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Cahiers du Communisme de Conseils - Série complète !
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Controverses
Revue publiée par le Forum de la Gauche Communiste Internationaliste : C’est pour contribuer à déblayer la voie vers la clarification et le regroupement sur des bases théoriques, politiques et organisationnelles saines que Controverses a vu le jour. En d’autres termes, tout en tenant compte du changement de période qui n’est plus au reflux mais à la reprise historique des combats de classes, notre objectif essentiel est de reprendre ce qui était le souci de Bilan mais qu’il n’a pu mener complètement à bien compte-tenu des conditions d’alors : « ...une critique intense qui visait à rétablir les notions du marxisme dans tous les domaines de la connaissance, de l’économie, de la tactique, de l’organisation », et ce sans « aucun dogme », sans « aucun interdit non plus qu’aucun ostracisme », et « par le souci de déterminer une saine polémique politique ». Ceci est plus que jamais indispensable afin de réussir un nouvel « Octobre 17 » sous peine de se retrouver comme ces « vieux bolcheviks ... qui répètent stupidement une formule apprise par cœur, au lieu d’étudier ce qu’il y avait d’original dans la réalité nouvelle. (extrait de l’éditorial du n°1)
Gavroche - La revue
Le premier numéro de la revue trimestrielle Gavroche est sorti en décembre 1981. Il prenait la suite du Peuple français, belle aventure éditoriale des années soixante-dix. Depuis plus de 20 ans, la revue s’attache à la retranscription des fêtes, des travaux, des luttes et des joies du principal acteur de l’histoire : le peuple. Gavroche fait aussi resurgir des événements jusque-là ignorés ou passés volontairement sous silence.
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Le journal des chefs d’ateliers et ouvriers de la soie à Lyon, hebdomadaire phare de la presse ouvrière, paraît d’octobre 1831 à mai 1834. Ce site en donne à lire l’intégrale des articles, suite à un remarquable travail empreint d’une grande rigueur scientifique. Indispensable pour l’étude des insurrections des canuts de 1831 et 1834.
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BILAN 31g : Problèmes de la période de transition (partie 2)
Mai - Juin 1936 / pp. 1034 - 1043
21 novembre 2008 par eric

Dans notre exposé introductif nous pensons avoir dégagé l’idée essentielle qu’il n’existe et ne peut exister aucun synchronisme entre la maturité historique de la Révolution prolétarienne et sa maturité matérielle aussi bien que culturelle. Nous vivons dans l’ère des révolutions prolétariennes parce que le progrès social ne peut se poursuivre qu’à la condition que disparaisse l’antagonisme de classe qui, jusqu’ici, fut le fondement de ce même progrès à une époque considérée comme la préhistoire du genre humain.

Mais l’appropriation collective des richesses développées par la société bourgeoise supprime seulement la contradiction entre la forme sociale des forces productives et leur appropriation privée. Elle n’est rien de plus que la condition « sine qua non » du développement ultérieur de la société. Elle ne comporte aucun automatisme pour l’épanouissement social. Elle ne contient en soi aucune des solutions constructives du Socialisme tout comme elle ne peut faire d’emblée table rase de toutes les inégalités sociales.

Point de départ, la collectivisation des moyens de production et d’échange n’est pas le socialisme, mais sa condition fondamentale. Elle n’est encore qu’une solution juridique aux contradictions sociales et, par elle-même, ne comble nullement les déficiences matérielles et spirituelles dont le prolétariat hérite du capitalisme. L’Histoire « surprend » le prolétariat et l’oblige à réaliser sa mission dans un état d’impréparation que le plus ferme idéalisme et le plus grand dynamisme révolutionnaires ne peuvent transformer d’emblée en une pleine capacité pour lui de résoudre tous les redoutables et complexes problèmes qui surgissent.

Tant après qu’avant la conquête du pouvoir, le prolétariat doit suppléer à l’immaturité historique de sa conscience en s’appuyant sur son parti - qui reste son guide et son éducateur dans la période de transition entre le capitalisme et le communisme. De même le prolétariat ne peut parer à l’insuffisance temporaire des forces productives que le capitalisme lui lègue qu’en recourant à l’État, organisme de contrainte, « fléau dont le prolétariat hérite dans sa lutte pour arriver à sa domination de classe mais dont il devra, comme l’a fait la Commune, et dans la mesure du possible atténuer les plus fâcheux effets, jusqu’au jour où une génération élevée dans une société d’hommes libres et égaux, pourra se débarrasser de tout fatras gouvernemental. » (Engels).

La nécessité de « tolérer » l’État pendant la phase transitoire s’échelonnant entre le capitalisme et le communisme, résulte du caractère spécifique de cette période définie par Marx dans sa Critique de Gotha : « Nous avons affaire à une société communiste non pas telle qu’elle s’est développée sur les bases qui lui sont propres, mais telle qu’elle vient, au contraire, de sortir de la société capitaliste ; par conséquent une société qui, sous tous les rapports : économique, moral, intellectuel, porte encore les stigmates de l’ancienne société des flancs de laquelle elle sort. » (Nous soulignons, N.d.l.R.).

Nous examinerons quels sont ces stigmates lorsque nous analyserons les catégories économiques et sociales que l’économie prolétarienne hérite du capitalisme mais qui sont appelées à « dépérir » en même temps que l’État prolétarien.

Évidemment, il serait vain de se dissimuler le danger mortel qu’offre, pour la révolution prolétarienne, la survivance de cette servitude que constitue l’État, même ouvrier. Mais partir de l’existence en soi de cet État pour conclure à l’inévitable dégénérescence de la Révolution équivaudrait à faire fi de la dialectique historique comme à renoncer à la Révolution elle-même.

D’autre part, subordonner le déclenchement de la Révolution à la capacité pleinement réalisée par les masses d’exercer le pouvoir, reviendrait à renverser les données du problème historique tel qu’il se pose, à nier en somme la nécessité de l’État transitoire tout comme celle du parti. En définitive, ce postulat rejoint logiquement celui qui fonde la Révolution sur la « maturité » des conditions matérielles, et que nous avons examiné dans la première partie de cette étude.

