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La couverture chronologique de la revue du GLAT, Lutte de Classe, a été considérablement étendue (premier numéro de mars 1964) et comprend maintenant un renvoi sur une version numérisée des 128 numéros !
Cahiers du Communisme de Conseils - Série complète !
vendredi 26 octobre
Les trois numéros manquant (1, 2 & 5) sont maintenant disponibles dans les sommaires de la revue des Cahiers du Communisme de Conseils. Que les volontaires pour les transcriptions n’hésitent pas à se signaler... En attendant, bonne lecture !
Premiers scans des Cahiers du Communisme de Conseil
dimanche 5 août
Neuf des douze numéros de la revue des Cahiers du Communisme de Conseil (1968-1972) sont maintenant accessible en version numérique au travers du sommaire général.
Derniers numéros de la revue Communisme
dimanche 5 août
Les numéros 6, 8, 9 et 15 qui manquaient jusque là ont été ajoutés au sommaire général de la revue « Communisme » (1937-1939). Bonnes lectures !
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Controverses
Revue publiée par le Forum de la Gauche Communiste Internationaliste : C’est pour contribuer à déblayer la voie vers la clarification et le regroupement sur des bases théoriques, politiques et organisationnelles saines que Controverses a vu le jour. En d’autres termes, tout en tenant compte du changement de période qui n’est plus au reflux mais à la reprise historique des combats de classes, notre objectif essentiel est de reprendre ce qui était le souci de Bilan mais qu’il n’a pu mener complètement à bien compte-tenu des conditions d’alors : « ...une critique intense qui visait à rétablir les notions du marxisme dans tous les domaines de la connaissance, de l’économie, de la tactique, de l’organisation », et ce sans « aucun dogme », sans « aucun interdit non plus qu’aucun ostracisme », et « par le souci de déterminer une saine polémique politique ». Ceci est plus que jamais indispensable afin de réussir un nouvel « Octobre 17 » sous peine de se retrouver comme ces « vieux bolcheviks ... qui répètent stupidement une formule apprise par cœur, au lieu d’étudier ce qu’il y avait d’original dans la réalité nouvelle. (extrait de l’éditorial du n°1)
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Le premier numéro de la revue trimestrielle Gavroche est sorti en décembre 1981. Il prenait la suite du Peuple français, belle aventure éditoriale des années soixante-dix. Depuis plus de 20 ans, la revue s’attache à la retranscription des fêtes, des travaux, des luttes et des joies du principal acteur de l’histoire : le peuple. Gavroche fait aussi resurgir des événements jusque-là ignorés ou passés volontairement sous silence.
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Le journal des chefs d’ateliers et ouvriers de la soie à Lyon, hebdomadaire phare de la presse ouvrière, paraît d’octobre 1831 à mai 1834. Ce site en donne à lire l’intégrale des articles, suite à un remarquable travail empreint d’une grande rigueur scientifique. Indispensable pour l’étude des insurrections des canuts de 1831 et 1834.
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BILAN 03b : Van der Lubbe - Les fascistes exécutent - Socialistes et centristes applaudissent
Janvier 1934 / pp. 81 - 87
26 décembre 2007 par eric

La tête de Van der Lubbe est enfin dans le panier : voilà le triste épilogue du procès de Leipzig et du contre-procès de Paris. Juges et contre-juges peuvent être satisfaits ; le « provocateur a expié son crime ». Ce n’est pas seulement dans l’indifférence générale que le bourreau a fait justice, « L’Humanité », organe central du Parti Communiste Français, n’avait-elle pas crié au « plus grand scandale judiciaire du siècle » ? Le verdict a prouvé qu’il y a encore des juges et de la justice au monde, que la conscience universelle, que l’opinion publique mondiale, soulevée par la « fine fleur prolétarienne », siégeant au contre-procès de Londres, a déjoué la manoeuvre du ou des « provocateurs » et a empêché ce grand scandale judiciaire de se produire. Le couperet de la guillotine est là pour prouver à d’autres « provocateurs » que le jeu n’en vaut pas la chandelle et que si, demain, d’aucuns osaient lancer un nouveau défi à la conscience du monde entier, il se trouverait encore des juges, des contre-juges et des bourreaux pour châtier le coupable, et l’orchestre jouerait sans accroc : du fasciste au démocrate, du centriste à l’oppositionnel, jusqu’à l’anarchiste même s’élèverait le choeur unanime du « monde civilisé » qui s’insurge contre la provocation, le scandale judiciaire, l’idiotie du terrorisme, l’instrument inconscient du fascisme, le serviteur du « morphinomane » Goering.

