AccueilPublicationsBilan (1933-1938)
Dernière mise à jour :
mardi 6 juin 2017
   
Brèves
« Lutte de Classe » (GLAT) - Série complète !
samedi 27 octobre
La couverture chronologique de la revue du GLAT, Lutte de Classe, a été considérablement étendue (premier numéro de mars 1964) et comprend maintenant un renvoi sur une version numérisée des 128 numéros !
Cahiers du Communisme de Conseils - Série complète !
vendredi 26 octobre
Les trois numéros manquant (1, 2 & 5) sont maintenant disponibles dans les sommaires de la revue des Cahiers du Communisme de Conseils. Que les volontaires pour les transcriptions n’hésitent pas à se signaler... En attendant, bonne lecture !
Premiers scans des Cahiers du Communisme de Conseil
dimanche 5 août
Neuf des douze numéros de la revue des Cahiers du Communisme de Conseil (1968-1972) sont maintenant accessible en version numérique au travers du sommaire général.
Derniers numéros de la revue Communisme
dimanche 5 août
Les numéros 6, 8, 9 et 15 qui manquaient jusque là ont été ajoutés au sommaire général de la revue « Communisme » (1937-1939). Bonnes lectures !
Mise à jour sommaires GLAT
samedi 11 février
Le sommaire général de la revue du GLAT, Lutte de Classe vient d’être encore étendu. Merci de signaler manques ou corrections.
Sur le Web
Controverses
Revue publiée par le Forum de la Gauche Communiste Internationaliste : C’est pour contribuer à déblayer la voie vers la clarification et le regroupement sur des bases théoriques, politiques et organisationnelles saines que Controverses a vu le jour. En d’autres termes, tout en tenant compte du changement de période qui n’est plus au reflux mais à la reprise historique des combats de classes, notre objectif essentiel est de reprendre ce qui était le souci de Bilan mais qu’il n’a pu mener complètement à bien compte-tenu des conditions d’alors : « ...une critique intense qui visait à rétablir les notions du marxisme dans tous les domaines de la connaissance, de l’économie, de la tactique, de l’organisation », et ce sans « aucun dogme », sans « aucun interdit non plus qu’aucun ostracisme », et « par le souci de déterminer une saine polémique politique ». Ceci est plus que jamais indispensable afin de réussir un nouvel « Octobre 17 » sous peine de se retrouver comme ces « vieux bolcheviks ... qui répètent stupidement une formule apprise par cœur, au lieu d’étudier ce qu’il y avait d’original dans la réalité nouvelle. (extrait de l’éditorial du n°1)
Gavroche - La revue
Le premier numéro de la revue trimestrielle Gavroche est sorti en décembre 1981. Il prenait la suite du Peuple français, belle aventure éditoriale des années soixante-dix. Depuis plus de 20 ans, la revue s’attache à la retranscription des fêtes, des travaux, des luttes et des joies du principal acteur de l’histoire : le peuple. Gavroche fait aussi resurgir des événements jusque-là ignorés ou passés volontairement sous silence.
L’Echo de la Fabrique
Le journal des chefs d’ateliers et ouvriers de la soie à Lyon, hebdomadaire phare de la presse ouvrière, paraît d’octobre 1831 à mai 1834. Ce site en donne à lire l’intégrale des articles, suite à un remarquable travail empreint d’une grande rigueur scientifique. Indispensable pour l’étude des insurrections des canuts de 1831 et 1834.
La Révolution prolétarienne
Revue fondée par Pierre Monatte en 1925. Le site publie un grand nombre d’articles de la période "historique". La publication se poursuit...
La Bataille socialiste
Site de ressources documentaires sur le patrimoine socialiste. Suit l’actualité des parutions, publie certains articles en ligne et propose des documents concernant le mouvement ouvrier de la première moitié du XXe siècle principalement.
BILAN 04b : Le plan De Man
Février 1934 / pp. 122 - 132
9 mai 2007 par albin

Notre époque présente un anachronisme profond entre l’évolution des forces de production qui appellent le prolétariat à la direction de la société et le capitalisme qui, pour ne pas disparaître de la scène historique, doit non seulement anéantir les organismes révolutionnaires du prolétariat, mais aussi s’efforcer de rétablir le fonctionnement unitaire de la société autour des intérêts de sa classe, au travers d’un nouveau matériel historique qui semble anachronique par rapport au programme « démocratique » d’antan.

Ce sont les tempêtes révolutionnaires dans le monde entier qui poussent les différents pays (même ceux qui n’ont pas dû faire face à des mouvements insurrectionnels) à procéder à une révision des tables traditionnelles sur lesquelles se basait la société bourgeoise d’avant guerre. C’est la victoire du fascisme en Allemagne notamment qui a donné le signal d’une réorganisation du capitalisme dans les différents pays : en France, c’est Déat qui lance le programme du néo-socialisme ; c’est Tardieu qui soulève la nécessité, « faute de périr », de la révision de la Constitution. En Angleterre, bien que sous des formes moins marquées, un processus analogue s’était déterminé dès 1931 par la dislocation du gouvernement travailliste et la constitution de l’Union Nationale. Aujourd’hui, ce processus est loin d’avoir atteint son épanouissement et les puissantes réserves de l’Empire britannique ne pourront aboutir à ce que les événements s’arrêtent aux résultats acquis à la Conférence d’Ottawa. En Amérique, c’est Roosevelt qui lance, à grand fracas, les plans de reconstruction économique et de « paix sociale ».

En Belgique, la grève des mineurs de juillet 1932 avait fait apparaître - surtout à cause de la situation particulière de la Belgique, étranglée entre les deux principaux impérialismes constratants d’Europe - la nécessité pour la bourgeoisie d’apporter de nouvelles solutions au problème de sa domination. La vague de mécontentement prolétarien qu’avait accompagné l’institution des pleins pouvoirs avait bien pu être égarée dans la mascarade des députés apportant au président de la Chambre des millions de signatures pour la dissolution des Chambres, noyant ainsi le référendum pour le déclenchement de la grève générale. Mais le problème de la canalisation du prolétariat autour de la bourgeoisie subsistait, une fois que les événements en Belgique et dans le monde entier avaient consumé les illusions de possibilité de sauvetage des intérêts du prolétariat par l’emploi du suffrage universel, du parlement et de la démocratie en général. Pour arriver à ce but, il fallait présenter des solutions de « structure » et c’est De Man qui arrive avec son plan. De Man, qui revient d’Allemagne, qui a connu - de très près - cette expérience et qui s’assignera comme but non pas celui d’attaquer la classe déclenchant le mouvement fasciste : le capitalisme, mais plutôt l’inverse : indiquer toute la série de manœuvres caractérisant le mouvement fasciste, pour appeler finalement le prolétariat à faire sienne la base programmatique sur laquelle le nazisme a déclenché l’attaque en Allemagne.

La théorie socialiste, sur laquelle le prolétariat avait édifié toutes ses organisations prolétariennes, le prolétariat russe gagné sa bataille, le prolétariat italien, autrichien, chinois et de tous les pays livré des luttes révolutionnaires, toutes ces théories nécessitaient une réforme de « structure ». Et pourquoi donc ? Peut-être parce qu’il aurait été établi que les événements ont démoli ces théories et que la lutte du prolétariat devrait, de ce fait, s’ériger sur d’autres directives ! Jamais de la vie ! De Man ne s’inquiète nullement d’établir les erreurs éventuelles au feu des victoires et des défaites du prolétariat, ainsi qu’à la lumière de l’évolution de la société capitaliste. Il résoudra, par contre, le problème ainsi : le fasciste gagne parce qu’il peut mobiliser les classes moyennes contre l’hyper-capitalisme et parce qu’il peut relier le prolétariat à la défense de la patrie. Le socialisme doit voler ce programme au fascisme, changer ses textes programmatiques et, si les conditions économiques rendent possible le maintien des organismes prolétariens, transfigurés suivant le plan, le danger du fascisme sera écarté mais le prolétariat aura enfin renoncé à sa lutte révolutionnaire. A ces considérations générales, nous paraît répondre le plan que le chef de l’école révisionniste social-démocrate, l’auteur qui, comme bien d’autres, est allé au-delà du marxisme, a fait approuver par le Parti Ouvrier Belge. L’importance du plan ne réside pas dans ses énonciations, mais dans la tentative qu’il représente d’appeler les ouvriers à faire acte de suicide envers leur ennemi.

* * *

La construction du plan de travail du POB procède de trois idées centrales :

1.- Il constate l’évolution organique de la structure du monde capitaliste. A la libre concurrence s’est substitué le monopole dirigé par le capital financier. La liaison qui existe entre monopole et protectionnisme a fait qu’à la lutte entre « producteurs individuels s’est substituée la concurrence entre États ». Cette évolution a déterminé une tendance vers un repli national de chaque État. Par conséquent, nécessité d’adapter le socialisme à ce « capitalisme nouveau ».

