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1906-11-xx : Rosa Luxemburg à Georgi Bakalov
Parution d’un article sur le mouvement ouvrier bulgare - Inscription à l’école du parti
[19 juin 2007] : par eric

[Novembre 1906 [1] .]

Cher camarade,

Je regrette beaucoup de ne pas pouvoir vous recevoir [2] mais le docteur m’a interdit toute conversation et je suis obligée de rester couchée jusqu’à la fin novembre.

J’ai lu votre article. Il est très intelligent et intéressant, cela vaut vraiment la peine de le traduire en allemand. J’en parlerai à Kautsky pour qu’il accepte.

J’ajouterai quelques remarques :

1) La traduction devra être faite par quelqu’un qui connaît parfaitement l’allemand. Ce que vous avez commencé à écrire en allemand ne peut être imprimé. En tout cas, si vous avez un traducteur allemand, votre propre traduction suffit à lui faire comprendre ce que vous voulez dire.

2) Je vous conseille de supprimer la dernière partie de la p. 36 à la p. 42, car l’énumération détaillée des forces de chaque fraction [3] se chiffre de façon tellement minime que le lecteur allemand en sourira et perdra tout intérêt pour les destinées de ce mouvement minuscule. En outre, une description aussi extensive des deux fractions [4] laissera aux Allemands une impression de mesquinerie et de haine. Et les courants d’idées ? Vous les avez déjà parfaitement caractérisés auparavant.

3) En revanche, j’estimerais utile que vous élargissiez le paragraphe concernant les forces du mouvement ouv.[rier] en général et que vous ajoutiez en outre quelques données témoignant du fait qu’en fin de compte il y a bien en Bulgarie une sorte de véritable mouvement. Je vous conseillerais de placer cette partie en début d’article et ce n’est qu’après que devrait être inséré le développement sur le groupe d’intellectuels, car le lecteur ne comprendrait pas ce qui a mis le feu aux poudres s’il n’y a pas du tout de mouvement ouvrier. Ce serait bien... de rappeler quelles sont les couches de travailleurs (les professions) qui participent au mouvement, quelles ont été les grèves. Deux-trois mots sur les poursuites gouvern.[ementales] ne dépareraient pas. Mais le tout brièvement [5].

Traduisez l’article, remettez-le à Kautsky sans manquer de m’en informer.

En ce qui concerne l’école du parti, je n’ai jusqu’à présent aucune nouvelle de Bebel. Cela signifie que les anciens n’ont pas encore décidé comment s’attaquer à ce dur morceau. Mais j’ai peu d’espoir d’un résultat [6].

Cordiale poignée de main à vous et à votre femme.

R.L.


Source :

— LUXEMBURG Rosa, Vive la lutte ! Correspondance 1891-1914, Textes réunis, traduits et annotés sous la direction de Georges HAUPT par Claudie WEILL, Irène PETIT, Gilbert BADIA, Editions François Maspero, Bibliothèque Socialiste n°31, Paris, 1975, p. 280-281.

— Original en langue russe. Archives de l’Institut pour l’histoire du BKP, Sofia.

[1] Date établie d’après le contenu de la lettre.

[2] Rosa Luxemburg et Bakalov s’étaient déjà rencontrés lors de ce séjour de Bakalov à Berlin. Elle lui avait envoyé une carte postale à la Fasanenstrasse où il demeurait à Berlin : « Je serai ravie de vous voir. venez chez moi demain ou après-demain - comme il vous conviendra. Rendez-vous à Friedenau par la ligne du Wannsee (Postdamerplatz). Mon appartement est près de la station de Friedenau, Canachstrasse 58, deuxième étage. » (Archives du Parti, Sofia).

[3] Il s’agit des deux fractions du socialisme bulgare, les « étroits », orthodoxes, et les « larges », réformistes.

[4] Ici la transcription du texte russe est peu claire et la traduction ne peut donc être qu’approximative.

[5] L’article remanié puis de nouveau raccourci a paru dans la Neue Zeit : « Die sozialistische Bewegung in Bulgarien. Eine Uebersicht », NZ, XXV, 1, 1906-1907, p. 596-603.

[6] Bakalov, qui venait de fonder l’Union Prolétarii, se situant en dehors des deux fractions du socialisme bulgare, résidait à Berlin fin 1906-début 1907. Il demanda à suivre les cours de l’école du SPD en voie de création.