Nous reviendrons par la suite sur le problème de la capacité de gestion des masses prolétariennes.

* * *

Si le prolétariat victorieux se trouve donc amené, de par les conditions historiques à devoir subir un État pendant une période plus ou moins prolongée, il lui importe cependant de savoir de quel État il s’agira.

La méthode marxiste permit, d’une part, de découvrir la signification de l’État dans les sociétés divisées en classes, d’en définir la nature, d’autre part, par une analyse des expériences révolutionnaires vécues dans le cours du siècle dernier par le prolétariat, de déterminer le comportement de celui-ci vis-à-vis de l’État bourgeois.

Marx et surtout Engels dégagèrent la notion de l’État de tout son fatras idéaliste. Mettant à nu la véritable nature de l’État, ils découvrirent qu’il n’était qu’un instrument d’asservissement aux mains de la classe dominante, dans une société déterminée, qu’il ne servait qu’à sauvegarder les privilèges économiques et politiques de cette classe et à imposer, par la contrainte et la violence, les règles juridiques correspondant au mode de propriété et de production sur lequel ces privilèges étaient fondés ; qu’enfin, l’État n’était que l’expression de la domination d’une minorité sur la majorité de la population. La charpente de l’État, en même temps aspect concret de la scission en classes de la société, c’était sa force armée et ses organes coercitifs, placés au-dessus de la masse du peuple, s’opposant à elle et excluant toute possibilité, pour la classe opprimée, de maintenir sa propre organisation « spontanée » de défense armée. La classe dominante ne pouvait tolérer la coexistence de ses propres instruments répressifs avec une force armée du peuple.

Pour ne prendre que des exemples tirés de l’Histoire de la société bourgeoise : en France, la révolution de février 1848 arma les ouvriers « qui se constituèrent en force dans l’État » (Engels) ; la bourgeoisie n’eut qu’une préoccupation : désarmer les ouvriers ; elle les provoqua en liquidant les ateliers nationaux et elle les écrasa au cours du soulèvement de juin. En France encore, après septembre 1870, fut formée, en vue de la défense du pays, une garde nationale, composée en majorité d’ouvriers : « L’antagonisme entre le gouvernement où il n’y avait, ou presque, que des bourgeois et le prolétariat en armes, éclata aussitôt... Armer Paris, c’était armer la Révolution. Pour Thiers, la domination des classes possédantes serait menacée tant que les ouvriers parisiens resteraient en armes. Les désarmer fut son premier souci. » (Engels). D’où le 18 mars et la Commune.

Mais ayant pénétré le « secret » de l’État bourgeois (qu’il fût monarchique ou républicain, autoritaire ou démocratique), le prolétariat avait à définir à son égard sa propre politique. La méthode expérimentale du marxisme lui en donna les moyens.

A l’époque du Manifeste Communiste (1847), Marx avait bien marqué la nécessité pour le prolétariat de conquérir le pouvoir politique, de s’organiser en classe dominante, mais sans pouvoir préciser qu’il s’agissait pour lui de fonder son propre État. Il avait déjà prévu la disparition de tout État avec l’abolition des classes, mais il n’avait pu dépasser une formulation générale, encore abstraite. L’expérience française de 1848-1851 fournit à Marx la substance historique qui allait renforcer en lui l’idée de la destruction de l’État bourgeois, sans lui permettre cependant de délimiter les contours de l’État prolétarien appelé à le remplacer. Le prolétariat apparaît comme la première classe révolutionnaire dans l’histoire, à qui incombe la nécessité d’anéantir la machine bureaucratique et policière, de plus en plus centralisée, dont toutes les classes exploiteuses s’étaient servies jusqu’ici pour écraser les masses exploitées. Dans son 18 Brumaire, Marx souligna que « toutes les révolutions politiques n’ont fait que perfectionner cette machine au lieu de la briser. » Le pouvoir centralisé de l’État, avec ses organes répressifs, remontait à la monarchie absolue ; la Bourgeoisie naissante s’en servit pour lutter contre la féodalité, la Révolution française ne fit que le débarrasser des dernières entraves féodales et le Premier Empire paracheva l’État moderne. La société bourgeoise développée transforma le pouvoir central en une machine d’oppression du prolétariat. Pourquoi l’État ne fut jamais détruit par aucune des classes révolutionnaires, mais conquis, Marx en donna l’explication fondamentale dans Le Manifeste : « les moyens de production et d’échange, sur la base desquels s’est édifiée la bourgeoisie, furent créés à l’intérieur de la société féodale ». La Bourgeoisie, sur la base de positions économiques conquises graduellement, n’eut pas à détruire une organisation politique dans laquelle elle était parvenue à s’installer. Elle n’eut à supprimer ni la bureaucratie, ni la police, ni la force armée, mais à subordonner ces instruments d’oppression à ses fins propres, parce que la révolution politique ne faisait que substituer juridiquement une forme d’exploitation à une autre forme d’exploitation.

Par contre, le prolétariat était une classe exprimant les intérêts de l’Humanité et non des intérêts particuliers pouvant s’encastrer dans un État fondé sur l’exploitation : « Les prolétaires n’avaient rien à sauvegarder qui leur appartenait ; ils avaient à détruire toute garantie privée, toute sécurité privée existante » (Le Manifeste). La Commune de Paris fut la première réponse historique, encore bien imparfaite, à la question de savoir en quoi l’État prolétarien se différencierait de l’État bourgeois : la domination de la majorité sur la minorité dépossédée de ses privilèges, rendait inutile le maintien d’une machine bureaucratique et militaire, spécialement au service d’intérêts particuliers, à laquelle le prolétariat substituait, et son propre armement - pour briser toute résistance bourgeoise - et une forme politique lui permettant d’accéder progressivement à la gestion sociale. C’est en cela que « la Commune ne fut déjà plus un État au sens propre du mot ». (Engels). Lénine souligna « qu’elle arrivait ainsi - œuvre gigantesque - à remplacer certaines institutions par des institutions de principe essentiellement différent ».