2.- La fonction actuelle des classes moyennes, du fait de leur animosité contre le capitalisme financier, l’hyper-capitalisme, qui les écrase ou les met dans une position de dépendance étroite envers lui (salariat), leur donnerait une fonction moins réactionnaire qu’en 1848, à l’époque de Marx. De ce fait, leur anti-capitalisme permettrait l’établissement d’un front de lutte entre elles et le prolétariat, portant sur des objectifs de réforme de structure, c’est-à-dire vers un rétrécissement du champ d’action du capitalisme financier.

3.- Ce front de lutte permettrait d’obtenir, par le suffrage universel dans les cadres de la Constitution belge, la majorité nécessaire pour effectuer les modifications de la structure étatique et de réaliser les réformes de la structure économique en opposition avec les objectifs antérieurs de la social-démocratie vers des réformes de répartition.

Dans ses articles du « Peuple », H. De Man a eu l’occasion de développer ces différents points. La genèse du plan aurait, comme point de départ, le fait que « l’opinion selon laquelle le socialisme doit se faire dans le cadre international d’abord, repose sur une conception périmée de l’évolution du capitalisme... La tendance générale de l’évolution du capitalisme a subi un véritable renversement. Au lieu de continuer à poursuivre un marché mondial de plus en plus étendu, nous allons vers un nationalisme économique qui oppose toujours davantage les unes aux autres les nations industrielles ». Selon De Man, cette évolution, qui caractérise « le passage d’une phase de progression et d’expansion à une phase de régression et de repli », obligerait le prolétariat à concevoir la socialisation comme une nationalisation, donc d’adapter « la doctrine de la socialisation aux transformations de l’économie capitaliste elle-même ». En somme, H. De Man estime qu’une nationalisation « laissant subsister un régime de circulation basé sur le marché, c’est-à-dire sur l’argent comme base du calcul du prix, des salaires et de la rentabilité », par conséquent une « économie mixte » qui ne s’isolerait pas du marché mondial et qui éviterait le sort des « tentatives de nationalisation d’ailleurs hésitantes et mal adaptées à la situation nouvelle qui furent amorcées dans plusieurs pays européens après 1918 », pourrait non seulement subsister mais également liquider le chômage en orientant sensiblement le prolétariat vers le socialisme.

Comme tout « sociologue » qui se respecte, De Man manie le sophisme avec un brio remarquable. Ainsi, la thèse classique du réformisme - chère à feu Joseph Wauters, ancien ministre d’État - prétendant condamnée toute lutte révolutionnaire se produisant sur le terrain national, parce que ne pouvant se produire simultanément dans tous les pays, serait transformée en « opinion périmée du socialisme ».

Mais, à l’encontre de De Man et de Wauters, la doctrine marxiste, sur la base des conditions historiques propres au développement du capitalisme dans le monde entier, explique la possibilité et la nécessité des luttes révolutionnaires surgissant nationalement, bien qu’ayant une portée internationale, en ce qu’elles sont la conséquence d’un processus historique s’exprimant par une dépendance étroite entre les classes antagonistes sur l’échelle mondiale. De ce fait, toute lutte nationale d’un prolétariat donné ne peut arriver à terme qu’en s’inspirant d’enseignements découlant de la lutte du prolétariat international, qu’en transposant ces enseignements sur son terrain spécifique de lutte.

Mais l’intention de De Man n’est évidemment pas de réviser son révisionnisme pour revenir au marxisme ; la négation de la thèse un peu simpliste du réformisme classique doit lui permettre de préciser sa conception nationaliste-active de la lutte ouvrière et, par là, de faire mettre au Musée des Antiques la valeur verbalement internationaliste attribuée jusqu’ici par la social-démocratie au socialisme. Sur cet aspect du fameux repli national, nous aurons d’ailleurs l’occasion de revenir. Examinons donc le problème central lui-même. Après beaucoup d’autres, De Man a découvert la tendance actuelle du capitalisme : le repli national. Évidemment, il veut bien concéder que « le caractère général et irrésistible de cette évolution » était déjà reconnu par certains théoriciens du socialisme dès avant la fin du siècle précédent, mais c’est à lui que revient le grand mérite d’avoir découvert le « socialisme nouveau », adaptation nécessaire à l’évolution du capitalisme.

La tendance des États capitalistes vers le développement du protectionnisme, condition indispensable pour la formation des monopoles et, par conséquent, aspect concret du repli national, est aussi vieille que le capitalisme lui-même. Déjà Engels, dans une note du IIIème Livre du « Capital » (page 118), faisait une remarque saisissante sur le protectionnisme portant sur les industries d’exportation et disait : « les capitalistes acquièrent, de plus en plus, la conviction que les forces productives modernes, avec leur développement rapide et gigantesque, échappent tous les jours davantage aux lois de l’échange capitaliste qui devaient les diriger. Les deux symptômes suivants l’établissent à l’évidence : 1/ la nouvelle et universelle manie des droits de production qui se distinguent de l’ancienne idée protectionniste en ce qu’elle poursuit, avant tout, la protection des articles susceptibles d’exportation, 2/ les Cartels et les Trusts qui se créent, dans les grandes branches de production ». Par ailleurs, Lénine, dans sa brochure de vulgarisation sur « l’Impérialisme, dernière étape du Capitalisme », a suffisamment insisté sur le caractère protectionniste du capitalisme nouveau, surgi de la concentration des entreprises et des banques, pour qu’il soit permis d’affirmer qu’en somme la « découverte » d’H. De Man est tout bonnement - comme L. Blum l’a d’ailleurs fait, très à propos, remarquer dans le « Populaire » - un truc publicitaire pour mettre en évidence une idée assez vieille.

Le repli national est donc une tendance organique du capitalisme, une tendance vers un profit supplémentaire donnant la possibilité d’écouler les marchandises sur le marché extérieur à des prix inférieurs au prix de revient, un moyen de protéger les industries nationales à composition organique faible. Que dans une période de régression du capitalisme cette tendance organique se renforce dans la mesure inverse où s’accentue la concentration, le monopolisme dans les branches de la production, que cette tendance s’exprime dans une pareille phase par l’établissement d’une liaison étroite entre l’État ainsi renforcé et le capital financier, il n’y a là qu’un phénomène normal de l’économie capitaliste, dans une période où la préparation pour la guerre nécessite la concentration maxima du capitalisme sur le plan national. Il y a évidemment du « nouveau » dans toute régression mais, alors, ce nouveau s’exprime dans un sens de dégradation progressive. Le capitalisme nouveau, les modifications dans la structure du capitalisme que De Man découvre aujourd’hui s’avèrent donc comme des mystifications, des titres à effet, pour expliquer le passage - qui date du 19ème siècle - du stade de la libre concurrence - qui n’a jamais existé à l’état « pur » - au stade du capital monopoliste qui ouvrit l’ère de l’impérialisme. Lénine, à ce propos, bien avant la découverte d’Henri De Man, disait que « l’ancien capitalisme de la libre concurrence et de la Bourse, son régulateur indispensable, s’en vont. Un nouveau capitalisme lui succède, qui semble quelque chose de transitoire et réalise une sorte de combinaison de la libre concurrence et du monopole ». Le processus de transfiguration du capitalisme, substituant définitivement la lutte entre États, instruments d’un capital financier omnipotent, à la lutte entre capitalistes isolés, est donc un phénomène spécifique au capitaliste qui s’est accéléré en fonction des antagonismes nouveaux de l’après-guerre. En premier lieu, cette accélération résulte non d’une évolution fatale du capitalisme mais de la défaite du prolétariat international qui, seul, aurait pu harmoniser le développement des forces de production. Cette « crise de la révolution se rencontrant avec la crise du capitalisme » ne pouvait que déterminer l’accentuation des caractères spécifiques au monde capitaliste, sur la base de son absorption momentanée des contrastes de classe pouvant menacer directement le système existant. Mais l’intention de De Man n’est certainement pas de rabâcher une série de formules archi-connues, mais bien de donner une signification particulière à un phénomène capitaliste : démontrer que la lutte ouvrière doit se limiter naturellement dans des objectifs nationaux pour ce qui est de sa forme et de son contenu, que socialisation signifie nationalisation progressive de l’économie capitaliste, ou économie mixte. Sous le couvert de « l’action immédiate », De Man en arrive à prêcher l’adaptation nationale des ouvriers dans la « nation une et indivisible » et qui, enfin, nourrie par les conséquences de la défaite révolutionnaire en Allemagne et la dégénérescence croissante de l’État prolétarien, s’offre comme le refuge suprême des ouvriers mâtés par la réaction capitaliste.

