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Capitalisme & Crises Économiques
Jacques Gouverneur et Marcel Roelandts proposent de découvrir les résultats de leurs recherches respectives. Elles portent sur l’analyse critique de l’évolution du capitalisme, en respectant un souci de rigueur scientifique. Elles débouchent sur des analyses et des conclusions souvent novatrices.
BESSE Jean-Pierre & PENNETIER Claude : Juin 40, la négociation secrète
Pierre Hempel : rien de nouveau sur le pacte coco-naze
2 février 2007 par hempel

Le lecteur non stupide et un tant soit peu averti du déroulement de la deuxième boucherie mondiale ne nous en voudra pas de labelliser ainsi un pacte entre une dictature qui n’avait rien de communiste en Russie et une dictature en Allemagne qui est "out" depuis 1945. Il s’agit ici de revenir occasionnellement sur le pacte Hitler-Staline dont les conséquences ont été terribles pour le prolétariat, le désarmant une nouvelle fois face à la reprise de la guerre mondiale, après une série de coups qui l’avaient déjà pratiquement mis à genoux sous le billot de l’impérialisme.

La lecture des notes de la tractation du PCF auprès de la Kommandantur parisienne pour une reparution de l’Huma stalinienne nous a paru au premier abord intéressante en ce qu’elle met à nu l’absence de scrupules du PCF embourgeoisé, capable d’épouser pendant 50 ans toutes les modes idéologiques de la bourgeoisie. Dans un second temps, nous montrerons que cette découverte (minime en soi car on connaissait les tenants et aboutissants de la sordide tractation) sert de prétexte à des historiens peu fiables (trotskiens de formation) pour déformer encore les enjeux

1 - AUX ORIGINES DE L’ANTIRACISME, TRAJECTOIRE DES INTELLECTUELS DE COUR ET DE GOUVERNEMENT :

Les purulents staliniens antisémites

à Paul Nizan

Chacun sait que les apparatchiks qui demeuraient toute une vie dans un appareil comme celui du PCF étaient fidèles aux lignes virevoltantes du parti d’autant qu’ils étaient "tenus" par un passé peu reluisant. Ainsi Marchais qui avait été s’employer pour le STO (prestation avant tout financière comme me l’avait révélé sa première épouse) eût préféré que l’affaire ne fût pas jetée sur la place publique dans les années 70 pour le parti des "100.000 fusillés" (pas vrai), mais c’est justement pour ce passé opaque qu’un zigoto comme Marchais fût tenu en laisse par Moscou aussi longtemps. Evidemment, du point de vue révolutionnaire, ce qui importe c’est le jugement sur le programme et l’historique de ce parti qui permet de l’analyser depuis le milieu des années 1930 comme un parti qui a choisi de s’accoupler avec la bourgeoisie nationale. Ce parti qui n’est plus ni "ouvrier" ni "communiste" en 1940, mais aux ordres de l’impérialisme de Moscou, eût pu, comme le PS, basculer aux côtés de Pétain : représentant de l’intérêt national même décrépi et rabougri. Cela eût été sa pente naturelle. Ce qui le sauva aux yeux de l’histoire trafiquée de la Deuxième Guerre mondiale, fût son inféodation à Moscou et le retournement d’alliance de Staline en faveur des Alliés. Le PCF ne représentait plus les intérêts de la classe ouvrière et celle-ci ne bougea pas le petit doigt pour protester contre sa dissolution. Alors il ne lui restait plus, comme le vulgaire Hezbollah de nos jours sponsorisé par Syrie et Iran, qu’à accepter de survivre grâce à la logistique de Staline.

Jusque là, bien que le militant moyen du PCF ait été choqué du pacte germano-soviétique - en ignorant le dépeçage de la Pologne par les bourreaux Hitler et Staline - il était possible qu’il se laisse aller encore à un apitoiement rétroactif en se basant sur les justifications a posteriori des salauds Duclos et Cie : le pacte aurait été un pis-aller, une feinte du grand Staline pour piéger Hitler et s’allier ensuite avec les démocraties. Staliniens français et russes, vieux mais bien conservés dans le genre borné, il était impossible d’avancer plus loin dans l’espoir de vraiment étaler au grand jour l’ignominie. D’autant que le PCF avait été interdit, donc décrété ennemi du régime pétainiste, donc premier opposant à la bourgeoisie collaboratrice...

