AccueilLe CollectifDocuments et informations
Dernière mise à jour :
samedi 22 septembre 2018
   
Brèves
Smolny sur Twitter
dimanche 26 mars
Retrouvez le fil d’actualité Smolny sur Twitter via le compte @CoSmolny
Calendrier
jeudi 26 février
Mise en place d’un calendrier perpétuel qui annonce quelques manifestations à venir, auxquelles participe ou pas le collectif Smolny.
La traduction en questions
jeudi 29 janvier
Une table ronde est organisée sur ce thème dans le cadre des 10 ans de la libraire Terra Nova. Rendez-vous à 18h ce jeudi 29 janvier 2015...
Travaux en cours !
mardi 21 octobre
La section des Œuvres complètes de Rosa Luxemburg est en cours de refonte pour accueillir l’édition en ligne, complémentaire des volumes parus au format papier. Voir le Journal des parutions.
Table ronde Smolny à Blois
jeudi 9 octobre
Vendredi 10 octobre à 9h30 - INSA de Blois, dans le cadre des Rendez-Vous de l’Histoire à Blois, venez débattre à la table ronde organisée par le collectif Smolny sur le thème : Les internationalistes contre la Grande Guerre : trajectoires croisées de Rosa Luxemburg et de Karl Radek. Lire la présentation.
Conversation sur la naissance des inégalités
vendredi 31 janvier
Pour mémoire, ce soir vendredi 31 janvier à 18h30, Christophe Darmangeat présentera son ouvrage Conversation sur la naissance des inégalités à la Librairie Floury Frères, 36 rue de la Colombette (Toulouse).
Pourquoi la dénomination "Smolny" ?
Extrait de John Reed : "Dix jours qui ébranlèrent le monde"
7 mars 2006 par eric
Au cours de nos discussions la question nous est souvent posée de savoir pourquoi nous avons choisi "Smolny"... voici donc une explication, non exclusive peut être, mais qui a le mérite de permettre de glisser un extrait du bouquin de John Reed.

Si nous avons choisi « Smolny » comme dénomination, c’est bien sûr en référence à l’Institut Smolny, grand bâtiment au nord de Saint-Pétersburg qui accueillait avant la révolution de Février 1917 un internat fondée sous le haut patronage de la tsarine Catherine II en 1764 pour les jeunes filles de la noblesse « pauvre ». Jusque là... le lien avec un collectif d’édition de textes d’histoire du mouvement ouvrier peut sembler obscur. Sauf que dès la révolution lancée, ce bâtiment deviendra un des centres les plus importants de la vie politique très intense pendant l’année 1917 des masses prolétariennes en accueillant notamment le soviet des ouvriers et soldats.

Il ne s’agit donc pas pour nous en évoquant ainsi l’Institut Smolny d’exalter comme le ferons par la suite tous les thuriféraires du mythe de l’ « Octobre Socialiste » le fait que le comité central bolchevique va y élire place, avec d’autres partis d’ailleurs ! Nous avons retenu l’appellation « Smolny » pour la capacité de transformation et de bouleversement que ce site évoque : passer d’une école pour les jeunes filles de la noblesse tsariste au centre de la vie du conseil ouvrier de Pétrograd, de l’éducation polie au bouillonnement des discussions et des prises de décision révolutionnaires, de l’académisme élitiste à l’irruption des masses ouvrières sur le devant de la scène de l’histoire.

C’est cette ambiance qu’illustre excellemment John Reed dans son ouvrage « Dix jours qui ébranlèrent le monde » :

« L’Institut Smolny, siège du Tsik [1] et du Soviet de Petrograd, se trouvait à des kilomètres du centre, à la limite de la ville, sur les bords majestueux de la Néva. J’y allai en tramway. Le wagon, bondé de gens, avançait en gémissant, à l’allure d’un escargot, le long des rues pavées de pierres et couvertes de boue. En arrivant au terminus, on voyait se dresser le couvent Smolny avec ses belles et gracieuses coupoles bleu fumée, soulignées d’un filet d’or sombre ; à côté, on apercevait la façade de l’Institut Smolny, une sorte de caserne longue de deux cents mètres et haute de deux grands étages, avec les armes impériales géantes, gravées dans la pierre, toujours là, au-dessus de l’entrée, insolemment.

Jadis célèbre couvent-école pour les filles de la noblesse russe, parrainé par la tsarine elle-même, l’Institut avait été occupé par les organisations révolutionnaires des ouvriers et des soldats. Il renfermait plus d’une centaine de vastes pièces blanches et nues avec des plaques émaillées sur les portes, qui continuaient à informer le passant qu’il s’agissait du « bureau de la surveillante », de la « quatrième classe » ou de la « salle des professeurs » : par-dessus pendaient des écriteaux grossièrement tracés, témoignage de la vitalité de l’ordre nouveau : « Comité central du Soviet de Pétrograd », « Tsik », « Bureau des affaires étrangères », « Union des soldats socialistes », « Comité central des Syndicats panrusses », « Comités d’usine », « Comité central de l’Armée » ; on y trouvait également les bureaux et salles de réunion des partis politiques.

Les longs couloirs voûtés, éclairés de rares ampoules électriques, débordaient de soldats et d’ouvriers dont on n’apercevait que les silhouettes fuyantes, souvent ployées sous le poids de grands ballots de journaux, de tracts, de toute sorte de propagande imprimée. Leurs bottes pesantes résonnaient sur le plancher de bois comme un roulement de tonnerre grave et incessant. Partout, des écriteaux proclamaient : « Camarades ! Dans l’intérêt de votre santé, veillez à la propreté. » A tous les étages, sur les paliers, on vendaient tracts et publications de divers partis politiques, qui s’empilaient sur de longues tables. Au rez-de-chaussée, le réfectoire, vaste et bas de plafond, n’avait pas changé de destination. J’achetai pour deux roubles un ticket qui donnait droit à un repas et je fis la queue avec des centaines d’autres gens en attendant de m’approcher des longues tables où vingt hommes et femmes plongeaient leur louche dans d’immenses chaudrons pour en en extraire de la soupe aux choux, de gros morceaux de viande, ou des monceaux de kacha, le tout accompagné de quignons de pain noir. Moyennant cinq kopecks, on recevait du thé dans un tasse en fer-blanc. Chacun empoignait une des cuillers en bois graisseuses qui s’entassaient dans un panier. Pressés sur des bancs, le long des tables en bois, des prolétaires affamés dévoraient leur nourriture, discutaient, échangeaient des grosses plaisanteries d’un bout à l’autre de la salle.

Il y avait une autre cantine, en haut, qui était réservée au Tsik, bien que tout le monde y allât. Là, on pouvait obtenir du pain généreusement beurré et d’interminables verres de thé.

Dans l’aile sud, au premier, se trouvait la grande salle des séances, l’ancienne salle de bal de l’Institut. Elle était haute et blanche, divisée par deux rangées de colonnes massives, et éclairée par des centaines d’élégantes coupoles qui brûlaient dans des lustres d’un blanc vitreux ; à une extrémité, s’élevait une estrade, flanquée de deux grands lampadaires à branches multiples ; au fond pendait un cadre doré dont on avait découpé le portrait de l’Empereur. C’est là que tous les jours de fête s’étaient tenues les grandes-duchesses entourées de brillants uniformes militaires et ecclésiastiques. »

[1] Comité exécutif central panrusse des soviets des députés ouvriers et soldats. Appelé ainsi d’après ses initiales.