LES CLASSES MOYENNES

Voici ce qu’apporte H. De Man à ce sujet : « la petite bourgeoisie de 1848 était libérale et démocratique sur le terrain politique, mais monopoliste sur le terrain économique ; la grande masse des classes moyennes d’aujourd’hui poursuit, à l’égard de l’État, une politique antilibérale et antidémocratique, mais se sent économiquement oppressée et exploitée par les monopoles que détient le capital financier. Tout comme naguère, l’anticapitalisme des classes moyennes s’accompagne d’un antiprolétarisme qui provient de leur crainte d’être rejetées dans le prolétariat et de leur désir de s’élever au-dessus de lui. Mais cet anticapitalisme a changé de caractère avec le capitalisme lui-même. A certains points de vue, économiques et non politiques, cet anticapitalisme est devenu moins réactionnaire que celui du siècle dernier. En effet, il se dresse contre un capitalisme qui entre-temps a passé lui-même d’une phase progressive à une phase régressive, à mesure que la concurrence faisait place au monopole, l’initiative patronale à la domination bancaire, le libre échange au protectionnisme. En somme, on peut dire aujourd’hui que la masse des classes moyennes s’oppose au capitalisme monopoliste mais non au capitalisme compétitif et se rend compte de ce qu’elle a des intérêts communs avec les masses ouvrières à l’égard du capitalisme financier, mais non à l’égard des autres formes du capital.

Ainsi, De Man prétend que la petite bourgeoisie de 1848 était monopoliste sur le terrain économique. Il y a pourtant une distinction fondamentale entre monopolisme et corporatisme, et le fait que, dans le même article, De Man parle des « monopoles corporatifs » non seulement le confirme, mais nous montre qu’il y a un peu de confusion dans le cerveau de notre honorable professeur. Le monopolisme est le fait du développement de la concentration des entreprises et des capitaux et l’annulation de la concurrence dans les branches fondamentales de la production de capitalismes déterminés. En ce sens, il ne peut être employé que pour ce qui concerne l’économie capitaliste. La corporation, sous sa forme la plus rigide, date du moyen-âge et correspond à une production artisanale [1]. Parallèlement au développement du commerce et de la production se produisit une différenciation de fonctions qui, dès lors, donna aux corporations un sens relatif de réglementation de la production (limitation de la production, du nombre d’ouvriers, des prix). Au surplus, le développement de l’industrie manufacturière, conséquence des besoins d’un marché sans cesse agrandi, obligeait déjà Turgot, en 1776, d’abolir les corporations, maîtrises et jurandes, obstacles au développement de la bourgeoisie. Cet édit fut rapporté la même année, mais la Révolution française, par la loi du 2 juillet 1791, proclamait la liberté du travail et supprimait les corporations. Antérieurement donc, la corporation était monopoliste, mais dans un sens absolument restreint : une limitation régionale de la production ou une entente entre producteurs indépendants.

Au reste, sous la monarchie absolutiste, en particulier sous le règne de Louis XV et de Louis XVI, la corporation était terriblement disloquée ; elle se bornait à des ententes de petits producteurs subsistant surtout grâce aux traditions antérieures, mais chaque fois ébranlées par le développement du commerce. Ce fait a été noté par Jaurès dans son histoire de la Révolution française.

Cette confusion de la valeur de termes différents permet à De Man d’établir facilement ses « proportions historiques » : la petite bourgeoisie de 1848 est libérale et démocratique sur le terrain politique, mais monopoliste économiquement. Aujourd’hui, l’inverse se produisant, la petite bourgeoisie est moins réactionnaire que dans le siècle dernier, puisqu’elle est censée lutter contre le monopolisme capitaliste se trouvant dans une phase de régression !

La petite bourgeoisie de 1848 était non seulement loin de désirer un retour au « monopolisme » qui n’existait pas, mais sa tendance économique n’était même pas une tendance vers le rétablissement du corporatisme tel qu’il exista sous la monarchie et que, d’ailleurs, elle ne pouvait même pas escompter, en face de l’assaut puissant du capitalisme. A cette époque, la petite bourgeoisie était régressive, non parce qu’ayant une conception de l’organisation de la société se heurtant au développement objectif des forces économiques, mais du simple fait de sa survivance entre deux forces antagonistes de la société : le féodalisme et la bourgeoisie. Son manque de cohésion, ses intérêts hétérogènes l’empêchant de constituer des syndicats de producteurs - qui auraient, du reste, été incapables de résister au capitalisme industriel, la tendance de chaque petit-bourgeois de produire mieux et plus, afin de pouvoir s’élever et pénétrer dans la bourgeoisie l’empêchait de manifester une tendance économique particulière se distinguant clairement des autres classes sur le terrain de l’action politique. C’est cette particularité qui permit à Engels de dire, après les événements de 1848, que les petits bourgeois « sans cesse ballottés de la sorte entre l’espoir de s’élever aux rangs de la classe plus riche et la peur d’être réduits à celui d’indigents, entre l’espoir d’avancer ses intérêts par la conquête d’une part dans la direction politique et la crainte de provoquer, par une opposition intempestive, la colère d’un gouvernement qui dispose de son existence même, puisqu’il peut lui enlever ses meilleurs clients, possédant peu de moyens et dont l’insécurité est en raison inverse de la grandeur, cette classe a les vues les plus vacillantes » (Révolution et contre-révolution en Allemagne). Dès le commencement du 19ème siècle, le développement du capitalisme a donné à la petite bourgeoisie la sensation réelle de l’impossibilité de mener une lutte contre lui et inversement le désir de s’élever jusqu’à lui. En somme, que cela soit au point de vue économique ou politique, la petite bourgeoisie ne pouvait, à cette époque, jouer un rôle progressif. Politiquement, son démocratisme n’était que l’expression de sa croyance dans la valeur du nombre qu’elle représentait : « la petite bourgeoisie est extrêmement nombreuse en Allemagne par suite du peu de développement de la classe des grands capitalistes et industriels dans ce pays » (Engels). Son nombre était la garantie que l’introduction de la démocratie et du libéralisme (ce dernier considéré comme un inconvénient nécessaire à la démocratie), lui aurait donné la possibilité de légiférer la société dans la mesure utile à sa conservation. C’est la raison qui la poussa à soutenir la bourgeoisie, mais sa lutte politique n’en conserva pas moins le caractère nettement régressif propre à sa position économique et à son rôle de tampon à la disposition des classes fondamentales de la société.

A ce sujet également, l’on peut se baser sur la caractéristique d’Engels : « La petite bourgeoisie, grande par la vantardise, est impuissante pour l’action et craintive devant toute entreprise hasardeuse. La nature mesquine de ses opérations commerciales et financières est éminemment faite pour marquer son caractère de l’empreinte d’irrésolution et de manque d’initiative ; il faut s’attendre à ce que son activité politique offre la même caractéristique ». Aussi, tant par sa situation économique que par son activité politique, la petite bourgeoisie de 1848 a représenté une classe régressive. Les petits fermiers et laboureurs pouvaient, eux, représenter un apport progressif à cette époque du fait « qu’ils furent jetés principalement dans les bras du parti révolutionnaire : d’une part par le poids relativement énorme des impôts ; d’autre part, par les servitudes féodales qui pesèrent sur eux ». Il en est de même pour ce qui est des fonctionnaires luttant avec la bourgeoisie pour l’abolition des hiérarchies administratives se basant sur les liens du sang, afin d’y substituer les principes de la bourgeoisie : le libre choix et l’élévation des fonctionnaires selon leurs capacités. Ces deux catégories sociales luttant pour l’abolition de survivances féodales avaient, par conséquent, une fonction progressive.

Mais De Man ne craint pas de se contredire : d’une part, il admet, avec Marx, le caractère réactionnaire de l’anticapitalisme des classes moyennes de 1848 ; d’autre part, il parle de leurs positions libérales et démocratiques sur le plan politique. En outre, la modification de la fonction des classes moyennes dans la période présente résiderait dans une atténuation de leur réactionnarisme, atténuation qui, vérifiée selon les critères de De Man lui-même, serait plutôt une... aggravation de ce caractère régressif. En effet, dans une étude parue dans le « Bulletin de la Banque Nationale de Belgique », De Man démontre l’illusion que serait un retour au libre-échange : « il serait tout aussi illusoire de vouloir vaincre les tendances vers l’autarcie nationale par un simple retour au libre échange, qu’il serait illusoire de vouloir vaincre les dangers du monopolisme par un simple retour au « laisser-faire » de nos grands-pères, partisans de la liberté complète de la concurrence individuelle. Car c’est précisément de ce régime de liberté qu’est sorti le monopolisme actuel, par le jeu irrésistible de la concentration des entreprises, de la prépondérance croissante du capital financier et de la transmission héréditaire de la puissance économique acquise ».

