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mercredi 28 juin 2017
   
Brèves
Mardi 21 mai - La Revue Z à Terra Nova
lundi 20 mai
Mardi 21 mai 2013 à 19h, rencontre à la Librairie Terra Nova de Toulouse avec l’équipe de la revue Z à l’occasion de la parution du dernier numéro Thessalonique & Grèce, aux éditions Agone. Après une enquête collective au nord de la Grèce, la revue Z viendra présenter son dernier numéro : Thessalonique dans la dépression européenne. Bricolages quotidiens et résistances insolvables.
Groupe de Liaison pour l’Action des Travailleurs
lundi 6 février
Le sommaire des articles de la revue Lutte de classe, publiée par le GLAT, a été largement augmenté, notamment sur la période 1971-1975. Pour tous les numéros listé, une version PDF est maintenant accessible en ligne. Bonnes lectures !
Mise à jour du catalogue du fonds documentaire
jeudi 1er septembre
Une nouvelle version mise à jour du Catalogue du Fonds Documentaire Smolny, très largement étendue (une vingtaine d’entrées supplémentaires) est en ligne ce jeudi 1er septembre 2011. Merci aux contributeurs. D’autres titres à suivre...
Ouverture des archives numériques du CERMTRI
lundi 15 août
Le CERMTRI a décidé de créer une bibliothèque numérique avec l’objectif de numériser le maximum de ses archives et de ses collections. Pour démarrer : La revue « Bulletin Communiste » (1920-1933) ; le journal « La Vérité » (1957-1958) ; la revue des « Cahiers du mouvement ouvrier » (2002-2011). Soit déjà 428 documents ce qui représente 6395 pages. Bravo pour cette excellente initiative !
Sur le Web
[infokiosques.net]
Nous nous auto-organisons et nous montons un infokiosque, une sorte de librairie alternative, indépendante. Nous discutons des publications, brochures, zines et autres textes épars qui nous semblent intéressants ou carrément nécessaires de diffuser autour de nous. Nous les rassemblons dans cet infokiosque, constituons ainsi nos ressources d’informations, et les ouvrons au maximum de gens. Nous ne sommes pas les troupes d’un parti politique, ni les citoyen-ne-s réformateurices de nos pseudo-démocraties, nous sommes des individus solidaires, qui construisons des réseaux autonomes, qui mettons nos forces et nos finesses en commun pour changer la vie et le monde.
Premiers pas sur une corde raide Montreuil (93) : concert de soutien au Rémouleur, samedi 11 octobre 2014 qcq Tout mais pas l'indifférence Crise, totalitarisme, luttes sociales et de classe en Grèce Bruxelles : programme de septembre 2014 au local Acrata
Bibliolib
Catalogue de textes d’origine libertaire ou anarchiste, sans habillage particulier (pas de commentaire, d’édition critique, de note). Les textes bruts donc avec une liste d’auteurs qui commence à être significative. Un bon point d’entrée donc pour ceux qui savent à l’avance ce qu’ils cherchent. Attention : ce site s’est fait subtilisé sa précédente adresse par un site pornographique. Notre propre lien a donc été incorrect quelque temps. Nous en sommes désolé.
Pelloutier.net
Sur l’histoire du syndicalisme révolutionnaire et de l’anarcho-syndicalisme, avec des études, documents et synthèses intéressantes sur Pelloutier, Monatte, La Vie Ouvrière (1909-1914) et sur les mouvements syndicalistes en France, Europe, USA...
Balance
Cahiers d’histoire du mouvement ouvrier international et de la Guerre d’Espagne. Nombreux articles en espagnol. Textes de Bordiga, entre autres.
Classiques des sciences sociales
Une bibliothèque numérique entièrement réalisée par des bénévoles, fondée et dirigée par Jean-Marie Tremblay, sociologue. Comprend de très nombreuses oeuvres du domaine public. La section des "auteurs classiques", en particulier, est une véritable mine, où l’on trouve Bebel, Bordiga, Boukharine, Engels, Fourier, Gramsci, Kautsky, Labriola, Lafargue, Lukacs, Luxemburg, Marx, Trotsky et bien d’autres.
La Gauche Communiste Belge ( 1921 - 1970 )
Michel Olivier : Contribution à une histoire du mouvement révolutionnaire
13 juin 2007 par olivier
Cette brochure est disponible dans son intégralité (69 pages) au format pdf dans le fichier joint en bas de page. Nous reproduisons en ligne le sommaire et l’introduction / présentation de la brochure.