La seule force avec qui le bourreau de Leipzig devait compter c’était le gouvernement des bourreaux des marins des « Sept provinces » : toutes les organisations de masse agissant au sein du prolétariat n’ayant cessé de montrer aux ouvriers de tous les pays que Van der Lubbe était un provocateur. D’autre part, les quelques groupes prolétariens - dont nous sommes - qui ne joignaient pas leur voix aux socialistes et aux centristes ou qui prenaient ouvertement la défense du maçon de Leyde en revendiquant son geste, n’ayant aucune influence parmi les ouvners.

Mais le « plus grand scandale judiciaire du siècle », selon « L’Humanité » n’a-t-il pas raté parce qu’il s’est produit, le « plus grand scandale du mouvement ouvrier » ? Les conditions dans lesquelles est tombée la tête de Van de Lubbe ne signifient-elles pas que fascistes, démocrates, socialistes et centristes avaient déjà pu décapiter le prolétariat mondial qui, privé de son parti de classe, se trouvait dans l’impossibilité de réagir à la tragédie du procès de Leipzig et du contre-procès de Londres et de Paris ?

* * *

Aussitôt la nouvelle de l’attentat répandue à l’étranger, le 27 février 1933, la presse socialiste, centriste et oppositionnelle, en accord avec la presse gouvernementale des pays démocratiques, a immédiatement parlé de la machination des Hitler et des Goering. Et pourtant personne ne connaissait quoi que ce soit de la personnalité de Van de Lubbe, ni de ses prétendues attaches avec les nazis. Le militant prolétarien « le plus à gauche » était celui qui mettait tout en oeuvre afin que le fascisme tombe cette fois-ci dans son propre panneau, celui qui mobilisait la conscience universelle contre cet attentat, afin de gagner à cette entreprise salutaire les sympathies de « tout le monde ». L’indignation ne pouvait manquer de gagner « d’un bout du monde à l’autre », et le fascisme aurait été pris dans son lacet : le tout étant de bien préparer la campagne du « grand scandale qui était allait éclater ». Voilà l’atmosphère qui fut créée autour de l’incendie du Reichstag et l’on ne peut nier que « Livre brun » et contre-procès de Londres n’aient pas atteint le sommet dans une campagne faite de scandales où la presse centriste s’est certainement classée, au premier rang, entre autres reportages à effet pour impressionner « l’homme de la rue ».

Ce n’est donc pas sur des données de faits que se détermine une disposition générale pour attribuer à Hitler l’initiative de l’incendie, car Van der Lubbe aurait pu prendre les plus grandes précautions, en chargeant ses amis de révéler ses intentions véritables, rien n’aurait empêché que toute la campagne contre la « provocation » ne se déclenche quand même.

Il faudra donc analyser cette mentalité qui conduit directement à considérer que l’attentat, l’acte terroriste, ne soient et ne puissent être autre chose que des machinations indispensables au fascisme pour raffermir son pouvoir et écraser ses adversaires. Cette mentalité découle de deux attitudes centrales, dont l’une est parfaitement logique, et l’autre appartient, de plein droit, à la dégénérescence qui gangrène le mouvement communiste, après la victoire du centrisme au sein des partis communistes.

Pour les démocrates et social-démocrates, le fascisme ne représente pas un mouvement bourgeois ; pour eux le capitalisme ne peut vivre sans la démocratie, et - à chaque instant - ils feront croire aux ouvriers, que sinon Bruening, ce sera Hindenburg, ou Von Papen, ou Hugenberg qui n’attendent que l’occasion propice pour passer à l’attaque contre l’invasion fasciste. La terrible expérience italienne ne signifiait pas, du fait de l’inexistence d’un véritable parti communiste en Allemagne, l’impossibilité pour la social-démocratie de répéter la fonction qu’elle occupa en Italie. Bien qu’en Allemagne, les conditions se trouvaient être beaucoup plus compliquées pour la réalisation de la fonction de la social-démocratie, celle-ci détenant le pouvoir en Prusse et étant un élément indispensable au jeu de Bruening à l’intérieur du Reichstag, les Severing, Braun et compagnie ont pu quand même s’acquitter honorablement de leur tâche de fossoyeur des organisations prolétariennes. Pendant deux ans le problème, pour le capitalisme, consistait à éviter que les travailleurs emploient leur force et la force de leurs organisations pour livrer, en pleine crise économique, leurs combats de classe. La social-démocratie était à sa place pour défendre à nouveau le capitalisme. Elle disait aux ouvriers que la seule condition pour éviter le « pire » était l’abandon de toute lutte ouvrière, celle-ci ne pouvant que faire le jeu du fascisme.