Avec les trouvailles de Pennetier et Besse, nos quelques staliniens de choc survivants vont prendre un sacré coup de vieux pour leur version résistante et démocrate de la compromission pro-hitlérienne - disons contre-révolutionnaire - de leur secte d’obédience. C’est paraît-il dû aux hasards de la recherche dans les archives départementales de Paris que Claude Pennetier et Jean-Pierre Besse ont découvert des notes établissant l’argumentaire employé par les représentants du PCF (aux ordres de Duclos et de l’éminence grise (Jean-Jérôme alias Michel Feintuch, néanmoins juif) de Moscou) auprès des "boches" à Paris. Le principal document saisi par les flics français sur une envoyée du PCF, Denise Ginollin, arrêtée le 20 juin 1940, est une liasse de notes édifiantes, à la station de métro Saint-Martin. Voici un extrait des notes qui ont servi de base d’argumentaire aux négociateurs staliniens auprès de l’occupant allemand :

"1°) Vous avez laissé paraître journaux communistes dans autres pays, Danemark, Norvège, Belgique.

Sommes venus normalement demander autorisation.

2°) Sommes communistes avons appliqué ligne PC sous Daladier, Reynaud, juif Mandel.

Juif Mandel après Daladier nous a emprisonnés. Fusillé des ouvriers qui sabotaient défense nationale.

Sommes PC français pas eu peur.

3°) Pas cédé face dictature juif Mandel et du défenseur des intérêts capitalistes anglais Reynaud (...)

4°) Sommes une force (...) nous représentons une force qui dépasse les frontières françaises, vous comprenez, derrière nous, l’URSS/c’est une force l’URSS/ vous en avez tenu compte (sic)/pacte germano-soviétique le prouve. On ne fait pas un pacte avec des faibles mais avec des hommes forts (...)."

On lira avec intérêt : "Juin 40, la négociation secrète" (ed de l’Atelier). Ce qui frappe, outre la veulerie d’une secte financée et tenue à bout de bras par un des impérialismes, c’est qu’elle se couche devant l’antisémitisme nazi en utilisant comme argument la dénonciation du juif, en l’occurence le ministre bourgeois Mandel qui sera assassiné quatre ans plus tard. Ce front commun, cet argument minimum d’entente PCF-boches est répugnant et montre à quoi la secte stalinienne était capable de s’abaisser [1]. Taxer le "juif" Mandel - qui en l’occurence n’était qu’un délégué de la bourgeoisie - d’assassinat d’ouvriers était une esquive lamentable d’autant que le PCF avait tout fait pour se coucher devant le nouveau joujou patriotique en 1936 et que ses apparatchiks avaient joué un rôle criminel pendant la guerre d’Espagne.

Du pacte puant à la puante loi Gayssot

Ces trouvailles ne sont pas du passé, un passé que R. Hue et M-G. Buffet auraient gommé, elles expriment non des revirements parmi tant d’autres mais la capacité des organismes contre-révolutionnaires et bourgeois à épouser les modes politiques successives de domination du Capital. Comment ne pas comparer avec l’engouement pour la libération gaulliste ("A chacun son boche" titrait l’Huma autorisée à reparaître par les... anglo-américains) d’autant que le PCF avait disposé des bons fauteuils pour collaborer à la reconstruction, comment oublier son hystérique dénonciation des idées révolutionnaires en 1968, puis sa soumission au régime Mitterrand avec son inégalable contribution à la lutte contre le racisme avec la loi Gayssot... (façon de marginaliser une certaine ultra-gauche qui n’oubliait jamais de rappeler ses états de service comme l’a fort bien décrypté Louis Janover).

Le parti dont le leader démagogique Thorez dénonçait le "hideux juif Blum" était pourtant bien 50 ans plus tard le même parti contre-révolutionnaire, qui n’opérait ni nouveau tournant de classe ni tournant antiraciste, mais qui obéissait aux modes nationales de la bourgeoisie. Avec la même hystérie raciste qu’il avait dénoncé naguère les chefs du PS bourgeois, ses héritiers - de Gayssot à Daeninckx - fustigèrent dans le même sac négationnistes et révolutionnaires.

