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POSDR - Parti Ouvrier Social-Démocrate de Russie
Organisation révolutionnaire russe
[28 juin 2006] : par jo

Fondé en 1898, à Minsk. Scission en 1903, réunification en 1906 ; la fraction bolchevique [littéralement “partisans de la majorité, bolchinstvo”] s’autonomise en 1912 (conférence de Prague).

Après son changement de nom en PCR(b) - Parti communiste de Russie (bolchevik) - en 1918, le POSDR désigne uniquement les mencheviks [ou “partisans de la minorité, menchinstvo”], dirigés par Martov.

Les bolcheviks croyaient en leur avenir car ils se voyaient simplement comme avant-garde de la révolution mondiale, mais aussi parce qu’ils savaient que leur fusion avec les éléments actifs de la classe ouvrière était si totale que l’on pouvait se demander si c’est le parti qui les avait gagnés ou s’ils s’étaient emparés du parti pour en faire leur organisation. C’est ce qu’ exprime Volodarsky en juillet 1917 : « Dans les usines, nous jouissons d’ une influence formidable, illimitée. Le travail du parti est rempli principalement par les ouvriers eux-mêmes. L’ organisation a monté d’en bas et c’est pourquoi nous avons toutes raisons de penser qu’elle ne se disloquera pas. » (cité par Broué, Le Parti Bolchevique , page 101)

Le souci premier de Lenine fut la construction d’un parti d’action adapté à la Russie tsariste. Dans sa polémique avec les mencheviks (1904), alors que tous les socialistes sont clandestins, il écrit : « Nous aussi, nous sommes pour la démocratie, quand cela est vraiment possible. Aujourd’ hui, ce serait une plaisanterie (...) Sous l’ autocratie, avec ses répressions féroces, adopter le régime des élections, c’ est tout bonnement aider le tsarisme à détruire notre organisation. » (Lenine, Oeuvres choisies, T1, p. 464)

Malgré les ravages d’ agents provocateurs (comme Malinovski), au prix d’ efforts héroïques (certains imprimeurs clandestins ne quitteront la cave où ils ont travaillé, mangé et dormi pendant des mois que pour la prison) le moral de ces hommes semble à toute épreuve. « La jeunesse de la génération révolutionnaire coïncidait avec celle du mouvement ouvrier. C’ était l’ époque des hommes de 18 à 30 ans. Le mouvement ignorait complètement l’ arrivisme, il vivait de sa foi en l’ avenir et de son esprit de sacrifice (...) On mettait son point d’ honneur à tenir le plus longtemps possible avant l’ arrestation ; à se comporter avec fermeté en présence des gendarmes ; à seconder le plus possible les camarades arrêtés ; à lire en prison le plus grand nombre de livres ; à s’ évader au plus vite de déportation pour gagner l’ étranger ; à y faire provision de science pour rentrer et reprendre le travail révolutionnaire ... » (Trotsky, Staline , p. 11, Editions 10/18)

« Rien, sans doute, ne peut mieux expliquer les victoires du bolchevisme, et surtout leur conquête, lente puis foudroyante, que ceux que Boukharine appelle le “deuxième cercle concentrique du parti”, ses antennes et ses leviers en période révolutionnaire, les ouvriers révolutionnaires, organisateurs de syndicats et de comités du parti, animateurs et éducateurs infatigables (...) De tous ceux-là, l’ histoire a presque oublié les noms : Lenine, parlant d’ eux, dit les cadres “à la Kaiourov”, du nom de l’ ouvrier qui le cache en 17 pendant quelques jours. Sans leur existence, le “miracle” bolchevique ne peut se comprendre ... » (Broué, LPB , p. 63)

Et l’ autorité de Lenine, fondateur et dirigeant, sur ses compagnons « n’ est, elle, ni celle du prêtre, ni celle de l’ officier, mais celle du pédagogue, du maître, de l’ ancien - le Vieux, dit-on familièrement - dont on admire l’ intégrité, la perspicacité, dont on apprécie les connaissances et l’ expérience (...) Son influence repose sur la force et la vigueur de ses idées, son tempérament de lutteur, non sur un conformisme et une discipline rigides (...) Ce n’ est d’ ailleurs pas avec des robots que l’ on peut construire un parti révolutionnaire. Il le sait, lui qui écrit à Boukharine que, si l’ on excluait les gens intelligents mais peu disciplinés, pour ne conserver que les imbéciles disciplinés, on ruinerait le parti ... » (Broué, LPB , p. 65-66).

