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POSPOLOV Pavel (1938) : Aperçu historique - La lutte de Boukharine contre Lénine et le Parti
Article du journal « L’Humanité », 1er et 2 mars 1938
[28 août 2011] : par eric

Présentation Smolny :

Nous sommes à la veille de l’ouverture du troisième grand procès de Moscou. Le 1er mars 1938, donc. Le journal « L’Humanité » qui n’a jamais si mal porté son nom, avec le légitime souci d’éclairer ses lecteurs - à n’en pas douter ! - se propose de leur donner à lire un « aperçu historique » rédigé par l’historien Pospolov (ou Pospelov). La première partie de l’article de Pospolov paraît dans le numéro du 1er mars 1938 en page 3, la seconde dans celui du 2 mars en page 4.

En bandeau de L’Humanité du 1er mars 1938, à la droite du titre du journal « communiste » on peut lire l’appel au meurtre suivant, qui ne laisse guère de doute sur ce que la rédaction attend de ce procès : « Justice prompte et exemplaire pour les traîtres, agents de la réaction étrangère ! C’est ce que fait l’U.R.S.S. ! C’est ce que demande le peuple de France ! ».

Dans ce cadre, l’article se comprend comme un véritable exercice de déconstruction de la réalité qui mélange quelques éléments factuels hors de propos, des bribes de débats théoriques anciens passés au crible d’un délire interprétatif dont les débats au procès qui va s’ouvrir sous la férule du procureur Vychinski donneront ses lettres de bassesse. Mais à la différence de celui-ci, Pospolov se garde bien d’insérer dans son « aperçu historique » ces accusations proprement délirantes (sur l’assassinat de Gorki, de Lénine, sur l’espionnage, les complots trotskistes ou fascistes, etc.) dont le procès sera truffé et dont l’Humanité va se faire l’écho servile. Il s’agit ici avant tout de « préparer le terrain » et de montrer que Boukharine, au premier chef, s’est toujours d’une façon ou d’une autre opposé à Lénine. Condition a minima pour envisager son élimination. Et cela en laissant habilement (et prudemment par ces temps de purges de masse) de côté tout rapport au grand ordonnateur de cette sinistre mascarade : Staline. L’« aperçu » se limite donc volontairement à une période (avant 1922) dont les enjeux théoriques et historiques échappaient très probablement aux lecteurs du journal, ainsi qu’à la plupart des lamentabes larbins qui en composaient la rédaction - qui, tous, avaient déjà avalé les anguilles des précédents procès. L’auteur se montre quant à lui, très « averti » de ces enjeux. Il s’agit sans doute du même Pospelov qui dirigera la commission d’enquête qui préparera les éléments du rapport secret du XXe Congrès du PCUS en 1956.

Au final, l’article peut donc se lire comme une vision en creux des réels débats qui eurent lieu jusqu’en 1921, notamment au sein du parti bolchevik, ce qui en soi est une sorte de réfutation de l’idée de parti communiste monolithique tel que l’histoire officielle pro-soviétique s’efforçait alors de la reconstruire. C’est sans doute l’aspect le plus paradoxal de cet article.

E.S.


La récente session plénière du Comité central du Parti communiste de l’U.R.S.S. a examiné la question de l’activité de Boukharine et de Rykov contre le Parti et a décidé de les exclure du Parti. Le présent aperçu historique a pour but de faire connaître les principaux faits de la lutte de Boukharine et de Rykov contre Lénine et contre le parti.

I

Déjà avant la révolution, Boukharine avait pris position contre Lénine dans la question de la dictature du prolétariat, en préconisant sa ligne politique à lui qui signifiait une rupture avec le marxisme. En 1916, la revue l’Internationale des Jeunes a publié un article de Boukharine (sous la signature de « Nota-Bene ») dirigé contre Lénine. Dans cet article, Boukharine exposait la conception semi-anarchiste suivant laquelle les socialistes doivent avoir une attitude hostile en principe à tout État. « La social-démocratie qui est, ou du moins qui doit être, l’éducatrice des masses, se doit aujourd’hui plus que jamais d’affirmer son hostilité, en principe, envers l’État » - écrivait Boukharine. De la sorte, en soulignant l’hostilité, en principe, pour tout État en général, Boukharine s’acheminait vers la négation de la dictature du prolétariat. Il prônait la théorie anarchiste de l’« abolition », de l’« explosion » de l’État à la place de la théorie léniniste qui préconisait la « destruction » de la machine bourgeoise de l’État.

