement de la production aura atteint un tel degré que non seulement auront disparu l’inévitabilité de la division de la société en classes, mais également l’inévitabilité de la différenciation des salaires parmi tous les travailleurs. Or, Marx met bien en évidence que le producteur reçoit en proportion non de son travail individuel, mais en proportion du travail dans son expression sociale. Ce qui signifie qu’un ouvrier spécialisé, par exemple, recevra plus qu’un manœuvre pour un temps de travail égal de travail et Marx précise que « le droit égal reste toujours contenu dans des limites bourgeoises », que « le droit égal est toujours ici, en principe, le « droit bourgeois ». D’autre part, Lénine dans L’État et la Révolution, traitant du même problème, dira que sous le communisme (la phase transitoire, NDR) persiste, pendant un certain temps, non seulement le droit bourgeois, mais encore l’État bourgeois mais sans bourgeoisie ! ». Enfin, Engels, dans sa lettre à Bebel du 18 mars 1875 raille les lassalliens et les anarchistes sur l’expression de « l’État populaire », pour bien indiquer que « tant que le prolétariat fait encore usage de l’État, il ne le fait pas dans l’intérêt de la liberté, mais bien pour avoir raison de son adversaire, et dès que l’on pourra parler de liberté, l’État comme tel cessera d’exister ».

Dans la phase transitoire, le prolétariat ne peut organiser la société communiste dont les bases dépendent non de sa volonté, mais des conditions de la technique de production et d’éléments mondiaux. Pour mieux comprendre le rôle de l’État au cours de la période de transition, il faut considérer les raisons qui donnent lieu à la naissance des classes ainsi que de l’État. Dans l’Anti-Dühring, Engels écrit : « La division de la société en une classe exploiteuse et une classe exploitée, en une classe régnante et une classe opprimée, a été la suite nécessaire du faible développement de la production dans le passé. Tant que le travail total de la société ne donne qu’un produit dépassant de très peu ce qui est strictement nécessaire à l’existence de tous, tant que le travail revendique tout ou presque tout le temps de la grande majorité des membres de la société, celle-ci est nécessairement divisée en classes ». Il est vrai que Engels affirme par la suite que « l’appropriation des moyens de production et des produits, et par là la souveraineté politique, du monopole d’éducation et de direction spirituelle, par une classe déterminée de la société sera devenue non seulement une chose superflue, mais au point de vue économique, politique et intellectuel une entrave à l’évolution. Ce point est aujourd’hui atteint ». Mais Engels parle ici d’entraves et nullement de la réalisation déjà obtenue des prémices de la société communiste, ce qui n’est nullement contredit par l’autre passage où il dit : « la possibilité d’assurer au moyen de la production sociale à tous les membres de la société une existence non seulement parfaitement suffisante et plus riche de jour en jour au point de vue matériel, mais leur garantissant le développement de la mise en œuvre absolument libre de leurs dispositions physiques et intellectuelles, cette possibilité existe aujourd’hui pour la première fois, mais elle existe ». Ce qu’Engels a en vue, ce sont toujours les entraves qu’oppose le régime capitaliste à l’expansion productive comme cela est d’ailleurs prouvé par la note où il reporte la statistique contenant la perte économique conséquente aux crises économiques. D’ailleurs Engels, dans ce même chapitre, expliquera la nécessité transitoire de l’État qui, par opposition à l’idéologie anarchiste, n’est pas « aboli », mais « meurt », dans le mesure même où les conditions se présentent où « au gouvernement des personnes se substituent l’administration des choses et la direction du processus de production ».

L’État trouve ainsi son origine historique dans les mêmes causes qui déterminent la division de la société en classes et la formation de classes exploiteuses. Si le prolétariat est forcé d’y recourir, c’est parce que sa victoire contre le capitalisme ne coïncide pas avec une expansion tellement haute de la production qu’il soit possible de permettre le libre développement des besoins. De ce contraste entre les conditions historiques (victoire contre le capitalisme) et des conditions économiques que trouve le prolétariat surgit la période transitoire. Il est à remarquer que la dictature du prolétariat hérite d’une situation économique qui a connu des destructions immenses de richesses dues aux crises cycliques et aux guerres qui sont l’apanage de la domination capitaliste. Au cours de cette période transitoire, le grand changement qui s’est vérifié à l’égard du précédent régime bourgeois consiste dans le fait qu’aucune entrave ne sera plus opposée au développement de la technique de production. Mais cela ne comporte pas encore une modification dans la structure même du mécanisme économique. Marx nous a donné, dans le « Capital », une explication complète sur le fonctionnement de l’économie capitaliste et nous a surtout expliqué que ce n’est pas la classe capitaliste qui façonne à l’image de ses intérêts la structure économique et sociale, mais que c’est cette dernière qui donne vie à la formation et à la domination de la classe bourgeoise. De plus, dans toute son œuvre, Marx nous apprend qu’il faut toujours faire abstraction de la position et des intérêts du capitaliste individuellement considéré, et tenir constamment en vue la société capitaliste dans son ensemble. Enfin ce ne sont pas non plus les frontières étatiques d’un pays donné qui régissent l’évolution de sa société, mais cette dernière est redevable de son fonctionnement aux lois historiques régissant l’économie internationale. La pluralité des formations économiques loin d’être un obstacle à la construction d’une économie capitaliste mondiale, représente par contre une des conditions du fonctionnement du système dans son ensemble.

C’est dans le mécanisme productif que nous retrouverons les lois régissant l’ensemble du processus économique : ainsi la nature même de « marchandise » des produits dans l’économie capitaliste se manifestera dans l’échange, mais elle germe dans la sphère de la production. Le marché dans l’économie soviétique actuelle ne peut nullement être comparé à celui des pays capitalistes, mais cela n’aura pas une importance définitive pour nous faire conclure que les lois essentielles de l’économie capitaliste mondiale ne se manifestent pas en Russie aussi. Si par contre nous constatons qu’en Russie le mécanisme productif est basé sur des lois analogues à celles qui régissent l’économie bourgeoise, nous devrons en conclure que les frontières géographiques (même si elles sont défendues par une puissante armée rouge) n’auront pas permis à cet État de sauvegarder ses caractères prolétariens.

