SMOLNY... [ http://www.collectif-smolny.org ]
FISR (1943) : À tous les travailleurs de la pensée et des bras
Tract internationaliste libertaire diffusé à Toulouse et Marseille en 1943
[15 août 2009] : par jo
Fédération Internationale Syndicaliste Révolutionnaire

Présentation Smolny :

Ce tract résolument internationaliste a été tiré à Toulouse, à 5 000 exemplaires, dans l’imprimerie des frères Lyon, et rédigé à Marseille par Jean Saulière, alias André Arru, Voline et leurs camarades. Nous l’avons emprunté au site CNT-AIT.INFO - merci les aminches.

Il montre que, même après la défaite majeure subie par les forces révolutionnaires lors de la dramatique contre-révolution (1921-1937), même dans la "bonne car démocratique guerre" contre "l’hydre fasciste", de minuscules voix s’élevaient encore pour prôner fraternisation et autonomie prolétarienne. Ils furent en effet peu nombreux (trotskistes en rupture de ban comme les RKD ou le groupe de Munis ; membres de la Gauche communiste qui publia l’Etincelle ...) à s’exposer aux dangers de l’opposition aux deux blocs impérialistes pour maintenir la tradition internationaliste de classe.

Ce tract rappelle qu’en 1915 déjà d’autres anarchistes internationalistes comme Malatesta avaient courageusement déclaré : "A tous les soldats de tous les pays qui ont la conviction de combattre pour la justice et la liberté, nous devons expliquer que leur héroïsme et leur vaillance ne serviront qu’à perpétuer la haine, la tyrannie et la misère. [...] Nous devons profiter de tous les mouvements de révolte, de tous les mécontentements, pour fomenter l’insurrection, pour organiser la Révolution de laquelle nous attendons la fin de toutes les iniquités sociales. Pas de découragement, même devant une calamité comme la guerre actuelle..." (in Guerin, Ni Dieu ni Maître).

J.O.


À TOUS LES TRAVAILLEURS DE LA PENSÉE ET DES BRAS

Au moment où l’humanité, dirigée par des fous, des arrivistes et des hypocrites, s’effondre sous les coups répétés des appétits des profiteurs de toutes sortes, nous jetons, une fois de plus, un appel sincère à tous les individus raisonnables et pratiques, pour essayer d’éviter la destruction totale et, profitant du chaos actuel, de les orienter vers une organisation sociale rationnelle et humaine.

Indéniablement, c’est par la faute de tous les gouvernements que le sang des travailleurs coule à flots, dans tous les pays, depuis plus de trois années. Si, effectivement, ce sont Hitler et Mussolini qui, en dernier lieu provoquèrent le conflit, il y a d’autres responsables : la finance internationale, les trusts industriels et financiers qui, de 1919 à 1930, financèrent le mouvement fasciste italien et le national-socialisme allemand et, de 1930 à 1939, payèrent la presse des différents pays démocratiques et fascistes, pour faire les campagnes bellicistes qui devaient provoquer un réarmement puissant et sans limite de toutes les nations, qui devait trouver sa conclusion dans la guerre actuelle, en même temps que le conflit enrayait tout mouvement de libération des masses travailleuses.

Le conflit actuel est l’oeuvre des puissances d’argent de chaque nation, puissances qui vivent exclusivement et internationalement de l’exploitation de l’homme par l’homme. Il est aussi le résultat des compétitions internationales, des compromissions et des rivalités politiques des hommes et des systèmes, de la vénalité, de la faiblesse, de l’hypocrisie, de l’inconscience des politiciens du monde entier. Et nous n’exceptons personne.

La diplomatie secrète a sévi aussi bien à Londres qu’à Berlin, à Paris qu’à Moscou, à Washington aussi bien qu’à Tokyo.

Aujourd’hui, les impérialistes d’hier se posent en libérateurs. Les fabricants et les trafiquants du Traité de Versailles, les inventeurs et les torpilleurs de la Société des Nations, les complices d’Hindenburg et de Dollfüs, les étrangleurs de la Révolution espagnole, les fommenteurs des contre-révolutions du Mexique, les fournisseurs de l’Allemagne hitlérienne et de l’Italie mussolinienne prétendent, ô ironie ! mettre de l’ordre dans le Monde, eux qui n’ont jamais vécu que du désordre et de l’incohérence des nations des deux hémisphères.

