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BORDIGA Amadeo dit Orso ( 1889 - 1970 )
Socialiste puis communiste de gauche italien
[6 septembre 2006] : par jo

Le mouvement italien demeure extrêmement faible jusqu’à la fin du XIX° siècle. Pourtant, en 1886, on traduit Le Capital et le Parti des travailleurs italiens naît à Gênes en 1892. Dans cette formation, rebaptisé PSI en 1895, la tendance réformiste l’emporte. Dès 1904, apparaît pourtant une forte opposition de gauche menée par Antonio Labriola (1843-1904). En 1907, ce courant qui défend des positions syndicalistes révolutionnaires, quitte le PSI.

Malgré ce départ, le PSI se radicalise, amené par Mussolini et surtout la Fédération des jeunes socialistes, où l’on remarque Bordiga. Ces jeunes intransigeants veulent nettoyer le Parti de l’influence des francs-maçons. Ces derniers sont expulsés en avril 1914. Lorsque la guerre éclate, le PSI a une stricte attitude “anti-guerre”. Mais en 1915, l’Italie entre dans la danse macabre aux côtés de l’Entente.

Fin 1918, Bordiga dirige le journal Il Soviet, qui remplace Il socialista. On peut noter qu’à cette époque il existe une certaine convergence entre des groupes de la gauche marxiste, et Il Soviet s’en fait l’écho. On trouve dans ce journal des articles de Lukacs, Gorter, S. Pankhurst, Pannekoek, etc.

Leader de la tendance “abstentionniste” du PSI, Bordiga est membre de l’Exécutif de l’Internationale et chef du Parti communiste italien, après le congrès de Livourne (1921). Mais pendant qu’il est en prison, le parti lui échappe et il est battu, au congrès de Lyon (janvier 1926) par le groupe Gramsci-Togliatti. Arrêté au retour du VI° plénum de l’Exécutif élargi de l’IC, il est exclu du PCI pour “fractionnisme” : « On pratique, ces temps derniers, dans les partis, un sport qui consiste à frapper, intervenir, briser, servir, et dans ce cas, ce sont souvent de très bons révolutionnaires qui sont frappés. Il faut que les sanctions soient exceptionnelles et non une règle, un sport, un idéal pour les dirigeants du parti ... Y a-t-il un exemple historique prouvant qu’un camarade ait formé une fraction pour s’amuser ... L’histoire des fractions c’est l’histoire de Lénine ». Il meurt sans avoir vraiment repris d’activité militante même si il collaborera très largement à la presse du PCInt reconstitué depuis 1943.

« C’est sans Bordiga et en dehors d’Italie - où les lois “fascistissimes” empêchaient toute activité politique organisée - que la Gauche communiste italienne va se perpétuer (...) le groupe d’ouvriers italiens immigré en France et en Belgique, après 1926, “sans patrie ni frontières” est vraiment internationaliste. Elle sera présente (...) aux USA, (...) aura pendant quelques années des militants en Russie et des contacts au Mexique (...) Dans une période historique qui fut particulièrement terrible pour les petits groupes révolutionnaires, (...) elle refusa de soutenir la “démocratie” contre le “fascisme”, elle rejeta la “défense de l’URSS” et (...) préconisa inlassablement, comme Lénine en 1914, le “défaitisme révolutionnaire contre tous les camps militaires (...) Au massacre d’ouvriers dans la guerre, elle opposa leur fraternisation par delà les frontières (...) Pour elle, l’expérience russe ne devait pas être sanctifiée mais passée au fil de la critique la plus vigoureuse. Le marxisme n’était ni une bible ni une somme de recettes (...) C’est certainement ce “bilan” critique du passé qui lui permit de survivre à la Seconde Guerre Mondiale et de se perpétuer comme courant jusqu’à aujourd’hui... » (Extraits de l’introduction à la Gauche communiste d’Italie, pp. 3-5)


Bibliographie indicative :

— BOURINNET Philippe, Le courant "bordiguiste" (1919-1999) - Italie, France, Belgique ;

— CAMATTE Jacques, Bordiga et la passion du communisme, Spartacus, 1974 (textes et repères biographiques, surtout pp. 198-225) ;

— CCI, La Gauche communiste d’Italie, 1991 ;