Sommaire

  • INTRODUCTION
    Qu’est ce que la Gauche communiste ?
  • Chapitre I
    Un parti communiste dirigé par la Gauche (1921-1928)
  • Chapitre II
    Dans l’Opposition de Gauche internationale (1928-1931)
  • Chapitre III
    La Ligue des Communistes Internationalistes (1931-1937)
  • Chapitre IV
    La Gauche Communiste Internationale (1937-1940)
    Document : Déclaration de principes de la Fraction belge (Communisme numéro 1, avril 1937)
  • Chapitre V
    De la reconstruction de la GCI (1941) aux années 1970
    Document : Le problème de la guerre, (Jehan, Cahiers d’étude de la LCI, 1935)
  • BIBLIOGRAPHIE CIBLEE

Introduction

Qu’est-ce que la Gauche Communiste ?

Les lecteurs sont en droit de demander une définition de la Gauche communiste à une époque où il est de bon ton de ne posséder aucune certitude, où tout est frelaté du fait d’un doute généralisé dans tous les domaines et généré par une culture bourgeoisie sans avenir. Ce doute est de plus largement accompagné d’une grave inculture qui permet de tout mélanger : les concepts ont tendance à perdre leur réelle signification ce qui permet à des écrivassiers de la trempe de Monsieur Bourseiller [1] de tenter de regrouper sous la même étiquette la Gauche communiste et l’ultra gauche y compris des composantes du mouvement anarchiste.

La Gauche communiste est tout à fait particulière, elle possède une histoire, elle se rattache au mouvement ouvrier et au combat critique mené par les courants de "gauche" au sein de la 3ème Internationale. Voici toute la différence qui existe entre un courant ouvrier qui se réclame de toute une continuité politique et des "modernistes" qui croient avoir tout inventé, le jour de leur éveil à la politique et qui ne veulent surtout pas se rattacher à l’histoire du mouvement ouvrier. En tant que courants petits bourgeois, ils manifestent une grande prétention car ils croient tout connaître et tout avoir vu.

On peut nous dire... Et alors ? On peut bien posséder des idées neuves et justes. C’est bien là le problème.

Nous ne cherchons pas ici à faire de longs développements sur la question, il suffit de faire uniquement un très rapide bilan des courants dits "ultra-gauches" qui n’ont pas souhaité se rattacher aux Gauches communistes dans les années 1960 pour comprendre l’inanité de ces individus. Où sont-ils aujourd’hui ? Que sont-ils devenus ? Par contre les groupes de la Gauche communiste qui ont une longue histoire et qui ont mené un combat long et patient pour comprendre la défaite de la révolution russe et pour défendre les positions révolutionnaires, sont encore et toujours présents sur la scène de l’histoire. Ils existent toujours et, c’est encore plus vrai pour les groupes se réclamant de la Gauche communiste italienne. On trouve parmi ces groupes, le Parti Communiste Internationaliste (PCint), le Parti Communiste International (PCI) et même le Courant Communiste International (CCI) qui sont toujours des acteurs de l’histoire au sein de la classe ouvrière [2].

Par contre, que sont devenus, par exemple, les Situationnistes et leur descendance "pro-situs" ? Avec beaucoup de prétention, ils traitaient les Gauches communistes comme de veilles barbes traînant avec eux de vieilles idées réchauffées. Leur habitude est bien de se croire les seuls révolutionnaires parce que possédant des idées neuves et s’arrogeant le droit de parler « du nouveau mouvement ouvrier ». C’est ainsi qu’ils rejettent « aux poubelles de l’histoire », les courants révolutionnaires et notamment ceux qui ont su développer de façon critique la théorie révolutionnaire malgré la réaction stalinienne.

Un exemple de cette outrecuidance, nous direz-vous ?

