
De son vrai nom, Alfred Griot, fils d’ouvrier réfugié aux U.S.A. après la Commune. Syndicaliste révolutionnaire avant 1914, collaborateur de la revue de Monatte, La Vie Ouvrière.
Il a, comme Monatte, la passion de la lecture, le goût des voyages, de la peinture. Il a fréquenté dans sa jeunesse l’atelier du douanier Rousseau auquel il consacrera une plaquette.
Il sera l’un des rares militants ouvriers français à refuser l’Union Sacrée et fera partie du petit noyau internationaliste français durant la 1° guerre impérialiste mondiale. Parfaitement bilingue (les aléas de la vie de son coiffeur de père l’ont fait donc naître aux Etats-Unis), il apprend le russe et rencontre Trotsky dont il sera désormais l’un des plus fidèle soutien. A la fin de la guerre, il participe à la constitution du Comité pour la III° Internationale, qui sera à l’origine du P.C.F. Parallèlement, il participe au congrès de fondation de l’Internationale Communiste et est élu à son Comité Exécutif lors de son II° Congrès.
Rosmer sera l’une des premiers à engager le combat face à la montée du stalinisme ; à ce titre il est exclu du P.C.F. dès 1924. Dès lors, il va reprendre son métier de correcteur d’imprimerie et impulser le travail de l’Opposition de Gauche en Europe et en France. Il participe ainsi à la constitution de la Ligue Communiste et collabore à La Vérité et à La Lutte de Classes.
Après la crise qui secoue le groupe trotskyste français, il se retire de la politique active en 1930. Il demeure néanmoins très proche de Trotsky et de la IV° Internationale : c’est dans sa maison de campagne qu’elle sera fondée en 1938.
Après-guerre, il se consacrera essentiellement à des travaux littéraires, notamment l’édition des oeuvres de Trotsky.
Amadeo Bordiga lui rendit ainsi hommage à sa disparition : « ... Rosmer resta fidèle à l’organisateur de l’Armée rouge et participa à la fondation de la IV° Internationale. Il ne se trouva pas très à l’aise, nous dit-on, dans ces noyaux de ternes manœuvriers auxquels Trotsky imposa les stratégies les plus saugrenues, et c’est pourquoi il se consacra finalement à son œuvre sur « l’Histoire du mouvement ouvrier pendant la guerre », ouvrage qui restera une des sources les plus sérieuses et documentées pour l’étude de cette époque (...) Il n’a plus été qu’un témoin des années cruciales qu’il avait vécues ; un témoin sincère et passionné sans doute, mais dont l’œuvre représente bien plus une chronologie précise du passé qu’un enseignement pour les luttes de l’avenir ».
On peut citer également, Colette Chambellan, dans la préface au livre de Rosmer : Le mouvement ouvrier pendant la première guerre mondiale : « il a écrit un ouvrage clair, documenté, précis, à la fois récit d’un effondrement et permanence d’un espoir (...) Rosmer et ses amis ont connu l’effondrement de l’internationalisme et, pire encore, le travesti du communisme en un totalitarisme sanglant. Ils ont été souvent accablés, jamais désespérés ».
Œuvres :
— ROSMER Alfred, Le Mouvement Ouvrier pendant la guerre, tome I , De l’Union sacrée à Zimmerwald, Alfred ROSMER, Librairie du Travail, 1936 ;
— ROSMER Alfred, Le Mouvement Ouvrier pendant la guerre, tome II, De Zimmerwald à la Révolution Russe, Alfred ROSMER, Mouton, 1959 ;
— ROSMER Alfred, Moscou sous Lénine, 2 vols., Petite Collection Maspero, 1970 ;
— ROSMER Alfred & TORTSKY Léon, Correspondance, Gallimard, 1982 ;
Bibliographie indicative :
— BILAN N° 34, août-septembre 1936, "De l’union sacrée a Zimmerwald : Le livre du camarade Rosmer et le problème de la guerre", p. 1127 ;
— GRAS Christian, Alfred Rosmer et le mouvement révolutionnaire international, Bibliothèque Socialiste n°20, Paris, Maspero, 1971 ;