Le mécanisme engendrant la plus-value se base sur le travail non payé, ce qui donne lieu à l’accumulation capitaliste, accumulation qui se fera toujours, évidemment dans « l’intérêt » des ouvriers qui, suivant les moralistes bourgeois, seraient enfin appelés à bénéficier des bienfaits de l’industrialisation croissante. Marx disait : « Epargnez, épargnez toujours, c’est-à-dire retransformez sans cesse en capital la plus grande partie possible de la plus-value ou du produit net ! Accumuler pour accumuler, produire pour produire, tel est le mot d’ordre de l’économie politique proclamant la mission historique de la période bourgeoise ». Quant au rapport qui s’institue, dans l’économie capitaliste, entre le taux des salaires et le taux de l’accumulation, Marx disait : « Le rapport entre l’accumulation du capital et le taux de salaire n’est qu’un rapport entre le travail gratuit, converti en capital, et le supplément de travail payé qu’exige ce capital additionnel pour être mis en œuvre. Ce n’est donc point du tout un rapport entre deux termes indépendants l’un de l’autre, à savoir d’un côté, la grandeur du capital et de l’autre le chiffre de la population ouvrière, mais ce n’est en dernière analyse qu’un rapport entre le travail gratuit et le travail payé de la même population ouvrière. » (« Capital », Sect. V).

Si le prolétariat n’est pas à même d’instituer d’un coup la société communiste après la victoire qu’il a remporté contre la bourgeoisie, si donc la loi de la valeur continue à subsister (et il ne pourrait pas en être autrement), il existe toutefois une condition essentielle qu’il devra remplir pour orienter son État non vers son incorporation au restant du monde capitaliste, mais dans la direction opposée de la victoire du prolétariat mondial. A la formule qui représente la clef de l’économie bourgeoise et qui donne le taux de la plus-value : pl/v, c’est-à-dire le rapport entre le total du travail non payé et le travail payé, le prolétariat n’est pas en mesure - à cause de l’insuffisance de l’expansion productive - d’opposer cette autre formule qui ne contient plus de limites à la satisfaction des besoins des producteurs, et où par conséquent disparaîtront et la plus-value, et l’expression même du paiement du travail. Mais si la bourgeoisie établit sa bible sur la nécessité d’une croissance continue de la plus-value afin de la convertir en capital, dans l’intérêt commun de toutes les classes (sic), le prolétariat par contre doit agir dans la direction d’une diminution constante du travail non payé ce qui amène inévitablement comme conséquence un rythme de l’accumulation suivant un cours extrêmement ralenti par rapport à l’économie capitaliste.

Pour ce qui concerne la Russie, il est notoire que la règle instituée a été justement celle de procéder à une intense accumulation en vue d’une meilleure défense de l’État que l’on nous présentait menacé à tout instant d’une intervention des États capitalistes. Il fallait armer cet État d’une puissante industrie lourde pour le mettre dans les conditions voulues afin de servir la révolution mondiale. Le travail gratuit recevait donc une consécration révolutionnaire. De plus, dans la structure même de l’économie russe, l’accroissement des positions socialistes à l’égard du secteur privé devait se manifester par une intensification toujours croissante de l’accumulation. Or, cette dernière, ainsi que Marx nous l’a prouvé, ne peut dépendre que du taux de l’exploitation de la classe ouvrière, et c’est en définitive grâce au travail non payé que la puissance économique, politique et militaire de la Russie a pu se construire. Seulement, parce que le même mécanisme de l’accumulation capitaliste a continué à fonctionner, de gigantesques résultats économiques n’ont pu être obtenus qu’au prix d’une conversion graduelle de l’État russe rejoignant enfin les autres États capitalistes dans le giron dont la guerre est l’inévitable précipice. L’État prolétarien, pour être conservé à la classe ouvrière, devra donc faire dépendre le taux de l’accumulation non point du taux des salaires, mais de ce que Marx appelait « la force productrice de la société », et convertir en une directe amélioration de la classe ouvrière, en une augmentation immédiate des salaires, toute élévation dans la productivité du travail. La gestion prolétarienne se reconnaît donc dans la diminution de la plus-value absolue et dans la conversion presqu’intégrale de la plus-value relative en salaires payés aux ouvriers. Cela a évidemment pour conséquence que l’État ouvrier se trouvera dans des conditions d’équipement industriel et militaire qui seront toujours inférieures à celles des États capitalistes. Mais le problème reprend ici toutes ses proportions de principe et la question se pose dans les termes suivants : qui pourra construire la société communiste, le prolétariat international ou le prolétariat d’un seul pays ? Qui, d’autre part, peut empêcher la victoire du capitalisme contre l’État prolétarien : la classe internationale ou bien le prolétariat du pays vainqueur ? Ayant déjà traité ce problème, nous n’insisterons pas sur ce sujet momentanément. Nous voulons seulement indiquer que l’économie prolétarienne ne cesse pas d’avoir ses effets sur le circuit de l’économie mondiale. A tel point que Lénine écrivait en mai 1921 : « Aujourd’hui, c’est surtout par notre politique économique que nous agissons sur la révolution mondiale. Dans ce domaine la lutte a été portée sur l’arène mondiale. Ce problème résolu, nous vaincrons à l’échelle internationale sûrement et définitivement ». Cette citation sert évidemment à la manœuvre que font actuellement les centristes pour revêtir leur travail contre-révolutionnaire du cachet de Lénine, mais cela n’est pas nouveau : les exécuteurs testamentaires des chefs révolutionnaires sont toujours les exécuteurs criminels de la politique révolutionnaire que nos maîtres lèguent au prolétariat révolutionnaire. Mais, dans l’état actuel de la division internationale du travail, l’effet d’une économie prolétarienne ne peut manquer de se produire et il est hors de doute que l’État actuel dégénéré, basant le rythme de son accumulation sur la baisse des salaires, agit dans le sens d’un renforcement du mécanisme productif capitaliste dans son expression mondiale. Par contre, une dévolution constante de la plus-value à la classe ouvrière est capable de troubler le mécanisme interne de l’économie capitaliste internationale, réalisant ainsi au point de vue économique une condition pour encastrer l’État prolétarien dans le mouvement révolutionnaire du prolétariat de tous les pays. Il est évident qu’il ne s’agit là que d’une simple condition, l’essentiel de l’œuvre du prolétariat ne pouvant s’affirmer et se développer qu’au sein de l’organisme spécifique de la révolution mondiale : l’Internationale prolétarienne.