Boukharine anarchiste et confusionniste

En critiquant les conceptions semi-anarchistes de Boukharine, Lénine écrivait : « Ce qui nous distingue des anarchistes, c’est l’utilisation de l’État a) aujourd’ hui et b) pendant la révolution du prolétariat (« la dictature du prolétariat ») - points entièrement importants dès maintenant pour la pratique. (Ce sont justement ces points que Boukharine a oubliés.) [1] »

Lénine signalait que Boukharine, « au lieu de dénoncer les kautskystes, les a aidés par ses erreurs ». Tout le long de l’histoire du parti bolchevique, Boukharine apportait de la confusion tant en politique qu’en théorie. Voici ce qu’en disait Lénine encore en 1916 : « Il se fie au cancan et il est diablement instable en politique... [2] » ; « la guerre l’a poussé vers des idées semi-anarchistes. À la conférence où ont été adoptées les résolutions de Berne, printemps 1915, il a formulé des thèses - je les ai gardées -, qui sont un comble d’absurdité : c’est une honte : du demi-anarchisme. [3] »

En 1925, Boukharine fait paraître dans le recueil La Révolution du droit un article intitulé « Contribution à la théorie de l’État impérialiste ». En son temps, Lénine avait refusé de publier cet article dans le Recueil du social-démocrate. Un an après la mort de Lénine, Boukharine crut devoir publier cet article que les grands maîtres du Parti avaient répudié. Bien plus, il a ajouté une note affirmant que dans la discussion sur l’État, c’était lui, Boukharine, qui avait raison, et non Lénine.

Les « communistes de gauche » se tirent les complices de l’impérialisme

La période de paix de Brest-Litovsk (février-mars 1918) où la jeune république soviétique, encore faible et sans armes, se trouvait en présence de l’impérialisme allemand armé jusqu’aux dents, était une période des plus difficiles de la révolution prolétarienne. La paix de Brest-Litovsk était une manœuvre géniale de Lénine, qui avait permis d’obtenir un répit pour renforcer le pouvoir soviétique, pour organiser les forces armées de la révolution. Boukharine et Piatakov, qui étaient à la tête de la fraction dite « des communistes de gauche », s’efforçaient de faire échec à cette manœuvre léniniste. À vrai dire, ils ont joué un rôle de traîtres, en poussant le pouvoir soviétique à la ruine, sous prétexte d’une « guerre révolutionnaire » qui, dans les conditions d’alors, était vouée manifestement à un échec. Ils adoptaient des résolutions véritablement monstrueuses, provocatrices, où ils préconisaient qu’il était « utile » de consentir à la perte du pouvoir soviétique !

C’est ce qui était littéralement inséré dans une résolution prise par le Bureau régional de Moscou, le 24 février 1918 : « Dans l’intérêt de la révolution internationale, nous croyons utile d’accepter l’éventualité de la perte du pouvoir soviétique qui devient aujourd’hui un pouvoir purement formel. »

Par leur politique d’aventures, les communistes « de gauche » facilitaient à l’impérialisme sa tâche : étrangler la jeune république soviétique. Lénine disait nettement que, « par leur lutte contre la conclusion de la paix, les communistes de gauche ont aidé en réalité les impérialistes allemands et empêché la croissance et le développement de la révolution en Allemagne [4] ».

Un complot contre Lénine

La lutte des communistes « de gauche » contre Lénine avait atteint un tel acharnement que les socialistes-révolutionnaires de gauche avaient engagé des pourparlers avec Boukharine et Piatakov en vue d’un véritable complot qui visait à l’arrestation de Lénine et à la formation d’un gouvernement composé de communistes « de gauche » et de socialistes-révolutionnaires. Les conspirateurs contre-révolutionnaires voulaient mettre à la présidence du Conseil des commissaires du peuple, à la place de Lénine, Piatakov. Boukharine a lui-même reconnu, en 1924, avoir mené ces criminels pourparlers avec les socialistes-révolutionnaires de gauche. (Voir la Pravda du 3 janvier 1923.)