« Malgré leur très grand intérêt historique et programmatique, les conseils ouvriers du passé sont évidemment des expériences insuffisantes. (...) Nous n’avons d’aucune façon à nous y ranger ; mais à la déranger, dès à présent. (...) Ce ne sont pas tant les situationnistes qui sont conseillistes, ce sont les conseils qui auront à être situationnistes [3]. »

Nous n’avons pas la prétention d’inventer l’histoire ou d’être des innovateurs sociaux. Nous, contrairement aux Situationnistes, nous ne connaissons que la méthode historique pour tirer des leçons ainsi que la réalité de la classe ouvrière avec sa lutte comme moyen de développer la théorie du prolétariat. A notre connaissance, il n’y a pas eu d’expériences plus avancées que la révolution russe pour amener de nouvelles expériences sur les conseils ouvriers et pour en tirer des leçons. Toute autre vision qui voudrait en faire l’impasse, ne pourrait que procéder de l’idéalisme. L’idéalisme se caractérise par des élucubrations sur une question. Ici, on nous dit, par exemple, « les conseils auront à être situationnistes. » Personne ne peut dire comment se déroulera la lutte de classe au-delà des conseils ouvriers et surtout lui donner des injonctions comme : les conseils doivent être ceci ou cela et se comporter « en situationnistes ». L’histoire nous a appris que les conseils ouvriers seront souverains, qu’ils sont la forme du nouveau pouvoir politique de la classe ouvrière et qu’ils imposeront leur pouvoir sur la bourgeoisie en détruisant son Etat. Voilà ce que les marxistes et la Gauche communiste ont tiré comme leçons de la révolution russe comme dernière révolution prolétarienne de l’histoire. Avec l’arme historique c’est uniquement cela qui pouvait être tiré concrètement à partir des faits réels. La Gauche communiste sait que demain les conseils repartiront de cette expérience inestimable de la classe ouvrière et qu’ils répondront aux nécessités de la lutte de classe au moment où la classe ouvrière les fera à nouveau surgir.

Nous venons de définir la Gauche communiste comme un courant historique, celui qui représentait la gauche de la 3ème Internationale. Ainsi, en tant que courant de gauche du mouvement ouvrier, il a pu exister et se maintenir qu’en s’y rattachant fortement tout en en faisant sa critique politique. La notion de continuité organique d’avec le mouvement ouvrier du passé est fondamentale pour comprendre la notion de Gauche communiste.

Tous les partis communistes, à leur naissance, possédaient des courants opportunistes centristes et aussi de gauche. Deux principaux courants de gauche ont traversé le XX° siècle : celui qui se rattache à la Gauche italienne et celui qui se rattache à la Gauche communiste germano-hollandaise. La gauche italienne dont les premiers pas remontent avant la guerre de 1914, est à l’origine de la création du PCI en 1921 à Livourne qu’elle dirige jusqu’à son exclusion. Elle n’est malheureusement connue que par son principal animateur : Amadeo Bordiga. La Gauche germano-hollandaise est identifiée à ses principaux théoriciens qui étaient déjà reconnus sous la 2ème Internationale : Pannekoek et Gorter. Elle est aussi identifiée à travers le KAPD (Parti communiste ouvrier d’Allemagne) qui était aussi important, en nombre, que le Parti communiste officiel (KPD). Les deux courants ont été critiqués par Lénine dans son ouvrage maintenant fameux : La maladie infantile du communisme, le gauchisme.

En tant que Gauches communistes, elles ont dès la fin des années 1920 mené un combat contre la dégénérescence de l’IC et de sa bolchevisation. Les deux Gauches ont eu une postérité théorique et politique très importante. Leur apport théorique et critique est fondamental pour le mouvement ouvrier moderne : sur la question du capitalisme d’Etat en URSS ; sur la question de l’Etat dans la phase de transition au communisme ; sur la question des conseils ouvriers ; sur la question nationale ; sur la question syndicale ; sur la question organisationnelle ; sur la question parlementaire et électorale et enfin sur la question économique.

Notre propos ici est de traiter d’une tendance méconnue : la Fraction belge de la Gauche communiste qui s’est rapprochée dans les années 1930 de la Gauche communiste italienne (GI). Elle est méconnue car on a l’habitude de l’englober purement et simplement dans la GI.

Il reste une dernière précision à donner en distinguant la Gauche italienne de Trotski. Nous distinguons volontairement Trotski du trotskisme. Les épigones de Trotski, en fondant le courant trotskiste, l’ont amplement trahi en systématisant ses erreurs politiques : sur la nature de l’URSS, la nature des PC et des PS, en faisant de l’entrisme dans ce courant : deux courants qui ont successivement trahi la classe ouvrière au cours de la première et de la deuxième guerre mondiale, etc...

Trotski a toujours considéré Bordiga comme proche de ses positions et notamment dans la bagarre contre la dégénérescence de l’IC. Il a cherché à le faire évader des griffes de Mussolini en affrétant et payant la location d’un bateau [4] . Il lui a dédié son livre [5] L’IC après Lénine.