Hors du marxisme révolutionnaire ou tenus en lisière (comme les maoïstes à la Finkielkraut, Glucksmann et BHL) les totalitaires gauchistes proviennent de cette longue lignée stalinienne qui n’a ni principe ni dignité politique, qui pouvait être antisémite en 1940, gaulliste en 1945, mitterrandiste en 1981 et sarkozyste en 2006 !

On peut observer que la trajectoire des intellectuels de gauche du PCF aux divers phraseurs d’estrades gauchistes de 1945 à nos jours, obéit à une constante : le suivisme le plus cradingue ! Les intellectuels, ces enfants de bourgeois, se sont pliés facilement dans leur jeunesse à la stupide discipline bureaucratique de parti d’autant qu’ils y avaient été dressés par leur rôle dirigeant dans les orgas étudiantes. L’intelligentsia passe en général par toutes les couleurs des extrêmismes - fascisme, stalinisme, maoïsme, anarchisme - pour finir par la réussite académique, littéraire ou gouvernementale dans l’hystérie de la défense du système d’oppression existant dont le propre est d’effacer constamment la mémoire de ses modes successives et paradoxales de mensonges politiques.

2 - UNE OCCASION "HISTORIENNE" DE PLUS POUR MASQUER LE ROLE CONTRE-REVOLUTIONNAIRE ET VA-T-EN GUERRE DU PCF

Dans le dernier numéro du Prolétariat Universel (147) je signalais la parution d’un ouvrage aux éditions de l’Atelier, qui me semblait du plus haut intérêt sur une des multiples compromissions capitalistes du PCF. J’en conseillais la lecture à mes (pauvres) abonnés. Halte là ! On n’y apprend rien de mieux que ce qu’on savait déjà : un PCF déstabilisé par son interdiction en tant que parti inféodé à l’impérialisme russe et dont l’antifascisme de façade pouvait se transformer en fascisme amical, disons collusion entre totalitarismes rivaux, provisoirement ami-ami à cette étape de la guerre mondiale. On trouve les notes des envoyés du PCF pour négocier avec les "boches" la reparution de l’Huma (avec de fâcheux relents de concesssions antisémites répugnantes) déjà reproduite dans la presse. Pour le reste, jamais le caractère impérialiste de la guerre n’est dénoncé, jamais la tragédie de l’embrigadement pour la résistance nationaliste n’est dénoncée. On passe sous silence les éliminations physiques décidées par l’appareil pour ses propres membres : rien sur les mpenaces et tractations pour récupérer Cachin qui dénonça le terrorisme stupide des staliniens, rien sur la façon dont les tueurs Duclos et Thorez laissèrent l’honnête Gabriel Péri se faire alpaguer et zigouiller par les nazis (complicité objective avec Otto Abetz puisque celui-ci était dépité que Péri ait refusé de le rencontrer pour une tractation sordide visant à maintenir la paix sociale).

L’important n’est pas l’approbation du pacte en soi (même avec ce qu’il signifiait d’antifascisme superficiel, mis dans la poche pour l’occase) mais la trouille de la bourgeoisie française collabo et des nazis face au risque d’une nouvelle Commune. C’est ce que ce petit clan d’historiens autour des ed de l’Atelier (éditions bâclées bourrées de fautes d’orthographes et de coquilles comme leur navet précédent "le siècle des communismes", ici démonté), d’obédience trotskienne, ignore ou feint d’ignorer. Même en Allemagne, par peur d’un nouveau novembre 1919, Hitler n’avait pas interdit immédiatement le PCA. Otto Abetz dans une de ses lettres dit clairement l’objet, le coeur de la négociation : que le PCF s’engage à maintenir l’ordre social si celui-ci venait à exploser. Le PCF dans ses réponses s’engage de toute manière dans ce sens (même si ses plus honnêtes militants gerbent ou désertent cet appareil de merde comme Nizan), Duclos le fait dire à plusieurs reprises à son sous-fifre sous-cultivé Tréand. Les "boches" relâchent même des centaines de sbires du parti. Les négociations échouent, non du fait de l’intégrité supposée des staliniens (qui se couchent littéralement) mais parce que les nazis se sont rendus compte que la classe ouvrière en France a été vraiment laminée par le dissolvant Front populaire et qu’elle ne risque même pas de se rebeller comme le prolétariat espagnol écrasé quelques mois auparavant. Elle n’a pas protesté massivement contre la mise hors la loi du PCF avec son approbation du traité impérialiste germano-soviétique qui est vécu comme un coup de poignard non seulement eu égard à l’internationalisme supposé du PCF jusque là, mais aussi une acceptation de l’humiliation nationale ; malgré l’accidentelle Commune de 1871, la révolution est impossible dans un pays humilié nationalement et occupé par des forces étrangères. Le premier "parti résistant" est un mensonge éventé, les hésitations traînent en vérité jusqu’à l’invasion de l’URSS en 1941, mais de cela les Pennetier et Besse ne parlent pas. Le bouquin est fait pour vendre aux ignorantins de la gauche "antilibérale" et aux admirateurs de M-G. Buffet et C. Hautain, et aux vieux stals encore vivants qui n’y trouveront qu’excuses trotskiennes modernisées et circonvolutions sur les honnêtes sacrifiés sur l’autel des revirements impérialistes de leur appareil bourgeois. La "découverte" des notes "antisémites" n’est nullement étayée d’une analyse approfondie, et on délaye sur les biographies des uns et des autres ; bref tout sauf un réel travail d’érudition et d’argumentation significative comme on le désire de la part d’un historien sérieux.

