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Capitalisme & Crises Économiques
Jacques Gouverneur et Marcel Roelandts proposent de découvrir les résultats de leurs recherches respectives. Elles portent sur l’analyse critique de l’évolution du capitalisme, en respectant un souci de rigueur scientifique. Elles débouchent sur des analyses et des conclusions souvent novatrices.
VENNER Dominique : Les Blancs et les Rouges - Histoire de la guerre civile russe
Jean-Baptiste Grégoire : Un livre de propagande superficiel d’un néo-facho
13 avril 2008 par greg

Il fallait s’y attendre, comme avec la commémoration frelatée de mai 68, les éditeurs bourgeois prennent toujours de l’avance pour saloper l’histoire du mouvement révolutionnaire. Plus les ouvrages sont épais plus ils ont de chance pour passer pour profonds. Après la lourde et imbitable compilation de Orlando Figes (qui ne connaît rien de l’intérieur de la révolution) qui a voulu nous faire le coup du commentaire avisé de l’album photo pour ostraciser encore les bolcheviks, voici une nouvelle supercherie des « Editions du Rocher » qui republient sans en changer une virgule « Les blancs et les rouges » histoire de la guerre civile russe 1917-1921 par Dominique Venner ; laissant croire que, stratégie classique de tous les éditeurs, la première version aurait été épuisée ...

* * *

Pour comprendre l’importance de la manipulation (et combien la révolution russe dérange encore la bourgeoisie démocratoc, et en quoi il n’existe pas d’historien d’extrême droite pour la communauté d’intérêts anti-communistes) disons qui est quoi :

Les Editions du Rocher, comme le nom l’indique, furent longtemps sises à Monaco, cité prolétarienne comme chacun s’en doute. Ces éditions ont été fondées en 1943, époque où la liberté de publier sous la botte allemande était évidemment totale. Les fondateurs ont toujours clamé que c’était pour cette raison qu’ils se réfugièrent sur le Rocher. Cela n’a pas l’air de susciter une adhésion empressée de la profession... Gallimard ne fait point la fine bouche puisque ce trust est associé au capital de cette maison avec le groupe pharmaceutique Pierre Fabre, intéressé à une histoire objective hurlant contre la suppression des patrons et hostile à l’arrêt des guerres mondiales si utiles à la promotion des produits afférents. Rappelons encore que le groupe Fabre détient également les éditions Privat (sises à Toulouse). Autant dire que n’importe quelle merde qui sort du Rocher va tomber automatiquement sous le regard de tous les passants.

L’auteur Venner est fils d’un membre du Parti populaire français (PPF), membre du mouvement [1], il participe à la mise à sac du siège du PCF le 7 novembre 1956 (ce qui n’est pas grave en soi pour la pourriture stalinienne) suite à l’Insurrection de Budapest, mais participe à la fondation du Parti nationaliste [2] avec Pierre Sidos, un zozo oublié dont le nom était peint sur toutes les bretelles d’autoroute. Il passe 18 mois au quartier des politiques de la prison de la Santé [3] du fait de sa participation à l’organisation de l’OAS [4].

En janvier 1963, il crée et dirige avec Alain de Benoist le journal et le mouvement Europe-Action qui rassemble des rescapés de l’OAS, d’anciens intellectuels collaborationnistes comme Lucien Rebatet et de nombreux jeunes militants. Il a ensuite fait partie des fondateurs du GRECE [5]. Ses divers ouvrages trahissent la fascination que le nazisme continue d’opérer sur son pauvre cerveau. Son Histoire de l’Armée rouge a obtenu le Prix Broquette-Gonin d’histoire de l’Académie française en 1981. A ne pas confondre avec le prix Croquette-Wiskas, il s’agit d’un prix annuel bourgeois justement créé en 1918 qui est décerné par l’Académie à l’auteur qui défend le mieux les valeurs actuelles du capitalisme. Il co-anime quasi systématiquement une émission sur Radio Courtoisie [6], émission qui s’appuie généralement sur la dernière livraison de La NRH, fausse revue d’histoire pour demeurés.

