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« Lutte de Classe » (GLAT) - Série complète !
samedi 27 octobre
La couverture chronologique de la revue du GLAT, Lutte de Classe, a été considérablement étendue (premier numéro de mars 1964) et comprend maintenant un renvoi sur une version numérisée des 128 numéros !
Cahiers du Communisme de Conseils - Série complète !
vendredi 26 octobre
Les trois numéros manquant (1, 2 & 5) sont maintenant disponibles dans les sommaires de la revue des Cahiers du Communisme de Conseils. Que les volontaires pour les transcriptions n’hésitent pas à se signaler... En attendant, bonne lecture !
Premiers scans des Cahiers du Communisme de Conseil
dimanche 5 août
Neuf des douze numéros de la revue des Cahiers du Communisme de Conseil (1968-1972) sont maintenant accessible en version numérique au travers du sommaire général.
Derniers numéros de la revue Communisme
dimanche 5 août
Les numéros 6, 8, 9 et 15 qui manquaient jusque là ont été ajoutés au sommaire général de la revue « Communisme » (1937-1939). Bonnes lectures !
Mise à jour sommaires GLAT
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Le sommaire général de la revue du GLAT, Lutte de Classe vient d’être encore étendu. Merci de signaler manques ou corrections.
Sur le Web
Controverses
Revue publiée par le Forum de la Gauche Communiste Internationaliste : C’est pour contribuer à déblayer la voie vers la clarification et le regroupement sur des bases théoriques, politiques et organisationnelles saines que Controverses a vu le jour. En d’autres termes, tout en tenant compte du changement de période qui n’est plus au reflux mais à la reprise historique des combats de classes, notre objectif essentiel est de reprendre ce qui était le souci de Bilan mais qu’il n’a pu mener complètement à bien compte-tenu des conditions d’alors : « ...une critique intense qui visait à rétablir les notions du marxisme dans tous les domaines de la connaissance, de l’économie, de la tactique, de l’organisation », et ce sans « aucun dogme », sans « aucun interdit non plus qu’aucun ostracisme », et « par le souci de déterminer une saine polémique politique ». Ceci est plus que jamais indispensable afin de réussir un nouvel « Octobre 17 » sous peine de se retrouver comme ces « vieux bolcheviks ... qui répètent stupidement une formule apprise par cœur, au lieu d’étudier ce qu’il y avait d’original dans la réalité nouvelle. (extrait de l’éditorial du n°1)
Gavroche - La revue
Le premier numéro de la revue trimestrielle Gavroche est sorti en décembre 1981. Il prenait la suite du Peuple français, belle aventure éditoriale des années soixante-dix. Depuis plus de 20 ans, la revue s’attache à la retranscription des fêtes, des travaux, des luttes et des joies du principal acteur de l’histoire : le peuple. Gavroche fait aussi resurgir des événements jusque-là ignorés ou passés volontairement sous silence.
L’Echo de la Fabrique
Le journal des chefs d’ateliers et ouvriers de la soie à Lyon, hebdomadaire phare de la presse ouvrière, paraît d’octobre 1831 à mai 1834. Ce site en donne à lire l’intégrale des articles, suite à un remarquable travail empreint d’une grande rigueur scientifique. Indispensable pour l’étude des insurrections des canuts de 1831 et 1834.
La Révolution prolétarienne
Revue fondée par Pierre Monatte en 1925. Le site publie un grand nombre d’articles de la période "historique". La publication se poursuit...
La Bataille socialiste
Site de ressources documentaires sur le patrimoine socialiste. Suit l’actualité des parutions, publie certains articles en ligne et propose des documents concernant le mouvement ouvrier de la première moitié du XXe siècle principalement.
BILAN 07f : Une quatrième internationale ou une réplique de la Troisième (2)
Mai 1934 / pp. 248 - 255
22 janvier 2008 par albin

Suite de l’article paru dans le numéro 6

La Troisième Internationale et l’ État Soviétique.

Depuis plus de 35 ans, nous suivons le cours des idées révolutionnaires en Russie, tout au moins ce qui en est accessible en fait de littérature économique et historico-politique en Occident. A la fin de 1904, nous provoquâmes des rires chez quelques mencheviks néerlandais en écrivant une brochure sur « La Révolution en Russie », révolution qui n’avait pas encore vu le jour, mais dont les clameurs du mouvement ouvrier (grèves, action politique et syndicale, etc.) annonçaient la venue prochaine. La brochure parut peu de temps après la fameuse journée du 22 janvier 1905. La révolution de 1905 changea l’hilarité des très savants dirigeants social-démocrates en mépris hautain ; une hirondelle ne faisait pas encore le printemps et cette révolution n’était tout de même qu’une révolution bourgeoise. Et nous, de répondre : « Certes, il se peut que cette révolution ne soit qu’une révolution bourgeoise pour autant que le libéralisme ait négligé les tâches historiques bourgeoises qui lui étaient dévolues, notamment l’organisation des classes en groupements, mais tout laisse prévoir que le mot que Plékhanov prononça au premier Congrès de la IIe Internationale (Paris 1889) se réalisera : la révolution russe sera prolétarienne ou ne sera pas ».