II

Dans leur lutte contre Lénine et le parti, les communistes « de gauche » s’étaient en fait alliés à Trotsky qui, lui aussi, s’acharnait criminellement à faire échouer l’œuvre de la paix. Parmi les communistes « de gauche », il y avait pas mal de gens qui, ultérieurement, ont pris position contre le Parti, comme par exemple les trotskystes (Piatakov, Radek, Préobrajenski...). Les communistes « de gauche » avaient mené une lutte acharnée contre le parti, non seulement dans la question de la conclusion de la paix de Brest-Litovsk. Ils luttaient également contre l’affermissement de la dictature du prolétariat, contre l’édification socialiste que le Parti venait d’entreprendre sous la direction de Lénine, après la conclusion de la paix.

« Petits-bourgeois enragés », disait Lénine

Lénine caractérisait les communistes « de gauche » comme des « petits-bourgeois enragés ». La nature sociale des petits propriétaires, hostiles à la discipline prolétarienne, éclatait nettement dans les discours et les écrits de Boukharine et des autres hommes de « gauche » contre Lénine dans les questions de l’organisation de l’économie socialiste, de la discipline de travail, de la direction une et personnelle, de la rémunération à la tâche, de la statistique, du contrôle...

La théorie du « capitalisme organisé »

Dans la période entre le VIIe et le VIIIe Congrès du Parti (mars 1918, mars 1919), Boukharine combat le Parti et le camarade Lénine dans une question aussi grave que le programme du Parti.

En quoi consistait le fond de la discussion sur le programme du Parti ? Boukharine avait proposé de rayer du programme l’analyse de la production marchande des crises, et de la remplacer par une analyse de « l’impérialisme pur ». Boukharine estimait que les principales contradictions du régime capitaliste (la concurrence, les crises) ’cessaient d’exister » à l’époque de l’impérialisme dans le cadre des États capitalistes nationaux. Dans cette façon de poser la question, on trouvait déjà les bases de la théorie opportuniste de droite du « capitalisme organisé ». Encore en 1917, lors de la discussion du programme, Boukharine écrit ceci : « Le capitalisme éparpillé et inorganisé d’avant est remplacé par le capitalisme organisé. » (Revue Spartakus, n° 2, p. 6.)

Ensuite, Boukharine en arrive à énoncer nettement la thèse mencheviste suivant laquelle le nouveau type des rapports capitalistes supprime, à l’époque impérialiste, les contradictions de la société capitaliste dans le cadre de chaque pays.

Dans l’article « Le Naufrage du capitalisme », Boukharine pose la question : « Ce type nouveau des rapports capitalistes supprime-t-il les contradictions de la société capitaliste ? Détruit-il avant tout l’anarchie du mode actuel de production ? » Et sans se troubler le moins du monde, il répond : « Si l’on se borne au cadre de l’organisation étatique, c’est-à-dire au cadre de la patrie capitaliste on peut répondre à cette question dans le sens affirmatif. » (Revue Spartakus, n° 10, p. 6.)

La théorie antiléniniste de l’« impérialisme pur »

Objectant à la théorie boukharinienne de l’« impérialisme pur », Lénine disait au VIIIe Congrès du Parti : « L’impérialisme pur sans l’assise fondamentale du capitalisme n’a jamais existé, n’existe nulle part et n’existera jamais. C’est une généralisation erronée de tout ce qui a été dit des syndicats, des cartels, des trusts, du capitalisme financier, lorsque le capitalisme financier était représenté comme s’il ne reposait sur aucune des bases du capitalisme. (...) Si l’on voulait rédiger le programme comme le souhaite le camarade Boukharine, ce serait un programme erroné. [5] »

La théorie antiléniniste de « l’impérialisme pur », que Boukharine défendait avec ténacité, avait donné naissance à sa théorie opportuniste de droite du « capitalisme organisé » qui l’apparentait à la Seconde Internationale.

Boukharine s’était dressé contre Lénine dans la discussion du programme dans la question des éléments capitalistes engendrés par la petite économie paysanne.

Dans la négation opiniâtre du danger que représente la croissance d’éléments capitalistes sur le terrain de la petite propriété paysanne, on peut retrouver les racines de la théorie boukharinienne des opportunistes de droite de « l’intégration pacifique du koulak au socialisme », de la négation de la nécessité d’opérer la refonte socialiste de la paysannerie.

