SMOLNY... [ http://www.collectif-smolny.org ]
RÉVEIL 05a : Un geste nécessaire
Février 1929
[26 avril 2010] : par olivier

Les adhérents à notre groupe de Paris, qui encore inscrits au P.C.I. ont décidé, en plein accord avec les autres camarades de leur groupe, de donner leur démission de l’organisation infectée d’une manière irréparable par le virus de la bolchévisation.

Ils ont rédigé une lettre ouverte et collective motivant leur démission. Ils ont estimé inutile d’adresser cette lettre au « Bureau politique » ou au « Comité central ». Ce qui serait un moyen bien digne d’un « Prometeo » ou de quelque autre chose du genre, un moyen pitoyable que nos camarades dédaignent. Nos camarades s’adressent des colonnes de notre organe aux éléments de base du P.C.F. et du Comintern pour justifier leur départ de cet organisme, estimant que l’on ne saurait y rester que par une position équivoque de renoncement aux grands buts de la révolution prolétarienne.

Voici le texte de la lettre en question :

Aux camarades de la base du PCF et de l’Internationale communiste

Chers camarades,

Il y avait quelques temps que nous nous étions posés la question : Peut-on rester en communiste conscient, dans les rangs d’une organisation qu’on juge marcher dans le sens contraire à la révolution ? Car nous avions, déjà depuis deux ans, la conviction que la 3ème Internationale n’était plus un organisme révolutionnaire.

Les événements d’Allemagne en 1923, la bolchévisation, enfin la plus récente trahison de la révolution chinoise, nous ont donné la certitude absolue que tout soi-disant « redressement » du Comintern est impossible. Il ne s’agit pas en effet, de voir dans ces faits, où la marche de la révolution apparaît nettement entravée, barrée par la politique de trahison du Comintern, de simples déviations opportunistes, qu’on pourra redresser un jour ; les éléments qui se placent sur le terrain du redressement du Comintern sont les agents conscients ou inconscients, directs ou indirects de la politique contrerévolutionnaire du Comintern ; les Paz, les Treint, les léninistes ou trotskistes, ou léninistes-trotskistes-les 100%, les bordiguistes à la lettre de « Prometeo », qui sont les endosseurs de la funeste politique de la bolchevisation.

L’analyse de ces faits et, en même temps, l’analyse de la situation russe où depuis l’instauration de la Nep s’est substitué à la dictature du prolétariat, une forme de gouvernement tendant à la dictature du prolétariat, une forme de gouvernement tendant à représenter les intérêts des classes possédantes et à brimer le prolétariat révolutionnaire ; l’analyse de toute la politique du Comintern nous a mis en face d’une réalité que nous ne vous avons pas cachée jusqu’à présent, mais que notre présence dans le parti pouvait au moins atténuer à vos yeux.

Les conditions de la classe ouvrière en Russie se font de plus en plus graves, la « rationalisation » est dans le pays de la « dictature du prolétariat » et de l’« édification du socialisme », aussi impitoyable que dans les pays officiellement capitalistes. La plus-value arrachée aux ouvriers par les mesures les plus réactionnaires sert à satisfaire les « mœurs bourgeoises » de l’innombrable armée de fonctionnaires de l’appareil étatique et administratif (ce n’est pas là, pour sûr, le gouvernement à bon marché de Karl Marx !) et des couches bourgeoises (grande et moyenne) créées par la Nep.

Les révolutionnaires conscients qui ne veulent pas se plier devant la politique officielle sont arrêtés en masse, par centaines, et envoyés en Sibérie ou dans les contrées les plus froides de la Russie. Et nous sommes obligés de constater qu’on emploie contre nos camarades en Russie les mêmes mesures que le fascisme emploie contre nos camarades en Italie. Comme en Italie on bat les arrêtés, comme en Italie on les envoie en masse au domicile forcé.

Vous savez bien camarades, que l’Internationale Communiste, que le parti français sont subordonnés au parti russe, vous savez que la politique de ce dernier conditionne la politique de toutes les sections du Comintern.

Or vous voyez quelle est cette politique et vous constatez que la présence de communistes conscients dans le Comintern comporte pour eux la responsabilité de cette politique contre-révolutionnaire et de réaction.

C’est de cette façon qu’aujourd’hui nous donnons une réponse à la question énoncées au début de cette lettre : Camarades, il est impossible pour un communiste conscient de rester plus longtemps dans le Comintern. Sa place est au dehors pour lutter ouvertement, loin de toute équivoque contre la bourgeoisie, la Social-démocratie et le Comintern, alliés plus ou moins masqués du capitalisme.

En quittant le PCF et l’International de Moscou, nous pensons aussi vous indiquer le seul moyen possible de lutter pour la révolution :

Hors de l’Internationale de Moscou ! Au travail pour le développement réellement prolétarien d’une politique de gauche, qui sera la base solide et inébranlable pour la collaboration révolutionnaire, véritablement révolutionnaire du prolétariat mondial dans la lutte contre le capitalisme !

Suivent les signatures de nos camarades.