L’exactitude de cette prévision se réalisa à quatre vingt dix neuf pour cent. La Révolution de mars était déjà prolétarienne, quoiqu’elle se donna pour but un compromis petit-bourgeois entre la bourgeoisie acculée à une capitulation et l’idéologie petite-bourgeoise des socialistes révolutionnaires et des mencheviks.

Nous n’acceptons pas seulement la légitimité sociale et politique de la Révolution de mars, mais aussi celle d’octobre. La thèse soutenue par Trotski (« Histoire de la Révolution », tome I) selon laquelle la nécessité sociale-psychologique de la révolution prolétarienne devait surgir de l’atmosphère de putréfaction et du conservatisme vermoulu, est aussi partagée par nous. La vie n’est pas un calcul mécanique et le matérialisme dialectique de Marx n’enseigne pas que la vie obéit à des recettes préparées d’avance, même si leurs auteurs s’appellent Karl Kautsky, Otto Bauer ou Georges Plekhanov. De schéma mécanique, mort donnant la répartition d’autant de capitaux en autant de mains, autant de membres des partis socialistes ou communiste, n’est pas un baromètre juste pour la mesure du degré de maturité ou de la force du processus révolutionnaire. Bien entendu, nous ne parlons pas de la révolution en tant qu’acte politique ; il va sans dire qu’à une révolution économique et morale certains potentiels économiques, tels un certain degré de développement de la technique et de la production ainsi que l’existence d’un vigoureux courant au sein des masses en faveur de l’ordre nouveau, sont nécessaires. En reconnaissant les lois historiques particulières régissant le devenir social en Russie, on saisit l’énigme des situations psychologiques particulières des masses qui ont permis d’y accomplir là-bas une révolution avec si peu, quand on le mesure à l’échelle de l’histoire mondiale. Ce peu ce fut : premièrement, les masses paysannes dépourvues de toute propriété, le moujik ravagé de scorbut pour qui la « paix et la terre » était un salut indispensable, et, deuxièmement, les masses des prolétaires industriels chez qui l’esprit de résistance anticapitaliste remontait, non à l’époque de l’apparition d’un mouvement théorique développé, mais bien au-delà, au temps où ces ouvriers n’étaient encore que des serfs livrés par l’État aux fabricants pour les travaux industriels [1]. Du temps déjà des grèves des ouvriers de fabrique de Bradfort et même avant le fameux soulèvement des canuts de Lyon, en 1881, les travailleurs industriels de Russie livraient un nombre considérable de grèves. Nous indiquons ce fait pour marquer que le mouvement ouvrier russe avait un long passé de bataille.

Notre but n’est pas de faire ici l’histoire de la prise du pouvoir par le parti bolchevique en octobre 1917. La méthodologie marxiste n’exige pas seulement une analyse de la structure des classes, mais elle commande aussi de désigner les réflexes subjectifs tels qu’ils se cristallisent dans la conscience des masses à des époques déterminées, mais surtout à des moments historiques. Aucun révolutionnaire ne restreindra l’immense portée de l’acte immortel d’octobre 1917. Il fut grandiose, quoique ceux qui le dirigèrent n’auraient pu l’accomplir dans les circonstances de l’Europe occidentale. Ce que le parti socialiste révolutionnaire abandonna de son programme classique historique : la terre au paysan, la politique léniniste le réalisa pour la première fois dans l’histoire de la Russie.

L’aide effective donnée aux paysans - et qu’on n’avait cessé de faire miroiter à leurs yeux depuis 1861 - est la grande stratégie sociale réaliste qui rallia la société russe à la révolution des bolcheviks. La terre aux paysans : le moujik devenait propriétaire. La « révolution française » des paysans russes avait fait pencher la balance du côté de la révolution ; les ouvriers industriels, en tant qu’avant-garde, animés de l’idéal socialiste, accomplirent le grand geste.