Or, selon De Man, ce qui caractérise aujourd’hui la petite bourgeoisie, c’est précisément cette tendance illusoire vers un retour à un régime de liberté économique, donc une tendance de régression économique car le monopole, et De Man est le premier à le reconnaître, est une forme supérieure du développement économique. Mais, néanmoins, le fait que le capitalisme soit passé d’un stade progressif à un stade régressif doit forcément conférer, selon De Man, aux classes moyennes, même si elles agitent des utopies réactionnaires, un caractère susceptible d’en faire des alliés du prolétariat. Ici encore, De Man transpose ses désirs dans la réalité : phase régressive du capitalisme ne signifie pas négation, par la classe révolutionnaire, du degré de développement des forces économiques qui donne à la bourgeoisie son caractère réactionnaire, parce qu’elles dépassent, par leur ampleur, les limites imposées par les lois de la plus-value capitaliste. Cela signifie seulement la nécessité, pour le prolétariat, d’harmoniser le développement économique avec la construction de nouveaux rapports sociaux. Le prolétariat n’est pas contre le monopole, comme il n’est pas, en général, contre le progrès industriel ; il lutte seulement contre le mode d’emploi capitaliste de tout progrès économique, scientifique, etc., afin d’en faire bénéficier l’ensemble de la société par la suppression des classes. Dans une phase régressive du capitalisme, la seule classe qui ait une valeur révolutionnaire, c’est le prolétariat. La petite bourgeoisie - au lieu de les voir amoindries - voit ses particularités du siècle dernier renforcées par l’exacerbation même des rapports sociaux entre les deux classes fondamentales. Son désir de subsister quand même la rend solidaire de la bourgeoisie envers laquelle elle n’ose - pas plus qu’en 1848 - formuler des revendications de retour au libre échange d’antan. Le développement fabuleux du capitalisme monopoliste lui donne, aujourd’hui, un vertige et une sensation définitive de son impuissance et, de ce fait, la dirige vers le renforcement de l’État qui seul peut, par le maintien de l’ordre d’abord, par sa soi-disant protection contre la tyrannie des monopoles, lui garantir ce minimum nécessaire pour qu’elle puisse subsister ou bien végéter. Dans la mesure où le prolétariat s’ébranle puissamment, menace directement le capitalisme, a la possibilité de poser, dans un avenir plus ou moins court, le problème de la prise du pouvoir, il peut neutraliser la petite bourgeoisie guettant un ordre lui garantissant sa petite existence. Mais lorsque cette vague dépassée le prolétariat recule, organise des grèves partielles, générales, avance, recule et emprunte à nouveau le chemin de la grève, alors la petite bourgeoisie, énervée par cette insécurité sociale, en quête d’un État fort, se tourne vers son soutien naturel, celui qui garantira son misérable privilège, s’exprimant parfois uniquement par une supériorité « morale » du petit bourgeois. Ce dernier se dirigera vers le capitalisme, le suppliera de mettre de l’ordre dans le pays et l’aidera pour massacrer le prolétariat - sans toutefois exposer « son bien et sa vie » - et verra avec satisfaction se développer le fascisme qui aggravera ses conditions d’existence, mais fera régner « l’ordre à Varsovie ».

Cependant, De Man, voulant transformer un lièvre en lion, nous apporte le complément essentiel du problème : les classes moyennes nouvelles. Grâce à ces dernières, qui sont dépendantes du capitalisme parce que généralement salariées, qui se sentent menacées de partager le sort du prolétaire, mais sans témoigner d’un anti-ouvriérisme plus fréquent parmi les petits commerçants, petits trafiquants se heurtant directement aux travailleurs, il serait possible de constituer un front de travail susceptible de donner une majorité au POB afin de réaliser son plan. Cependant, les classes moyennes nouvelles n’ont pas aujourd’hui, au point de vue politique, une fonction différente de l’ensemble des classes moyennes. De Man lui-même, tout en parlant d’effectuer une conjonction de l’anti-capitalisme des classes moyennes et de la lutte de la classe ouvrière, est obligé de préciser qu’il s’agit de « certaines couches » des classes moyennes nouvelles, les mieux payées, pour qui « prolétarisation signifie moins détresse matérielle que perte d’indépendance ». Mais, bien au contraire, ces couches des classes moyennes les mieux payées - fonctionnaires, techniciens, universitaires - sont rattachées à la bourgeoisie dont ils essayent, par l’amélioration de leur situation, de faire partie. Le fait d’être salarié ne leur confère pas des vertus intrinsèques, et même lorsque leur salaire ne dépasse pas celui de l’ouvrier, leur « éducation » laisse subsister cette division de classe qui les sépare du prolétariat. Leur dépendance du capitalisme, leur incapacité de s’opposer à lui, leur séparation du prolétariat, leurs intérêts divers, les empêchent non seulement d’émettre des aspirations spécifiques, mais en font bien plus des alliées du capitalisme que du prolétariat qu’ils sont obligés de mépriser pour pouvoir occuper, ne fut-ce qu’extérieurement, une position sociale supérieure, donc intermédiaire. Classes moyennes, anciennes ou nouvelles - et nous ne voyons aucune raison pour établir une distinction fondamentale entre couches mieux payées, surtout en faveur des premières - sont rattachées au capitalisme tant que le prolétariat, par son action révolutionnaire, n’est pas parvenu à ébranler la société de telle sorte à poser les conditions concrètes de l’édification d’un ordre nouveau. Dans une période régressive du capitalisme coïncidant avec un reflux révolutionnaire, les classes moyennes, dans leur ensemble, lâches et byzantines, pour reprendre une expression de Kautsky envers les classes moyennes nouvelles lors de sa polémique contre Bernstein, se tournent vers les forces les plus brutales du capitalisme afin qu’elles puissent nettoyer la société des insécurités sociales qui y fermentent.

LES REFORMES DE STRUCTURE

Par réformes de structure, M. De Man entend rendre « possible une meilleure répartition par la transformation même du régime dirigé vers un revenu national supérieur, c’est-à-dire vers une production mieux adaptée aux besoins de la consommation et développée parallèlement à ceux-ci ». Voici une illustration de cette donnée : « les réformes de répartition, c’est vouloir tailler un morceau plus grand dans un gâteau de dimension donnée ; les réformes de structure, c’est faire un gâteau plus grand » (Discours à la Commission Syndicale de Belgique).

La nécessité d’une réforme de structure proviendrait du fait que la crise rend impossible toute lutte pour des réformes de répartition, car celles-ci « ne peuvent s’exercer au profit d’une classe que dans la mesure où elles réduisent le profit des autres classes ». Ainsi, « toute augmentation des charges sociales au profit de la classe ouvrière se traduit en augmentation des charges fiscales pour l’ensemble de la population ». A l’intérieur de la classe ouvrière, les « efforts corporatifs pour maintenir un niveau de vie supportable créent, de plus en plus, une opposition d’intérêts immédiats entre une corporation et une autre : les mineurs ne peuvent combattre leur misère qu’en liant le mouvement de leurs salaires au mouvement des prix du charbon, dont les frais retombent sur d’autres corporations ouvrières, en premier lieu sur les cheminots et sur la population en général ». Et De Man conclut sa pensée ainsi : « Nous sommes de plus en plus faibles pour tailler des morceaux suffisants dans le gâteau qui se rétrécit ; mais nous sommes de plus en plus forts pour faire un autre gâteau à mesure que ce rétrécissement fait comprendre dans les classes moyennes, et jusque dans les milieux industriels, qu’il n’y a pas d’autre remède à la situation ». La vanité honteuse du réformiste apparaît nettement dans les formulations de ce « théoricien socialiste ». D’une part, il s’agit de donner un semblant de vraisemblance à une notion réactionnaire démentie par la lutte ouvrière ; d’autre part, il s’agit d’aiguillonner la lutte prolétarienne dans une voie de garage définitive.