Mais l’État prolétarien n’en conservait pas moins le caractère foncier de tout État : il restait un organe de coercition qui, bien qu’assurant la domination de la majorité sur la minorité, ne pouvait toujours qu’exprimer l’impuissance à supprimer temporairement le droit bourgeois ; il était, suivant l’expression de Lénine un État bourgeois sans bourgeoisie qui, sous peine de se retourner contre le prolétariat, devait être maintenu sous le contrôle direct de celui-ci et de son parti.

* * *

La théorie de la dictature du prolétariat, ébauchée dans Le Manifeste, mais qui puisa dans la Commune de 1871 ses premiers matériaux historiques - juxtaposa à la notion de destruction de l’État bourgeois, celle du dépérissement de l’État prolétarien. L’idée de la disparition de tout État, on la trouve déjà chez Marx, à l’état embryonnaire, dans sa Misère de la Philosophie ; mais ce fut surtout Engels qui la développa dans L’Origine de la Propriété et L’Anti-Dühring tandis que par après, Lénine la commenta lumineusement dans L’État et la Révolution. Quant à la distinction fondamentale entre destruction de l’État bourgeois et extinction de l’État prolétarien, elle a été faite avec suffisamment de vigueur par Lénine pour que nous n’ayons pas à y insister ici, d’autant plus que nos considérations antérieures ne permettent aucune équivoque à ce sujet.

Ce qui doit retenir notre attention, c’est que le postulat du dépérissement de l’État prolétarien est appelé à devenir en quelque sorte la pierre de touche du contenu des révolutions prolétariennes. Nous avons déjà indiqué que celles-ci surgissaient dans un milieu historique obligeant le prolétariat victorieux à supporter encore un État, bien que ce ne pût être « qu’un État en dépérissement, c’est-à-dire constitué de telle sorte qu’il commence sans délai à dépérir et qu’il ne puisse pas ne point dépérir ». (Lénine).

Le grand mérite du marxisme fut d’avoir démontré irréfutablement que jamais l’État ne fut un facteur autonome de l’Histoire, mais qu’il n’était qu’un produit de la société divisée en classes - la classe précédant l’État - tandis qu’il disparaîtrait avec les classes elles-mêmes. Si après la dissolution du communisme primitif, l’État avait toujours existé sous une forme plus ou moins évoluée, parce qu’il se superposait nécessairement à une forme d’exploitation de l’homme par l’homme, il n’en était pas moins vrai qu’il devait tout aussi nécessairement mourir au terme d’une évolution historique qui rendrait superflues toute oppression et toute contrainte, parce qu’elle aurait éliminé le « droit bourgeois » et que, suivant l’expression de Saint-Simon « la politique se serait résorbée toute entière dans l’économie ».

Mais la science marxiste n’avait pas encore élaboré la solution au problème de savoir comment et par quel processus l’État disparaîtrait, problème qui était lui-même conditionné par celui du rapport entre le prolétariat et « son » État.

La Commune - ébauche de la dictature du prolétariat, expérience gigantesque qui n’évita ni la défaite, ni la confusion parce que, d’une part, elle naquit dans une période d’immaturité historique et que d’autre part, il lui manqua le guide théorique, le parti - n’apporta que quelques éléments premiers esquissant encore vaguement les rapports entre État et Prolétariat.

Marx, en 1875, dans sa Critique de Gotha dut encore s’en tenir à cette interrogation : « Quelle transformation subira l’État, dans une société communiste ? » (Marx vise ici la période de transition. N.d.l.R.) « Quelles fonctions sociales s’y maintiendront qui soient analogues aux fonctions actuelles de l’État ? Cette question ne peut être résolue que par la science et ce n’est pas en accouplant de mille manières le mot Peuple au mot État qu’on fera avancer le problème d’un saut de puce. » (Nous soulignons, N.d.l.R.).

Dans la Commune, Marx vit surtout une forme politique tout à fait expansive, tandis que les anciennes formes étaient essentiellement répressives ; « ... la forme politique, enfin trouvée, sous laquelle il était possible de réaliser l’émancipation du travail ». (La Guerre Civile). Ce faisant, il posait seulement les données du problème capital de l’initiation et de l’éducation des masses qui auraient à se dégager de plus en plus de l’emprise de l’État pour enfin faire coïncider la mort de celui-ci avec la réalisation de la Société sans classes. En ce sens, la Commune posait quelques jalons sur la voie de cette évolution. Elle montrait que si le prolétariat ne pouvait supprimer d’emblée le système des délégations, « il avait à prendre ses précautions contre ses propres subordonnés et ses propres fonctionnaires en les déclarant sans exception et en tout temps amovibles. » (Engels). Et pour Marx, « rien ne pouvait être plus étranger à l’esprit de la Commune que de remplacer le suffrage universel (pour la désignation des mandataires N.d.l.R.) par un système de nominations hiérarchiques. »

Mais l’élaboration théorique dut s’en tenir là. Et quarante ans plus tard, Lénine n’aura pas avancé en ce domaine. Dans son État et la Révolution, il s’en tiendra à des formulations banales et sommaires, se bornera à souligner la nécessité de « transformer les fonctions de l’État en des fonctions de contrôle et d’enregistrement si simples qu’elles soient à la portée de l’énorme majorité de la population et peu à peu de la population toute entière ». Il ne pourra que se limiter, comme Engels, à énoncer ce à quoi correspondra la disparition de l’État, c’est-à-dire à l’ère de la liberté véritable en même temps qu’à la mort de la démocratie qui aura perdu toute signification sociale. Quant au processus suivant lequel s’élimineront toutes les servitudes qui seront comme l’arrière-faix du capitalisme, Lénine constatera que la « question reste ouverte du moment et des formes concrètes de cette mort de l’État, car nous n’avons pas de donnée qui nous permette de la trancher. »

Ainsi restait non résolu le problème de la gestion d’une économie et d’un État prolétariens s’exerçant en fonction de la révolution internationale. Des principes régissant la solution politique de ce problème, le prolétariat russe se trouva dépourvu au moment où il s’engagea en Octobre 1917 dans la plus formidable expérience historique. Inévitablement les bolcheviks devaient sentir peser sur eux le poids écrasant de cette carence théorique au cours de leurs tentatives de délimiter les rapports entre État et Prolétariat.