Si on se remémore l’atmosphère d’exaltation révolutionnaire des années de fin de guerre, on comprendra l’enthousiasme qui l’accueillit. Jamais les cœurs des révolutionnaires du monde entier n’avaient été aussi chauds et les sens aussi passionnés. Les soviets plus la dictature du prolétariat étayés par la destruction de la propriété privée, les ouvriers industriels dans leurs syndicats et les paysans formaient, dans les soviets, la structure du pouvoir politique, de la dictature du prolétariat. Telle était la théorie !

Mais la pratique répondait-elle à la théorie ? Marx a bien enseigné que, pendant la période de transition qui va de la destruction de la société capitaliste à celle de l’érection de la société sans classe, le prolétariat doit, en tant que classe, exercer sa dictature, afin de préparer et de bâtir l’ordre économique et moral de la société socialiste. Il n’a pas été donné à Marx de décrire minutieusement les formes et le caractère de cette politique de dictature. En cela Kautsky eut raison - textuellement, non principiellement - contre Lénine. Trotski a mis, dans ces dernières années, ses brillantes qualités littéraires et ses grandes ressources de dialecticien à rechercher et à dévoiler les éléments néfastes de la bureaucratie russe. Sans doute, il le fit avec beaucoup de clairvoyance. Après de longues hésitations, il affirme que le droit historique à l’existence d’une 4ème Internationale existe. Il est venu à cette constatation, après avoir vu s’accomplir l’effondrement catastrophique du mouvement ouvrier allemand. La création d’une organisation internationale des travailleurs n’est pas une partie de bridge qu’on joue quand on le veut. Non seulement il faut que se soient formées les conditions historiques, politiques et sociales, ainsi que les éléments psychologiques nécessaires dans les masses, mais encore faut-il que ces raisons fondamentales soient tellement urgentes qu’elles appellent d’elles-mêmes une nouvelle organisation et un nouveau foyer d’attraction.

La déclaration de principe des Bolcheviks-Léninistes [2], votée à Paris en août 1933, dit dans son troisième paragraphe : « La IIIème Internationale ... tomba victime de sa dépendance servile envers la bureaucratie soviétique qui dégénéra dans l’esprit du nationalisme et du centrisme ». Un marxiste pose immédiatement la question : pourquoi et quels sont les facteurs qui la firent dégénérer et en firent la victime du nationalisme et du centrisme ? Fût-ce seulement par le comportement subjectif d’une personne, ou d’un groupe de personnes (Staline et son appareil bureaucratique) ? Et après : ces symptômes nationalistes et centristes ne sont-ils apparus qu’en 1924, après que le conflit Trotski-Staline fut devenu aigu ? On est en droit d’attendre qu’un dialecticien matérialiste de la taille d’un Trotski rejette une telle mesure subjectiviste des événements. Et ensuite, si cette manière de juger se révèle sociologiquement juste, n’est-on pas en droit d’en conclure que les masses russes ne sont pas encore mûres pour la construction du socialisme parce que tolérant sans résistance une pareille politique criminelle ? Quelle différence y aurait-il alors entre la mentalité des masses fascistes italiennes et allemandes et celles de Russie ?

V. TROTSKI DEVANT LE MIROIR DE SON PASSÉ.

Ce furent les théoriciens du Parti Communiste Ouvrier Allemand (que Trotski, en ce moment en pleine gloire, ridiculisa et insulta, ce fut Herman Gorter (de l’« école hollandaise » - comme Trotski ajoutait sarcastiquement) : Gorter ne fut pas un styliste aussi brillant que Trotski mais, par son cœur sans souillure et par son attachement indéfectible à la cause du socialisme révolutionnaire, il appartenait à la lignée des Rosa Luxemburg, Karl Liebknecht et Lénine. Ce fut lui qui, dans sa lettre ouverte à Lénine, en réponse au certes pas le plus génial de ses ouvrages « La maladie infantile du Communisme », mit à nu les symptômes du mal qui devait engendrer l’abcès nationaliste et centriste de maintenant. Nous nous rappelons une parole de Lénine en 1921 disant : « Nous ne pouvons pas forcer le prolétariat européen à sortir du marasme de son esclavage pour nous aider..., mais nous nous maintiendrons jusqu’à ce que le prolétariat mondial ait accompli sa révolution ».