Toute la durée de la guerre, jamais la lutte internationaliste ne pourra reprendre le dessus sur l’idéologie bourgeoise de restauration (plutôt que de libération). C’est pourquoi, après sa trahison de l’idéal internationaliste - patente avec le maintien du soutien à l’URSS contre-révolutionnaire (*) - le PCF peut se rabattre sur la participation à la résistance bourgeoise pour bénéficier des avantages financiers de l’Etat national dans le concert de la "libération". En attendant, comme je l’ai déjà souligné, le PCF n’est plus qu’un micro groupe terroriste, comme le Hamas aujourd’hui financé par l’Iran. Il est financé par l’URSS. Il obéit au doigt et à l’oeil de l’URSS dans le cadre de l’intérêt national, et plus si affinités dans la mesure où les chars russes eussent pu précéder les tanks US.

Ces auteurs du clan des rigolos historiens autour de LEUR imprimerie de l’Atelier, avec Denis Peschanski, membre de LO, ne disent jamais ce que signifie la "défense de l’URSS", et pour cause, ils eussent été des souteneurs du parti capitaliste (d’Etat) français, qui au fond était aussi pétainiste que Pétain dans sa pente naturelle. La défense de l’URSS c’était le choix d’un camp impérialiste comme en 1914 donc une nouvelle TRAHISON du prolétariat. Ces historiens de pacotille qui prétendent apporter du nouveau - on savait déjà l’essentiel même sans le détail des notes - sont aussi menteurs que leurs parents idéologiques staliniens : ils évitent d’informer leurs lecteurs de la principale vérité de l’époque détenue par les minorités communistes restées internationalistes de la GCF au PCI. Comme le stalinisme, cette pratique vise à prolonger les mensonges existants sur les causes de la Deuxième Guerre mondiale (ramenée au simplisme gauchiste d’une guerre de résistance antifasciste) et dédouaner les réformateurs ou prétendus tels d’un organisme conservateur moribond, criminel et indéfendable.

3 - UN PACTE NATURELLEMENT IMPERIALISTE QUI DECLENCHE LA GUERRE MONDIALE

Il est de bon ton pour l’histoire BCBG de tout mettre sur le dos d’Hitler, or le pacte du 23 août 1939 est l’acte décisif qui permet véritablement la reprise de la guerre mondiale par les deux principaux fers de lance contre-révolutionnaires de la bourgeoisie mondiale : Staline et Hitler. L’analyse rétroactive du sens de cette fausse trahison (Staline le fossoyeur de la révolution ne peut pas trahir une deuxième fois le prolétariat) fait voler en éclat le mythe de l’antifascisme. L’antifascisme n’est pas différent de l’idéologie patriotique de défense nationale de 14-18, il n’indique qu’un ennemi extérieur principal dans la conflagration impérialiste, mais il est plus pervers d’autant qu’il prétend occulter le "cosmopolitisme" socialiste et communiste en lui substituant la défense de la "démocratie" (par après les staliniens nommeront leur bloc "démocraties populaires" à la libération pour faire moins totalitaires...).