Lorsque la social-démocratie engage les ouvriers à ne plus se défendre par la violence, à laisser l’initiative de la « violence criminelle » au fascisme, à laisser même se perpétrer les crimes des bandes fascistes, elle reste parfaitement logique avec la fonction historique qui lui revient. Suivant la haute sagesse du social-démocrate, les ouvriers n’auraient par conséquent aucune goutte de sang sur la conscience et pourraient rappeler les gouvernements bourgeois « au sens de leurs responsabilités ».

Le capitalisme libéral et démocratique entendant les « voix » prolétariennes, parviendrait ainsi, grâce, à une investiture divine, à retrouver son « âme » malheureusement égarée. Et, en définitive, les prolétaires redeviendraient ces brebis du fidèle troupeau, rappelant leur gardien à l’ordre, pendant que le capitalisme continuerait à administrer les pilules de la liberté et de la démocratie. Cependant, l’histoire n’est pas faite de rencontres paisibles entre brebis sortant ou rentrant dans le troupeau et des gardiens, propriétaires, immuables de ce dernier. Mais l’histoire, et l’histoire du capitalisme, est celle des bouleversements économiques et de classe ; et si, faute d’un parti de classe, la crise économique sans issue se rencontre avec une crise sans issue de la révolution, l’organisme social qui n’a pu se reconstituer sur une base prolétarienne, au travers de l’insurrection victorieuse du prolétariat, se reconstitue, se réorganise, relancé qu’il se trouve être dans une direction opposée, sur une base capitaliste pour apparaître désormais au travers du bourreau fasciste.

Les social-démocrates italiens d’abord, allemands ensuite, n’ont-ils pas engagé les ouvriers à guetter la syphilis de Mussolini ou la morphinomanie de Goering, l’opposition du roi d’Italie, ou du président Hindenburg, du libéral Giolitti ou du nationaliste Hugenberg ou, enfin, le ressaisissement ou la révolte de la bourgeoisie contre le fascisme ? Ainsi les ouvriers se décideront à attendre que le capitalisme les délivre du fascisme : entre-temps les occasions, toutes les occasions, pour la lutte prolétarienne seront annulées et l’on arrivera enfin devant ces situations où la bourgeoisie pourra réaliser le bloc des ouvriers autour d’elle, pour le déclenchement de la guerre.

Lors de l’incendie du Reichstag, il était parfaitement concevable - et il ne pouvait en être autrement - que les social-démocrates parlent de la « provocation » contre le capitalisme qui, surpris en janvier 1933 par l’arrivée de Hitler au pouvoir, s’apprêtait à se libérer de cette force médiévale par le canal sans doute de M. Hugenberg ou de M. Von Papen. Le socialiste n’est-il pas celui qui prêche la nécessité de l’opposition permanente du prolétariat à la violence ? N’est-il pas l’« anti-violent » par excellence, ainsi qu’il l’a si bien prouvé en Allemagne en 1920 par l’assassinat de milliers de spartakistes ? Mais, sans aucun doute, l’appui à la violence de 1919-1920 avait sa raison, parce qu’elle s’opposait à la lutte d’émancipation des travailleurs, parce qu’elle garantissait le règne du capitalisme. La violence de Van der Lubbe, pouvant compromettre le « retour » ( ?) de ce capitalisme, devait être considérée comme une provocation. Aussi le geste de Van der Lubbe, voulant signifier la nécessité de la violence comme seule arme de lutte du prolétariat, devait-il se heurter à l’opposition acharnée de la social-démocratie, toute désignée pour occuper une place de premier plan dans la croisade contre le maçon de Leyde. Il avait osé commettre le sacrilège de donner au parlement allemand une mort héroïque, c’est dans les flammes qu’il voulut faire disparaître cette institution bourgeoise qui préserva le capitalisme de la révolution et qui, pendant quatorze ans, s’était démontrée indispensable pour permettre à la bourgeoisie d’extirper toutes les organisations de la classe ouvrière.