Le néo-facho Venner ne s’intègre pas à une habile stratégie de conquête d’une nouvelle respectabilité à travers ses revues présentées comme « d’histoire », contrairement aux gentils commentaires des sociologues gauchistes de service. Il a travaillé sur commande à plusieurs reprises pour soutenir l’ordre dominant en falsifiant l’histoire sous la prétention à « des travaux d’historiens », alors qu’il n’est même pas reconnu par l’Université. Continuité idéologique classique de la fraction de droite de la bourgeoisie (ni extrême ni molle).

Aux côtés d’Orlando Figes et d’un tas de plumitifs aux ordres, jusqu’à la fin de cette année, il voudrait bien détruire le sens et la portée de l’Octobre rouge, et révèle qu’il aurait été aux côtés des tueurs des armées blanches et des antisémites. Son livre antérieur sur les Corps francs et sa passion des armes révèlent de quel côté il se serait trouvé. On ne va pas se choquer outre mesure ici que la pensée libérale totalitaire se serve d’un triste sire facho pour galvauder le souvenir de l’ébranlement bourgeois et de l’immense joie des millions de prolétaires.

Quel triomphe pour ce vieux baroudeur facho d’annoncer en prologue que Poutine (une référence pour la liberté et l’honnêteté) ait reçu en grande pompe les familles des généraux Dénikine et Cie pour les congratuler ! Ce pseudo-historien a même la prétention d’écrire une histoire « enfin complète de la révolution et de la guerre civile ». En réalité sa compilation est putride.

Chassez le facho, il revient au galop. Avec lâcheté. Assumer un certain nombre de commentaires directement sur les juifs dévoilerait immédiatement le fond de croyance antisémite de l’auteur, et lui vaudrait les foudres de la justice bourgeoise, ce qui serait un comble pour ses commanditaires de Monaco, des labos pharmaceutiques ou de ses respectables maisons d’éditions associées. Venner se cache donc derrière les citations des autres. Mais on voit bien que son obsession, comme sa génétique paternelle et feu Hitler, reste ... le juif ! L’étranger apatride qui vient foutre la merde au pays !

Comment démolir le génie révolutionnaire de Trotski (p.247) ; après s’être « couvert » par une phrase notant la culture des préjugés antisémites sous Nicolas II, notre veule auteur ajoute : « ... Le fervent particularisme juif entraînait une attitude de rejet, elle-même génératrice d’une sorte de dissidence intérieure (que le préjugé antisémite est lourd ! ndt).

Henri Arvon décrit attentivement (sic) ce phénomène : « la contrainte quasi existentielle qui semble prédestiner les juifs à rallier les rangs de ceux qui, mécontents de l’ordre social, cherchent à le réformer ou à le bouleverser par la violence (...) en adhérant à un parti révolutionnaire, ils agissent peut-être inconsciemment, en fonction de la haine ancestrale contre un monde que, à tort ou à raison, ils considéraient comme hostile aux Juifs ».

Notre facho de service en déduit que : « c’est peut-être là que réside l’explication des étonnantes contradictions de Trotski (...) Tout se passe en effet comme si ses racines culturelles (sic) le poussent à la révolution et l’y maintiennent par aversion pour la société européenne traditionnelle (resic ! apostolique et romaine aussi !). Trotski n’est qu’un « artiste » (cad. une sorte de bohème ... juif) quand les autres ne sont que des « besogneux de la révolution ». Au fond c’est Staline « qui a joué le rôle militaire le plus important » (p.258). Hélas pour le soldat Venner il dévoile ainsi la reconnaissance de la bourgeoisie occidentale au bon boulot répressif de Djougachvili. Venner accumule les mensonges pour lecteurs illettrés ou bons bourgeois rassurés : Lénine avait plus confiance en Staline qu’en Trotski... C’est faux, les meilleurs ouvrages l’ont démontré ... Autre mensonge, mais par omission, les saloperies de Staline à Tsaritzyne, mais le lecteur de gare n’ira pas vérifier ...