Comme l’avait bien vu Herman Rauchning, Hitler n’avait pas d’idéologie particulière, et Staline non plus ; ce sont des soudards contre-révolutionnaires. Le pacte de 1939 et ses protocoles secrets de dépeçage de la Pologne servent en outre d’alibi aux autres bourgeoisies occidentales pour se prétendre "agressées", alors que le traité de Versailles avait mis à genoux l’Allemagne, et que les "alliés" n’avaient cessé de harceler la jeune révolution russe lors de la longue guerre civile (attisée par eux).

Après la crise économique soudaine de 1929, le capitalisme avait eu l’envie furieuse de recommencer la guerre. Ce sont donc ses deux principaux "sauveurs" en Allemagne (bien qu’Hitler n’ait fait que se jucher sur les épaules des chiens sanglants socio-démocrates) et dans la zone russe (plutôt laisser dans leur jus les russes que laisser la révolution se répandre en Europe, dixit Wilson).

Du côté du prolétariat, les fronts populaires ont anéanti son dynamisme propre, il est surtout défait physiquement en Espagne ; en France, malgré les inquiétudes d’Hitler et ses consignes pour amadouer les confrères du parti staliniste, l’affaiblissement de la classe ouvrière se vérifie très vite. Certes des milliers de militants ont été emprisonnés, le PCF interdit, les syndicats muselés, mais ces mesures sont accessoires comparées à l’effet d’anéantissement provoqué par l’annonce du pacte dit "félon". Si ce pacte apparaît comme un coup de poignard c’est parce que les PC européens avaient fait de leur cheval de bataille confusionniste la lutte prioritaire contre le fascisme inexistant comme force dans les pays développés qui n’avaient pas connus d’ébranlement révolutionnaire. Cette politique opportuniste se préparait à casser les reins du prolétariat en laissant croire en quelque sorte que le capitalisme avait du bon et que le nazisme lui était étranger.

Contrairement à la plupart des livres d’historiens officiels, le pacte n’a pas en premier lieu une valeur impérialiste - certes Hitler a les bras libres pour attaquer à l’Ouest et Staline pour bouffer une partie du festin en Pologne - mais un effet démoralisant supérieur à celui d’août 1914 (où quelques mois après le début de la guerre éclateront des mutineries sur la plupart des fronts) et pour tout dire paralysant politiquement.

Le PCF est interdit naturellement comme "parti de l’étranger", ce qui est normal, la SFIO en 1914 ne prétendait pas représenter la Russie ou l’Allemagne, mais c’est surtout sa structure et la conviction des militants (qui pour la plupart ne sont pas des pourris ni des nationalistes) qui volent en éclats. Les tractations putrides de Duclos et Cie sont secondaires sur le moment et restèrent inconnues pendant des décennies pour la majorité de la classe ouvrière. C’est l’effet d’annonce de la connivence militaire de deux présumés ennemis de la veille, l’un surtout - le stalinisme prétendu défenseur de l’émancipation ouvrière - s’acoquinant avec le principal arsenal anti-ouvrier et anti-révolutionnaire en Europe.

Drôle de tactique du "génial Staline" pour ses admirateurs attardés encore vivaces en 2006 sur le Web, quand on sait que, premièrement, à l’hiver 39-40, NKVD et Gestapo se livrent mutuellement (pour meurtre) leurs opposants réciproques, et, deuxièmement comment le minable stratège Staline est surpris totalement à peine un an et demi plus tard par le retournement "éclair" d’Hitler avec Barbarossa... après que l’URSS ait approvisionné les nazis pendant des mois en céréales...

Quelques petits trotskiens (c’est-à-dire, de filiation stalinienne...) se félicitèrent de "l’habileté du pacte" ; dans le PCI trotskien de 1939, Henri Molinier est persuadé que ce pacte ouvre une nouvelle voie au socialisme révolutionnaire ; d’autres prôneront l’entrisme sui generis autant dans les organismes fascistes que staliniens, confondant les organismes de masse réformistes du passé avec ces nouveaux organismes clairement nationalistes ou inter-nationalistes pro-URSS ce qui était kif kif.