Avec le recul d’où nous pouvons aujourd’hui considérer l’expérience russe, il apparaît que très probablement, si les bolcheviks et l’Internationale avaient pu acquérir une claire vision de cette tâche capitale, le reflux révolutionnaire à l’Occident, bien qu’il eût constitué quand même une entrave considérable au développement de la Révolution d’octobre, n’en aurait pas altéré le caractère internationaliste, et n’aurait pas provoqué sa rupture avec le prolétariat mondial en la conduisant à l’impasse du « socialisme en un seul pays ».

Mais l’État soviétique ne fut pas considéré par les bolcheviks, au travers des terribles difficultés contingentes, essentiellement comme un « fléau dont le prolétariat hérite et dont il devra atténuer les plus fâcheux effets », mais comme un organisme pouvant s’identifier complètement avec la dictature prolétarienne, c’est-à-dire le Parti.

D’où résulta cette altération principale que le fondement de la dictature du prolétariat, ce n’était pas le Parti, mais l’État qui, par le renversement des rapports qui s’ensuivit, se trouva placé dans des conditions d’évolution aboutissant non à son dépérissement mais au renforcement de son pouvoir coercitif et répressif. D’instrument de la révolution mondiale, l’État prolétarien était appelé à devenir inévitablement une arme de la contre-révolution mondiale.

Bien que Marx, Engels et surtout Lénine eussent maintes fois souligné la nécessité d’opposer à l’État prolétarien son antidote prolétarien, capable d’empêcher sa dégénérescence, la Révolution russe, loin d’assurer le maintien et la vitalité des organisations de classe du prolétariat, les stérilisa en les incorporant à l’appareil étatique et ainsi dévora sa propre substance.

Même dans la pensée de Lénine, la notion « Dictature de l’État » devint prédominante. C’est ainsi qu’à la fin de 1918, dans sa polémique avec Kautsky (Révolution prolétarienne) il ne parvint pas à dissocier les deux notions opposées : État et Dictature du prolétariat. Il répliqua victorieusement à Kautsky pour ce qui concernait la définition de la dictature du prolétariat, sa signification fondamentale de classe (tout le pouvoir aux Soviets) ; mais à la nécessité de la destruction de l’État bourgeois et de l’écrasement de la classe dominante, il lia celle de la transformation des organisations prolétariennes en organisations étatiques. Il est vrai de dire que cette affirmation n’avait rien d’absolu, parce qu’elle se rapportait à la phase de guerre civile et de renversement de la domination bourgeoise et que Lénine visait les Soviets qui se substituaient en tant qu’instrument d’oppression sur la bourgeoisie à l’appareil d’État de cette dernière.

La difficulté énorme d’une juste orientation dans la question des rapports entre l’État et le Prolétariat et que Lénine ne put vaincre, provint précisément de cette double nécessité contradictoire de maintenir un État, organe de contrainte économique et politique restant sous le contrôle du prolétariat (donc de son parti) pendant que d’autre part devait être assurée la participation de plus en plus élargie des masses à la gestion et à l’administration de la société prolétarienne, alors que précisément cette participation ne pouvait s’exercer transitoirement qu’au sein d’organismes étatiques, corruptibles par nature.

L’expérience de la révolution russe révéla au prolétariat combien s’affirmait complexe et difficile la tâche de produire un climat social où put s’épanouir l’activité et la culture des masses.

La controverse sur la Dictature et la Démocratie se concentra précisément sur ce problème dont la solution devait donner la clef des révolutions prolétariennes. A cet égard, il faut souligner que les considérations opposées de Lénine et Luxemburg sur la « démocratie prolétarienne », partaient de la préoccupation qui leur était commune, de créer les conditions d’une expansion incessante des capacités des masses. Mais pour Lénine, le concept de la démocratie, même prolétarienne, impliquait toujours celui de l’oppression inévitable d’une classe sur une autre classe, que ce fût la domination bourgeoise écrasant le prolétariat ou la dictature du prolétariat s’exerçant sur la bourgeoisie. Et la « démocratie » disparaissait, comme nous l’avons déjà dit, au moment où elle se trouvait entièrement réalisée avec l’extinction des classes et de l’État, c’est-à-dire au moment où le concept de liberté recevait sa pleine signification.

A l’idée de Lénine d’une démocratie « discriminatoire », Luxemburg (La Révolution russe) opposait celle de la « démocratie sans limites » qui représentait pour elle la condition nécessaire d’une « participation sans entraves des masses populaires » à la dictature du prolétariat. Celle-ci ne pouvait se réaliser qu’au travers de l’exercice total des libertés « démocratiques » : liberté illimitée de la presse, liberté politique entière, parlementarisme (bien que, par après, dans le programme de Spartacus, le sort du parlementarisme se trouvera subordonné à celui de la Révolution).

Le souci prédominant de Luxemburg, de ne pas voir les organes de la machine étatique entraver l’épanouissement de la vie politique du prolétariat et sa participation active aux tâches de la dictature, l’empêcha d’apercevoir le rôle fondamental conféré au Parti, puisqu’elle alla jusqu’à opposer Dictature de classe et Dictature de Parti. Son énorme mérite fut cependant d’avoir opposé, comme Marx le fit pour la Commune, le contenu social de la domination bourgeoise à celui de la domination prolétarienne : « la domination de classe de la bourgeoisie n’avait pas besoin d’une instruction et d’une éducation politique de toute la masse du peuple ou du moins pas au delà de certaines limites fort étroites, tandis que pour la dictature prolétarienne, elle est l’élément vital, l’air sans lequel elle ne peut pas exister ». Dans le programme de Spartacus, elle reprit les données du problème capital de l’éducation des masses (dont la solution revient au parti) en posant que « l’histoire ne nous rend pas la tâche aussi facile qu’elle l’était pour les révolutions bourgeoises ; il ne suffit pas de renverser le pouvoir officiel au centre et de le remplacer par quelques douzaines ou quelques milliers d’hommes nouveaux. Il faut que nous travaillions de bas en haut. »

* * *

Emporté par le processus contradictoire de la révolution russe, Lénine mettait sans cesse l’accent sur la nécessité d’opposer un « correctif » prolétarien et des organes de contrôle ouvrier, à la tendance corruptive de l’État transitoire.