La crise économique actuelle rendrait impossible, selon le réformisme, toute lutte revendicative, ou même de défense, de la classe ouvrière. De Man ne fait que commenter cette idée générale dans la citation que nous avons rapportée. Ce qui est juste, c’est que dans une pareille période, aucune bataille ouvrière partielle ne peut être victorieuse si elle n’est pas généralisée, ou du moins soutenue par l’ensemble de la classe ouvrière. En période de crise économique, chaque patronat concrétise le degré de résistance de l’ensemble de la classe, dans la mesure où cette dernière est obligée de réduire ses frais de production par des diminutions de salaires et la réduction des charges sociales. Une lutte isolée de corporation dans une pareille conjoncture est donc une absurdité inventée par De Man (absurdité se traduisant dans la pratique par la manœuvre classique du réformisme vers l’isolement de chaque bataille, c’est-à-dire vers sa défaite). Par contre, les luttes partielles des travailleurs, de corporations, doivent aboutir à un mouvement d’ensemble de la classe, tendance qui s’exprime assez spontanément, du moins dans des pays comme la Belgique, par le mot d’ordre de grève générale. Il est, par exemple, parfaitement idiot d’admettre qu’il soit possible de déclencher une lutte des mineurs, qu’elle réussisse, sans que les cheminots et autres corporations ne comprennent pas immédiatement la nécessité de répéter cet exemple eux-mêmes, sous peine d’en subir les conséquences. Au reste, c’est là une des raisons essentielles qui poussent le capitalisme et ses agents réformistes à étrangler tout mouvement de corporation, afin qu’il ne puisse être généralisé par toute la classe ouvrière : l’exemple de la grève de juillet est là pour le prouver. Au point de vue de la situation économique qui existe en temps de crise, la thèse de De Man est, par conséquent, non seulement absurde, mais exprime la position du capitalisme d’empêcher toute bataille ouvrière dans une période où règne une instabilité constante dans l’ensemble de la société.

Le problème essentiel pour arriver aux réformes de structure réside dans la transformation légale de l’État lui-même. Avec une majorité anti-capitaliste, constituée grâce à l’opposition ( !) des classes moyennes au capitalisme financier, il sera possible au POB, pacifiquement, dans les cadres de la Constitution belge, de limiter le champ d’action du monopolisme financier, de le déposséder. En somme, la lutte électorale pour renverser le capitalisme. A cela, l’on ne peut qu’opposer les quinze dernières années de la lutte ouvrière. En particulier, les ouvriers allemands se sont faits massacrer pour avoir osé traduire concrètement leur désir de réaliser des modifications de la structure de la société, en conquérant préalablement le pouvoir politique. Et cela par ceux qui, comme Noske-Scheideman, proclamaient la nécessité d’effectuer des réformes de structure, pacifiquement, puisqu’ils se trouvaient à la tête de l’État allemand ; en s’entendant à l’amiable avec le capitalisme et toujours progressivement, grâce à une majorité d’électeurs, le socialisme aurait été réalisé en Allemagne. L’accession du fascisme au pouvoir a réduit à néant ces positions réactionnaires et posé le problème sur son véritable terrain : la lutte armée des prolétaires pour la conquête du pouvoir. Les réformes de structure d’H. De Man ont donc pour but de remiser la lutte véritable des travailleurs - et c’est là sa seule fonction - dans un domaine irréel, d’où l’on exclut toute lutte pour la défense des intérêts immédiats et, par là même, historique du prolétariat, au nom d’une réforme de structure qui, dans sa conception comme dans ses moyens, ne peut que servir à la bourgeoisie pour renforcer son État de classe en réduisant la classe ouvrière à l’impuissance. C’est ce que nous démontrerons dans l’analyse concrète du plan qui traite du problème de l’État et de sa réforme, ainsi que des mesures destinées à constituer le nouveau gâteau susceptible d’améliorer la situation de la classe ouvrière et de l’ensemble de la société.

NATIONALISME BOURGEOIS ET INTERNATIONALISME PROLETARIEN

La première conclusion qu’il nous sera possible de tirer des prémices du plan de travail du POB est une définition du nationalisme que ce dernier oppose à l’internationalisme phraséologique de la social-démocratie traditionnelle. Le « Plan National d’abord », dit H. De Man dans le « Peuple » : le socialisme a évolué ! Poursuivant intérieurement, sur le terrain politique, l’instauration de la démocratie et dans le domaine économique des améliorations matérielles pour la classe ouvrière, sans modifier le régime existant de la propriété des grands moyens de production, le socialisme pouvait se contenter « d’une conception doctrinale, donc absolue du but final ». Aujourd’hui, avec l’évolution du capitalisme, après les échecs de la SDN et du BIT, desquels l’on attendait une lutte pour le socialisme, « dans le cadre international d’abord », l’heure est venue de renier jusqu’aux phrases contenant la notion désormais périmée de l’Internationale. Le socialisme intégral et absolu impliquant une économie mondiale, par conséquent « chaque État socialiste se serait trouvé placé devant le dilemme : ou bien faire immédiatement la révolution mondiale, de façon à soumettre le reste de l’univers au même régime, ou bien se condamner à l’isolement économique total par rapport au reste du monde ».

Le plan De Man est donc nettement « national-socialiste ». D’un point de vue fondamental, il ne se distingue en rien du « national-socialisme » fasciste. Tout comme ce dernier, il consiste à limiter le champ d’action historique du prolétariat au plan national, c’est-à-dire à nier toute possibilité de contact, d’aide, d’inspiration des luttes, des expériences des autres prolétariats et, par là même, à forger sa conscience de lutte sur le terrain des intérêts particuliers de son propre capitalisme. Tout comme lui, il exalte la communauté d’intérêts découlant pour le capitalisme, comme pour le prolétariat, d’une nécessité d’agir nationalement, tout en affirmant, comme Hitler, des intentions pacifistes au point de vue international.

Dans l’après-guerre, jusqu’à l’avènement de Hitler au pouvoir, la social-démocratie, pour conserver son influence, devait afficher une terminologie internationaliste. Les antagonismes de classe, grâce à la victoire de la révolution russe et aux tentatives insurrectionnelles de l’Allemagne, Hongrie, Italie, prenaient en effet, après la guerre, une direction spontanément mondiale en ce sens que les victoires, comme les défaites, permettaient la progression des luttes révolutionnaires en fonction des expériences qui en découlaient.

Le socialisme intégral, ou mieux, la révolution mondiale, était, dans cette période, l’objectif que se traçait le prolétariat, appuyé sur la Russie et dirigé par l’IC. Cela découlait du fond même du problème : la lutte révolutionnaire est un problème de continuité internationale, aussi bien que, d’autre part, le capitalisme lui-même n’existe qu’en tant que système mondial de domination sociale.

Le processus de l’échange entre les secteurs nationaux du marché capitaliste, le mouvement d’exportation des capitaux, font épanouir les antagonismes inter-impérialistes qui représentent, d’ailleurs, l’aspect concret et indispensable du fonctionnement du système capitaliste mondial. L’évolution de ces antagonismes peut conduire à la guerre ou se croiser avec le déclenchement des mouvements révolutionnaires. A cette dernière fin, le prolétariat d’un pays donné doit s’assimiler l’expérience des autres prolétariats luttant contre un régime capitaliste analogue, mais dans des conditions spécifiques résultant de degrés différents dans le développement des pays capitalistes. Cette compréhension, que concrétise le parti, permet au prolétariat de mener une lutte ayant un caractère international contre sa bourgeoisie parce qu’il concentre le degré de conscience auquel est parvenu l’ensemble des ouvriers du monde entier. Le socialisme intégral représente, pour le marxiste, la liaison entre l’État prolétarien victorieux et la lutte du prolétariat mondial. Ce problème, l’URSS, l’IC, ne l’ont pas résolu. Dans le n° 2 de « Bilan », nous avons essayé de le poser : c’est le problème que le prolétariat devra résoudre pour les révolutions de demain.

L’avènement du fascisme en Allemagne clôture une période décisive de la lutte ouvrière. Les contrastes inter-impérialistes qui ont permis l’acheminement des antagonismes sociaux vers un internationalisme prolétarien ont pu - grâce au triomphe du centrisme dans l’IC et dans l’État prolétarien - se diriger vers l’autre aboutissant : l’éclosion de la guerre. La social-démocratie, qui fut un élément essentiel de ces défaites, est aussi un élément de reconstitution de la vie organique du capitalisme et, en ce sens, parallèlement au repli national de la bourgeoisie qui constitue une expression concrète de l’aggravation des contradictions impérialistes, elle emploie un nouveau langage pour continuer sa fonction, rejette un internationalisme verbal qui n’est plus nécessaire, pour passer franchement à la préparation idéologique des prolétaires pour la défense de « sa Nation ». L’avènement du fascisme en Allemagne a rompu la possibilité d’une lutte victorieuse des prolétaires autour du pôle de l’État russe, et c’est là que nous trouvons la source véritable du plan De Man. Ce dernier représente la tentative concrète de sanctionner, par une mobilisation adéquate, la défaite essuyée par l’internationalisme révolutionnaire et la préparation idéologique pour l’incorporation du prolétariat à la lutte autour du capitalisme pour la guerre. C’est pourquoi son national-socialisme a la même fonction que le national-socialisme des fascistes.