* * *

La montée du fascisme en Italie, l’instauration et le renforcement de la dictature des chemises noires, se sont heurtés à une série d’attentats et d’actes terroristes.

Ceux-ci ne se bornaient pas seulement à la personne de Mussolini, mais surtout avant la marche sur Rome, s’exprimaient différemment. Ainsi, il y eut la période dite de « l’allumette » qui représente l’incendie d’énormes bois. Notamment à l’occasion de l’incendie des chantiers de St-Marc, le prolétariat de Trieste écrivit une des pages les plus glorieuses de sa lutte.

A aucun moment il ne fut question, de la part des communistes, de considérer qu’il s’agissait là d’actes de provocation. Et pourtant, au moment même où ces attentats se produisaient, les communistes avaient nettement la certitude que le fascisme en aurait profité pour passer à une lutte toujours plus violente contre son avant-garde. Lors de l’attentat du « Diana » en 1921, la panique fut générale et elle engloba même les anarchistes et leur chef incontesté, Malatesta, qui d’ailleurs a donné maintes preuves de courage et de fermeté personnelles. Mais les communistes n’ont jamais participé à ces concerts unanimes contre les attentats et - à chaque occasion - ils brisèrent le choeur des lamentations hypocrites et des disculpations peureuses pour en arriver, dans certaines circonstances, à ne pas revendiquer leur opposition de principe aux actes terroristes. Car cela pouvait faire le jeu de l’ennemi qui exploitait ces événements, pour extirper du cerveau de la classe ouvrière l’idée de la nécessité de la violence. Mais alors le centrisme n’était pas à la direction des partis communistes et, au point de vue de la doctrine, la divergence avec les anarchistes se plaçait nettement sur le terrain de la nécessité de la préparation de l’insurrection sur la base des mouvements de classe, contre leur thèse de la révolution pouvant résulter d’une multiplication de gestes individuels. De plus, sur le terrain concret, cette divergence se manifestait clairement au travers de la compréhension que les communistes avaient de la lutte ouvrière. Cette dernière ne se déroule pas suivant le schéma militaire d’armées contrôlées et disciplinées, se mouvant en réflexe des mouvements de classe. De ce fait, les communistes passaient ouvertement à l’explication des actes terroristes et des attentats, et s’efforçaient de les encadrer dans le processus de la lutte révolutionnaire du prolétariat. Les anarchistes, de leur côté, ne faisaient qu’exploiter ces gestes pour appeler les ouvriers à délaisser les organisations de classe et surtout l’action du parti de la classe ouvrière.

Lénine disait que Plekhanov n’avait rien compris de la politique communiste envers les anarchistes : sa lutte contre eux en arrivait à suffoquer l’esprit de combat et de sacrifice de ces militants au lieu de les discipliner et de les coordonner dans l’ensemble du mouvement révolutionnaire. Pas mal de ces militants actuels, membres des différents groupes oppositionnels, orthodoxes ou hétérodoxes, feraient bien de relire ces pages de Lénine, et de ne pas se hâter dans leurs graves et solennelles sentences sur « l’idiotie » de tel ou tel geste (où ils rejoignent le réformisme), dans l’analyse, le jugement des événements d’Espagne, quant aux « responsabilités » des anarchistes faisant le jeu de la réaction monarchiste.