Dans son rapport au Congrès des Soviets d’avril 1918 sur les « tâches actuelles du pouvoir soviétique », il soulignait la nécessité de surveiller constamment l’évolution des Soviets et du pouvoir soviétique : « il y a une tendance « petite bourgeoise » qui transforme les membres des Soviets en « parlementaires » ou en bureaucrates. Il faut lutter contre cela en attirant dans l’administration, tous les membres des Soviets ». Dans ce but, Lénine préconisait « la participation de tous les pauvres à la pratique de l’administration, la participation gratuite de tout travailleur à l’administration de l’État, ses huit heures de travail productif une fois achevées. Il est bien difficile d’atteindre ce but, mais cette transition est essentielle pour le socialisme. La nouveauté des difficultés de cette tâche provoque naturellement des tâtonnements, de nombreuses fautes, des hésitations - tout cela est inévitable au cours de tout mouvement brusque en avant. L’originalité du moment présent aux yeux de beaucoup de ceux qui s’appellent socialistes, réside dans le fait qu’on s’était habitué à opposer le capitalisme au socialisme, mettant entre les deux le mot “bond” ».

Que dans le même rapport, Lénine fut amené à légitimer les pouvoirs dictatoriaux individuels, était l’expression non seulement d’une sombre situation contingente engendrant le « communisme de guerre », mais également du contraste déjà souligné entre, d’une part, un régime nécessaire de contrainte appliqué par la machine d’État et, d’autre part, le besoin pour la sauvegarde de la dictature prolétarienne de diluer ce régime dans l’activité grandissante des masses. « Autant, disait-il, nous devons mettre d’énergie à défendre les pouvoirs dictatoriaux des individus à de certaines fins exécutives déterminées, autant nous devons veiller à ce que les formes et les procédés de contrôle des masses soient multiples et variés afin de parer à toute ombre de déformation du pouvoir des Soviets et d’arracher sans cesse l’ivraie bureaucratique ».

Mais trois ans de guerre civile et la nécessité vitale d’un redressement économique empêchèrent les bolcheviks de rechercher une ligne politique claire quant aux rapports entre les organes étatiques et le prolétariat. Non pas qu’ils n’eussent pas pressenti le péril mortel qui menaçait le cours de la Révolution. Le programme du 8e Congrès du Parti russe en mars 1919, parlait du danger de la renaissance partielle de la bureaucratie qui s’effectuait à l’intérieur du régime soviétique, et cela bien que tout l’ancien appareil bureaucratique tsariste eût été détruit de fond en comble par les Soviets. Le 9e Congrès de décembre 1920 traitait encore de la question bureaucratique. Et au 10e Congrès, celui de la NEP, Lénine en discuta longuement pour aboutir à cette conclusion : que les racines économiques de la bureaucratie soviétique ne s’implantaient pas sur des bases militaires et juridiques comme dans l’appareil bourgeois mais qu’elles partaient des services ; que la bureaucratie, si elle avait repoussé, surtout dans la période du « communisme de guerre », n’avait fait qu’exprimer le « côté négatif » de cette période, avait été en quelque sorte la rançon de la nécessité d’une centralisation dictatoriale donnant la maîtrise au fonctionnaire. Après une année de « Nouvelle Politique Économique », Lénine au 11e Congrès, souligna avec force la contradiction historique s’exprimant par l’obligation pour le prolétariat de prendre le pouvoir et de l’utiliser dans des conditions d’impréparation idéologique et culturelle : « Nous avons en mains un pouvoir politique absolument suffisant ; nous avons aussi des ressources économiques suffisantes ; mais l’avant-garde de la classe ouvrière qui s’est lancée en avant n’a pas assez de savoir-faire pour conduire elle-même directement ses affaires, pour fixer les bornes, pour se départager, pour subordonner elle-même et ne pas se laisser subordonner. Pour cela, il faut avant tout du savoir-faire et c’est ce qui nous fait défaut ; c’est une situation qui ne s’est jamais encore vue dans l’histoire ».

À propos du Capitalisme d’État qu’il avait fallu accepter, Lénine exhortait le parti : « Apprenez donc, communistes, ouvriers, partie consciente du prolétariat qui s’est chargée de diriger l’État, apprenez à faire de la sorte que l’État que vous avez pris entre vos mains agisse selon votre gré... l’État reste entre vos mains, mais est-ce qu’en fait de politique économique nouvelle il a marché selon nos désirs ? NON !... Comment a-t-il donc marché ? La machine vous glisse sous la main : on dirait qu’un autre homme la dirige, la machine court dans une autre direction que celle qu’on lui a tracée ».

Lénine, en posant comme tâche de « construire le communisme avec des mains non-communistes » ne faisait que reprendre une des données du problème central à résoudre par la révolution prolétarienne. En marquant que le parti avait à diriger dans la voie tracée par lui, l’économie que « d’autres » géraient, il ne faisait qu’opposer la fonction du parti à celle, divergente, de l’appareil étatique.

La sauvegarde de la Révolution russe et son maintien sur les rails de la Révolution mondiale n’étaient donc pas conditionnés par l’absence de l’ivraie bureaucratique - excroissance accompagnant inévitablement la période transitoire - mais par la présence vigilante d’organismes prolétariens où pût s’exercer l’activité éducatrice du Parti, conservant au travers de l’Internationale la vision de ses tâches internationalistes. Ce problème capital, les Bolcheviks ne purent le résoudre par suite d’une série de circonstances historiques et parce qu’ils ne disposaient pas encore du capital expérimental et théorique indispensable. L’écrasante pression des événements contingents leur fit perdre de vue l’importance que pouvaient représenter la conservation des Soviets et Syndicats en tant qu’organisations se juxtaposant à l’État et le contrôlant, mais ne s’y incorporant pas.