La Fraction italienne a travaillé avec Trotski jusqu’à son exclusion par ce dernier de l’Opposition Internationale de Gauche en 1933. Ensuite les routes ont divergé. En résumé comment peut-on caractériser un groupe politique appartenant à la Gauche Communiste ?

Il doit mettre en œuvre trois caractéristiques :

1/ faire une critique de gauche des positions politiques et théoriques de la 3ème Internationale ;

2/ se rattacher au combat des Fractions de gauche de la 3ème Internationale et assumer un lien organique avec ces dernières, notamment se concevoir explicitement comme continuateur des Gauches communistes italienne ou germano hollandaise.

3/ se reconnaître d’une façon critique du programme de la 3ème internationale par opposition au trotskisme qui reprend intégralement les quatre premiers congrès de l’IC. Si l’on prend l’exemple de la Gauche communiste italienne, cette dernière se rattache uniquement et de façon critique aux deux premiers congrès de l’IC.


Quel est l’intérêt d’une l’histoire de la Gauche communiste belge ?

D’abord sa longévité est remarquable, elle court de la première guerre mondiale aux années 1970. Par ailleurs, si elle se rattache à la Gauche italienne, il est clair qu’elle exprime une forte personnalité qui s’est enrichie au contact de cette dernière tout en lui apportant beaucoup.

1. Les situations concrètes

La Gauche italienne pendant l’entre deux guerres n’a eu de cesse que de rappeler aux autres Oppositions dans les différents pays qu’elles devaient être en prises avec leur situation nationale propre si elles voulaient devenir les cadres donnant naissance aux futures organisations communistes en remplacement des Partis communistes dégénérescents.

Les « conditions générales sur le parti doivent se greffer sur les conditions historiques des situations particulières  » (souligné par nous) ou, « les problèmes de la tactique (...) ne peuvent être résolus que par un organisme qui pose ses sources dans le mécanisme de la lutte des classes... [6] »

La GI précise encore plus nettement quelle était sa méthode pour résoudre la crise communiste survenue après la révolution russe. « Sa collaboration (celle de la Ligue) avec la Fraction Italienne, en déterminant un élargissement de sa base de travail, la venue de nouveaux éléments restés sur l’expectative ou provenant du groupe trotskiste, déterminèrent une atmosphère de discussions où les problèmes essentiels du mouvement communiste furent affrontés, tant sur le terrain international que sur le terrain spécifiquement belge. Au cours de ces discussions, qui eurent pour matière l’évolution de la Russie et la nouvelle situation internationale et belge (idem), des divergences apparurent et se cristallisèrent peu à peu dans l’opposition des deux courants qui trouvaient pourtant encore une base commune de travail [7]. » (souligné par nous).

Ainsi, la Fraction belge qui était en prises avec la situation belge a été un laboratoire très efficace pour la GI qui malheureusement était coupée de la situation italienne puisque ses militants se trouvaient en exil répartis dans plusieurs pays du monde. La Gauche italienne reconnaît ainsi l’expérience inestimable qu’elle a pu acquérir aux côtés de la Fraction belge.

Voilà ce qu’écrivait la Fraction italienne en 1937 au moment de la création de la Fraction belge et de la séparation d’avec la Ligue des communistes internationalistes qui s’était fourvoyée dans le soutien au POUM.

« Notre organisation n’éprouve aucune peine à constater qu’avec un courant qui s’est précipité dans le giron ennemi, une collaboration de plusieurs années a été toutefois possible. Par contre, notre fraction constate l’utilité de cette collaboration qui lui a permis de profiter des expériences accumulées par la Ligue [8]. » (souligné par nous).

Tout cela fait de la Gauche communiste belge (GCB) un groupe très attachant, une véritable école de communisme.

Mais encore cet aspect, très vivant, de l’expérience de la GCB belge est encore intéressant aujourd’hui pour les nouvelles générations car elle nous permet de suivre, face à tous les événements historiques de l’entre deux guerres et au-delà, le questionnement des révolutionnaires et leurs réponses. C’est une leçon politique ainsi qu’un concentré d’histoire prolétarienne en face de l’Histoire "officielle" écrite par les plumitifs de la bourgeoisie. L’histoire écrite par le sang et les larmes de notre classe est beaucoup plus instructive.