Lénine fut, sans conteste, un grand meneur ; il osait avouer et reconnaître ses erreurs..., mais Lénine n’était qu’un simple mortel. Il faut laisser aux épigones la triste tâche de la déification du nom de Lénine ; ce nom leur est un symbole nécessaire et doit servir de couverture à leur marchandise malodorante. C’est ici que l’observation marxiste peut nous être d’utilité, en ce qu’elle nous permet d’éclairer un développement objectif contre lequel des sujets aussi grands que ceux qui portent nom de Lénine et Trotski ne pouvaient rien. L’appréciation que Frédéric Engels porta à propos de Thomas Munzer (et qui souvent fut redite à propos des ministres social-démocrates) trouve ici une nouvelle application : « C’est le pire qui puisse arriver au chef d’un parti extrême que d’être obligé de prendre le pouvoir en mains, à une époque où le mouvement n’est pas encore mûr pour la domination de la classe qu’il représente et pour l’application des mesures qu’exige la domination de cette classe... Ce qu’il peut faire contredit toute son action passée, ses principes et les intérêts immédiats de son parti, et ce qu’il doit faire est irréalisable ». En dépit du caractère révolutionnaire sublime de l’Octobre 1917, il advint à Lénine et Trotski ce qu’il était devenu au héros d’Engels.

Pour pénétrer à fond ce procès, il faudrait démêler le jeu formidable des forces et motifs contradictoires suivants :

a) la lutte pour le maintien de ce qui avait été conquis par la révolution ;
b) le souci d’établir un contrôle rigoureux par l’affirmation d’une autorité nationale (par exemple par la répression du soulèvement de Cronstadt) ;
c)l’enthousiasme du pays pour le but final : socialisme plus communisme ;
d) la remise de concessions aux techniciens étrangers ;
e) la lutte pour la reconnaissance « de jure » de l’URSS et l’obligation faite aux communistes étrangers de réclamer cette reconnaissance dans tous les parlements ;
f) la lutte avec les paysans, la famine de 1921 et le reflux de la vague révolutionnaire en Europe occidentale ;
g) l’appel à la vie de partis ou de petits partis communistes orthodoxes dirigés contre les courants les plus extrêmes, tels le KAPD et les œillades lancées aux social-démocrates de gauche : les Crispien, Levien en Allemagne et les Frossard en France.

La « Maladie infantile du Communisme » de Lénine était un exemple frappant de la modification de ses idées, modification surgissant des besoins d’État de la Russie [3]. La formation à tout prix de partis de masses était en contradiction flagrante avec le plan d’organisation de Lénine avec lequel, si souvent, il avait fustigé la social-démocratie ! Les fruits de la lutte contre les « économistes » (les syndicalistes, Martynov et autres) et contre Martov - auxquels se joignait parfois Trotski - furent réduits en miettes. Les thèses de la « Maladie infantile » découlaient des intérêts étatiques de la Russie d’alors. Bien qu’ils prirent une position politique personnelle non conformiste, Gorter et Pannekoek ne sentirent pas les motifs objectifs généraux de cette volte-face ; en tout cas il ne les firent pas valoir.

Le fameux troisième congrès de la IIIème Internationale connut autant de drapeaux et de fanfares que le 3ème Empire en Allemagne. Les jeunes délégués révolutionnaires de l’Occident, manquant parfois d’expérience historique et souvent de vue théorique, y vinrent comme vers une Mecque rouge, pour y apporter leur salut et leurs hommages et pour y écouter bouche bée l’oracle Lénine (loin de nous, bien entendu, de prétendre que Lénine recherchait lui-même cet effet). Il n’était pas question d’analyse critique des vingt et une conditions, des résolutions kilométriques qui, selon les paroles de Lénine lui-même, avaient des dimensions russes et une valeur russe, mais qui ne pouvaient être ni comprises ni appliquées. Rentrés chez eux, ces délégués atteints par le mal russe, ne pouvaient que suivre les publications russes, les répéter et les rabâcher, sans pouvoir les vérifier sur leur propre milieu ou de voir les facteurs historiques propres, autres, qui s’y étaient développés.

Les principes communistes essentiels furent ainsi altérés et ridiculisés par les perroquets moscovites. Après le putsch de Kapp, le Parti Communiste Allemand construisit, sur le modèle du Parti Socialiste, un appareil bureaucratique où des bureaucrates, grands et petits, portaient l’insigne avec la faucille et le marteau, bien plus pour les avantages matériels qu’elle leur apportait que pour autre chose. Ce n’était pas une organisation homogène d’une avant-garde révolutionnaire éprouvée, mais c’était un « parti de masse ». Et que d’éléments douteux n’hébergeait-il pas ! Ce qu’Arthur Rosenberg, un ancien membre du bureau exécutif du PCA écrivit (« Geschichte der Bolchevismus », Berlin, 1932), est tout à fait juste : parallèlement à l’ascension économique et politique en Russie se vérifiaient le recul et la destruction des sections communistes en Europe Occidentale. La discipline de cadavre, d’essence russo-germanique - et contre laquelle Marx déjà pesta si souvent - considérait toute critique comme un crime de lèse-majesté. Le maintien de l’État soviétique dans n’importe quelle circonstance amena - surtout après la mort de Lénine - l’idéologie de la construction nationale du socialisme en Russie.