L’expérience russe n’a pu démontrer dans quelle mesure les Soviets eussent pu constituer suivant l’expression de Lénine « l’organisation des travailleurs et des masses exploitées, auxquels ils faciliteraient la possibilité d’organiser et de gouverner l’État eux-mêmes » ; dans quelle mesure ils eussent pu concentrer en eux « le législatif, l’exécutif et le judiciaire », si le centrisme 1 ne les avait castrés de leur puissance révolutionnaire.

En tout état de cause, les Soviets apparurent comme la forme russe de la dictature du prolétariat plutôt que comme sa forme spécifique, acquérant une valeur internationale. Ce qui est acquis, au point de vue expérimental c’est que, dans la phase de destruction de la société tsariste, les Soviets constituèrent la charpente de l’organisation armée que les ouvriers russes substituèrent à la machine bureaucratique et militaire et l’autocratie et dirigèrent ensuite contre les réactions des classes expropriées.

Quant aux syndicats, leur fonction fut altérée dans le processus même de dégénérescence de tout l’appareil de la dictature prolétarienne. Dans sa Maladie infantile (datant du début de 1920), Lénine soulignait toute l’importance des syndicats par lesquels « le parti se trouvait intimement lié avec la classe et avec la masse et par lesquels, sous la direction du parti, la dictature de classe était réalisée ». Tout comme avant la conquête du pouvoir « le parti se trouvait d’autant plus obligé, et par les anciennes méthodes et par les nouvelles, à s’attacher à l’éducation des syndicats, à les diriger, sans oublier, en même temps qu’ils restaient et resteraient longtemps l’indispensable « école du communisme », l’école préparatoire des prolétaires pour la réalisation de leur dictature, l’association indispensable des ouvriers pour le passage définitif de toute l’économie du pays, d’abord aux mains de la classe ouvrière (et non de professions isolées), puis de tous les travailleurs ».

La question du rôle des syndicats prit de l’ampleur à la fin de 1920. Trotski se basant sur l’expérience qu’il avait réalisée dans le domaine des transports, considérait que les syndicats devaient être des organismes d’État chargés de maintenir la discipline du travail et d’assurer l’organisation de la production, il allait même jusqu’à proposer leur suppression, prétendant que dans un État ouvrier, ils faisaient double emploi avec les organes de l’État !

La discussion rebondit au 10e Congrès du Parti, en mars 1921, sous la pression des événements (Cronstadt). La conception de Trotski s’y heurta tant à l’Opposition ouvrière, dirigée par Chliapnikov et Kollontaï, qui proposait de confier aux syndicats la gestion et la direction de la production qu’à celle de Lénine, qui considérait l’étatisation des syndicats comme prématurée et estimait que « l’État n’étant pas ouvrier, mais ouvrier et paysan avec de nombreuses déformations bureaucratiques », les syndicats avaient à défendre les intérêts ouvriers contre un tel État. Mais la thèse partagée par Lénine soulignait bien que le désaccord avec la thèse de Trotski ne portait pas sur une question de principe, mais résultait de considérations contingentes.

Le fait que Trotski fut battu à ce Congrès, n’indiqua nullement que la confusion se trouva dissipée quant au rôle que les syndicats avaient à jouer dans la dictature prolétarienne. En effet, les thèses du 3e Congrès de l’I.C. reproduisirent cette confusion en marquant, d’une part que : « avant, pendant et après la conquête du pouvoir, les syndicats demeurent une organisation plus vaste, plus massive, plus générale que le parti et, par rapport à ce dernier, jouent jusqu’à un certain point, le rôle de la circonférence par rapport au centre », et aussi que « les communistes et les éléments sympathisants doivent constituer à l’intérieur des syndicats des groupements communistes entièrement subordonnés au parti communiste dans son ensemble ». D’autre part, « qu’après la conquête et l’affermissement du pouvoir prolétarien, l’action des syndicats se transporte surtout dans le domaine de l’organisation économique et ils consacrent presque toutes leurs forces à la construction de l’édifice économique sur les bases socialistes, devenant ainsi une véritable école pratique de communisme ».

On sait que, par la suite, les syndicats, non seulement perdirent tout contrôle sur la direction des entreprises, mais qu’ils devinrent des organismes chargés de pousser la production et non de défendre les intérêts des ouvriers. En « compensation », le recrutement administratif de l’industrie s’opéra parmi les dirigeants syndicaux et le droit de grève « théorique » fut maintenu, tandis qu’en fait, les grèves se heurtaient à l’opposition des directions syndicales.

* * *

Le critère sûr servant d’appui aux marxistes pour affirmer que l’État soviétique est un État dégénéré, qui a perdu toute fonction prolétarienne, qui est passé au service du capitalisme mondial, se fonde sur cette vérification historique que l’évolution de l’État russe, de 1917 à 1936, loin de tendre vers le dépérissement de celui-ci, s’orienta au contraire vers son renforcement, ce qui devait conduire inévitablement à en faire un instrument de l’oppression et de l’exploitation des ouvriers russes. On assiste à un phénomène tout à fait nouveau dans l’histoire, résultant d’une situation historique sans précédent : l’existence au sein de la société capitaliste d’un État prolétarien basé sur la collectivisation des moyens de production, mais où se vérifie un processus social déterminant une exploitation effrénée de la force de travail, sans que cette exploitation puisse être rattachée à la domination d’une classe possédant des droits juridiques sur la production et y exerçant son initiative. Ce « paradoxe » social ne peut, d’après nous, être expliqué par l’affirmation de l’existence d’une bureaucratie érigée en classe dominante (deux notions qui s’excluent réciproquement du point de vue du matérialisme historique) ; mais il ne peut être que l’expression d’une politique qui livra l’État russe à l’emprise de la loi d’évolution du capitalisme mondial aboutissant à la guerre impérialiste. Au chapitre consacré à la gestion de l’économie prolétarienne, nous reviendrons sur l’aspect concret de cette caractéristique essentielle de la dégénérescence de l’État soviétique, en vertu de laquelle le prolétariat russe se trouve être la proie, non d’une classe exploiteuse nationale, mais de la classe capitaliste mondiale ; un tel rapport économique et politique contient évidemment toutes les prémices capables demain, dans la tourmente de la guerre impérialiste, de provoquer la restauration du capitalisme en Russie, si le prolétariat russe, avec l’aide du prolétariat international, ne parvient pas à balayer les forces qui l’auront précipité dans le massacre.

