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HELPHAND Alexander Israel, né LAZAREVITCH, dit PARVUS ( 1867 - 1924 )
Journaliste, social-démocrate, homme d’affaires et « diplomate » russe
[10 mai 2007] : par eric , jo

Le père de Parvus, un artisan, déménagea avec sa famille à Odessa à la suite d’un incendie. Après le lycée et un an d’apprentissage, il se rendit à l’étranger en 1887 et s’inscrivit à l’Université de Bâle où il soutint en 1891 une thèse sur la division du travail. De la fin de l’année, jusqu’au début de 1893 où il en fut expulsé, il résida à Berlin et collabora à la presse social-démocrate : Die Neue Zeit, Vorwarts et Die Gleichheit de Clara Zetkin. Dès lors, il adopta une position originale qui consistait à utiliser toutes les possibilités qui s’offraient à la social-démocratie, tout en maintenant les objectifs révolutionnaires. C’est ainsi qu’il était favorable à la participation social-démocrate aux élections à la Chambre des députés de Prusse ou, en 1903, à un vice-président social-démocrate au Reichstag, mais il estimait que le refus de voter le budget était l’arme parlementaire la plus importante de la social-démocratie.

C’est en 1894 qu’il prit le pseudonyme de Parvus. En 1895, il s’opposa au projet de programme agraire élaboré par une commission dont faisait partie Bruno Schonlank, qui l’avait invité à collaborer à la Leipziger Volkszeitung. Comme il poursuivait ses attaques au-delà du congrès du parti de Breslau, Schonlank le congédia, mais les sociaux-démocrates de Dresde firent appel à lui pour rédiger la Siichsische Arbeiterzeitung. Il la sortit du marasme financier, mais il entra aussi en conflit avec la rédaction et s’installa à Stuttgart, d’où il dirigea le journal. Il fut le premier à réagir aux thèses de Bernstein dans la Sachsische Arbeiterzeitung, même s’il pensait comme lui qu’il fallait sortir le mouvement ouvrier de son immobilisme. Attaqué par les dirigeants du parti, à l’exception de Clara Zetkin, au congrès de Stuttgart, il se vit accorder la possibilité de s’y défendre même sans mandat, qu’il ne pouvait avoir en tant qu’étranger.

Après une série d’articles contre l’opportunisme dans Die Neue Zeit en 1901, il fut une nouvelle fois la cible des attaques du congrès de Lübeck, avec Rosa Luxemburg qu’il connaissait d’ailleurs depuis la Suisse. Expulsé de Saxe en 1898 avec le Polonais Julian Marchlewski, il le fit venir à la rédaction de la Sachsische Arbeiterzeitung et s’installa lui-même à Munich, d’où il se rendit en 1899 en Russie, pour se documenter avec le docteur Carl Lehmann sur la famine : il publièrent ensemble un livre à ce sujet l’année suivante. Il créa aussi avec Marchlewski une agence de presse à Munich, qui publia un bulletin, Aus der Weltpolitik, destiné à être repris par les journaux sociaux-démocrates : l’entreprise ne connut pas une grande réussite. En outre, en 1902, ils créèrent tous deux une maison d’édition de littérature slave et nordique dont le seul et unique succès fut Les Bas Fonds de Gorki.

Dès avant la Révolution russe, il s’était déjà prononcé sur la grève de masse, sur l’impérialisme et sur une idée qu’il reprendra après la guerre : les Etats unis d’Europe. En octobre 1905, il se rendit en Russie, participa aux côtés de Trotsky, qu’il avait rencontré à Munich, au soviet de Saint-Pétersbourg et se fit arrêter en avril 1906. S’étant échappé en novembre, il alla à Dortmund chez Konrad Haenisch, qui resta jusqu’à la fin l’un de ses fidèles. Il collabora anonymement à la Dortmunder Arbeiterzeitung et écrivit un ouvrage sur la politique coloniale où il préconisa le libre-échange. Les publications du parti qui l’avaient boudé, Die Neue Zeit et Vorwarts, lui rouvrirent leurs colonnes. Sans résidence fixe de 1908 à 1910, il exposa dans des livres sa vision de la société socialiste future. En 1910, après le scandale, dans le parti russe, des droits d’auteur non versés à Gorki, il se rendit à Vienne, puis à Constantinople où il devint un homme d’affaires prospère.