Dans le « Précis d’Economie Politique » de Lapidus et Ostrovitianov qui est certainement consacré à la justification théorique du socialisme en un seul pays, nous lisons cette citation de Marx : « Ramenons le salaire à sa base générale, c’est-à-dire à la partie du produit du travail personnel qui est consommé par l’ouvrier ; libérons cette partie des limitations capitalistes et élargissons la consommation jusqu’aux limites assignées par la force productive de la société et réclamées par le développement complet de l’individualité : réduisons le travail supplémentaire et le produit supplémentaire aux proportions nécessaires dans l’état actuel de la production à l’élargissement incessant de la production conformément aux besoins de la société ; ajoutons enfin au travail nécessaire et au travail supplémentaire la somme de travail que les membres valides de la société doivent consacrer à ses membres non valides. Nous éliminons réellement, au cours de toutes ces opérations les caractères spécifiquement capitalistes du salaire, de la plus-value, du travail nécessaire et du travail supplémentaire et nous ne sommes plus en présence de ces formes, mais de la base sur laquelle elles apparurent et qui est commune à tous les modes de production » (« Capital », Section III). Le commentaire qui suit cette citation nous donne un exemple suggestif de la manière de faire dire à nos maîtres le contraire de ce qu’ils ont écrit. Les auteurs du « Précis » commenceront par affirmer que « dans l’industrie étatisée de l’URSS, de même que dans la société socialiste », les moyens de production de l’ouvrier et aussi son produit ne sont pas opposés « sous la forme de capital à ses moyens d’existence » (Marx). Le processus de reproduction n’est donc pas dans l’industrie étatisée de l’URSS une fonction capitaliste et ne se réduit pas plus que dans la société socialiste à l’accumulation du capital. Mais Marx n’avait pas parlé de l’expression sociale qui peut surgir du mécanisme productif, mais Marx, comme nous le verrons, avait parlé de ce processus lui-même et il est évident que l’opposition entre la forme de capital et les moyens d’existence se manifestera, même si la classe capitaliste n’est pas au pouvoir, chaque fois que l’accumulation au lieu de se baser sur « la force productrice de la société » se basera sur la nécessité de l’accumulation pour battre la puissance économique et militaire des États capitalistes. Les auteurs de ce « Précis » suivront d’ailleurs régulièrement ce schéma et tout au long de leurs différents chapitres ils diront qu’une fois abolie la manifestation sociale capitaliste du mécanisme économique, nous devrons considérer que ce dernier tourne dans la direction prolétarienne chaque fois qu’il comporte l’extension de l’économie étatique aux dépens du secteur privé. Ainsi, par exemple, page 156, ils écriront : « Les catégories telles que le « capital » et la « plus-value » ne font qu’exprimer, d’une part, le monopole capitaliste des moyens de production dans la société capitaliste, et, de l’autre, la vente par les ouvriers de leur force de travail. Si ces deux faits faisaient défaut, il n’y aurait sans doute pas de profit au sens où nous le comprenons, c’est-à-dire au sens de la plus-value créée par les ouvriers et que s’approprie le capitaliste ». Mais Marx, quand il parle de capital et de plus-value, en parle non comme de simples expressions sociales et juridiques mais en tant que catégories économiques. Si, par exemple, en Russie, le capital s’accroît à un rythme qui ne correspond pas à la progression de la capacité productrice de la société, mais suivant la loi de l’accumulation capitaliste, nous aurons alors une manifestation spécifiquement capitaliste même sans capitalisme. Au point de vue économique, nous aurons donc là une prémisse qui nous éloignera graduellement des caractères prolétariens de l’économie. Marx, et il faut insister là-dessus, parle de la modification du processus de la production pour arriver à des conclusions sociales et nullement d’une modification sociale d’un processus qui n’aurait pas changé dans sa structure économique. Sur la question de l’industrie étatique que nos auteurs glorifieront jusqu’à l’impossible en profitant de l’expression de Lénine sur le « capitalisme d’État, socialisme conséquent », Engels avait déjà écrit des pages définitives quand il disait que le socialisme n’a rien à voir avec l’étatisation des branches de l’économie que Bismarck développait en Prusse. Pour Engels, il s’agissait de la réalisation d’une condition pour la gestion du socialisme (la centralisation économique) mais l’essentiel restait toujours dans une modification de la structure du processus économique, c’est-à-dire dans une diminution continuelle de la fraction du travail qui ne sera pas payé pour être conservé à l’accumulation. Au sein du régime capitaliste, le stimulant de l’accumulation est fourni par la concurrence mais pour ce qui concerne l’économie russe, ce stimulant n’a fait que se déplacer pour opposer l’État russe aux autres États. Dans le livre cité, nous constaterons d’ailleurs l’embarras de nos auteurs quand il s’agit de la loi fondamentale de l’économie, de la loi de la valeur. Il y est dit : « Si l’on nous demandait ce qu’elle est - socialiste ou capitaliste ? - nous dirions qu’on ne peut la qualifier ni de socialiste, ni de capitaliste, parce que son originalité provient précisément de son caractère transitoire entre le capitalisme et le socialisme. Nous devrions répondre de même à qui nous demanderait si la loi de la valeur continue à exercer ses effets dans l’URSS, ou si elle est entièrement éliminée par la régularisation consciente. L’un ou l’autre ? Il est impossible de dire « l’un ou l’autre », parce que ni l’un ni l’autre ne serait juste. Le vrai, c’est que nous accomplissons un processus de transition de l’un à l’autre. La loi de la valeur n’est pas encore tombée en désuétude, elle continue de jouer en URSS, mais elle joue sous une autre forme qu’en régime capitaliste, car elle subit un processus de dépérissement qui doit la transformer en une loi de défense de travail de la société socialiste » (page 147). Les files d’ouvriers devant les magasins d’alimentation, survolées par des escadrilles fabuleuses, des « Maxime Gorki », alors que se multiplient les ersatz dans le domaine industriel, militaire, donnent une réponse cinglante à la perspective du dépérissement de la loi de la valeur.