* * *

En principe, l’épanouissement d’une fonction sociale se justifie par son rattachement à sa forme antérieure. H. De Man justifie le caractère nationaliste de son plan par des références « internationales », et par l’affirmation énergique de l’anti-nationalisme du plan par rapport à ses perspectives. Voici, tout d’abord, un échantillon des références : « Aussi bien, je n’hésite pas à dire que, si l’action pour le plan devait aboutir, pour le socialisme belge, à payer la conquête du pouvoir gouvernemental et la nationalisation partielle de l’économie par le renoncement à son internationalisme, je serais le premier à dire : pas un pas de plus dans cette direction ! ». Grâce à une économie nationale dirigée, ce renoncement peut être évité et voici la démonstration qu’en fait De Man : « l’objectif principal de l’autarcie est de réduire le plus possible les importations, ce qui ne peut se faire que par une diminution correspondante des exportations. Or, pour la Belgique, ce serait la mort, par conséquent il faut au contraire que, parallèlement au développement du marché intérieur, visé en premier lieu par le plan, la Belgique développe son commerce extérieur, tant pour pouvoir importer des matières premières et les denrées dont elle a besoin que pour pouvoir les payer par des exportations... Qui ne voit que cela lui sera d’autant plus facile qu’en mettant de l’ordre dans son économie nationale selon les directives du plan, la Belgique aura réduit le prix de revient de ses produits d’exportation ? Et qui ne voit que, pour cela, il faut délivrer nos industries du poids que font peser sur elles les charges d’un outillage qui est aux deux tiers inutilisé, de l’entretien d’une armée de chômeurs et de redevances exagérées qu’elle paie aux fournisseurs du crédit et de la force motrice ».

De tout cela il résulte clairement que notre savantissime sociologue sait admirablement négliger, pour les besoins de sa démonstration, ses propres données. Ainsi, après avoir découvert, dans ses premiers articles, les modifications de la structure économique l’obligeant à créer un socialisme nouveau pour ce nouveau capitalisme, après avoir doctoralement démontré que le repli national résultait du développement même de la structure économique mondiale, De Man réduit le problème du repli de l’économie nationale à des proportions bien simples de balances commerciales à établir grâce à l’économie nationale dirigée et à un problème de budget d’État, car il faudra délivrer les industries des poids qui les écrasent actuellement. Aussi, la tâche internationaliste du prolétariat sera d’œuvrer au développement du commerce extérieur du pays, par le consentement des sacrifices nécessaires au relèvement de l’industrie. Et, enfin, sera créé un « internationalisme » non spécifiquement prolétarien, mais de toute la « Nation ». Voilà l’idée introduite par De Man, laissant dans l’ombre ses découvertes initiales, pour arriver à convaincre tous ceux qui pourraient s’apeurer devant son nationalisme-actif. Il n’y à là qu’une nécessité accidentelle et il revient aux ouvriers de la faire disparaître en y adhérant intégralement. Mais le fait que les problèmes de la défense nationale de la « Nation » que De Man exposa immédiatement après sa définition du « nationalisme nouveau » dans les colonnes du « Peuple » ont reçu une solution ultra-chauvine, montre à suffisance le véritable caractère du nationalisme prôné aujourd’hui par la social-démocratie.

(A suivre)

[1] Selon Waltging : « Etude historique sur les corporations professionnelles chez les Romains », « les corporations existaient déjà dans l’ancienne Rome, mais sans règlements sur les méthodes, ni apprentissage imposé, ni monopoles ».