Il faut noter que lors de la discussion du programme au VIIe Congrès Boukharine avait proposé de proclamer le dépérissement immédiat de l’État prolétarien. Cette proposition était liée à ses erreurs de la période de la guerre, où il se dressait contre la dictature du prolétariat. En objectant à Boukharine, Lénine disait : « Proclamer à l’avance le dépérissement de l’État, c’est enfreindre à sa perspective historique. [6] »

Boukharine et Piatakov niaient l’importance de la question nationale

Lors de la discussion du programme au VIIIe Congrès du Parti, Boukharine a combattu Lénine dans la question nationale.

Lénine et Staline avait élaboré les conceptions fondamentales des bolcheviks dans la question nationale en tant que partie de la théorie de la révolution prolétarienne. Sans la politique nationale léniniste-stalinienne, la victoire de la Grande révolution prolétarienne, la victoire du socialisme dans l’U.R.S.S. auraient été impossibles.

Encore aux années de guerre, Boukharine et Piatakov se sont dressées contre Lénine, en niant l’importance de la question nationale à l’époque de l’impérialisme. Par la même, en repoussant les réserves, les possibilités révolutionnaires du mouvement d’affranchissement national des pays opprimés, ils condamnaient la révolution prolétarienne à l’isolement et à la défaite. Lénine qualifiait les conceptions de Boukharine et de Piatakov de « caricature du marxisme ».

Au VIIIe congrès du parti, Boukharine a déclaré le mot d’ordre bolcheviste du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes était soi-disant en contradiction avec les principes de la dictature du prolétariat.

Boukharine se dresse contre Lénine dans la discussion syndicale

En 1921, Boukharine prend de nouveau position contre Lénine dans la discussion syndicale. On sait que cette discussion soulevée par Trotsky avait causé un mal immense, avait provoqué une crise dans le Parti dans les conditions si difficiles du commencement de 1921. Boukharine avait d’abord assumé le rôle de « tampon » dans cette discussion, mais pratiquement, en sa qualité d’allié de Trotsky, il ne faisait que combattre Lénine. Boukharine attisait insidieusement la discussion, en y jetant, selon l’expression de Lénine, « du pétrole de tampon ».

Dans les thèses de Boukharine, se manifestèrent à nouveau ses hésitations anarcho-syndicalistes. Étant en désaccord depuis longtemps avec Lénine sur la question de la dictature du prolétariat, Boukharine commença, lors de la discussion syndicale, à nier le rôle du parti vis-à-vis des organisations économiques. Il proposa que les syndicats nomment ce qu’il appelait des candidatures « obligatoires » aux centres économiques correspondants, sans que ces candidatures soient ratifiées par le Parti. Boukharine répudiait la direction du parti communiste à l’égard des ouvriers sans parti, ainsi que le travail de longue haleine pour éduquer et instruire les masses travailleuses (syndicats, « école » du communisme).

Les avertissements de Lénine

Voici donc ce qu’écrivait Lénine de la position de Boukharine : « Les thèses de Boukharine et consorts constituent un comble de la débandade idéologique... ! C’est la rupture complète avec le communisme et le passage aux positions du syndicalisme [7]. » /

Lénine mettait en garde Boukharine en disant que la logique objective de la lutte fractionnelle contre le Parti et l’obstination qu’il mettait à défendre ses déviations du communisme pouvaient le conduire très loin : « Plus... Boukharine défendra sa déviation du communisme, nettement erronée du point de vue théorique et trompeuse du point de vue politique, plus seront tristes les fruits de cette obstination [8]. »

En 1920, Lénine critiquait vivement, dans ses notes, le livre de Boukharine, L’Économie de la transition, en montrant l’absence de la méthode marxiste, dialectique, sa scolastique à la Bogdanov. Peu avant sa mort, Lénine adressa encore un avertissement à Boukharine : « Ses conceptions théoriques... - écrivait Lénine au sujet de Boukharine - je doute qu’on puisse les classer parmi les conceptions entièrement marxistes puisqu’il y a là-dedans quelque chose de scolastique (il n’a jamais étudié la dialectique et je crois qu’il ne l’a jamais comprise [9] ».

Mais Boukharine resta sourd à ces avertissements de Lénine. Ses vieilles déviations du marxisme, du communisme, ont servi de base à l’idéologie de la déviation de droite, de la déviation koulak.