L’opposition entre Capital et Travail, qui est à la base de l’économie actuelle, peut se manifester dans un pays même si leur expression sociale ne se personnifie pas en une classe capitaliste ayant institué un régime social basé sur la propriété privée. Ce n’est pas l’appropriation du moyen de travail et du produit qui détermine les phénomènes de l’économie capitaliste ; libérer cette dernière (au travers de la socialisation des moyens de production) des entraves constituées par la propriété privée capitaliste ne signifie nullement avoir institué la production socialiste, celle-ci ne pouvant surgir que d’une modification dans la structure interne de l’économie et non dans les simples rapports sociaux. Ce qu’il faut changer, c’est le mode de production qui ne devra plus obéir aux lois de la croissante augmentation du surtravail, mais aux lois opposées d’une amélioration constante et continue des conditions de vie des travailleurs.

La double nature de l’État met le prolétariat devant le danger de voir son organisme perdre progressivement sa fonction pour s’incorporer dans le système de l’économie mondiale. L’État est à la fois un instrument trouvant sa nécessité historique dans l’insuffisance de la production à assouvir les besoins des producteurs (circonstance historique qui accompagnera toute révolution prolétarienne) et aussi, de par sa nature même, un organisme destiné à sauvegarder la suprématie d’une classe exploiteuse qui se servira de ses rouages pour y installer une bureaucratie qui se laissera gagner progressivement à la cause de la classe ennemie. Le rôle que joue actuellement l’État soviétique dans la préparation des conditions politiques pour la guerre prouve que l’État prolétarien dégénéré devient un anneau utile et indispensable dans la politique du capitalisme mondial. En face de l’expérience russe, deux conclusions sont possibles : ou bien s’insurger contre les conditions historiques (décalage entre la masse de la production et les besoins des producteurs) et descendre jusqu’à une position de nihilisme prolétarien qui ne conduirait à aucun résultat dans l’œuvre du prolétariat mondial. Ou bien retirer de cette expérience les éléments pouvant permettre la sauvegarde des révolutions futures. A notre avis, ces éléments consistent en une modification radicale de la structure productive, modification qui ne peut être confiée aux bonnes intentions ou aux affirmations programmatiques des communistes mais d’un côté à la persistance de toutes les organisations de lutte de la classe ouvrière - au sein de l’État prolétarien - et de l’autre côté à l’Internationale prolétarienne réunissant la classe ouvrière mondiale contrôlant et dirigeant l’État ouvrier qui ne peut être considéré que comme instrument de la lutte révolutionnaire et au grand jamais comme le pôle de concentration de la révolution mondiale.

* * *

Les considérations qui précèdent nous permettent de préciser notre position envers la NEP. L’impôt alimentaire de Lénine, et les discussions qui suivirent nous ont habitués à opposer la NEP au communisme de guerre, comme si l’une ou l’autre de ces deux formes de gestion économique de l’État prolétarien pouvait être élevée à la valeur d’un principe définitif. En effet, il s’agit de deux solutions intervenues à des moments différents de la lutte du prolétariat mondial dépendant de circonstances historiques spécifiques qui peuvent ne pas se représenter à l’avenir. Ce qui nous intéresse ce sont les critères théoriques qui ont servi de base aux deux solutions économiques et politiques du communisme de guerre et de la NEP ; ces notions principales peuvent seulement avoir une valeur générale et non les circonstances historiques particulières de l’époque.

Pour le communisme de guerre, ainsi que l’a remarqué le Cde Hennaut dans l’étude déjà citée, nous n’assistons pas à un déroulement d’événements économiques correspondant à un plan fixé d’avance par les organes du parti ou de l’État soviétique. Par contre, les directives des organes centraux n’ont fait que consacrer une évolution qui s’était déjà manifestée dans les événements et fort souvent cette évolution ne correspondait pas aux directives qui avait été ébauchées. Nous avons déjà remarqué que cette indécision des organes dirigeants bolcheviques était un produit historique de la situation de l’après-guerre au cours de laquelle Lénine se trouvait dans l’impossibilité de s’en rapporter à un précédent historique pouvant servir d’atelier théorique pour établir la politique du prolétariat au pouvoir. Le communisme de guerre, de par les conditions mêmes dans lesquelles il se manifeste, représente plus qu’une expérience de gestion économique : une manifestation - dans le domaine économique - de la guerre civile que mène le prolétariat contre toutes les formes de la contre-révolution ; avec la classe ouvrière tenue constamment en éveil par l’attaque continue de l’ennemi, l’État intervient comme force de centralisation des luttes prolétariennes et non comme un organe de direction des mouvements du prolétariat dans l’ordre économique et politique. La genèse du communisme de guerre tient aux conditions mêmes de l’état arriéré de l’économie russe mais sa loi interne a une valeur beaucoup plus importante qu’il s’agit de tenir en vue pour l’élaboration de la théorie de l’État prolétarien. Il est certain que, dans un autre pays plus développé que la Russie au point de vue industriel, la lutte du prolétariat se développera en des formes qui connaîtront non l’éparpillement chaotique des initiatives ouvrières mais leur concentration consciente autour des organes centraux du parti et de l’État. Mais ce qui a une valeur générale, c’est que la victoire prolétarienne dans un pays étant un moment de l’élan révolutionnaire du prolétariat de tous les pays, le problème qui se posera à l’État prolétarien n’est pas celui de procéder à une réorganisation s’assignant comme objectif celui du rendement au point de vue économique, mais bien celui de donner la plus grande ampleur possible à la guerre civile que mène la classe ouvrière. Si l’État prolétarien obéissait au premier des deux critères indiqués, il serait forcé de passer des compromis avec les classes ennemies alors que les nécessités révolutionnaires réclament impérieusement une lutte sans merci contre toutes les formations anti-prolétariennes même au risque d’aggraver la désorganisation économique résultant de la révolution.