Autres articles de cette rubrique
  1. BILAN 00 : Sommaire des numéros de la revue "Bilan"
  2. BILAN 01a : Note liminaire
  3. BILAN 01b : Introduction
  4. BILAN 01c : Seizième anniversaire de la révolution russe
  5. BILAN 01d : Vers l’Internationale deux et trois quarts... ?
  6. BILAN 01e : Projet de constitution d’un bureau international d’information
  7. BILAN 02a : Massacre des travailleurs en Espagne
  8. BILAN 02b : Six communistes décapités dans les prisons de Cologne
  9. BILAN 02c : Une victoire de la contre-révolution mondiale - Les États-Unis reconnaissent l’Union Soviétique
  10. BILAN 02d : Désertions, trahisons et difficultés réelles de la doctrine marxiste
  11. BILAN 02e : Le principe démocratique - première partie
  12. BILAN 02f : Vers la construction d’une véritable fraction de gauche en France
  13. BILAN 02g : Pas de « Bordiguisme »
  14. BILAN 03a : A propos de la commémoration de Lénine - Liebknecht - Luxemburg
  15. BILAN 03b : Van der Lubbe - Les fascistes exécutent - Socialistes et centristes applaudissent
  16. BILAN 03c : Pour les funérailles des victimes du « Diana »
  17. BILAN 03d : Résolution de Ligue des Comunistes Internationalistes sur la IVe Internationale
  18. BILAN 03e : Le principe démocratique - suite et fin
  19. BILAN 03f : Roosevelt au gouvernail
  20. BILAN 03g : Le cas Calligaris
  21. BILAN 03h : Appel aux lecteurs et souscription
  22. BILAN 04a : Le capitalisme marque un point décisif dans la préparation de la guerre
  23. BILAN 04b : Le plan De Man
  24. BILAN 04c : Mouvement Communiste International - Belgique
  25. BILAN 04d : La nature du Parti
  26. BILAN 04e : En marge d’un anniversaire
  27. BILAN 04f : Le cas Calligaris
  28. BILAN 05a : Quatre jeunes camarades du S.A.P. sont arrêtés...
  29. BILAN 05b : Les principes, armes de la Révolution
  30. BILAN 05c : Parti - Internationale - État : Prémisses
  31. BILAN 05d : Le plan De Man - suite et fin
  32. BILAN 05e : Organisation et discipline communiste - Prémisses du problème
  33. BILAN 05f : Les difficultés de l’Opposition russe : Rakovsky dépose les armes
  34. BILAN 05g : Le cas Calligaris
  35. BILAN 06a : 1er Mai 1934
  36. BILAN 06b : La bourgeoisie française expulse Léon Trotsky
  37. BILAN 06c : Les problèmes du Front Unique
  38. BILAN 06d : Où va l’impérialisme français
  39. BILAN 06e : Parti - Internationale - État / I : La classe et sa signification
  40. BILAN 06f : Une quatrième internationale ou une réplique de la Troisième
  41. BILAN 06g : Salut à la « Verita »
  42. BILAN 06h : Maximo rejoint le front de la contre-révolution centriste
  43. BILAN 06i : Une tragédie de l’émigration italienne
  44. BILAN 07a : Pour le retour de Trotsky en Russie
  45. BILAN 07b : L’Antifascisme, formule de confusion
  46. BILAN 07c : La grève de Verviers
  47. BILAN 07d : Parti - Internationale - État / II : Classe et État
  48. BILAN 07e : Le communisme et la question nationale
  49. BILAN 07f : Une quatrième internationale ou une réplique de la Troisième (2)
  50. BILAN 07g : A propos de Staline et du Stalinisme
  51. BILAN 07h : La catastrophe de Pâturages
  52. BILAN 08a : La Russie soviétique dans le concert des brigands impérialistes
  53. BILAN 08b : La mort de la concentration antifasciste italienne
  54. BILAN 08c : La situation de la classe ouvrière japonaise
  55. BILAN 08d : Une quatrième internationale ou une réplique de la Troisième (3)
  56. BILAN 08e : Parti - Internationale - État / III : Classe et Parti
  57. BILAN 08f : L’arabisation du C.C. du Parti Communiste Syrien
  58. BILAN 08g : A propos de la Sarre
  59. BILAN 09a : Chronique du mois
  60. BILAN 09b : La situation en France (résolution de la C.E.)
  61. BILAN 09c : La chine soviétique
  62. BILAN 09d : Parti - Internationale - État / IV : Parti et Internationale
  63. BILAN 09e : La Campagne pour Thaelmann
  64. BILAN 10a : En marge du front unique
  65. BILAN 10b : L’acte désespéré des mineurs de l’Escarpelle
  66. BILAN 10c : A Constantine : l’impérialisme tire profit du massacre de ses instruments
  67. BILAN 10d : Les événements du 30 juin en Allemagne
  68. BILAN 10e : De l’Internationale 2 et 3/4 à la Deuxième Internationale
  69. BILAN 10f : Crises et cycles dans l’économie du capitalisme agonisant (1ère partie)
  70. BILAN 10g : La Mongolie « Rouge », convoitise de l’impérialisme japonais
  71. BILAN 10h : Mouvement Communiste international - Une résolution de la Ligue des Communistes de Belgique
  72. BILAN 11a : L’Entrée de la Russie dans la S.D.N.
  73. BILAN 11b : Le Syndicat unique et le « procédé de fusion »
  74. BILAN 11c : Comment les réformistes belges torpillent les grèves
  75. BILAN 11d : Les bolcheviks-léninistes entrent dans la S.F.I.O.
  76. BILAN 11e : Les Problèmes de l’Extrême-Orient
  77. BILAN 11f : Les compétitions inter-impérialistes en Chine
  78. BILAN 11g : La Mandchourie
  79. BILAN 11h : Crises et cycles dans l’économie du capitalisme agonisant (2eme partie)
  80. BILAN 11i : Hermann Gorter (sa place dans le mouvement théorique du communisme international)
  81. BILAN 11j : Les Jeunesses léninistes belges récidivent
  82. BILAN 11k : Marcel Cachin a 65 ans
  83. BILAN 12a : À nos lecteurs
  84. BILAN 12b : L’écrasement du prolétariat espagnol
  85. BILAN 12c : Vers un « Parti Unique » en France
  86. BILAN 12d : La prison de la faim - Une grève de mineurs hongrois
  87. BILAN 12e : Le capitalisme français marque un nouveau point
  88. BILAN 12f : Le problème de la Sarre : Non ! Non ! Non !
  89. BILAN 12g : Le problème de la jeunesse
  90. BILAN 12h : Parti - Internationale - État / V : L’État démocratique
  91. BILAN 13a : À propos de la crise ministérielle en France
  92. BILAN 13b : Le problème de la Sarre et la guerre
  93. BILAN 13c : Fascisme - Démocratie : Communisme
  94. BILAN 13d : La comédie de Mussolini : L’État corporatif en Italie
  95. BILAN 13e : Le problème de la jeunesse (2)
  96. BILAN 13g : Des exclusions en Italie
  97. BILAN 13h : Communiqué sur la répression internationale
  98. BILAN 14a : L’assassinat de Kyrov
  99. BILAN 14b : La suppression de la carte de pain en U.R.S.S.
  100. BILAN 14c : La situation en France
  101. BILAN 14d : Le problème des minorités nationales
  102. BILAN 14e : Le problème de la jeunesse (3)
  103. BILAN 14g : À tous nos lecteurs
  104. BILAN 14g : Quand manque un parti de classe... À propos des événements d’Espagne
  105. BILAN 15a : Deux époques : en marge d’un anniversaire
  106. BILAN 15b : Mathias Rakosy
  107. BILAN 15c : L’attentat de Nicolaïev
  108. BILAN 15d : Ce qu’il faut retenir de l’expérience sarroise
  109. BILAN 15e : À nos lecteurs
  110. BILAN 15f : Le problème de la jeunesse (4)
  111. BILAN 15g : Parti - Internationale - État / VI : L’État fasciste
  112. BILAN 15h : Parti et Classe
  113. BILAN 15i : Au sujet de la répression en Russie
  114. BILAN 16a : Le « dernier problème africain » et l’Italie
  115. BILAN 16b : Doumergue, compétence médiocre et maladroite
  116. BILAN 16d : L’écrasement du prolétariat allemand et l’avènement du fascisme
  117. BILAN 16e : La grève générale, expression de la lutte des classes
  118. BILAN 17a : De la Commune de Paris à la Commune Russe
  119. BILAN 17b : La Grèce, champ de manoeuvre des antagonismes inter-impérialistes
  120. BILAN 17e : Le problème de la jeunesse (5)
  121. BILAN 17g : Au sujet de Victor Serge et de Calligaris
  122. BILAN 18a : Premier Mai 1935
  123. BILAN 18c : Parti - Internationale - État / VII : L’État prolétarien
  124. BILAN 18f : Le problème de la jeunesse (6 et fin)
  125. BILAN 19a : Calligaris en Sibérie
  126. BILAN 19b : Lettre au B.P. du Parti Communiste russe Moscou
  127. BILAN 19c : Teresa Reechia
  128. BILAN 19d : Défaite du prolétariat, victoire du capitalisme : De Hitler à Staline, de Staline à Blum
  129. BILAN 19e : Ce qu’a été l’occupation des mines en Belgique
  130. BILAN 19e : Parti - Internationale - État / VII - 2e partie : l’État soviétique
  131. BILAN 19g : Les fondements de la production et de la distribution communistes
  132. BILAN 20a : De la déclaration de Staline à la manifestation du 14 Juillet
  133. BILAN 20b : L’impérialisme italien à la conquête de l’Abyssinie
  134. BILAN 20c : Projet de rapport sur la situation en Italie
  135. BILAN 20d : Calligaris
  136. BILAN 20f : Les fondements de la production et de la distribution communistes (2)
  137. BILAN 21a : Et voici le cas Calligaris
  138. BILAN 21a : Sous le signe du 14 juillet
  139. BILAN 21c : Projet de rapport sur la situation en Italie (suite)
  140. BILAN 21d : La première et la deuxième internationale devant le problème de la guerre
  141. BILAN 21e : Les fondements de la production et de la distribution communistes (3)
  142. BILAN 21f : Parti - Internationale - État / VII - 3e partie : l’État soviétique
  143. BILAN 22a : L’attentat de Beiso
  144. BILAN 22b : L’Italie en Abyssinie
  145. BILAN 22c : Nous, Calligaris et le Centrisme
  146. BILAN 22e : Rapport sur la situation en Italie (suite et fin)
  147. BILAN 22f : Les internationalistes hollandais sur le programme de la révolution prolétarienne
  148. BILAN 22g : Projet de résolution sur le problème des liaisons internationales
  149. BILAN 23a : Manifeste de la Fraction italienne de la Gauche communiste
  150. BILAN 23b : Sur quelle base s’est effectuée l’unité syndicale - Les Mussolini et Hitler de la France démocratique
  151. BILAN 23c : Compte rendu du Congrès de la fraction - Résolutions adoptées
  152. BILAN 23d : Thèses de Rome - Préface de 1928 et première partie
  153. BILAN 23e : En dehors des partis communistes devenus des instruments du capitalisme mondial
  154. BILAN 24a : Vers une consolidation du front capitaliste en France
  155. BILAN 24b : Pendant que réformistes et centristes scellent l’union sacrée, des mineurs anglais font la grève au fond des puits