Rykov, second leader de la déviation de droite

Le deuxième leader de la déviation de droite, Rykov, a lui aussi plus d’une fois combattue Lénine et le parti. Aux années de la réaction, Rykov occupait une position conciliatrice vis-à-vis de tous les groupements hostiles au parti : les liquidateurs, Trotsky, les « otzovistes » [10]. Avec Kamenev, Zinoviev, Tomski et d’autres, Rykov empêchait Lénine de combattre ces groupements hostiles au parti ; avec les autres conciliateurs, il trahissait Lénine.

Il déclarait que la révolution socialiste était impossible en Russie !

À la Conférence d’avril 1917, Rykov, avec Kamenev, se dressa contre les thèses avril de Lénine, contre la ligne du parti orienté vers la transformation de la révolution démocratique bourgeoise en révolution socialiste. Rykov déclarera ouvertement qu’en Russie, la révolution socialiste était impossible. « D’où se lèvera le soleil de la révolution socialiste ? Demanda Rykov. Je pense, disait-il, qu’étant données toutes les conditions, le niveau de l’habitant, l’initiative de la révolution socialiste ne nous appartient pas. Nous n’avons pour cela ni les forces, ni les conditions objectives nécessaires. » (La VIIe conférence d’avril panrusse et de la ville de Petrograd du POSDR, édition du parti, 1934, page 93.)

À la Conférence d’avril, Lénine caractérisait les conceptions de Rykov comme une « rupture avec le marxisme », comme une « parodie du marxisme ».

Contre la révolution d’octobre

Rykov a combattu Lénine et le parti lors de l’insurrection d’Octobre, il était contre la révolution d’Octobre. Après la révolution d’Octobre, Rykov, avec Kamenev et Zinoviev, s’efforce d’engager la dictature du prolétariat dans la voie de la démocratie bourgeoise.

En entravant le travail révolutionnaire, ces hommes posaient au partie un ultimatum, ils exigeaient de faire participer au gouvernement les mencheviks et les socialistes-révolutionnaires de droite, ils exigeaient que l’on renonce à la révolution socialiste. Dans sa résolution du 15 (10) novembre 1917, rédigée par Lénine, le Comité central du parti a condamné leurs hésitations criminelles et a souligné que « l’opposition qui s’est formée au sein du Comité central s’écarte complètement de toutes les positions fondamentales du bolchevisme et de la lutte de classe du prolétariat en général, en reprenant les refrains essentiellement non marxistes sur l’impossibilité de la révolution socialiste en Russie [11] ». Le 17 novembre 1917, Rykov demande sa démission du comité central du gouvernement dans lequel il occupait le poste de commissaire du peuple à l’Intérieur. Lénine a stigmatisé cet acte honteux de Rykov qu’il qualifia d’acte de déserteur et de briseur de grève.

[1] Recueil Lénine, tome XIV, p. 257. Ed. russe.

[2] Ibidem, p. 259.

[3] Lénine, Œuvres complètes, tome XXIX, p. 229-230. Ed. russe.

[4] Lénine, Œuvres complètes, tome XXII, p. 316. Ed. russe.

[5] Lénine, Œuvres complètes, tome XXIV, pp. 131-132. Ed. russe.

[6] Lénine, Œuvres complètes, tome XXII, p. 355. Ed. russe.

[7] Lénine, Œuvres complètes, tome XXVI, p. 92. Ed. russe.

[8] Lénine, Œuvres complètes, tome XXVI, p. 145. Ed. russe.

[9] Note Smolny : Pas de référence aux œuvres de Lénine pour cette citation, et pour cause, elle est extraite du « testament politique » de Lénine qui condamnait bien plus catégoriquement les agissements de Staline. Le cynisme de l’auteur ne manque donc pas d’ironie... et même d’une certaine témérité, car citer un texte qui n’existe officiellement pas pouvait s’avérer un jeu dangereux. Mais pour les lecteurs de l’Humanité, toujours prêts à gober les plus énormes inepties du moment que se profile une « juste » exécution à l’horizon... cela ne risquait certes pas de créer un trop grand trouble.

[10] Les otzovistes exigeaient le rappel de la Douma des députés bolcheviks.

[11] Lénine, Œuvres complètes, tome XXX, p. 360. Ed. russe. Souligné par nous P. P.