La NEP apparaît en une toute autre situation historique quand, à cause de la résorption de la première vague révolutionnaire mondiale (et cela à cause du manque de partis capables de conduire le prolétariat à la victoire), les conditions s’atténuent provisoirement pour permettre à l’État prolétarien d’intervenir directement dans la lutte du prolétariat mondial. Nous avons dit « les conditions s’atténuent provisoirement » car - à notre avis - l’État prolétarien est inconcevable en dehors d’une situation historique posant comme axe des situations celui de la lutte du prolétariat de tous les pays pour conquête du pouvoir. Il s’agit donc d’un moment particulier de la lutte mondiale où un décalage se manifeste entre la position de repli du prolétariat dans les pays capitalistes et le maintien de la conquête de l’État, dans un pays donné. Dans cet intervalle, l’interdépendance ne cesse d’exister entre les luttes ouvrières dans les différents pays et la politique de l’État ouvrier. L’expérience est là pour nous prouver que les bases historiques de l’État prolétarien ne résidaient nullement dans les conditions particulières de la Russie (à ce point de vue, à cause de l’état retardataire de l’économie de ce pays, on devrait dire qu’aucun fondement n’existait pour l’État prolétarien), mais bien dans la situation politique au point de vue mondial et dans la position qu’occupait le prolétariat des autres pays en lutte pour la conquête du pouvoir. D’autre part, les événements de 1923 en Allemagne et ceux qui suivirent par après en Angleterre et en Chine surtout, prouvent que l’État prolétarien était redevable de son existence non aux conditions intérieures de la Russie, mais à la position que détenait le prolétariat international. Tout le problème consiste à voir si l’intervention de l’État dans les luttes de classe se fera dans la direction de la victoire de la classe ouvrière, ou bien si elle ne fournira pas à l’ennemi des conditions favorables à sa lutte contre le prolétariat des pays capitalistes aussi bien que contre le prolétariat vainqueur. C’est sur ce plan que nous devons considérer la NEP. Le problème lui-même de la réorganisation économique à laquelle le prolétariat russe devait se consacrer après la guerre impérialiste et la guerre civile ne peut être considéré « en soi », mais en fonction de la lutte internationale. Dans l’Impôt alimentaire, il est clair que Lénine a cru possible d’établir un plan de reconstruction de l’économie russe sans faire entrer en ligne de compte - dans le processus même de cette réorganisation - les réactions qui en résultaient sur la lutte de classe internationale : Lénine considérait possible de procéder à cette construction économique pour doter le prolétariat mondial d’un État capable de lutter pour la révolution mondiale. Mais tout le problème consiste en ceci : si les conditions du développement de cet État sont faussées, il en résulte inévitablement une altération de la fonction qu’exerce cet État même au cours du processus de la reconstruction économique.

Les thèses essentielles au point de vue économique défendues par Lénine, dans l’Impôt alimentaire, nous paraissent encore aujourd’hui absolument valables au point de vue marxiste : nous qui considérons foncièrement fausse la théorie du socialisme en un seul pays, nous concevons parfaitement que la gestion économique de l’État prolétarien doive tenir compte de l’impossibilité dans laquelle se trouve la classe ouvrière d’un seul pays de réaliser les fondements du socialisme et la nécessité où il se trouvera de supporter, en son sein, des expressions sociales correspondantes aux formations économiques, parce que n’ayant pas encore mûri les conditions objectives pour une gestion socialiste. Seulement, Lénine considère que l’État et son industrie puissent représenter le pôle de concentration de l’économie socialiste. A ce sujet, il écrit : « Afin d’éclaircir davantage encore la question, nous citerons avant tout un exemple concret de capitalisme d’État. Nul ne l’ignore, cet exemple est l’Allemagne. Ce pays nous présente le dernier mot de la grande technique et de l’organisation capitaliste modernes, mais sous la domination de l’impérialisme junker et bourgeois. Supprimez les mots soulignés, mettez à la place de l’État militariste, aristocratique, bourgeois, impérialiste, un État encore, mais d’un autre caractère social, d’un autre contenu de classe, l’État Soviétique, c’est-à-dire le prolétarien, et vous aurez tout l’ensemble des conditions que suppose le socialisme ». Nous nous sommes déjà expliqués au sujet de la suppression des mots soulignés. L’État ne change pas en changeant d’enseigne et ne change pas non plus par la seule modification dans le domaine social et juridique (socialisation des moyens de production), mais l’État change si une modification est intervenue dans le processus même de la production où la loi de l’accumulation aura fait place à l’autre loi de l’élévation constante du capital variable aux dépens de la plus-value, c’est-à-dire de l’amélioration continuelle des conditions de vie de la classe ouvrière. La réticence de Lénine à ce sujet devait permettre par la suite à Boukharine d’abord et aux centristes enfin de le mêler à la colossale falsification de ses positions théoriques. Lénine évidemment n’a rien à voir avec cette théorie qui peut se synthétiser en cette formule « du moment que la propriété privée n’existe pas, que la condition marxiste ( ? ) a été réalisée - au travers de la socialisation des moyens de production - l’État peut s’allier avec les trade-unionistes anglais, avec le Kuomintang chinois, le capitalisme français, peut participer à la guerre impérialiste, chacun de ses actes portera « nécessairement » l’empreinte prolétarienne, et les ouvriers ne lutteront plus pour la politique réformiste, de Chiang Kai-Shek, de l’impérialisme, mais toujours pour le communisme parce que l’État russe a accompli le miracle de changer la nature de tous les ennemis du prolétariat. En effet, c’est justement l’État qui change de direction et qui se laisse emporter par l’ennemi.