  156. BILAN 24c : La résolution du Congrès des Italiens de Bruxelles
  157. BILAN 24d : La motion présentée par la fraction au Congrès des Italiens
  158. Bilan 24e : La tension de la situation italienne et internationale
  159. BILAN 24f : Le déroulement de l’aventure africaine
  160. BILAN 24g : La fraction dans les partis socialistes de la seconde internationale
  161. BILAN 24h : Thèses de Rome - Deuxième partie
  162. BILAN 24i : Lettre du camarade Soep
  163. BILAN 25a : Un mois après l’application des sanctions
  164. BILAN 25b : À la confusion des problèmes monétaires les ouvriers français opposeront leur front de classe
  165. BILAN 25c : Les réfugiés italiens dans la Russie Soviétique
  166. BILAN 25d : Les Centristes escomptent la condamnation de Beiso
  167. BILAN 25e : L’unité syndicale et les fractions
  168. BILAN 25f : Le nouveau bond de l’impérialisme japonais dans la Chine du nord
  169. BILAN 25g : À nos lecteurs
  170. BILAN 25h : Parti - Internationale - État / VII - 4e partie : l’État soviétique
  171. BILAN 25i : Mouvement ouvrier international
  172. BILAN 25j : Staline et le Bolchevisme
  173. BILAN 25k : Thèses de Rome - Troisième partie
  174. BILAN 26a : La réconciliation des français et l’Unité Syndicale
  175. BILAN 26b : La situation en Allemagne : L’exécution de R. Claus
  176. BILAN 26c : Sur le chemin du capitalisme - Le Stakhanovisme en Russie
  177. BILAN 26d : La situation actuelle en Italie, pivot de la situation internationale
  178. BILAN 26e : La situation en Amérique du Sud
  179. BILAN 26f : Parti - Internationale - État / VII - 5e partie : l’État soviétique
  180. BILAN 26g : L’échec des premières discussions avec le groupe « Communist Class Struggle »
  181. BILAN 26h : En marge des Thèses de Rome
  182. BILAN 27a : Quels sont les héritiers de Lénine, Luxemburg, Liebknecht ?
  183. BILAN 27b : Comment, dans la Russie des Soviets, on assassine la camarade Mariottini
  184. BILAN 27c : L’évolution de la situation italienne
  185. BILAN 27d : Le problème du Pacifique et la faillite de la Conférence de Londres
  186. BILAN 27e : Quinze années après Livourne
  187. BILAN 27f : L’écrasement du prolétariat français et ses enseignements internationaux (1)
  188. BILAN 27g : Petrini
  189. BILAN 28a : M. Albert Sarraut, symbole de la cohérence capitaliste
  190. BILAN 28b : Wupperwald et Neukölln
  191. BILAN 28c : L’impudence et les faux de M. Germanetto
  192. BILAN 28d : Le Japon devant la guerre impérialiste
  193. BILAN 28e : Le « Front Populaire » triomphe en Espagne
  194. BILAN 28f : L’écrasement du prolétariat français et ses enseignements internationaux (2)
  195. BILAN 28g : Problèmes de la période de transition (partie 1)
  196. BILAN 28h : Dans la Fraction - Un peu de clarté s’il vous plait
  197. BILAN 28i : Dans la Fraction - À la recherche d’une clarification ?
  198. BILAN 29a : La course vers la guerre
  199. BILAN 29b : Pour le 65e Anniversaire de la Commune de Paris
  200. BILAN 29c : Au sujet du cas Mariottini
  201. BILAN 29d : Une réponse de Gatto Mammone
  202. BILAN 29e : Au sujet des problèmes du parti et de la tactique
  203. BILAN 29f : L’écrasement du prolétariat français et ses enseignements internationaux - Suite et fin
  204. BILAN 29g : Dans la Fraction. Un article de discussion de Gatto Mammone
  205. BILAN 30a : Premier Mai 1936 (Manifeste de la Fraction italienne de la gauche communiste)
  206. BILAN 30b : Le Front international de la répression capitaliste
  207. BILAN 30c : Le prolétariat italien est-il absent ?
  208. BILAN 30d : Premier Mai ( À propos de Calligaris )
  209. BILAN 30e : Les traîtres à l’œuvre
  210. BILAN 30f : Le mouvement ouvrier devant le problème de la guerre
  211. BILAN 30g : De l’Union Sacrée à Zimmerwald - La dernière semaine
  212. BILAN 30h : Quelques brèves nouvelles
  213. BILAN 31a : La victoire du Front Populaire en France
  214. BILAN 31b : Après les élections en Belgique
  215. BILAN 31c : La victoire de l’impérialisme italien ouvre-t-elle un nouveau cours de la révolution mondiale ?
  216. BILAN 31d : Le conflit Arabo-Juif en Palestine (première partie)
  217. BILAN 31e : « De l’Union Sacrée à Zimmerwald » par A. Rosmer
  218. BILAN 31f : Les traîtres à l’œuvre
  219. BILAN 31g : Problèmes de la période de transition (partie 2)
  220. BILAN 31h : Calligaris toujours déporté en Sibérie, sauvons-le !
  221. BILAN 31i : Victor Serge hors des griffes du centrisme
  222. BILAN 32a : La Société des Nations continue
  223. BILAN 32b : Beiso n’a pas été acquitté
  224. BILAN 32c : Ce que fut la Conférence du Droit d’Asile de Paris
  225. BILAN 32d : Le prolétariat français a répondu au Front Populaire
  226. BILAN 32e : La rafale gréviste en Belgique
  227. BILAN 32f : Le conflit Arabo-Juif en Palestine (suite et fin)
  228. BILAN 32g : Mouvement ouvrier international
  229. BILAN 33a : En Espagne — Bourgeoisie contre Prolétariat
  230. BILAN 33b : Francisco Ascaso
  231. BILAN 33c : Adieu Zanasi
  232. BILAN 33d : Nature et évolution de la Révolution russe
  233. BILAN 33e : De l’Union Sacrée à Zimmerwald - Conclusion (Alfred Rosmer)
  234. BILAN 33f : Errata sur « La rafale gréviste en Belgique »
  235. BILAN 34a : Communiqué de la Commission exécutive
  236. BILAN 34b : Au front impérialiste du massacre des ouvriers espagnols il faut opposer le front de classe du prolétariat international
  237. BILAN 34c : La boucherie de Moscou
  238. BILAN 34d : Démocratie formelle et démocratie socialiste
  239. BILAN 34e : De l’Union sacrée à Zimmerwald
  240. BILAN 34f : Problèmes de la période de transition (partie 3)
  241. BILAN 34g : Staline dépasse Mussolini
  242. BILAN 35a : L’abattoir des prolétaires en Espagne
  243. BILAN 35b : Le ventre du capitalisme français orné des plumes du paon socialiste
  244. BILAN 35c : La crise dans la Fraction — Communiqué de la CE
  245. BILAN 35d : La tragédie espagnole
  246. BILAN 35e : La révolution espagnole
  247. BILAN 35f : Les problèmes de la période de transition (partie 4)
  248. BILAN 35g : Nature et évolution de la Révolution russe : Réponse au camarade Hennaut
  249. BILAN 35h : La crise dans la Fraction — Communiqué du comité de coordination
  250. BILAN 36a : La consigne de l’heure : ne pas trahir
  251. BILAN 36b : Octobre 1917 - Octobre 1936
  252. BILAN 36c : Mario di Leone
  253. BILAN 36e : L’isolement de notre fraction devant les événements d’Espagne
  254. BILAN 36f : La crise de la Fraction - Communiqué de la Commission Exécutive
  255. BILAN 36g : Documents de la minorité
  256. BILAN 37a : La réalité d’un « gouvernement de façade »
  257. BILAN 37b : Mario de Leone est mort
  258. BILAN 37c : Salut du groupe de Marseille
  259. BILAN 37d : Salut du groupe de la minorité de Barcelone
  260. BILAN 37e : L’ « autre » aspect de la domination capitaliste. La « Démocratie » en fonction aux États Unis
  261. BILAN 37f : La bourgeoisie renverra-t-elle Blum ?
  262. BILAN 37g : Problèmes de la période de transition (partie 5)
  263. BILAN 37h : Nouveaux assassinats : Nouvelle Constitution en Russie
  264. BILAN 37i : La crise de la fraction - Ordre du jour de la Commission Exécutive
  265. BILAN 38a : Le capitalisme français n’a pas renvoyé Blum
  266. BILAN 38b : Trotski pourra-t-il rester au Mexique ?
  267. BILAN 38f : Problèmes de la période de transition (partie 6 - fin)
  268. BILAN 39a : Le procès de Moscou
  269. BILAN 39b : Le prolétariat français doit briser l’Union Sacrée
  270. BILAN 39c : Lénine - Luxemburg - Liebknecht
  271. BILAN 39d : À propos d’un anniversaire
  272. BILAN 39e : Sous le signe de la constitution « la plus démocratique du monde » on extermine en URSS la génération d’Octobre
  273. BILAN 39f : Nos divergences avec le camarade Hennaut
  274. BILAN 39g : Le Marxisme n’est pas de la littérature Camarade Victor Serge !
  275. BILAN 39h : Que faire ? Retourner au Parti Communiste, Messieurs !
  276. BILAN 40a : Premier Mai 1937
  277. BILAN 40b : La France « libre, forte et heureuse » assassine les prolétaires
  278. BILAN 41a : Plomb, Mitraille, Prison
  279. BILAN 41b : Quand les bourreaux parlent... Le discours de Staline
  280. BILAN 41f : Antonio Gramsci - Camillo Berneri
  281. BILAN 41g : Bilan en danger - La vie de Bilan
  282. BILAN 42a : La répression en Espagne et en Russie
  283. BILAN 42f : Antonio Gramsci
  284. BILAN 43a : Pour la solidarité de classe à toutes les victimes de la guerre d’Espagne
  285. BILAN 43b : Du travail et du pain
  286. BILAN 43c : Andrés Nin assassiné ?
  287. BILAN 43d : Les bourreaux soviétiques à l’oeuvre
  288. BILAN 43e : À propos de quelques élucubrations trotskistes
  289. BILAN 43f : Le Comité national de la C.G.T.
  290. BILAN 43g : L’évolution des évènements d’Espagne
  291. BILAN 43h : Le Front Populaire
  292. BILAN 43i : Pour le Bureau International des fractions communistes de gauche
  293. BILAN 43j : L’impérialisme japonais à la conquête de la Chine
  294. BILAN 43k : Documentation internationale
  295. BILAN 43l : La vie de Bilan
  296. BILAN 44a : Lettre ouverte au Centre pour la IVe Internationale et au Parti Socialiste Révolutionnaire de Belgique
  297. BILAN 44b : À bas le carnage impérialiste en Chine
  298. BILAN 44c : Le capitalisme passe à l’attaque « La France aux Français »
  299. BILAN 44d : La guerre impérialiste d’Espagne et le massacre des mineurs asturiens
  300. BILAN 44e : Le monde arabe en ébullition
  301. BILAN 44f : Marxisme et Dogmatisme
  302. BILAN 44g : Et Calligaris ?
  303. BILAN 45a : Pour le XXème anniversaire de la Révolution d’Octobre
  304. BILAN 45b : Le front populaire continue
  305. BILAN 45c : Le droit au soulèvement armé
  306. BILAN 46a : "Bilan" disparaît
  307. BILAN 46e : Un grand renégat à la queue de paon : Léon Trotsky
  308. BILAN 46g : Écho à l’étude de la période de transition
  309. BILAN 46h : "Octobre" bulletin mensuel du Bureau International des Fractions de Gauche