Les principes du « Manifeste Communiste », qui considéraient le socialisme non pas comme une question locale ou nationale, mais comme une question sociale et internationale, furent abandonnés. Les dettes de l’État annulées furent, sinon reconnues, tout au moins présentées comme appât pour l’obtention d’emprunts. La thèse de la permanence de la révolution, qui veut que tant que celle-ci n’a pas triomphé matériellement et moralement dans les parties les plus importantes du monde, l’État ouvrier russe a comme tâche de hâter la révolution à l’échelle internationale - cette thèse entra en conflit avec le bolchevisme national russe. La classe ouvrière de l’Europe Occidentale fut sacrifiée à ce dernier.

La déclaration de Lénine, dont nous faisions état ci-dessus : « Nous nous maintiendrons jusqu’à ce que le prolétariat mondial ait fait sa révolution », devient ainsi la clef psychologique [4] du développement nationaliste et centriste auquel Trotski aussi aida.

D’une brochure éditée en 1921 par le Parti Communiste Ouvrier Allemand, intitulée : « Le gouvernement soviétique et la IIIème Internationale à la remorque de la bourgeoisie internationale », nous reproduisons les passages suivants :

a) La position du gouvernement soviétique dans la lutte des classes à l’intérieur de la Russie Soviétique

« La masse paysanne força le gouvernement soviétique à accomplir une modification profonde de sa politique économique à la campagne, ensuite aussi dans l’industrie des villes. L’organisation économique implantée par le gouvernement des soviets par la contrainte étatique devenait un facteur qui barrait la route au développement de la jeune classe des petits paysans, pénétrée du désir de s’élever. Elle réclamait, en remplacement de cette organisation économique, l’organisation capitaliste de la production et du commerce.

« Jusqu’alors, le gouvernement soviétique avait réquisitionné les produits des paysans selon les besoins de l’armée et de l’autre population. La libre disposition des paysans sur les produits de leur travail était abolie ; le gouvernement prenait tout lorsqu’il le jugeait nécessaire. Au début de 1921, le gouvernement substitua le régime de l’impôt au régime du réquisitionnement. Il céda, en cela, à l’opposition des paysans qui réclamaient parce que jamais ils ne recevaient aucun produit d’échange, tels des vêtements, des souliers, des outils, des machines, etc.

« A partir de ce moment, les paysans ne furent plus obligés de céder leurs provisions entières, seulement une partie proportionnelle. Il leur était libre de pratiquer, avec l’excédent, le commerce libre dans les grandes villes. Ainsi, le gouvernement soviétique reconnut légalement aux paysans russes le droit à la propriété privée.

« Cela signifiait la reconnaissance du système lucratif capitaliste dans les campagnes russes et, comme conséquence, l’introduction d’un pareil système de lucre dans les grandes villes.

« Le gouvernement soviétique dû, comme conséquence de cette concession, renoncer à la direction qui avait prévalu jusqu’alors dans l’industrie de la ville et se vit forcé de l’enlever des mains des possesseurs actuels, notamment des mains de la classe des prolétaires pour la confier, pour ce qui concerne la direction, l’administration et la conduite de l’entreprise à des capitalistes particuliers.

« Il dû consentir à libérer l’industrie artisanale du paiement de primes aux travailleurs industriels, du libre échange de produits industriels contre des vivres, échange que toutes les usines ayant accompli les minima exigés purent pratiquer. Ensuite, il dû également libérer, en grande partie, le commerce capitaliste. Le capitalisme était donc reconnu, quelles qu’en soient les conséquences, comme la forme économique courante, aussi dans les villes.

« Cette politique économique, en apparence tout à fait neuve, avait déjà été préparée, dans une certaine mesure, par des actes antérieurs du gouvernement soviétique. La position actuelle s’annonçait déjà dans la dissolution, en 1918, des soi-disant comités de pauvres, formés par les bolcheviques après la prise du pouvoir dans le but de procéder à la socialisation des terres.

« Et le premier pas vers la politique intérieure actuelle dans l’industrie fut déjà prise lorsqu’au lieu de diriger les entreprises à l’aide du personnel et des comités de fabriques, elle en confia la direction à des commissions spécialement instituées à cet effet et composées de spécialistes (techniciens sortant de la masse bourgeoise) et de communistes.