Ce parti, Lenine l’ a forgé, avec une exceptionnelle ténacité, toute sa vie. En décembre 1901 paraît à Stuttgart le 1° numéro de l’ ISKRA (“l’ Etincelle”), “ce fil visible à tout le monde et auquel chacun pourrait s’ en tenir.” Ses émissaires, qui parcourent le pays, sont une trentaine en 1903. Avec le développement du mouvement ouvrier, avec la forme d’ organisation centralisée plus efficace, à la veille de 1905, 8 000 bolcheviks sont implantés dans la plupart des centres industriels. Avec le reflux, la répression se déchaîne, les arrestations se multiplient, le moral des ouvriers s’ effondre, beaucoup de militants abandonnent leur activité. De plusieurs milliers à Moscou en 1907, ils ne sont plus que 150 en 1909 et il n’ existe plus d’ organisation sur la ville en 1 910 ! Face à ces temps difficiles, il faut dit Lenine, « la force de la volonté, l’endurance et la fermeté d’un parti révolutionnaire trempé pour savoir résister au doute, à la faiblesse, à l’ indifférence, au désir d’abandonner la lutte » (Trotsky, Staline ) Et, il rajoutera plus tard : « Si le prolétariat russe n’avait pas pendant 3 ans, de 1905 à 1907, livré de grandes batailles et déployé son énergie révolutionnaire, la 2° révolution (celle de février 17) n’aurait pu être aussi rapide (...) 1905 a profondément ameubli le terrain, déraciné les préjugés séculaires, éveillé à la vie politique et à la lutte politique des millions d’ ouvriers et de paysans. » ( Lettres de loin )

Après une remontée des luttes (1911-1913), la guerre impose une nouvelle période de réaction où chaque militant n’est plus qu’un individu isolé. Quand à partir de 1916, les ouvriers retrouvent les voies de la lutte, la fraction bolchevique compte, au maximum, 5 000 membres. Le 26 juillet 1917, au congrès d’unification, 170 000 militants (40 000 pour la seule Pétrograd) élisent les délégués. Le parti communiste est né de la confluence des courants révolutionnaires indépendants que constituent aussi bien l’ organisation interrayons (Trotsky) que les nombreuses organisations SD internationalistes, jusque-là restées à l’ écart du parti de Lenine.

Et, en 1931, Karl Radek, expliquant ce qu’avait été, pour les bolcheviks, la constitution du parti devait rappeler qu’il avait « accueilli ce qu’ il y avait de meilleur dans le mouvement ouvrier » et qu’ on ne devait pas, en faisant comme s’ il était sorti tout droit de la fraction de 1903, « oublier les courants et les ruisseaux », les autres révolutionnaires indépendants, qui s’y étaient déversés en 1917 ... (Broué, LPB , p. 89)

Mais comment la classe, vidée de son sang par la guerre, asphyxiée par des milliers d’ années d’ esclavage et d’ obscurantisme, flouée par les réformistes et les conciliateurs ... a t-elle pu redresser la tête ?

« Le marxisme enseigne que les intérêts du prolétariat sont déterminés par les conditions objectives de son existence. Ces intérêts sont si puissants qu’ils contraignent finalement le prolétariat à faire de la réalisation de ses intérêts objectifs son intérêt subjectif. Entre ces deux facteurs - le fait objectif de son intérêt de classe et sa conscience subjective - s’ étend le domaine inhérent à la vie, celui des coups, des erreurs et des déceptions, des vicissitudes et des défaites. La perspicacité tactique du parti du prolétariat se situe tout entière entre ces deux facteurs et consiste à raccourcir et à faciliter le chemin de l’ un à l’ autre ... » (Trotsky, Nos tâches politiques , 1904).