2. Les développements théoriques et politiques

Avec la GCB on aborde la question de l’unité dans les luttes. Dans les années 1920-30 elle se traduit par la défense de l’unité syndicale contre toutes les organisations qui cherchent à s’inféoder les syndicats comme cherchent à le faire les partis staliniens ou socialistes. La GCB a eu pendant toutes ces années une intervention juste et décidée dans toutes les luttes aux côtés de la classe ouvrière pour défendre ses intérêts et son unité.

Souvent, pour les théoriciens en chambre, il n’est fait état que des questions purement théoriques. Et ceux qui se transforment en théoriciens en chambre deviennent « une secte isolée d’académiciens politiques n’apportant aucun élément positif dans la lutte des classes [9]. »

Pour les révolutionnaires, la théorie ne peut que se traduire en actes ; c’est ainsi que l’unité de la classe, la question de l’unité syndicale ou la question parlementaire ne sont pas que des questions tactiques ; elles ont également une importante portée théorique. La CGB en est l’exemple vivant, c’est à partir de désaccords électoraux qu’une divergence naît au sein de la Ligue des Communistes Internationalistes pour aboutir à la création d’une fraction laquelle donnera un peu plus tard naissance à la Fraction belge. (5) Mais effectivement la GCB a aussi fait un énorme travail sur les questions : économiques, de l’Etat de la période de transition au socialisme, du contenu du socialisme, ou de la guerre impérialiste comme l’écrit la Gauche communiste italienne :

« Les problèmes essentiels du mouvement communiste furent affrontés, tant sur le terrain international que sur le terrain spécifiquement belge. Au cours de ces discussions, qui eurent pour matière l’évolution de la Russie et la nouvelle situation internationale et belge, des divergences apparurent et se cristallisèrent peu à peu dans l’opposition des deux courants (de la LCI) qui trouvaient pourtant encore une base commune de travail. Sur la Russie, le problème de la guerre (guerre d’Abyssinie), sur la démocratie (Plébiscite de la Sarre), sur les élections, la gauche socialiste et, enfin, sur le problème du parti. » (Octobre n°1)

3. Le rôle de la Fraction belge dans la renaissance de la Gauche communiste Internationale

L’histoire du mouvement ouvrier se bâtit autour de ses éléments les plus avancés, ses fractions les plus à gauche. C’est ainsi que la reconstitution de la GCI à Marseille a pris corps, en grande partie, autour des idées de la minorité de la Fraction belge et des idées défendues par Jehan [10] sur la guerre impérialiste et la mise en évidence pour le capitalisme sénile ou décadent de la nécessité impérative de la guerre pour survivre.

C’est pourquoi nous publions en annexe de ce travail la brochure de Jehan sur Les problèmes de la guerre. Ce document de réflexion a été publié en 1935. La justesse de ses démonstrations a été amplement validée par l’histoire. Il a parfaitement prévu à l’avance le déroulement des événements jusqu’à la guerre impérialiste pour en conclure la politique à mettre en oeuvre du point de vue du prolétariat contre la guerre impérialiste. Les conclusions du texte sont largement valables encore aujourd’hui. Bien sûr quelques idées contenues dans ce document devraient être actualisées. Il serait nécessaire de revoir les conséquences sur l’impérialisme et la guerre dans la partie qui traite de la politique coloniale des Etats impérialistes. Il serait aussi nécessaire de relativiser la vision donnée de la viabilité d’autres Etats impérialistes indépendants dans le monde. Effectivement, on peut, peut être, dire qu’un nouvel Etat, la Chine, a pu s’affranchir des grandes puissances impérialistes ce qui reste à démontrer. Dans tous les cas, c’est une question qui ne se traite pas aussi facilement et qui mérite d’être étudiée sous tous ses aspects.

Ces réflexions ne remettent nullement en cause la validité intrinsèque du document.

Avant de terminer ce paragraphe sur la question du capitalisme sénile ou décadent, nous souhaitons souligner la différence qui existe entre la notion de capitalisme décadent chez Jehan et celle de Trotski qui confond cette période de vie du capitalisme sénile avec la notion imbécile d’ « arrêt des forces productives » (Trotski).

Jehan est clair. Pour lui, le capitalisme continue toujours à développer ses forces productives même au cours de sa période de sénilité et de décadence :

« Entré dans sa crise générale, le capitalisme mondial, loin de poursuivre l’expansion de ses capacités productives, se vit contraint de les comprimer, de les adapter à sa phase de dégénérescence en procédant "pacifiquement" à des destructions de valeurs d’échange et de capitaux, prélude à la destruction violente et sanglante dans la guerre impérialiste.

