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BILAN 22c : Nous, Calligaris et le Centrisme
Août - Septembre 1935 / pp. 730 - 731
[15 mai 2007] : par eric

Dans le dernier numéro de « Bilan », nous avons reproduit des extraits du journal centriste « La Difesa » du 13 juillet 1935 qui, rompant enfin le silence autour de Calligaris, publia une lettre attribuée à ce dernier. Nous disions : « A supposer un seul instant que cette lettre fût véridique, pourquoi l’envoyer en Sibérie, dans une région où le climat peut entraîner sa mort ? ». Les centristes prétendaient, en effet, que Calligaris avait été envoyé « volontairement », « en punition », au fond de la Sibérie.

Dans un premier moment, instruits comme nous le sommes, au sujet des mystifications du centrisme, nous avons cru qu’il s’agissait d’un faux. Mais des informations successives nous permettent d’affirmer que Calligaris est bien l’auteur de la lettre publiée par l’organe centriste. Mais déjà dans le numéro 21 de « Bilan », nous avions posé le problème ainsi : à supposer la véracité de la lettre, elle laisse cependant subsister intégralement la signification de notre campagne.

Et, en effet, que pouvait répondre le centrisme ? Pouvait-il affirmer que dans le « pays du socialisme » on ne déporte pas celui qui ne se plie pas devant la politique centriste ? Il n’osera pas affirmer que Calligaris, qui avait manifesté le désir de sortir de la Russie et d’être mis dans la possibilité de traverser les différentes frontières pour rejoindre le pays de son choix, a obtenu, par contre, la possibilité de « trouver du travail en Sibérie ». Il ne pourra pas dire que, dans le « pays du socialisme », on tolère une voix d’opposition, la voix d’un réfugié politique qui sera relégué en Sibérie parce qu’il n’a pas su se perdre dans la mer enthousiaste des prolétaires qui acclament Staline. Il ne pourra d’ailleurs nier ce que nous écrivions dans « Prometeo » : à savoir que la répression contre Calligaris et les « autres » (puisqu’aujourd’hui nous savons qu’il ne s’agit pas seulement de Calligaris) a la valeur d’une garantie offerte au capitalisme de tous les pays, lequel peut actuellement perdre toute crainte puisque les prolétaires révolutionnaires ne trouvent aucune miséricorde dans le pays du « socialisme », où l’on ne se moque pas impunément de Staline.

Quand le centrisme nous répond purement et simplement que Calligaris n’est plus Calligaris, cela n’a évidemment qu’une importance secondaire, puisque notre campagne s’adressait aux ouvriers afin qu’ils fassent cesser une répression qui s’exerce contre les ouvriers qui veulent continuer la lutte pour le communisme. Même s’il faut admettre que Calligaris s’est déclaré vaincu, cela ne signifie pas que toutes nos considérations aient perdu leur valeur : au contraire, elles ne peuvent qu’en être renforcées, puisque la preuve est amplement faite que le centrisme ne répond pas autrement que le système fasciste : il ne desserrera pas d’une maille la répression qu’il exerce, mais il cherchera à étouffer toute réaction parmi les masses auxquelles il sera dit que toute agitation devient inutile puisque le militant est enfin tombé.

Mais pour nous - et le centrisme le sait parfaitement - il s’agit d’un problème bien plus vaste et qui se relie à la situation dans laquelle est plongé le prolétariat russe, au régime imposé par le centrisme, lequel ne laissera pas de répit aux prolétaires qui ne céderont pas ou ne se plieront pas jusqu’à l’acceptation d’une politique qu’ils croient contrastante avec les intérêts du communisme.

Quant au cas particulier de Calligaris, nous demandons à nouveau : pourquoi ne lui donne-t-on pas la possibilité de « travailler » ailleurs qu’en Sibérie, du moment qu’il s’agit d’un « repenti » ? Peut-être le centrisme n’a-t-il pas toutes les garanies à son sujet ? C’est bien cela qui nous pousse à dire : un prolétaire dont l’existence est menacée de mille dangers peut traverser des moments où sa lucidité mentale est brouillée par les convulsions d’un organisme qui a dû supporter des années et des années de prison et de déportation dans la lutte contre le fascisme. Mais demain, quand le mal physique sera atténué ce prolétaire pourra reprendre sa vigueur. Par conséquent, il faut maintenir plus forte et plus vive l’oppression physique afin que son cerveau ne puisse reprendre la force de penser et de lutter.

Le centrisme n’a qu’un moyen pour répondre et très simplement : laisser libre Calligaris envers lequel nous ne cesserons d’affirmer notre affectueuse solidarité. Qu’il soit de la gauche, anarchiste, centriste, puisqu’il reste un prolétaire qui entend continuer la lutte contre le capitalisme, et que cette lutte il entend la continuer avec des procédés prolétariens, nous continuons et continuerons à réclamer pour lui la possibilité de militer et de « travailler » non en Sibérie, mais dans le pays, dans la localité qu’il choisira et où surtout il pourra soigner sa santé abîmée par les persécutions fascistes et centristes.

Nous sommes certaines que les prolétaires comprendront la raison qui nous pousse à continuer une campagne qui ne se limite pas simplement à réclamer pour « un des nôtres » la possibilité d’échapper à la répression centriste, mais qui a uniquement pour but de protester contre la répression centriste, répression qui déferle dans « le pays du socialisme » contre les ouvriers qui veulent continuer la lutte pour le socialisme.