Tenant compte des considérations que nous avons énoncées quant aux conditions et à l’ambiance historique dans lesquelles naît l’État prolétarien, il est évident que le dépérissement de celui-ci ne peut se concevoir en tant que manifestation autonome, se limitant à des cadres nationaux, mais seulement comme le symptôme du développement de la Révolution mondiale.

L’État soviétique ne pouvait que dépérir dès l’instant où le parti et l’Internationale ne concevaient plus la révolution russe comme une étape et un chaînon de la révolution mondiale et lui assignaient au contraire, la tâche de construire le « Socialisme en un seul pays ». Cela explique pourquoi le poids spécifique des organes étatiques et l’exploitation des ouvriers russes s’accrurent avec le développement de l’industrialisation et des forces économiques, pourquoi la « liquidation des classes » détermina non l’affaiblissement de l’État, mais son renforcement, s’exprimant par le rétablissement des trois forces formant la charpente de l’État bourgeois : la bureaucratie, la police et l’armée permanente.

Ce phénomène social n’apporte dans la moindre mesure, la démonstration que la théorie marxiste est fausse, qui fonde la révolution prolétarienne sur la collectivisation des forces productives et sur la nécessité de l’État transitoire et de la dictature du prolétariat. Ce phénomène est seulement le fruit amer d’une situation historique qui empêche les bolcheviks et l’Internationale d’asservir l’État à une politique internationaliste, qui fit d’eux, au contraire, les serviteurs de l’État contre le prolétariat, en les engageant dans la voie du socialisme national. Les bolcheviks ne parvinrent pas, au travers des difficultés gigantesques qui les assaillaient, à formuler une politique qui les eut prémunis contre la confusion qui s’établit entre l’appareil étatique de répression, (lequel aurait dû être dirigé seulement contre les classes dépossédées) et les organisations de classe du prolétariat qui auraient dû exercer leur contrôle sur la gestion administrative de l’économie. La disparition de ces organismes obligea l’État prolétarien, sur la base de la réalisation du programme national, à diriger ses organes répressifs aussi bien contre le prolétariat que contre la bourgeoisie, afin d’assurer la marche de l’appareil économique. L’État, « fléau inévitable » se retourna contre les ouvriers bien que le maintien nécessaire du « principe d’autorité » pendant la période transitoire n’impliquât nullement l’exercice de la contrainte bureaucratique.

Précisément, le problème consistait à ne pas approfondir le décalage existant entre l’impréparation politique et culturelle du prolétariat même et l’obligation que le cours historique lui imposa d’avoir à gérer un État. La solution devait tendre, au contraire, à combler cette contradiction.

Mais avec Rosa Luxemburg nous disons qu’en Russie la question de la vie de l’État prolétarien et de l’édification du socialisme ne pouvait être que posée et non résolue. C’est aux fractions marxistes à extraire de la Révolution russe les données essentielles qui permettront au prolétariat, dans le flux des révolutions nouvelles, de résoudre les problèmes de la Révolution mondiale et de l’instauration du communisme.

(À suivre)

MITCHELL


Tous les articles de la série :

— Bilan n°28 : première partie ;
— Bilan n°31 : seconde partie ;
— Bilan n°34 : troisième partie ;
— Bilan n°35 : quatrième partie ;
— Bilan n°37 : cinquième partie ;
— Bilan n°38 : sixième et dernière partie ;


Source :

— Transcription parue dans la Revue Internationale, n°129, 2eme trimestre 2007, pp. 21-26, revue et corrigée par nos soins ;