Que nous propose et le sordide impérialisme anglais et le féroce capitalisme américain ? Tout simplement le retour à "l’avant-guerre", le retour au statut-quo de Versailles ou à quelque chose d’à peu près semblable, et la réinstallation de la Société des Nations, la continuation de l’exploitation du travail par le capital, la banque maîtresse du monde, l’Or-Roi, les mille et une combinaisons diplomatiques, les mille et une combinaisons politiques et financières que nous connaissons. En somme, de quoi re-préparer une bonne petite guerre mondiale dans 25 ou 30 ans, si les Peuples sont incapables d’instituer la véritable Société des Peuples qui garantira la Paix et organisera le monde, par la Révolution sociale universelle.

Que nous proposent, d’autre part, les sinistres apôtres de la "Révolution Nationale" ? Une Révolution à rebours, qui rejetterait l’humanité en arrière vers les époques les plus sombres de son existence, dans l’abîme d’un fanatisme racial et religieux, d’un esclavage total des masses laborieuses et d’un écrasement absolu de l’individu.

Il reste l’U.R.S.S. Mais la République de Staline, si elle a fait disparaître le capital privé, n’a pas fait disparaître les différences de classes (hauts fonctionnaires, hauts militaires, ouvriers privilégiés et, en tout dernier lieu, le peuple). D’autre part, nous lui reprochons d’avoir supprimé toute pratique et toute apparence ou idée de liberté. Hélas ! le Guépéou n’a rien à envier à la Gestapo et, si les camps de concentration de Sibérie renferment des fascistes, ils contiennent aussi des socialistes, des trotskistes, des syndicalistes et des libertaires. Nous lui reprochons d’avoir aussi, dans cette guerre, joué un jeu diplomatique qui a servi les intentions des fascistes et des impérialistes et permis le déclenchement du terrible conflit actuel.

De tout cela il résulte que les peuples ne peuvent, ni ne doivent plus avoir confiance en personne Les Chefs d’État, les chefs militaires de toutes couleurs et de toutes nuances, passent d’un camp dans l’autre, déchirent des traités, en signent d’autres, servent tantôt la République, tantôt la Dictature, collaborent avec ceux à qui ils faisaient hier la guerre, et vice-versa et revice-versa. Tant et si bien que personne ne comprend plus rien à l’honneur, à la foi jurée, à la probité, à l’honnêteté.

Mais si les hommes d’États, les généraux, les amiraux et consorts se permettent de jouer "aux petits fous", le peuple, lui, paie les pots cassés : on le mobilise pour les démocraties, contre les démocraties, pour les fascistes, contre les fascistes. Mais que ce soit en Afrique, en Asie, en Europe, c’est le bon peuple qui fait les frais de ces "expériences contradictoires" et se fait casser la gueule. Ce sont les maisons des gens du peuple qui s’écroulent avec dedans les femmes et les gosses du peuple. Et demain, ce sera encore le peuple qui paiera les frais de reconstruction.

Nous demandons à tous ceux que le parti pris n’aveugle pas d’ouvrir les yeux sur la situation.

Le fascisme germano-italien, conséquence de l’impérialisme mondial est à l’agonie. L’impérialisme anglo-méricain, aidé de toutes les forces du capitalisme aux abois prépare :

  1. Une paix impérialiste, genre Traité de Versailles, qui sera une nouvelle base de conflits futurs et l’espoir de nouveaux bénéfices ;
  2. L’étouffement de tout mouvement d’émancipation ouvrière avec le concours des traîtres et arrivistes de tous les pays ;
  3. Un règlement de comptes, à l’amiable ou non-avec la Russie soviétique.

Quant à cette dernière, elle rêve d’instaurer de par le monde un capitalisme d’État qui, par son despotisme, serait aussi néfaste que le capitalisme privé.