« Ces mesures avaient déjà eu certaines répercussions qui faisaient présager le début d’un changement de position de la part du gouvernement soviétique par rapport au prolétariat russe. L’appareil économique et étatique fut de plus en plus pénétré d’éléments bureaucratiques, engendrant les conséquences connues. Il en affluait des cercles de la petite bourgeoisie, des commerçants, des anciens fonctionnaires, des ouvriers manuels, de toute part. Ces gens appartenaient au petit nombre en Russie qui sait lire et écrire et qui, seuls, entraient en ligne de compte pour ces fonctions, car la plus grande partie de la population russe était et est encore illettrée.

« La cause de l’apparition de la bureaucratie est due uniquement au manque de produits de consommation et ne peut être écartée que par l’augmentation de la production. Un exemple éclaire cette affirmation : la population a besoin de chaussures. Il se fait qu’il n’y a pas autant de paires de souliers qu’il y a d’habitants, mais qu’il y a une paire pour cent habitants. Ces cent personnes désirent toutes cette paire unique et adressent des demandes correspondantes au service compétent. Aux cent demandes il faut répondre vu qu’elles ne peuvent être satisfaites ; c’est là la tâche des autorités et l’origine de la création d’une formidable bureaucratie.

« Cette bureaucratie, siégeant là où on dispose des moyens de subsistance, a eu une énorme influence sur tout le développement des rapports sociaux en Russie. Cette bureaucratie dispose même, de par sa position et par ses rapports entre ses composants, d’un pouvoir sur ceux qui produisent les moyens de subsistance, c’est-à-dire le prolétariat. Ce fut le point de départ de l’antagonisme entre le gouvernement soviétique et le prolétariat russe qui s’étala au grand jour au début de cette année (1921). Le pouvoir glisse de plus en plus des mains du prolétariat à celles de la bureaucratie, donc de la petite bourgeoisie. »

b) Le commencement de l’antagonisme entre le gouvernement soviétique et le prolétariat russe

« Ces antagonismes se manifestèrent théoriquement, pour la première fois, à la fin de l’an dernier (1920) et ils firent leur apparition à propos d’une question et sous une forme inopinée pour les dirigeants communistes.

« Tel un coup d’éclair, la question des syndicats russes éclaira les formidables antagonismes qui existaient au sein du parti et qui amenèrent les débats les plus vifs au cours desquels Boukharine, par exemple, fut taxé de syndicaliste par Lénine. Près d’une douzaine de courants se formèrent parmi lesquels trois tendances principales se dessinèrent bientôt.

« Le problème avait trait aux tâches présentes et le rôle futur des syndicats russes.

« De par la manière selon laquelle la production était dirigée et commandée (à l’aide de spécialistes et d’hommes de confiance du parti), les syndicats étaient voués au chômage et étaient aiguillés sur une voie de garage.

« Leurs effectifs, qui atteignaient à peine 1500 en 1917, se chiffraient malgré tout par millions. Que faire de ces organismes ? Leur fonction d’antan, et d’ailleurs originale, qui consistait à mener la lutte contre le patronat pour la conquête de meilleures conditions de salaires et de travail, semblait avoir pris fin par la destruction du patronat consécutive à la révolution. Unanimement, on repoussa l’idée de dissoudre ces organisations de millions de prolétaires. Chliapnikov était d’avis que l’entière direction de la production devait être enlevée au parti pour être remise entre les mains des syndicats afin de leur donner une vie nouvelle. L’écrasante majorité des syndiqués se prononça en faveur de cette solution (la soi-disant opposition ouvrière).

« Par contre, Trotski, comme représentant du principe « militaire », déclarait dans ses directives que la direction devait rester sous la dictature la plus rigide du parti et, qu’en tout cas, les syndicats avaient à se soumettre aux ordres du parti. Cette tendance ne trouva que peu d’adeptes dans les syndicats. Lénine, fidèle à sa politique du centre, proposait dans sa résolution de ne pas changer provisoirement les rapports entre gouvernement, parti et syndicats, de ne permettre aux syndicats de prendre part que jusqu’à une certaine limite seulement à la direction de la production, notamment en déléguant des membres de leur comité central à la commission centrale des commissariats économiques !

« Au surplus, les syndicats devaient être considérés comme des « écoles du communisme » où des membres du parti devaient faire du prosélytisme pour le parti. La manière de voir de Lénine n’était partagée que par un faible pourcentage des membres des syndicats.