La force de Lenine, c’est sa clarté politique et son travail inlassable, patient “d’explication”, d’abord en avril, puis en octobre 1917. Pour, de minoritaire, parvenir à convaincre la majorité des bolcheviks.

Mais, si on laisse de côté son rôle fondamental et celui joué :

— par Chliapnikov (de liaison entre “l’intérieur et l’extérieur” de la Russie) ;

— par de brillants organisateurs comme Sverdlov, de brillants orateurs comme Volodarsky, Loutnatcharski et Trotsky, de brillants théoriciens comme Préobrajenski ou Boukharine, tous issus du vivier révolutionnaire et assassinés pendant la guerre civile ou par Staline,

ils ne pouvaient rien sans une avant-garde combattive qui menait un intense travail d’agitation.

Car, la fonction du parti n’est pas de commander la classe, d’imposer militairement une direction, de forcer le cours des évènements de façon putschiste. Au contraire, il faut que l’unité se réalise en développant clairement les besoins réels de la classe. Ainsi « Les délégués officiels des organisations n’ étaient que des gouttes dans l’ océan de la paysannerie. Un travail infiniment plus important était accompli par les centaines de soldats qui désertaient le front, gardant dans leurs oreilles les consistants mots d’ ordre des meetings. Les muets du front devenaient chez eux, au village, des parleurs. Et les gens avides d’entendre ne manquaient pas ... Pour que l’on n’ en passe point par les épreuves qu’a connu la Commune de Paris, lorsque la paysannerie ne compris pas la capitale, le journal Bednota (journal des pauvres) commença bientôt à paraître. Mais la force du parti bolchevique n’ était point dans les moyens techniques, ni dans l’ appareil, elle était dans une politique juste ... Mais, incomparablement plus efficace dans cette dernière période avant l’ insurrection était l’ agitation moléculaire que menaient des anonymes, ouvriers, matelots, soldats, conquérant l’un après l’autre des sympathisants, détruisant les derniers doutes ... Comment donc avec un si faible appareil et un tirage de presse si insignifiant, les idées et les mots d’ ordre du bolchévisme purent t-ils s’emparer du peuple ? Le secret de l’ énigme est très simple : les mots d’ ordre qui répondent au besoin aigu d’une classe et d’ une époque se créent des milliers de canaux. Le milieu révolutionnaire porté à l’incandescence se distingue par une haute conductibilité des idées. Les journaux bolchevistes étaient lus à haute voix, relus jusqu’à être en lambeaux, les articles les plus importants s’apprenaient par coeur, étaient racontés, recopiés et, là où c’ était possible, réimprimés ... La masse ne tolérait déjà plus dans son milieu les hésitants, ceux qui doutent, les neutres. Elle s’efforçait de s’emparer de tous, de les attirer, de les convaincre, de les conquérir ... Les classes bourgeoises s’attendaient à des barricades, aux lueurs des incendies, à des pillages, à des flots de sang. En réalité, il régnait un calme plus effrayant que tous les grondements du monde. Sans bruit se mouvait le terrain social, comme une scène tournante, amenant les masses populaires au premier plan et emportant les maîtres de la veille dans un autre monde ... » (voir les pages lumineuses 324, 446-449, 608 dans Trotsky., HRR Tome 2, Points Seuil)

En cette fin d’ année 1917, la fusion se réalisait enfin entre la majorité et la minorité ...


Bibliographie indicative :

— BROUE Pierre, Le Parti bolchevique, Editions de Minuit, 1977 ;

— HAUPT Georges, MARIE Jean-Jacques, Les Bolcheviks par eux-mêmes, François Maspéro, 1968 ;

— MARIE Jean-Jacques, Trotsky, révolutionnaire sans frontières, Payot, 2006 ;

— TROTSKY Léon, 1905 - suivi de Bilan et Perspectives, Minuit, 1967 ;

— TROTSKY Léon, Ma Vie, Gallimard, 1988 ;

— TROTSKY Léon, La Révolution russe, Seuil, 1997 ;