Si donc les positions centrales contenues dans l’écrit de Lénine nous semblent marxistes, pour ce qui concerne l’inévitabilité de la réapparition de couches et de classes anti-prolétariennes, il n’en est nullement de même pour ce qui concerne la direction, la tendance que Lénine croit pouvoir imprimer au cours économique et politique nouveau. En l’absence du prolétariat mondial, Lénine estime pouvoir faire appel à la collaboration des classes ennemies en vue de la construction des fondements de l’économie socialiste. Il est vrai qu’en 1921, Lénine ne pose pas encore la possibilité de la construction du socialisme en Russie, mais il est aussi vrai que par la suite (Discours sur la Coopération), il en parle ouvertement. Le capitalisme et les autres formations ennemies peuvent ne pas être liquidés par la victoire prolétarienne et l’État peut donc se trouver dans la nécessité de les supporter, mais jamais ils ne pourront se substituer au prolétariat des autres pays. La classe ouvrière doit les considérer comme une émanation directe du capitalisme mondial et jamais en tant qu’auxiliaires possibles de l’œuvre de construction d’une économie socialiste. Les événements ont connu une simultanéité entre l’introduction de la NEP et l’entrée de l’État russe dans le front des luttes des États impérialistes. Il s’agit donc d’établir si cette simultanéité dépend de circonstances occasionnelles ou bien s’il y a là une relation d’interdépendance nécessaire. Nous traiterons de ce problème ainsi que de l’autre concernant la dictature du parti communiste dans la quatrième et dernière partie de notre étude consacrée à l’État soviétique.


LES FAITS MONTRENT QUE LA GUERRE CIVILE PROLETARIENNE PEUT ETALER SANS CRAINTE SES BUTS FINAUX DEVANT LE PEUPLE SURE D’ATTIRER PAR LA LES SYMPATHIES DES TRAVAILLEURS, TANDIS QUE CE N’EST QU’EN DISSIMULANT LES SIENS, QUE LA GUERRE CIVILE BOURGEOISE PEUT ESSAYER D’ENTRAINER A SA SUITE UNE PARTIE DES MASSES, D’OU L’IMPORTANCE IMMENSE DU DEGRE DE DEVELOPPEMENT DE LA CONSCIENCE DES MASSES... (LENINE).


[1] Voir « Les classes dans la Russie Soviétique », rapport du camarade Hennaut pour la discussion sur la question russe au sein de la « Ligue des Communistes Internationalistes de Belgique ».