Dans les notes, à plusieurs reprises, ce cuistre rappelle lourdement les origines juives de Sverdlov. Pourquoi ? Parce qu’il est « féroce » et qu’il le soupçonne, sur la base de l’enquête du tchéquiste brejnévien Volkogonov, d’avoir fait assassiner le tsar et family ; jamais il ne fait reproche par contre au tsar d’avoir fait assassiner des millions d’hommes en 1905 et 1914 !

Coup de chapeau aux futurs nazis page 302 : les corps-francs du Baltikum l’ont « libéré de l’étau bolchevique ». Puis il crache sur Lénine, rêve d’humiliation de petit facho qui a tout raté : « Lénine perd les pédales » (p.435) et n’est plus décrit que comme un fou furieux, une variété d’assassin de grand chemin. Hein ... bé ouais quoi ... mais c’est Lénine qui crachait, jeune, sur la Russie, d’autant qu’il surfait sur une « phobie » « contre le sentiment national ». Le rat antisémite pointe à nouveau son nez avec la phrase suivante : « On peut naturellement se demander si une telle phobie est le fruit de l’idéologie internationaliste, ou si l’idéologie a vu le jour en raison d’un terreau de sensibilités réfractaires à l’enracinement » (sic).

Admirons ensuite l’impartialité feinte du cuistre Venner (note 3 de la page 451) : « On sait par exemple que les Juifs étaient proportionnellement surreprésentés dans les instances dirigeantes après Octobre (suivent les noms de tous ceux qui ont été éliminés par Staline) (...) Cette présence visible qui favorisait l’assimilation judaïsme-bolchevisme, n’est pas étrangère à la montée d’un odieux antisémitisme non seulement en Russie, mais également en Europe ». Misérable peau de banane typique des nazillons : « l’odieux » antisémitisme dont ils furent l’objet ... ne le devaient-ils pas qu’à leur propension à se mettre en avant ? Et à finir premiers dans les goulags ?

Notre objectif facho recyclé historien des labos de Monaco en rajoute une louche bien lourdingue aussitôt : « Lénine avait lui-même un grand-père maternel juif, Alexandre Blank, mais à l’époque le fait n’était pas connu ». Mais alors pourquoi le préciser à cet endroit ? Pour conforter les amis lecteurs antisémites du FN ?


Source :

— Article largement repris du site Le Prolétariat Universel ; Les notes sont de smolny / jo ;


Bibliographie indicative :

— FALIGOT Roger et GUISNEL Jean, Histoire secrète de la V° République, Paris, La Découverte, 2007 ;

— FIGES Orlando, La Révolution russe. 1891-1924 : la tragédie d’un peuple, Paris, Denoël, 2007 ;

— ROCHE Jean-Louis, Dans quel « Etat » est la Révolution, Éditions du Pavé, 2008 ;

— VENNER Dominique, Les Blancs et les Rouges. Histoire de la guerre civile russe (1917-1921), Editions du Rocher, 2007 ;

[1] Jeune Nation Jeune Nation était un mouvement nationaliste et néofasciste français fondé fin 1949 notamment par les frères Sidos, fils d’un inspecteur général des Forces du maintien de l’ordre sous Darnand et fusillé à ce titre en 1946. Jeune Nation fut dissous en 1958 suite à une série d’attentats.

[2] Autre parti d’extrême droite français créé à l’automne 1958 par une équipe comprenant Pierre Sidos, Dominique Venner, respectivement président et secrétaire général du mouvement ... suite à la dissolution de Jeune Nation. Son existence fut brève puisque une semaine après la tenue de son congrès constitutif en février 1959, il est dissout par un décret du gouvernement Debré.

[3] Prison parisienne située dans le 14e arrondissement.

[4] L’Organisation armée secrète1 (OAS) était une organisation française terroriste. Créée en février 1961 après une rencontre à Madrid entre Jean-Jacques Susini et Pierre Lagaillarde, elle regroupait des partisans du maintien de l’« Algérie française » par le biais de la lutte armée.

[5] Le Groupement de recherche et d’études pour la civilisation européenne, également connu sous l’acronyme GRECE, est fondé en janvier 1968 par des ultranationalistes.

[6] Radio Courtoisie est une radio associative créée en 1987 qui se déclare "ouverte à toutes les droites, de Bayrou à Le Pen."

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