L’incendie du Reichstag nous permet de saisir sur le vif la dénaturation de la position communiste au sujet des gestes individuels de terrorisme. Au fond, l’on renonce à considérer que les situations dépendent des contrastes de classe et du plan de l’ennemi pour étrangler - à travers l’instauration du fascisme - toutes les organisations de classe du prolétariat, ou pour corrompre jusqu’à la moelle des organismes ouvriers, à l’aide d’une direction social-démocrate ou centriste qui les fera servir aux buts de la conservation du capitalisme. La social-démocratie, le centrisme diront que la classe ouvrière ne devra et ne pourra pas se regrouper dans les frontières de ses programmes pour résister à l’ennemi, mais sera forcée de chercher ailleurs les moyens de sa défense. L’incendie du Reichstag se produit en présence de la sainte indignation du capitalisme, de l’horreur - ah ! combien sincère du fascisme - contre les violences et contre l’attentat envers les institutions sacrées de la démocratie, devant le bouleversement des classes moyennes, de l’intellectualité à la recherche perpétuelle d’un pouvoir fort qui assure une tranquillité à leur vie économique misérable, qui va enfin trouver une planche de repos et de satisfaction car, dans les bureaux, les syndicats, les troupes d’assaut, il y aura enfin de quoi alimenter la sotte présomption de cette intellectualité qui pourra commander les ouvriers au nom de la patrie et de l’Etat fort ; selon le socialiste et le centriste, en présence de la déconfiture des travailleurs contre qui se déchaîne l’attaque du capitalisme, le prolétariat n’a qu’une seule voie de salut : s’associer à cette répugnante mise en scène, repousser toute compromission avec l’incendiaire et affirmer bien haut que l’incendie du Reichstag est bien le fait de provocateurs qui veulent favoriser le plan des fascistes, de « repris de justice » qui sont venus au pouvoir au mépris de toutes les lois de la société démocratique du capitalisme.

Le sort de la classe ouvrière à la merci d’un commissaire de police qui, sous l’instigation de Hitler ou de Goering, prépare et réalise le grand coup de l’incendie du Reichstag et a besoin de cela pour modifier de fond en comble la situation du prolétariat. Voilà comment a été considérée, dès le début, l’incendie du 27 février 1933. Comme si, sans cet incendie, la situation aurait été autre en Allemagne ; comme si, enfin, pour neutraliser ou repousser l’attaque fasciste, l’on devait se baser sur la mobilisation de la « conscience universelle » qui aurait fini par révéler le scandale et déjouer la manoeuvre de Goering et Hitler au service desquels se serait trouvé Van der Lubbe.

La panique de la classe ouvrière, le bouleversement des classes moyennes, sont des faits réels auxquels il fallait donner une solution prolétarienne et il n’est nullement établi que le fascisme ait besoin de ces grands coups de scène pour réaliser son plan. Au contraire, si les masses ouvrières renoncent à mener leur lutte contre le capitalisme, si (hypothèse totalement abstraite) la bourgeoisie pouvait organiser et maintenir sa domination dans la « paix sociale », elle pourrait assurer une tranquillité absolue aux esclaves de son exploitation. Une comparaison entre l’expérience italienne et l’expérience allemande prouve d’une façon incontestable que les violences de Hitler ont été de beaucoup moindres et cela parce que la classe ouvrière italienne a pu opposer une résistance énergique et armée à la montée du fascisme. Cela évidemment ne dépend pas des qualités supérieures des ouvriers italiens à l’égard des ouvriers allemands, mais de facteurs positifs et historiques : la classe ouvrière italienne ne portait pas dans sa chair les plaies de trahisons répétées et elle pouvait compter sur une Internationale Communiste ; alors que le prolétariat allemand rencontrait, dans sa pénible et sanglante résistance à l’attaque fasciste, l’obstacle formidable représenté par le centrisme qui n’aura pas lancé, ne fût-ce qu’un appel à la classe ouvrière mondiale pour se mobiliser aux côtés des prolétaires d’Allemagne. Nous avons établi cette comparaison, pour réagir contre cette mentalité pourrie, d’après laquelle l’incendie du Reichstag devait être forcément, inéluctablement, naturellement, l’oeuvre de provocateurs et ne pouvait être un produit de la situation que traversait le prolétariat allemand après la victoire de Hitler.

Millions de voix aux élections, victoire socialiste qui assurait le triomphe de Hindenburg contre Hitler, victoire sur victoire du parti communiste selon les dires des centristes qui mettaient en évidence les « succès de la ligne politique juste et bolchevique » ; et l’addition, la synthèse de toutes ces victoires, c’était le gouvernement de Hitler préparé directement par les cent jours du « général social » von Schleicher, de ce général qui, soi-disant, aurait poussé socialistes et communistes au déclenchement de la grève générale à la fin janvier pour éviter le gouvernement Hitler. Pour indiquer la déconfiture et la pourriture du mouvement communiste, il suffira de rappeler que certains dirigeants du S.A.P. (Parti Ouvrier Socialiste) qui veulent mettre en évidence le frottement ou l’opposition du capitalisme au fascisme, attribuent une valeur à cette démarche de von Schleicher auprès des dirigeants socialistes ou communistes.