Ainsi sera l’ordre social universel, à moins que les travailleurs du monde entier s’unissent dès maintenant pour planter le drapeau de la Révolution sociale sur le chaos que nous vivons.

Pour cela, que faut-il faire ?

En premier lieu, utiliser la tendance naturelle des Peuples vers l’Unité des Continents ; fédérer les pays qui composent les Continents ; développer entre ces Continents les liens de solidarité qui les associent ; donner à ces liens une forme organique, par l’institution d’une véritable Société des Peuples et non par un replâtrage d’une Société des Nations, qui ne serait qu’une Ligue nouvelle des Nations et de leurs intérêts égoïstes ; faire de cette Société des Peuples, par la création d’organismes à son service, tels qu’un Conseil Économique International et un Conseil Administratif et Social International, le véritable Régulateur Économique, administratif et social du Monde entièrement organisé pour la Paix et contre la guerre.

Mais tout cela ne sera, incontestablement, que l’oeuvre de la Révolution sociale, universelle comme la guerre elle-même.

Et pour cette tache gigantesque, il faut que les peuples s’entendent, s’associent, luttent ; qu’ils comprennent, agissent et réalisent et que, par avance, ils jettent entre eux, par l’organe de leurs prolétariats respectifs, les bases d’un vaste mouvement fédéraliste continental d’abord, universel ensuite ; qu’ils soient prêts à projeter, avec toutes ses conséquences ce mouvement sur le plan des réalités concrètes dans chaque pays, afin que naissent de leurs propres organisations de classe les institutions qui, demain, régiront, dans tous les domaines les Peuples associés.

Nous entendons par Révolution Sociale : l’abolition du pouvoir politique, l’abolition du militarisme, l’abolition de l’Or-Roi, l’abolition des classes.

Nous entendons par Révolution Sociale la liberté entière et définitive de parole, d’organisation, d’action pour tous ; la libre disposition des moyens de production pour tous les Peuples ; le travail, les produits, l’instruction, le bien-être pour tous. Nous entendons par Révolution Sociale, le pouvoir aux mains de tous, par :
-  L’association syndicale, faisant fonctionner la production dans chaque pays et dans le Monde, assurant une équitable répartition des matières premières et des produits, ainsi que des objets de toute nature nécessaires à la consommation.
-  L’association communale, assurant par la distribution, tous les besoins de la consommation et administrant le bien commun dans l’intérêt de tous ; créant, sur le plan social tous les organismes capables sur tous les terrains, d’assurer le plein développement et l’épanouissement des individus ; garantissant à tous la véritable égalité sociale par la bonne administration d’une saine et populaire justice, basée sur la conciliation et l’arbitrage.
-  L’association sur le plan géographique, de façon identique, des localités, régions et pays, par la création d’organismes de liaison permanente des rouages économiques et administratifs pour gérer mieux les intérêts de tous ordres et de tous, harmonieusement conjugués et associés pratiquement.

Pour cela, il faut non seulement que notre Révolution sociale soit universelle et, autant que possible, simultanée dans tous les pays, mais il faut encore qu’elle ouvre la voie à l’Ère de la Raison, de la Science consciente et du Travail libéré. Travaillons pour elle. Travaillons bien.

Il ne s’agit pas de lutter seulement contre le fascisme hitlérien, mais contre tous les fascismes, contre toutes les tyrannies,, qu’elles soient de droite, du centre ou de gauche, qu’elles soient encore royales, démocratiques ou sociales, car aucune tyrannie n’émancipera le travail, ne libérera le monde, n’organisera l’humanité sur des bases vraiment nouvelles.

Il ne s’agit pas de parler de liberté, il s’agit de vivre librement. Il ne s’agit pas de parler de fraternité, il s’agit de vivre fraternellement.

Nous ne luttons pas pour inscrire des mots sur une bannière ou changer de couleur un drapeau.
Nous sommes concrets.
Nous voulons passer :
-  de la guerre perpétuelle à la paix perpétuelle ;
-  de l’exploitation de l’homme par l’homme à l’égalité sociale ;
-  de la tyrannie totale ou partielle à la liberté entière ; de l’incohérence à la conscience.