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  203. BILAN 29f : L’écrasement du prolétariat français et ses enseignements internationaux - Suite et fin
  204. BILAN 29g : Dans la Fraction. Un article de discussion de Gatto Mammone
  205. BILAN 30a : Premier Mai 1936 (Manifeste de la Fraction italienne de la gauche communiste)
  206. BILAN 30b : Le Front international de la répression capitaliste
  207. BILAN 30c : Le prolétariat italien est-il absent ?
  208. BILAN 30d : Premier Mai ( À propos de Calligaris )
  209. BILAN 30e : Les traîtres à l’œuvre
  210. BILAN 30f : Le mouvement ouvrier devant le problème de la guerre
  211. BILAN 30g : De l’Union Sacrée à Zimmerwald - La dernière semaine
  212. BILAN 30h : Quelques brèves nouvelles
  213. BILAN 31a : La victoire du Front Populaire en France
  214. BILAN 31b : Après les élections en Belgique
  215. BILAN 31c : La victoire de l’impérialisme italien ouvre-t-elle un nouveau cours de la révolution mondiale ?
  216. BILAN 31d : Le conflit Arabo-Juif en Palestine (première partie)
  217. BILAN 31e : « De l’Union Sacrée à Zimmerwald » par A. Rosmer
  218. BILAN 31f : Les traîtres à l’œuvre
  219. BILAN 31g : Problèmes de la période de transition (partie 2)
  220. BILAN 31h : Calligaris toujours déporté en Sibérie, sauvons-le !
  221. BILAN 31i : Victor Serge hors des griffes du centrisme
  222. BILAN 32a : La Société des Nations continue
  223. BILAN 32b : Beiso n’a pas été acquitté
  224. BILAN 32c : Ce que fut la Conférence du Droit d’Asile de Paris
  225. BILAN 32d : Le prolétariat français a répondu au Front Populaire
  226. BILAN 32e : La rafale gréviste en Belgique
  227. BILAN 32f : Le conflit Arabo-Juif en Palestine (suite et fin)
  228. BILAN 32g : Mouvement ouvrier international
  229. BILAN 33a : En Espagne — Bourgeoisie contre Prolétariat
  230. BILAN 33b : Francisco Ascaso
  231. BILAN 33c : Adieu Zanasi
  232. BILAN 33d : Nature et évolution de la Révolution russe
  233. BILAN 33e : De l’Union Sacrée à Zimmerwald - Conclusion (Alfred Rosmer)
  234. BILAN 33f : Errata sur « La rafale gréviste en Belgique »
  235. BILAN 34a : Communiqué de la Commission exécutive
  236. BILAN 34b : Au front impérialiste du massacre des ouvriers espagnols il faut opposer le front de classe du prolétariat international
  237. BILAN 34c : La boucherie de Moscou
  238. BILAN 34d : Démocratie formelle et démocratie socialiste
  239. BILAN 34e : De l’Union sacrée à Zimmerwald
  240. BILAN 34f : Problèmes de la période de transition (partie 3)
  241. BILAN 34g : Staline dépasse Mussolini
  242. BILAN 35a : L’abattoir des prolétaires en Espagne
  243. BILAN 35b : Le ventre du capitalisme français orné des plumes du paon socialiste
  244. BILAN 35c : La crise dans la Fraction — Communiqué de la CE
  245. BILAN 35d : La tragédie espagnole
  246. BILAN 35e : La révolution espagnole
  247. BILAN 35f : Les problèmes de la période de transition (partie 4)
  248. BILAN 35g : Nature et évolution de la Révolution russe : Réponse au camarade Hennaut
  249. BILAN 35h : La crise dans la Fraction — Communiqué du comité de coordination
  250. BILAN 36a : La consigne de l’heure : ne pas trahir
  251. BILAN 36b : Octobre 1917 - Octobre 1936
  252. BILAN 36c : Mario di Leone
  253. BILAN 36e : L’isolement de notre fraction devant les événements d’Espagne
  254. BILAN 36f : La crise de la Fraction - Communiqué de la Commission Exécutive
  255. BILAN 36g : Documents de la minorité
  256. BILAN 37a : La réalité d’un « gouvernement de façade »
  257. BILAN 37b : Mario de Leone est mort
  258. BILAN 37c : Salut du groupe de Marseille
  259. BILAN 37d : Salut du groupe de la minorité de Barcelone
  260. BILAN 37e : L’ « autre » aspect de la domination capitaliste. La « Démocratie » en fonction aux États Unis
  261. BILAN 37f : La bourgeoisie renverra-t-elle Blum ?
  262. BILAN 37g : Problèmes de la période de transition (partie 5)
  263. BILAN 37h : Nouveaux assassinats : Nouvelle Constitution en Russie
  264. BILAN 37i : La crise de la fraction - Ordre du jour de la Commission Exécutive
  265. BILAN 38a : Le capitalisme français n’a pas renvoyé Blum
  266. BILAN 38b : Trotski pourra-t-il rester au Mexique ?
  267. BILAN 38f : Problèmes de la période de transition (partie 6 - fin)
  268. BILAN 39a : Le procès de Moscou
  269. BILAN 39b : Le prolétariat français doit briser l’Union Sacrée
  270. BILAN 39c : Lénine - Luxemburg - Liebknecht
  271. BILAN 39d : À propos d’un anniversaire
  272. BILAN 39e : Sous le signe de la constitution « la plus démocratique du monde » on extermine en URSS la génération d’Octobre
  273. BILAN 39f : Nos divergences avec le camarade Hennaut
  274. BILAN 39g : Le Marxisme n’est pas de la littérature Camarade Victor Serge !
  275. BILAN 39h : Que faire ? Retourner au Parti Communiste, Messieurs !
  276. BILAN 40a : Premier Mai 1937
  277. BILAN 40b : La France « libre, forte et heureuse » assassine les prolétaires
  278. BILAN 41a : Plomb, Mitraille, Prison
  279. BILAN 41b : Quand les bourreaux parlent... Le discours de Staline
  280. BILAN 41f : Antonio Gramsci - Camillo Berneri
  281. BILAN 41g : Bilan en danger - La vie de Bilan
  282. BILAN 42a : La répression en Espagne et en Russie
  283. BILAN 42f : Antonio Gramsci
  284. BILAN 43a : Pour la solidarité de classe à toutes les victimes de la guerre d’Espagne
  285. BILAN 43b : Du travail et du pain
  286. BILAN 43c : Andrés Nin assassiné ?
  287. BILAN 43d : Les bourreaux soviétiques à l’oeuvre
  288. BILAN 43e : À propos de quelques élucubrations trotskistes
  289. BILAN 43f : Le Comité national de la C.G.T.
  290. BILAN 43g : L’évolution des évènements d’Espagne
  291. BILAN 43h : Le Front Populaire
  292. BILAN 43i : Pour le Bureau International des fractions communistes de gauche
  293. BILAN 43j : L’impérialisme japonais à la conquête de la Chine
  294. BILAN 43k : Documentation internationale
  295. BILAN 43l : La vie de Bilan
  296. BILAN 44a : Lettre ouverte au Centre pour la IVe Internationale et au Parti Socialiste Révolutionnaire de Belgique
  297. BILAN 44b : À bas le carnage impérialiste en Chine
  298. BILAN 44c : Le capitalisme passe à l’attaque « La France aux Français »
  299. BILAN 44d : La guerre impérialiste d’Espagne et le massacre des mineurs asturiens
  300. BILAN 44e : Le monde arabe en ébullition
  301. BILAN 44f : Marxisme et Dogmatisme
  302. BILAN 44g : Et Calligaris ?
  303. BILAN 45a : Pour le XXème anniversaire de la Révolution d’Octobre
  304. BILAN 45b : Le front populaire continue
  305. BILAN 45c : Le droit au soulèvement armé
  306. BILAN 46a : "Bilan" disparaît
  307. BILAN 46e : Un grand renégat à la queue de paon : Léon Trotsky
  308. BILAN 46g : Écho à l’étude de la période de transition
  309. BILAN 46h : "Octobre" bulletin mensuel du Bureau International des Fractions de Gauche