« Mais que se passa-t-il ? La question de l’avenir des syndicats ne fut pas solutionnée par les six à sept millions de syndiqués dans le sens indiqué par Chliapnikov, mais par le demi-million de membres du parti, et cela dans le sens indiqué par Lénine.

« Cela signifiait, en réalité, la domination illimitée du parti sur le reste du prolétariat.

« La revendication de Chliapnikov et de ses camarades était-elle contre-révolutionnaire ? Quel était le mobile des communistes russes ? Nous verrons plus loin quelles étaient les causes réelles qui les faisaient agir de la sorte.

« Mais qu’exprimait l’adhésion formidable du prolétariat à la résolution de Chiapnikov ? C’était plus que le simple vœu de choisir lui-même la direction de la production. C’était le besoin urgent, criant, du prolétariat de se rendre indépendant, d’échapper à la tutelle de quelques-uns ; c’était un vigoureux réveil de la conscience prolétarienne qui avait grandi dans les dernières années d’une façon inouïe. L’enjeu véritable de ces débats se reflétait le mieux dans les thèses d’Ixgnatov qui exigeait, tout comme Chliapnikov et Boukharine, la « démocratisation » des institutions du parti et de l’État.

« Les démêlés du gouvernement avec le prolétariat devinrent encore plus ouverts et plus critiques lorsqu’en février quelques milliers de prolétaires manifestèrent, réclamant l’augmentation de la ration alimentaire et lorsqu’à Petrograd aussi le mécontentement des masses grandit et le soulèvement de Cronstadt éclata.

« Le soulèvement de Cronstadt fut loin d’avoir l’importance des événements dans les capitales et dans la population paysanne. Les préambules du soulèvement de Cronstadt dataient déjà de quelques mois et avaient, à l’origine, les conflits de Trotski avec les matelots. Ces derniers s’accommodaient difficilement de la « dictature d’en haut » et exigeaient pour eux des pouvoirs plus étendus. Trotski coupa l’envoi d’habillements. Les matelots préparèrent alors le soulèvement qui éclata peu de temps après et qui fut, pour les dirigeants russes, une véritable surprise.

« Tels furent les premiers événements des antagonismes perçant entre le gouvernement soviétique et le prolétariat russe et, depuis lors, l’opposition et la rébellion ouverte contre ce gouvernement n’ont plus jamais cessé. »

c) La politique étrangère du gouvernement soviétique. Le mouvement de soutien à la Russie soviétique

« La politique étrangère, que le gouvernement mène actuellement, débuta par la reconnaissance du traité de Brest-Litovsk ; ce fut une controverse à propos de laquelle différents courants se manifestèrent au sein du parti communiste. Il n’est, pour le surplus, pas juste d’affirmer que dans les campagnes de Denikine, Koltchak, le comte Wrangel, etc., la bourgeoisie étrangère était le facteur le plus agissant. La direction de la lutte était entre les mains de l’ancienne noblesse dont le but était le rétablissement de la grande propriété foncière. Ceci explique pourquoi les paysans cédèrent avec empressement, jusqu’à leurs dernières réserves, au gouvernement, aussi longtemps qu’il s’agissait de les défendre contre les féodaux, mais que ces mêmes paysans refusèrent toute aide à l’armée rouge dès que les nobles furent battus.

« Les guerres du pouvoir soviétique de ces dernières années ont le même contenu que les guerres révolutionnaires de la France bourgeoise révolutionnaire à la fin du XVIIIème siècle. Le but de guerre du pouvoir soviétique était déjà, en réalité, la défense de la propriété parcellaire capitaliste des paysans contre les attaques de la noblesse visant au rétablissement de la grande propriété foncière quoique les formations de combats étaient composées de prolétaires.

« Dans ces dernières semaines (juillet 1921), la politique étrangère des soviets est entrée dans une phase nouvelle et décisive. La Russie a été frappée par une catastrophe naturelle, terrible dans ses conséquences. Une sécheresse de plusieurs mois a détruit toutes les récoltes dans diverses régions de la Volga, du Don, du Caucase septentrional et en Ukraine. La chaleur torride a brûlé les épis et la moisson est ici totalement, là partiellement, anéantie. En même temps, le choléra sévit, entraînant chaque jour des milliers de gens et d’animaux dans la mort. La Russie Soviétique est quasi impuissante devant ce terrible fléau. Tout manque, même le plus nécessaire. A cause de l’état arriéré de la technique et à cause des conséquences de la guerre, il n’est guère possible de sauver les récoltes. Aucun moyen de transport pour les conduire vers les villes, aucun moyen non plus d’évacuer les masses humaines fuyant des régions atteintes et de les transporter vers des régions plus fertiles. Pas d’instruments, pas de médicaments pour combattre le choléra qui cause d’immenses ravages. Tout cela devait être envoyé du dehors.