Nous n’acceptons aucun compromis avec personne. Nous ne sommes attachés à aucune personnalité, ni à aucun parti.

Nous voulons la réalisation pratique de l’Idée sociale préconisée depuis près de deux cents ans par les républicains, les socialistes, les syndicalistes, les libertaires. Et nous sommes convaincus que, seules, la méthode sus-indiquée pourra la réaliser. Aujourd’hui, nous sommes une association de lutteurs.

Demain nous serons une association de constructeurs et de réalisateurs.

Et pour mener la tâche à biens : ... Nous cherchons des associés.

FÉDÉRATION INTERNATIONALE SYNDICALISTE RÉVOLUTIONNAIRE


Bibliographie complémentaire :

— Courant Communiste International, La Gauche communiste d’Italie 1991 [voir le chapitre 8 "A l’épreuve de la guerre"] ;

— CERMTRI [voir cahiers numéros 10 et 11 pour une bibliographie sur les RKD entre 1936 et 1945] ;

— GUERIN Daniel, Ni Dieu ni Maître (tome II), La Découverte 2005 [voir le texte internationaliste de Malatesta, Schapiro, Berkman, Goldman ... pages 51-55] ;

— LANNERET Pierre, Les internationaliste du "troisième camp" en France pendant la Seconde Guerre mondiale, Acratie 1995 [voir "les anarchistes" pages 54-59 ; sur les Communistes révolutionnaires allemands et français - RKD -, voir pages 68-71] ;

— SCHEUER Georg, Seuls les fous n’ont pas peur, Syllepse 2002 ...


Sur le site :

— Notre sommaire des numéros du journal « L’Étincelle » ;


Sur la toile :

— Le témoignage de 1970 de Jean René SAULIERE, alias André ARRU sur cnt-ait.info ;

Extrait :

« Pacifiste et anarchiste militant, J’avais décidé, quelques années avant la mobilisation de 1939, de refuser toute guerre. Aux motifs connus des pacifistes et des révolutionnaires qui considèrent la guerre comme une solution pire que le mal que l’on prétend vouloir combattre, il faut ajouter mon caractère qui empochait toute concession que ce soit en faveur de la facilité ou de la famille. Mes actes devaient affirmer la sincérité de ma propagande passée. J’en étais conscient et il ne m’est même pas venu à l’idée de reculer. Il était aussi bien entendu que mon refus ne s’accompagnait nullement d’une soumission volontaire à l’arrestation qui devait s’ensuivre. Mes vues étaient de tenter d’y échapper pour pouvoir ainsi continuer ma lutte de pacifiste et d’anarchiste. C’était du reste un point de vue commun dans les milieux libertaires et syndicalistes révolutionnaires de cette époque. Dans le seul groupe anarchiste de Bordeaux, quelques mois avant la mobilisation générale, nous étions une bonne douzaine dans ces dispositions. Mais nous n’avons été que deux à ne pas nous rendre, le 3 septembre 1939, et, deux jours après, je restais tout seul.