La décadence capitaliste n’a évidemment pas mis fin à la destruction des économies pré-capitaliste. Dans les colonies se poursuit toujours la désagrégation des communautés primitives, des économies domestiques, de l’artisanat paysan et leur incorporation à l’économie marchande. On peut même dire que le rythme de cette désagrégation se précipite dans la mesure où les contradictions spécifiques du capitalisme impérialiste s’approfondissent. La contraction de la masse totale de plus-value produite dans le monde entraîne une aggravation inouïe de l’exploitation des populations coloniales, inconnue des prolétariats des métropoles. »

* * *

Un dernier mot, il est évident que ce texte n’est qu’une histoire de la GCB, du fait de l’extraordinaire richesse de celle-ci, beaucoup reste encore à découvrir.

[1] Christophe Bourseiller, Histoire générale de ‘l’ultra-gauche’, Denoël, Paris, 2003. Histoire générale, on mesure déjà la prétention du titre. Mais aussi cette enquête ressemble à s’y méprendre à un document de police. On répertorie minutieusement le parcours et le nom de chacun des militants de ces courants. Par contre, les positions politiques défendus par les différents groupes sont le cadet de ses soucis et, les adresses des différents groupes, au cas où le lecteur chercherait à se documenter, sont totalement absentes. ( !!!)

[2] CCI : Mail Boxes 153, 108 rue Damrémont, 75018 Paris ; PCI : Editions Programme, 3 rue Basse Combalot - 69007 Lyon ; PCInt, Battaglia Comunista,CP : 1753, 20100 - Milan , Italie.

[3] Texte interne rédigé par Guy Debord : Notes pour la réunions des sections française et italiennes, mars 1970.

[4] Lettre de Rosmer du 23 novembre 1929 à Trotski citée dans Correspondance L. Trotski Alfred et M. Rosmer, page 87. « Ce qui motivait la visite de leur envoyé, c’est leur inquiétude au sujet de Bordiga. Vous savez qu’il a été libéré le 4 novembre. Or ils sont toujours sans aucune nouvelle (il s’agit des camarades italiens de Prometeo). Ils ont donc décidé d’envoyer un camarade sur place pour savoir exactement ce qui se passe et il m’a demandé l’aide promise. Ils estiment que la somme nécessaire pourrait s’élever jusqu’à 10 mille francs. Comme ils n’avaient pas besoin de la totalité tout de suite, j’ai remis ce qui était immédiatement nécessaire et je compléterai à mesure. »

[5] Lettre de Trotski du 15 avril 1929 à Maurice PAZ (Houghton Library), citée dans les Œuvres de L. Trotski (Tome III, 2ème série) page 153. « J’envoie la préface de mon livre sur l’IC. Je propose deux titres : ou L’IC après Lénine ou Les Grands Organisateurs des Défaites, avec en sous titre ‘la direction du Comintern après Lénine’. J’ai dédié ce livre à Amadeo Bordiga. La préface est devenue plus importante que je ne pensais.. . »

[6] Lettre de la Fraction italienne à la Ligue des Communistes internationaliste, dans le Bulletin de la Fraction de gauche du PCI n°6, février 1933.

[7] La GI disait la même chose pour la constitution d’une Fraction de gauche en France « Pour nous, il est clair que les difficultés actuelles ne pourront être surmontées qu’à une seule condition. Il faut que l’Opposition unifiée s’attelle à la tâche ardue et difficile qui consiste à se relier aux traditions révolutionnaires en France et à reprendre l’héroïque héritage des Communards de 71 » dans le Bulletin préparatoire de la Conférence politique de l’Opposition communiste de gauche. (Avril 1933) reprint dans la Gauche communiste en France, brochure du CCI.

[8] Résolution de la Commission exécutive de la fraction italienne, in Communisme n°5, 25 août 1937.

[9] Communisme numéro 1, 1937.

[10] De son vrai nom Mélis dit Jehan. Il était fondé de pouvoir à la Westminster Bank. Il a été membre de la Ligue des Communistes Internationalistes puis de la Fraction belge et délégué pour celle ci au Bureau International de la Gauche communiste internationale, décédé dans un camp de concentration allemand pendant la deuxième guerre mondiale.

Documents joints à cet article :