« Le gouvernement soviétique a lancé un appel à l’aide au monde entier...

« L’appel du gouvernement a éclairé d’un coup toute la situation.

« Le gouvernement soviétique livre son pays, sa révolution et son prolétariat à la bourgeoisie internationale... ».

Ainsi on fait droit aux « gauches » plus de dix ans après les avertissements qu’ils lancèrent. Complétons encore ce tableau par le jugement que Gorter formula en 1921 :

« Le troisième Congrès de l’Internationale de Moscou a provisoirement tranché le sort de la révolution mondiale. Le courant qui veut la révolution mondiale, c’est-à-dire en tout premier lieu la révolution en Allemagne et par là en Europe Occidentale, est exclu de l’Internationale russe. Et les partis communistes de l’Europe Occidentale et des autres parties du monde qui restent à l’intérieur de cette Internationale se trouvent dégradés au niveau d’instruments devant servir au maintien de la révolution russe et des républiques soviétiques. La révolution en Europe Occidentale et dans le monde est écartée afin de tenir en vie la révolution russe pendant quelque temps encore. Ainsi on a voué pour longtemps la révolution mondiale à l’impuissance ».

Du point de vue du marxisme, c’est donc un non-sens de vouloir charger la tendance stalinienne et la personne de Staline de tous les péchés de l’État soviétique russe et du Komintern. Lénine lui-même a disparu trop tôt pour ne pas se voir forcé, par les nécessités sociales, de se transformer en un Staline. Et s’il n’avait pas voulu le devenir, il n’aurait connu d’autre sort que celui de Trotski.

Nous rejetons résolument la déclaration de la Ligue Communiste Internationaliste de Trotski qui déclare accepter les enseignements des 3ème et 4ème Congrès comme base de la 4ème Internationale. Dans les travaux de ces Congrès résident les germes qui devaient faire dégénérer les partis communistes de l’Europe Occidentale.

A. SOEP

(A suivre)

[1] Voir à ce propos Fugau Baronovsky dans son « Histoire de la fabrique russe ».

[2] Il s’agit en réalité de la « déclaration commune » votée à la Conférence des Partis Socialistes n’appartenant ni à la IIème ni à la IIIème Internationale par le Secrétariat International de l’Opposition Communiste de Gauche, le SAP (Allemagne), le PSR et le OSP (Hollande) - Note du traducteur.

[3] Nous avions, en 1921, pris position contre les dangers de cette nouvelle orientation, mais le mémoire rédigé nous fut escamoté.

[4] Cette déclaration fut naturellement faite avec la meilleure intention. Avec la perspective et l’espoir que le prolétariat mondial allait livrer l’assaut au capitalisme.

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  286. BILAN 43c : Andrés Nin assassiné ?
  287. BILAN 43d : Les bourreaux soviétiques à l’oeuvre
  288. BILAN 43e : À propos de quelques élucubrations trotskistes
  289. BILAN 43f : Le Comité national de la C.G.T.
  290. BILAN 43g : L’évolution des évènements d’Espagne
  291. BILAN 43h : Le Front Populaire
  292. BILAN 43i : Pour le Bureau International des fractions communistes de gauche
  293. BILAN 43j : L’impérialisme japonais à la conquête de la Chine
  294. BILAN 43k : Documentation internationale
  295. BILAN 43l : La vie de Bilan
  296. BILAN 44a : Lettre ouverte au Centre pour la IVe Internationale et au Parti Socialiste Révolutionnaire de Belgique
  297. BILAN 44b : À bas le carnage impérialiste en Chine
  298. BILAN 44c : Le capitalisme passe à l’attaque « La France aux Français »
  299. BILAN 44d : La guerre impérialiste d’Espagne et le massacre des mineurs asturiens
  300. BILAN 44e : Le monde arabe en ébullition
  301. BILAN 44f : Marxisme et Dogmatisme
  302. BILAN 44g : Et Calligaris ?
  303. BILAN 45a : Pour le XXème anniversaire de la Révolution d’Octobre
  304. BILAN 45b : Le front populaire continue
  305. BILAN 45c : Le droit au soulèvement armé
  306. BILAN 46a : "Bilan" disparaît
  307. BILAN 46e : Un grand renégat à la queue de paon : Léon Trotsky
  308. BILAN 46g : Écho à l’étude de la période de transition
  309. BILAN 46h : "Octobre" bulletin mensuel du Bureau International des Fractions de Gauche