Persuadé, lors du déclenchement des hostilités, que la crise du capitalisme devait être exploitée pour instaurer un ordre socialiste, il prit parti pour les empires centraux, estimant qu’une victoire de l’Allemagne permettrait de renverser le régime tsariste. Après une tournée à travers les Balkans et ayant cherché à s’assurer le soutien de la droite du SPD, il entreprit toute une série de démarches compliquées pour amener le ministère des Affaires étrangères du Reich à soutenir les bolcheviks. Il créa une nouvelle fois plusieurs publications, dont Die Glocke qui parut jusqu’en 1925 et tenta de Scandinavie, où il résidait, d’influer sur les conditions d’une paix avec la Russie, souhaitant, après la révolution de Février, que les sociaux-démocrates majoritaires aillent négocier avec le soviet de Petrograd (il restera d’ailleurs très lié avec Scheidemann), tout en demandant à Lénine l’autorisation - qui lui fut refusée - de rentrer en Russie.

Après la prise du pouvoir par les bolcheviks, il leur adressa de violentes critiques, proches à nouveau de celles de Rosa Luxemburg. Lors du déclenchement de la révolution allemande, trop compromis avec le régime qui s’effondrait, il se réfugia en Suisse et se prononça contre le système des conseils dans un pays comme l’Allemagne qui avait une longue tradition parlementaire.

Mais son mode de vie fastueux suscita le scandale et il fut expulsé de Suisse en février 1920. Ayant acquis la nationalité prussienne en février 1916, par la grâce du ministère des Affaires étrangères, il s’installa, bon gré mal gré, dans une luxueuse villa sur le Wannsee à Berlin où il donna de somptueuses réceptions et fit une fois de plus l’objet de scandales. Il recommença alors à écrire régulièrement dans Die Glocke puis dans une revue paraissant en plusieurs langues, Wiederaufbau, destinée à promouvoir une coopération européenne contre la menace russe. Il succomba à une crise cardiaque en décembre 1924, non sans avoir brûlé la plupart de ses papiers.


Source :

— DROZ Jacques, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier - Allemagne, Les Editions Ouvrières, Paris, 1990 ;


Oeuvres :

— PARVUS, Die Gewerkschaften und die Sozialdemokratie, 1896 ;

— PARVUS, Wohin führt die politische Maßregelung der Sozialdemokratie ? Kritik der politischen Reaktion in Deutschland, Dresden, Sächsische Arbeiter-Zeitung, 1897 ;

— PARVUS, Das hungernde Russland. Reiseberichte, Beobachtungen und Untersuchungen (avec C. Lehmann), Stuttgart, J. H. W. Dietz, 1900 ;

— PARVUS, Die Handels· krisis und die Gewerkschaften, 1901 ;

— PARVUS, In der russischen Bastille während der Revolution, Dresden, Kaden, 1907 ;

— PARVUS, Die Kolonialpolitik und der Zusammenbruch, Leipzig, Leipziger Buchdruckerei Aktiengesellschaft, 1907 ;

— PARVUS, Der Staat, die Industrie und der Sozialismus, 1912 ;

— PARVUS, Die Verstaatlichung der Banken und der Sozialismus, 1919 ;

— PARVUS, Der Klassenkampf des Proletariats, Berlin, Buchhandlung Vorwärts, 1908 - 1911 ; contient :I. Der gewerkschaftliche Kampf. II. Die kapitalistische Produktion und das Proletariat. - III. Die Sozialdemokratie und der Parlamentarismus. - 1908 ; IV. Der Sozialismus und die soziale Revolution. - 1910 ; V. Die Arbeiterschaft und das Unternehmertum. - 1910 ; VI. Der Ideenkampf gegen den Sozialismus. - 1910 ;

— PARVUS, Die soziale Bilanz des Krieges, 1917 ;

— PARVUS, Meine Antwort an Kerenski und Co. Flugschrift von Parvus, Berlin, Verlag für Sozialwissenschaft, 1917 ;

— PARVUS, lm Kampfum die Wahrheit, Berlin, Verlag für Sozialwissenschaft, 1918 ;

— PARVUS, Die Verstaatlichung der Banken und der Sozialismus, Berlin, Verlag für Sozialwissenschaft, 1919 ;

— PARVUS, Aufbau und Wiedergutmachung, Berlin, Verlag für Sozialwissenschaft, 1921 ;

— PARVUS, Der wirtschaftliche Rettungsweg, 1921 ;

— PARVUS, Le Chemin du salut économique, Berlin, Verlag für Wiederaufbau und Weltwirtschaft, 1922 ;

— PARVUS, Dures vérités : la politique financière du Reich, Berlin, Verlag für Wiederaufbau und Weltwirtschaft, 1922 ;


Bibliographie indicative :

— ZEMAN Z.A. and SCHARLAU W.B., The Merchant of Revolution. The life of Alexander Israel Helphand (Parvus) 1867-1924, Londres, New York, Oxford, 1965 ;

— BROUE Pierre, Trotsky, Paris, 1988 ;

— HERESCH Elisabeth, Geheimakte Parvus : Die gekaufte Revolution : Biographie, angen, Mueller Verlag, 2000 ;