Dans cette situation d’écroulement général des organisations et des partis traditionnels de masse, rien d’extraordinaire si des actes de terrorisme se déterminent. Et d’ores et déjà la perspective de la situation actuelle peut être fixée : de tels gestes ne feront que se répéter en Allemagne ainsi qu’il en a d’ailleurs été le cas en Italie. La position communiste en face de ces manifestations individuelles ne peut être que la suivante : expliquer ces gestes et essayer de les encadrer dans le problème de la lutte générale de la classe ouvrière. Les conditions dans lesquelles le triomphe du centrisme nous oblige à lutter rendent très difficile et presque impossible de donner une solution ferme à un problème nouveau qui est posé à la classe ouvrière par le mouvement fasciste. Doit-on, à l’occasion des mouvements de classe, ou en prévision d’une grève - dans les pays fascistes - passer à des actes de terrorisme individuel pour que les masses qui se disposent à la lutte pour leurs revendications immédiates, voient la nécessité et la possibilité de donner à ces luttes la forme armée et violente désormais indispensable pour obtenir le moindre succès en face d’un capitalisme qui est forcé - par des conditions économiques particulières - de réduire les ouvriers à l’état d’esclaves qui ne peuvent plus songer à la possibilité de se défendre contre leur esclavage ?

En face du procès du Reichstag, les communistes devaient donc, d’une façon bien ferme, se refuser au traquenard qui leur était offert : ils n’avaient pas le devoir de se prononcer pour ou contre : ils avaient le devoir d’exprimer qu’en face des assassinats de prolétaires faits par des social-démocrates ou des fascistes, le geste d’un prolétaire contre le Reichstag n’avait en fait que la signification d’une brique qu’on lance en face d’une mer de sang ouvrier ; ils avaient le devoir d’alerter la classe ouvrière d’opposer au scandale ennemi, la nécessité de défendre les institutions de la classe ouvrière, la seule possibilité de les défendre par l’exercice de la violence prolétarienne.

Le tournant unanime fait de scandales, autour du Reichstag, devait être brisé bien nettement, et les communistes devaient proclamer aux ouvriers que le parti de leur classe, loin de s’associer à la spéculation ennemie, repoussait toutes les canailles dans leur caverne ; que le problème à résoudre n’était pas d’établir la provocation fasciste mais de mobiliser toutes les énergies pour permettre une résistance efficace. Le fascisme voulait-il profiter de l’incendie pour le tourner à son avantage, en se présentant comme le défenseur de l’ordre : le prolétariat avait le devoir d’affirmer qu’il entendait bien menacer cet ordre et qu’il s’apprêtait à défendre ses institutions de classe pour le renversement de l’ordre capitaliste. Ainsi, même dans l’hypothèse d’une provocation, le prolétariat aurait affirmé qu’il n’est pas à la merci d’un commissaire de police, et l’éventuelle machination de celui-ci aurait trouvé le prolétariat décidé à ne pas se laisser prendre au piège. Même s’il n’avait eu que la possibilité d’éditer un seul tract polygraphié, le parti communiste aurait dû affirmer que le prolétariat a le devoir de multiplier les actes de violence - en connexion avec les mouvements de classe - pour la réalisation de l’attaque insurrectionnelle. Ceux qui disent que l’incendie du Reichstag était indispensable au fascisme, n’ont qu’à se demander si les assassinats d’Altona, de Cologne ou le plébiscite de novembre ont eu besoin d’autres incendies du Reichstag.

Mais n’est-ce pas la caractéristique de la mentalité actuelle de groupes communistes qui prennent une attitude, essayent de l’expliquer et de lui donner la réponse et la solution « communiste » en l’isolant, en la situant en dehors de toute considération de principe, ou d’analyse comparée d’expérience, pour en arriver à cette conclusion : « Voilà la provocation, il s’agit de se lancer dans une course de vitesse pour la déjouer ». L’épilogue de Leipzig est là pour prouver comment les contre-juges de Londres et de Paris ont su déjouer la provocation tout en laissant se renforcer le régime fasciste en Allemagne.