Je me cachai donc pendant cinq mois à Bordeaux, d’abord chez divers camarades et amis et puis, à bout de caches, je retournai chez moi. Pendant tout ce temps, je restais cloîtré le jour et sortais quelquefois la nuit. C’était pénible et le danger de me faire prendre augmentait de jour en jour. Après m’être procuré un livret militaire de réformé n°2, je me décidai à partir pour Marseille où j’arrivai, le 13 février 1940, à 6 heures du matin. La première impression, en prenant pied à la gare Saint-Charles, fut très désagréable. J’étais parti de Bordeaux avec une température de plus vingt, j’arrivais à Marseille le lendemain en plein mistral avec moins cinq . [...] Deux jours après mon arrivée, en traversant le square qui existait derrière la Chambre de Commerce, des « gardiens de la paix » (en 1940 !) ne demandaient mes papiers. Je sortais "mon" livret militaire, déclinais mes noms, prénoms, âge, profession, noms des père et mère et raison de ma présence à Marseille, sans bafouiller, mais le coeur en émoi. Je reprenais possession de « mon » livret ; les interlocuteurs étaient satisfaits. J’avais passé avec brio mon premier examen d’homme en rupture de ban. [...] J’eus alors la chance d’entrer en relation avec un sympathisant libertaire d’origine italienne, François, qui me présenta à d’autres. Ensuite, je me liais avec des réfugiés espagnols, libertaires pour la plupart, qui habitaient Saint-Loup. Tout ceci m’amena à connaître aussi des anarchistes français ayant milité avant la déclaration de la guerre. Dans le même temps, un camarade de couleur noire, Armand, du groupe de Bordeaux, démobilisé de Syrie, vint se réfugier chez moi, ne pouvant rentrer en zone occupée. Avec lui, on commença à confectionner des papillons et des tracts tirés à la gélatine. On allait les glisser la nuit dans les boites aux lettres et les coller sur les poteaux de tramway. Puis l’essence fut rationnée, mon poste fut fermé et mon contrat suspendu pour cas de force majeure. Je demandais au propriétaire l’autorisation de monter dans son local un atelier de réparations de cycles. Nous parvînmes à un accord et, grâce au retour de ma caution, je pus m’acheter un peu de matériel. Je me fis inscrire au registre des métiers et, faisant mon apprentissage sur le tas, vaille que vaille, je réparais et montais des vélos. Ainsi, je réussis à avoir normalement une carte d’identité puis, par un coup d’audace, un « duplicata » de ma sorte d’alimentation que je n’avais jamais une. À ce jour de ma vie, je n’avais jamais eu autant de papiers. J’étais en règle !

Petit à petit, avec beaucoup de passion et de conviction je réussissais à créer un groupe clandestin spécifiquement libertaire [Ce groupe comprenait une dizaine de membres, NDE] ; doublement clandestin je dois dire, puisque sa propagande attaquait le fascisme mais aussi tous les responsables de la guerre, le capitalisme et la dictature stalinienne. Je pris aussi des contacts avec l’extérieur, dans le Var d’abord ; ensuite, grâce au camarade Armand qui travaillait avec moi et qui m’aidait dans mon travail, je pus agrandir mon champ d’action. J’entrepris, au fur et à mesure de mes possibilités financières qui étaient maigres des voyages à Nimes, Lyon, Montpellier, Perpignan, Toulouse, Agen, Foix, Paris et sans aucun doute j’en oublie. Dans la plupart de ces villes, j’établissais des contacts dont la plupart furent conservés jusqu’à mon arrestation. A Toulouse, deux imprimeurs, les frères Lyon , morts en déportation, qui étaient de conviction libertaire tout en appartenant et travaillant très activement pour la Résistance , imprimèrent nos affiches, tracts, une brochure de quarante-cinq pages intitulé « Les Coupables » , le numéro un d’une revue intitulée « La Raison ». Les affiches étaient surtout destinées à être collées à Marseille où notre groupe était vraiment actif. Tracts, brochure, revue ont été portés à tous les correspondants pour distribution à toute personne susceptible de s’intéresser à notre activité.

Voline, anarchiste russe, auteur (en français) de « La Révolution inconnue », emprisonné du temps des Tsars pour propagande révolutionnaire puis, sous Lénine, pour avoir été l’adjoint de Makhno , mis au courant de nos activités et de nos espoirs, se joignit tout de suite à nous, avec enthousiasme, ne rata pratiquement jamais une de nos réunions. Il voulait même coller des affiches [il avait alors plus de 60 ans !]. Il m’aida beaucoup dans la réalisation de la brochure « Les Coupables » que j’allais d’autre part discuter avec Pierre Besnard, ancien secrétaire général de la C.G.T.S.R. (Confédération Générale du Travail Syndicaliste Révolutionnaire) qui était réfugié à 6 km d’Agen. Ainsi, en 1942, nous avons réussi à organiser un congrès anarchiste clandestin dont les membres se réunirent à Toulouse pendant deux jours chez le camarade Tricheux. Il y avait là des délégués des groupes de villes déjà citées plus une représentation du Mouvement clandestin des libertaires espagnols de l’Ariège et de la Haute-Garonne. Voline, un camarade espagnol, San Clemente, et moi étions les délégués de Marseille... »