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  92. BILAN 13b : Le problème de la Sarre et la guerre
  93. BILAN 13c : Fascisme - Démocratie : Communisme
  94. BILAN 13d : La comédie de Mussolini : L’État corporatif en Italie
  95. BILAN 13e : Le problème de la jeunesse (2)
  96. BILAN 13g : Des exclusions en Italie
  97. BILAN 13h : Communiqué sur la répression internationale
  98. BILAN 14a : L’assassinat de Kyrov
  99. BILAN 14b : La suppression de la carte de pain en U.R.S.S.
  100. BILAN 14c : La situation en France
  101. BILAN 14d : Le problème des minorités nationales
  102. BILAN 14e : Le problème de la jeunesse (3)
  103. BILAN 14g : À tous nos lecteurs
  104. BILAN 14g : Quand manque un parti de classe... À propos des événements d’Espagne
  105. BILAN 15a : Deux époques : en marge d’un anniversaire
  106. BILAN 15b : Mathias Rakosy
  107. BILAN 15c : L’attentat de Nicolaïev
  108. BILAN 15d : Ce qu’il faut retenir de l’expérience sarroise
  109. BILAN 15e : À nos lecteurs
  110. BILAN 15f : Le problème de la jeunesse (4)
  111. BILAN 15g : Parti - Internationale - État / VI : L’État fasciste
  112. BILAN 15h : Parti et Classe
  113. BILAN 15i : Au sujet de la répression en Russie
  114. BILAN 16a : Le « dernier problème africain » et l’Italie
  115. BILAN 16b : Doumergue, compétence médiocre et maladroite
  116. BILAN 16d : L’écrasement du prolétariat allemand et l’avènement du fascisme
  117. BILAN 16e : La grève générale, expression de la lutte des classes
  118. BILAN 17a : De la Commune de Paris à la Commune Russe
  119. BILAN 17b : La Grèce, champ de manoeuvre des antagonismes inter-impérialistes
  120. BILAN 17e : Le problème de la jeunesse (5)
  121. BILAN 17g : Au sujet de Victor Serge et de Calligaris
  122. BILAN 18a : Premier Mai 1935
  123. BILAN 18c : Parti - Internationale - État / VII : L’État prolétarien
  124. BILAN 18f : Le problème de la jeunesse (6 et fin)
  125. BILAN 19a : Calligaris en Sibérie
  126. BILAN 19b : Lettre au B.P. du Parti Communiste russe Moscou
  127. BILAN 19c : Teresa Reechia
  128. BILAN 19d : Défaite du prolétariat, victoire du capitalisme : De Hitler à Staline, de Staline à Blum
  129. BILAN 19e : Ce qu’a été l’occupation des mines en Belgique
  130. BILAN 19e : Parti - Internationale - État / VII - 2e partie : l’État soviétique
  131. BILAN 19g : Les fondements de la production et de la distribution communistes
  132. BILAN 20a : De la déclaration de Staline à la manifestation du 14 Juillet
  133. BILAN 20b : L’impérialisme italien à la conquête de l’Abyssinie
  134. BILAN 20c : Projet de rapport sur la situation en Italie
  135. BILAN 20d : Calligaris
  136. BILAN 20f : Les fondements de la production et de la distribution communistes (2)
  137. BILAN 21a : Et voici le cas Calligaris
  138. BILAN 21a : Sous le signe du 14 juillet
  139. BILAN 21c : Projet de rapport sur la situation en Italie (suite)
  140. BILAN 21d : La première et la deuxième internationale devant le problème de la guerre
  141. BILAN 21e : Les fondements de la production et de la distribution communistes (3)
  142. BILAN 21f : Parti - Internationale - État / VII - 3e partie : l’État soviétique
  143. BILAN 22a : L’attentat de Beiso
  144. BILAN 22b : L’Italie en Abyssinie
  145. BILAN 22c : Nous, Calligaris et le Centrisme
  146. BILAN 22e : Rapport sur la situation en Italie (suite et fin)
  147. BILAN 22f : Les internationalistes hollandais sur le programme de la révolution prolétarienne
  148. BILAN 22g : Projet de résolution sur le problème des liaisons internationales
  149. BILAN 23a : Manifeste de la Fraction italienne de la Gauche communiste
  150. BILAN 23b : Sur quelle base s’est effectuée l’unité syndicale - Les Mussolini et Hitler de la France démocratique
  151. BILAN 23c : Compte rendu du Congrès de la fraction - Résolutions adoptées
  152. BILAN 23d : Thèses de Rome - Préface de 1928 et première partie
  153. BILAN 23e : En dehors des partis communistes devenus des instruments du capitalisme mondial
  154. BILAN 24a : Vers une consolidation du front capitaliste en France
  155. BILAN 24b : Pendant que réformistes et centristes scellent l’union sacrée, des mineurs anglais font la grève au fond des puits
  156. BILAN 24c : La résolution du Congrès des Italiens de Bruxelles
  157. BILAN 24d : La motion présentée par la fraction au Congrès des Italiens
  158. Bilan 24e : La tension de la situation italienne et internationale
  159. BILAN 24f : Le déroulement de l’aventure africaine
  160. BILAN 24g : La fraction dans les partis socialistes de la seconde internationale
  161. BILAN 24h : Thèses de Rome - Deuxième partie
  162. BILAN 24i : Lettre du camarade Soep
  163. BILAN 25a : Un mois après l’application des sanctions
  164. BILAN 25b : À la confusion des problèmes monétaires les ouvriers français opposeront leur front de classe
  165. BILAN 25c : Les réfugiés italiens dans la Russie Soviétique
  166. BILAN 25d : Les Centristes escomptent la condamnation de Beiso
  167. BILAN 25e : L’unité syndicale et les fractions
  168. BILAN 25f : Le nouveau bond de l’impérialisme japonais dans la Chine du nord
  169. BILAN 25g : À nos lecteurs
  170. BILAN 25h : Parti - Internationale - État / VII - 4e partie : l’État soviétique
  171. BILAN 25i : Mouvement ouvrier international
  172. BILAN 25j : Staline et le Bolchevisme
  173. BILAN 25k : Thèses de Rome - Troisième partie
  174. BILAN 26a : La réconciliation des français et l’Unité Syndicale
  175. BILAN 26b : La situation en Allemagne : L’exécution de R. Claus
  176. BILAN 26c : Sur le chemin du capitalisme - Le Stakhanovisme en Russie
  177. BILAN 26d : La situation actuelle en Italie, pivot de la situation internationale
  178. BILAN 26e : La situation en Amérique du Sud
  179. BILAN 26f : Parti - Internationale - État / VII - 5e partie : l’État soviétique
  180. BILAN 26g : L’échec des premières discussions avec le groupe « Communist Class Struggle »
  181. BILAN 26h : En marge des Thèses de Rome
  182. BILAN 27a : Quels sont les héritiers de Lénine, Luxemburg, Liebknecht ?
  183. BILAN 27b : Comment, dans la Russie des Soviets, on assassine la camarade Mariottini
  184. BILAN 27c : L’évolution de la situation italienne
  185. BILAN 27d : Le problème du Pacifique et la faillite de la Conférence de Londres
  186. BILAN 27e : Quinze années après Livourne
  187. BILAN 27f : L’écrasement du prolétariat français et ses enseignements internationaux (1)
  188. BILAN 27g : Petrini
  189. BILAN 28a : M. Albert Sarraut, symbole de la cohérence capitaliste
  190. BILAN 28b : Wupperwald et Neukölln
  191. BILAN 28c : L’impudence et les faux de M. Germanetto
  192. BILAN 28d : Le Japon devant la guerre impérialiste
  193. BILAN 28e : Le « Front Populaire » triomphe en Espagne
  194. BILAN 28f : L’écrasement du prolétariat français et ses enseignements internationaux (2)
  195. BILAN 28g : Problèmes de la période de transition (partie 1)
  196. BILAN 28h : Dans la Fraction - Un peu de clarté s’il vous plait
  197. BILAN 28i : Dans la Fraction - À la recherche d’une clarification ?
