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ABENSOUR Miguel : L’homme est un animal utopique
Présentation de l’éditeur - Table des matières - Extrait - Parution : Juin 2010
[22 décembre 2010] : par eric

Présentation de l’éditeur :

L’homme est un animal utopique ! Mais que signifie cette affirmation si elle est plus qu’un simple paradoxe, ou la tentative de s’approprier une formule célèbre pour en détourner le sens ?

L’objet de ce livre, c’est précisément de montrer que le foisonnement de l’utopie à travers les âges représente rien moins que la volonté toujours renouvelée de donner à l’émancipation un nouveau visage. Alors que les uns s’emploient à dissocier l’utopie de la politique, les autres à tout rabattre sur la politique, l’idée centrale des différentes écoles utopistes, l’idée d’Association, dément ces simplifications : elle est en réalité une idée politique qui rejoint l’inspiration de la vraie démocratie. Chaque moment des luttes suscite une nouvelle sommation utopique qui inscrit au sein même de l’histoire l’aspiration à un au-delà du présent. Ainsi, l’utopie s’interroge sur les nouveaux moyens de réaliser l’idée d’émancipation et de dépasser ce qui se pose à chaque fois comme horizon indépassable.

Si bien que l’homme apparaît alors véritablement comme un animal utopique.


Table des matières :

-  Avant-propos

-  La conversion utopique : l’utopie et l’éveil
Texte inédit

-  I. L’utopie des livres
in Emmanuel Levinas, La Question du livre, Paris, IMEC, 2008, p. 67-87

-  II. L’homme est un animal utopique
Entretien avec Miguel Abensour, in Mouvement, n°45/46, mai-juin-juillet-août 2006, p. 72-86.

-  III. L’utopie socialiste : une nouvelle alliance de la politique et de la religion
in Le Temps de la réflexion, Gallimard, 1981, p. 61-112.

-  IV. Persistante utopie
in Mortibus, n°1, printemps 2006, p. 37-58.

-  V. Le nouvel esprit utopique
in Cahiers Bernard Lazare, n°128-130, 1991, p. 132-163.

-  VI. Utopie : futur et/ou altérité
in L’œuvre du phénomène. Mélanges de philosophie offerts à Marc Richir, Éditions Ousia, Bruxelles, 2009, p. 215-240.

-  Sources


Extrait :

Tous les procureurs du monde dénoncent les « utopies impossibles et coupables », les utopies coupables parce qu’impossibles. Comme on le verra dans ce volume A. Blanqui a justement pointé cette lutte dans la langue autour du terme utopie. Pour les tenants de l’ordre existant, il importe de rejeter l’utopie du côté de l’impossibilité pour mieux liquider son impulsion à l’altérité. L’intervention de Blanqui est d’autant plus précieuse qu’elle circonscrit très exactement le moment où est née la haine de l’utopie dans la modernité, à savoir les années 1840. Haine qui culminera et deviendra meurtrière lors de la répression sanglante de l’insurrection ouvrière de Juin 1848, puisque les pourfendeurs de l’utopie laissèrent la plume pour prendre le fusil. Or, de nos jours cette haine de l’utopie s’est considérablement renforcée en ce que publicistes, historiens, philosophes n’hésitent pas à faire de l’utopie le berceau de la domination totalitaire. On reconnaît là le geste propre à notre époque qui consiste à discréditer tout phénomène en rupture - 1793, la révolution, l’utopie - en l’accusant aussitôt de préfigurer ou de préparer le totalitarisme. Ainsi peut-on lire couramment l’expression « l’utopie totalitaire » comme si soudain utopie et domination totale étaient devenus deux termes synonymes. À ces accusateurs pressés et peu soucieux d’exactitude, qu’il suffise de rappeler que l’extension de la domination totalitaire a commencé par liquider tout ce qui fr près ou de loin avait un parfum d’utopie. Le totalitarisme, loin d’être l’enfant de l’utopie, n’a pu prendre son essor que sur son cadavre.

(p. 7-8)


Les Éditions de la Nuit, parution le 11 juin 2010

ISBN : 978-2-917431-17-7

264 pages / 15cm x 23cm / 25 euros