La position anticommuniste de départ devait inévitablement comporter ses conséquences. Le prolétariat mondial, ses organisations, ses luttes vont être délibérément mis de côté. Les appels que l’on lancera autour de l’incendie du Reichstag n’émaneront jamais des partis, mais entremêlées au fatras de signatures se trouvant au bas des appels lancés, il y aura à peu près tout : le groupe sportif ou féminin du parti, les Amis de l’U.R.S.S. ou les Amis de la Paix, mais il ne s’y trouvera jamais la mention d’un parti communiste. Et toutes ces organisations collatérales au parti (et qui loin d’être un appui au mouvement communiste, sont des appendices nécessaires au centrisme pour sa politique contre-révolutionnaire) lanceront des appels de soutien à l’oeuvre des contre-juges. Qui sont ces derniers ? Nitti, bourreau en congé du prolétariat italien ; MM. Darrow et Hays, les collègues des juges qui ont brûlé Sacco et Vanzetti ; Mr Pritt, conseiller de la Cour royale d’Angleterre, Lord Marley, vice-président de la Chambre des Lords et d’autres éléments tout aussi « liés » à la lutte prolétarienne pour parfaire cette « cour de justice » éditant le « Livre brun de la vérité ». Il faut immédiatement remarquer que le contre-procès de Londres a représenté l’axe de toute la campagne mondiale et non un élément d’appui pouvant être occasionnellement utile à l’action du prolétariat en faveur des accusés de Leipzig. Qu’il en soit ainsi, cela est prouvé non seulement par l’éclipse et la non-participation communiste, mais surtout par la thèse centrale autour de laquelle devait être mobilisée la « conscience universelle ».

Il s’agissait d’une provocation, le responsable c’était Goering et Van der Lubbe était l’instrument de ce dernier. Dès lors, la classe ouvrière mondiale n’avait plus de poids spécifique, elle ne pouvait intervenir que dans la mesure où elle épousait la thèse des contre-juges et s’associait aux manifestations pour le triomphe de la « justice ». Le prolétariat aurait pu remplir son rôle spécifique seulement si on avait placé le problème tout autrement et s’il avait été appelé à défendre les accusés, tous les accusés. Van der Lubbe, Dimitrov, Popov, Tanev et Torgler. Alors, le fait évident que le fascisme avait voulu compromettre le parti communiste, au point de vue juridique, aurait apparu dans sa signification réelle : un geste de violence s’étant vérifié au cours du plan de l’organisation fasciste en Allemagne, pour empêcher que ce geste ne se généralise, il fallait frapper l’organisme historiquement appelé à réaliser la victoire violente et insurrectionnelle contre le capitalisme. Le centrisme pouvait immobiliser et anéantir cette fonction historique du parti communiste mais il ne pouvait pas faire l’impossible, soit empêcher la formation d’une fraction de gauche assurant la continuité du parti de classe du prolétariat. Sur cette base, l’inculpation de militants communistes aurait pris sa signification réelle : on aurait pu défendre ces militants au point de vue juridique, sans les présenter comme des « innocents politiques » mêlés à une entreprise de provocation.

Et le fascisme devait avoir le jeu facile ; il devait permettre à Dimitrov ce qui ne fut permis ni à Altona, ni à Dusseldorf où il put exécuter des dizaines d’ouvriers pour qui le Livre Brun contenait à la fois les pages des assassinats fascistes et les exploits des contre-juges de Londres et de Paris.

Dimitrov, lui-même, qui - au début - devait avoir une attitude digne d’éveiller l’enthousiasme des masses ouvrières, devait, à la fin, descendre au niveau de bassesse des contre-juges, lorsqu’il déclara (voir « L’Humanité » du 17 décembre 33) : « Je demande, en conséquence, que Van der Lubbe soit condamné comme ayant travaillé contre le prolétariat ». Les bourreaux de Leipzig ont répondu : ils ont châtié Van der Lubbe et ils ont donc acquis un titre « prolétarien » de premier ordre en face du mouvement ouvrier.