  198. BILAN 29a : La course vers la guerre
  199. BILAN 29b : Pour le 65e Anniversaire de la Commune de Paris
  200. BILAN 29c : Au sujet du cas Mariottini
  201. BILAN 29d : Une réponse de Gatto Mammone
  202. BILAN 29e : Au sujet des problèmes du parti et de la tactique
  203. BILAN 29f : L’écrasement du prolétariat français et ses enseignements internationaux - Suite et fin
  204. BILAN 29g : Dans la Fraction. Un article de discussion de Gatto Mammone
  205. BILAN 30a : Premier Mai 1936 (Manifeste de la Fraction italienne de la gauche communiste)
  206. BILAN 30b : Le Front international de la répression capitaliste
  207. BILAN 30c : Le prolétariat italien est-il absent ?
  208. BILAN 30d : Premier Mai ( À propos de Calligaris )
  209. BILAN 30e : Les traîtres à l’œuvre
  210. BILAN 30f : Le mouvement ouvrier devant le problème de la guerre
  211. BILAN 30g : De l’Union Sacrée à Zimmerwald - La dernière semaine
  212. BILAN 30h : Quelques brèves nouvelles
  213. BILAN 31a : La victoire du Front Populaire en France
  214. BILAN 31b : Après les élections en Belgique
  215. BILAN 31c : La victoire de l’impérialisme italien ouvre-t-elle un nouveau cours de la révolution mondiale ?
  216. BILAN 31d : Le conflit Arabo-Juif en Palestine (première partie)
  217. BILAN 31e : « De l’Union Sacrée à Zimmerwald » par A. Rosmer
  218. BILAN 31f : Les traîtres à l’œuvre
  219. BILAN 31g : Problèmes de la période de transition (partie 2)
  220. BILAN 31h : Calligaris toujours déporté en Sibérie, sauvons-le !
  221. BILAN 31i : Victor Serge hors des griffes du centrisme
  222. BILAN 32a : La Société des Nations continue
  223. BILAN 32b : Beiso n’a pas été acquitté
  224. BILAN 32c : Ce que fut la Conférence du Droit d’Asile de Paris
  225. BILAN 32d : Le prolétariat français a répondu au Front Populaire
  226. BILAN 32e : La rafale gréviste en Belgique
  227. BILAN 32f : Le conflit Arabo-Juif en Palestine (suite et fin)
  228. BILAN 32g : Mouvement ouvrier international
  229. BILAN 33a : En Espagne — Bourgeoisie contre Prolétariat
  230. BILAN 33b : Francisco Ascaso
  231. BILAN 33c : Adieu Zanasi
  232. BILAN 33d : Nature et évolution de la Révolution russe
  233. BILAN 33e : De l’Union Sacrée à Zimmerwald - Conclusion (Alfred Rosmer)
  234. BILAN 33f : Errata sur « La rafale gréviste en Belgique »
  235. BILAN 34a : Communiqué de la Commission exécutive
  236. BILAN 34b : Au front impérialiste du massacre des ouvriers espagnols il faut opposer le front de classe du prolétariat international
  237. BILAN 34c : La boucherie de Moscou
  238. BILAN 34d : Démocratie formelle et démocratie socialiste
  239. BILAN 34e : De l’Union sacrée à Zimmerwald
  240. BILAN 34f : Problèmes de la période de transition (partie 3)
  241. BILAN 34g : Staline dépasse Mussolini
  242. BILAN 35a : L’abattoir des prolétaires en Espagne
  243. BILAN 35b : Le ventre du capitalisme français orné des plumes du paon socialiste
  244. BILAN 35c : La crise dans la Fraction — Communiqué de la CE
  245. BILAN 35d : La tragédie espagnole
  246. BILAN 35e : La révolution espagnole
  247. BILAN 35f : Les problèmes de la période de transition (partie 4)
  248. BILAN 35g : Nature et évolution de la Révolution russe : Réponse au camarade Hennaut
  249. BILAN 35h : La crise dans la Fraction — Communiqué du comité de coordination
  250. BILAN 36a : La consigne de l’heure : ne pas trahir
  251. BILAN 36b : Octobre 1917 - Octobre 1936
  252. BILAN 36c : Mario di Leone
  253. BILAN 36e : L’isolement de notre fraction devant les événements d’Espagne
  254. BILAN 36f : La crise de la Fraction - Communiqué de la Commission Exécutive
  255. BILAN 36g : Documents de la minorité
  256. BILAN 37a : La réalité d’un « gouvernement de façade »
  257. BILAN 37b : Mario de Leone est mort
  258. BILAN 37c : Salut du groupe de Marseille
  259. BILAN 37d : Salut du groupe de la minorité de Barcelone
  260. BILAN 37e : L’ « autre » aspect de la domination capitaliste. La « Démocratie » en fonction aux États Unis
  261. BILAN 37f : La bourgeoisie renverra-t-elle Blum ?
  262. BILAN 37g : Problèmes de la période de transition (partie 5)
  263. BILAN 37h : Nouveaux assassinats : Nouvelle Constitution en Russie
  264. BILAN 37i : La crise de la fraction - Ordre du jour de la Commission Exécutive
  265. BILAN 38a : Le capitalisme français n’a pas renvoyé Blum
  266. BILAN 38b : Trotski pourra-t-il rester au Mexique ?
  267. BILAN 38f : Problèmes de la période de transition (partie 6 - fin)
  268. BILAN 39a : Le procès de Moscou
  269. BILAN 39b : Le prolétariat français doit briser l’Union Sacrée
  270. BILAN 39c : Lénine - Luxemburg - Liebknecht
  271. BILAN 39d : À propos d’un anniversaire
  272. BILAN 39e : Sous le signe de la constitution « la plus démocratique du monde » on extermine en URSS la génération d’Octobre
  273. BILAN 39f : Nos divergences avec le camarade Hennaut
  274. BILAN 39g : Le Marxisme n’est pas de la littérature Camarade Victor Serge !
  275. BILAN 39h : Que faire ? Retourner au Parti Communiste, Messieurs !
  276. BILAN 40a : Premier Mai 1937
  277. BILAN 40b : La France « libre, forte et heureuse » assassine les prolétaires
  278. BILAN 41a : Plomb, Mitraille, Prison
  279. BILAN 41b : Quand les bourreaux parlent... Le discours de Staline
  280. BILAN 41f : Antonio Gramsci - Camillo Berneri
  281. BILAN 41g : Bilan en danger - La vie de Bilan
  282. BILAN 42a : La répression en Espagne et en Russie
  283. BILAN 42f : Antonio Gramsci
  284. BILAN 43a : Pour la solidarité de classe à toutes les victimes de la guerre d’Espagne
  285. BILAN 43b : Du travail et du pain
  286. BILAN 43c : Andrés Nin assassiné ?
  287. BILAN 43d : Les bourreaux soviétiques à l’oeuvre
  288. BILAN 43e : À propos de quelques élucubrations trotskistes
  289. BILAN 43f : Le Comité national de la C.G.T.
  290. BILAN 43g : L’évolution des évènements d’Espagne
  291. BILAN 43h : Le Front Populaire
  292. BILAN 43i : Pour le Bureau International des fractions communistes de gauche
  293. BILAN 43j : L’impérialisme japonais à la conquête de la Chine
  294. BILAN 43k : Documentation internationale
  295. BILAN 43l : La vie de Bilan
  296. BILAN 44a : Lettre ouverte au Centre pour la IVe Internationale et au Parti Socialiste Révolutionnaire de Belgique
  297. BILAN 44b : À bas le carnage impérialiste en Chine
  298. BILAN 44c : Le capitalisme passe à l’attaque « La France aux Français »
  299. BILAN 44d : La guerre impérialiste d’Espagne et le massacre des mineurs asturiens
  300. BILAN 44e : Le monde arabe en ébullition
  301. BILAN 44f : Marxisme et Dogmatisme
  302. BILAN 44g : Et Calligaris ?
  303. BILAN 45a : Pour le XXème anniversaire de la Révolution d’Octobre
  304. BILAN 45b : Le front populaire continue
  305. BILAN 45c : Le droit au soulèvement armé
  306. BILAN 46a : "Bilan" disparaît
  307. BILAN 46e : Un grand renégat à la queue de paon : Léon Trotsky
  308. BILAN 46g : Écho à l’étude de la période de transition
  309. BILAN 46h : "Octobre" bulletin mensuel du Bureau International des Fractions de Gauche