Côté minorités et sectes internationalistes, de Bilan aux divers groupuscules intermédiaires avec le PSOP, la plupart ne résistent pas au choc ; elles sont en quelque sorte le thermomètre de la classe ouvrière. Leur désarroi puis leur dispersion correspondent, souterrainement, à la défaite provisoire du prolétariat. Cette défaillance confirme bien le lien profond qui unit de petits organismes politiques, non reconnus officiellement, à la vie du prolétariat (il n’est pas de sauveur suprême ni de parti infaillible). Pourtant, BILAN sous la plume de sa figure de proue Vercesi (comme je le rappelle dans mon ouvrage sur le nazisme, ed Spartacus 2002), le pacte Hitler-Staline a bien été prévu : "Il est fort probable qu’à la longue, ce sera le bloc des Etats fascistes qui pourra se prévaloir d’une alliance avec la Russie" (texte interne de la FI, 1933 : "le fascisme au pouvoir en Allemagne"). Je signale en note que Roosevelt avait en mains le rapport des négociations secrètes menées entre Hitler et Staline durant l’été 1939.

Je suis le seul à avoir apparemment creusé la question du point de vue de la Gauche communiste depuis des lustres... (je ne m’en réjouis pas, je le constate, excepté la contribution de Peregalli - cf. évoquée ci-dessous - mais dont je ne connais pas la teneur exacte, ne lisant point l’italien).

J’insiste sur l’effet coup de poignard international de la collusion du stalinisme et du nazisme (dont ont feint de s’apercevoir si longtemps après les ex-staliniens devenus historiens-journalistes révisionnistes à la Furet) :

"A peine cinq mois après la fin officielle de la guerre d’Espagne est signé le premier pacte germano-soviétique (23 août 1939) (...comme en août 14...) Ce pacte est un nouveau coup de grisou pour le prolétariat international, comme le vote socialiste des crédits de guerre en 1914, immédiatement après l’assassinat opportun de Jaurès. Les historiens ont eu tendance à se perdre un peur sur le sens socialo-impérialiste de ce pacte et à prendre en pitié l’ébranlement du PCF. De fait ils en ont laissé de côté l’aspect le plus saisissant : la trahison des dirigeants russes qui se faisaient passer pour communistes. Cette trahison frappe tout le prolétariat mondial, plus fortement encore que celle des partis socialistes européens à l’occasion de la Grande Guerre. Elle déstabilise tout ce qui pouvait rester comme sentiment de classe antiguerre chez la plupart des ouvriers influencés par les PC occidentaux et désorientés par les brusques changements de politique. (...) c’est ce pacte qui permettra aux bourgeoisies française et britannique de déclarer la guerre sans craindre de réaction de la classe ouvrière."

Plus loin, j’ajoute : "(la) précipitation à entrer en guerre s’est surtout fondée tactiquement sur la paralysie du prolétariat provoquée par ce pacte Hitler-Staline car les arrestations de militants et de syndicalistes n’auraient pas suffi à empêcher l’explosion d’un mouvement contre la guerre par une reprise des grèves en France et peut-être même aussi en Allemagne."

Avec la durée de la guerre, de même que le prolétariat commencera à relever la tête dans des grèves faibles et isolées, de même de petites fractions tenteront de réorganiser une lutte frontale, mais sans y parvenir du fait de l’enclume représentée par l’occupation territoriale (qui limita majoritairement la conscience révoltée à la seule "libération nationale" qui fût surtout possible grâce à l’armada US).

Concernant les tenants et aboutissants du pacte Hitler-Staline on ne trouve pratiquement aucune analyse approfondie chez les minorités d’époque. Celles qui ressurgissent sur de réelles bases révolutionnaires ont le mérite de dénoncer le stalinisme comme le nazisme et la démocratie capitaliste en tant que co-responsables du nouveau carnage mondial.

Pour ceux qui lisent l’italien on dispose de l’ouvrage de l’excellent Arturo Peregalli (hélas décédé à 53 ans en 2001) : "Il patto Hitler-Stalin e la spartizione della Polonia" ed Erre Erm, Rome 1989). Selon son ami Sandro Saggioro, Peregalli démolit la légende dure à mourir selon laquelle le stalinisme se serait opposé avec acharnement au nazisme, et dans ce cas d’espèce, aurait tenté de le feinter (cf. sur le Web : "en mémoire d’Arturo Peregalli"). Sur le même sujet, en français on peut lire la revue Historiens et Géographes n°382, un article de de Guy Durandin, aussi sur le Web.

Jean-Louis Roche

[1] lire "Les fils maudits de la République" de Gérard Noiriel, ed Fayard 2005

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