* * *

Van der Lubbe a-t-il été un instrument inconscient dans les mains des fascistes ? Il n’existe pas de preuves à ce sujet, alors qu’il existe - pour détruire cette hypothèse - le fait indiscutable suivant : si le fascisme voulait compromettre des militants du parti, il n’aurait pas agi d’une façon aussi idiote et, au lieu d’inculper des éléments qui ont pu produire des alibis irréfutables, aurait préparé beaucoup mieux la scène de l’incendie et les moyens ne pouvaient lui faire défaut à cet effet. Ce qui intéressait le fascisme c’était de profiter de l’incendie pour frapper politiquement le parti et nous avons déjà indiqué comment il aurait fallu réagir et se défendre.

Van der Lubbe s’est trouvé seul contre un monde d’ennemis. Au procès, il s’est trouvé devoir renoncer à revendiquer même son geste, car s’il l’avait fait, il aurait directement compromis le système défensif de ses co-inculpés. Ces derniers ne disaient-ils pas qu’ils étaient les victimes d’une machination fasciste ? Si Van der Lubbe avait osé revendiquer son geste, il lui aurait été répondu qu’il continuait son rôle de provocateur en détruisant la thèse de la défense et en disculpant les responsables fascistes.

Une tragédie d’une telle ampleur doit avoir fini par anéantir, bien avant que le bourreau n’arrive, la vie de Van der Lubbe. Son silence n’a été que le sacrifice même de sa vie morale dans une situation où, en face d’un monde d’ennemis, la vie de ses co-inculpés ne pouvait dépendre que d’une attitude d’atonie, d’insensibilité, qui devaient se conclure par sa déclaration disant qu’il savait qu’il exposait sa vie en incendiant le Reichstag et qu’il n’attendait que la mort, c’est-à-dire qu’il ne demandait que la fin du procès.

Maintenant que l’ennemi a pu avoir sa tête, il ne reste que des groupes prolétaires insignifiants pour défendre sa mémoire. Demain, lorsque le prolétariat pourra reconstruire son parti, au feu des batailles révolutionnaires juges, contre-juges, socialistes et centristes auront leur compte : le régime qu’ils ont défendu s’écroulera sous les coups de la classe ouvrière qui reconnaîtra un des siens dans le « provocateur » Van der Lubbe et le vengera dans la bataille insurrectionnelle pour l’instauration de la dictature du prolétariat.


Le cerveau du chef est un instrument matériel fonctionnant grâce à des attaches avec le parti et l’ensemble de la classe ; les idées que le chef exprime en tant que théoriciens et les instructions qu’il donne en tant que dirigeant proatique, ne sont pas ses créations, mais les précisions d’une conception dont les matériaux appartiennent à la classe, au parti et sont les produits d’une très grande expérience. Ces données ne sont pas toujours présentes à l’esprit du chef sous forme d’érudition mécanique ; nous ne pouvons donc nous expliquer certains phénomènes d’intuition véritablement divinatoires, qui, loin de nous prouver la transcendance de certains individus sur la masse, démontrent mieux notre point de vue, à savoir que les chef est l’instrument opérateur et non pas le moteur de la pensée et de l’action commune.

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  291. BILAN 43h : Le Front Populaire
  292. BILAN 43i : Pour le Bureau International des fractions communistes de gauche
  293. BILAN 43j : L’impérialisme japonais à la conquête de la Chine
  294. BILAN 43k : Documentation internationale
  295. BILAN 43l : La vie de Bilan
  296. BILAN 44a : Lettre ouverte au Centre pour la IVe Internationale et au Parti Socialiste Révolutionnaire de Belgique
  297. BILAN 44b : À bas le carnage impérialiste en Chine
  298. BILAN 44c : Le capitalisme passe à l’attaque « La France aux Français »
  299. BILAN 44d : La guerre impérialiste d’Espagne et le massacre des mineurs asturiens
  300. BILAN 44e : Le monde arabe en ébullition
  301. BILAN 44f : Marxisme et Dogmatisme
  302. BILAN 44g : Et Calligaris ?
  303. BILAN 45a : Pour le XXème anniversaire de la Révolution d’Octobre
  304. BILAN 45b : Le front populaire continue
  305. BILAN 45c : Le droit au soulèvement armé
  306. BILAN 46a : "Bilan" disparaît
  307. BILAN 46e : Un grand renégat à la queue de paon : Léon Trotsky
  308. BILAN 46g : Écho à l’étude de la période de transition
  309. BILAN 46h : "Octobre" bulletin mensuel du Bureau International des Fractions de Gauche