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BILAN 23d : Thèses de Rome - Préface de 1928 et première partie
Septembre - Octobre 1935 / pp. 780 - 785
[10 septembre 2008] : par eric

Avertissement :

Une traduction française alternative à celle de Bilan a été publiée aux éditions programme communiste en 1979, dans le recueil de textes du parti communiste international n°7.

Le lecteur peut lire l’intégralité de ces Thèses de Rome dans un document qui reprend cette traduction. Cette première partie couvre le préambule et les sections I à IV jusqu’au point 23 inclus.

Par ailleurs, Bilan précède sa republication des Thèses d’une préface rédigée par la fraction de gauche du Parti en 1928, reproduite ci-dessous.


Préface de 1928

Tâche bien difficile que celle de préciser l’importance des Thèses de Rome pour le mouvement révolutionnaire. L’atmosphère politique et les contingences de la lute des classes en Italie et dans le monde, - au cours desquelles elles furent rédigées - ne peut servir, en ce cas aussi, que un élément d’appréciation et point comme un élément définitif.

La situation italienne était déjà préjugée - quant à ses développements révolutionnaires directs et immédiats - par la trahison du parti socialiste. L’autre alternative que l’histoire pose à la classe ouvrière allait en se réalisant au travers du déchaînement de l’offensive capitaliste qui manoeuvrait les patrouilles de choc de la terreur fasciste, terreur qui pouvait semer la ruine des organisations, des édifices et des vies prolétariennes, car elle était garantie par la propagande des social-démocrates et des maximalistes appelant les ouvriers à déposer les armes. Mais si sous la rafale fasciste - protégée par la trahison socialiste - tout semblait s’écrouler, en réalité, ce n’était pas le tout qui tombait. Les contrastes de classes insupprimables, la volonté insupprimable de millions d’ouvriers de se délivrer de l’esclavage, trouvaient leur réponse adéquate dans la constitution du parti communiste. Et le parti, qui avait été fondé en janvier 1921, tenait - l’année suivante - son second congrès, où la base de la discussion n’était représentée que par l’expérience d’une année de sa vie au cours de laquelle avaient été forgées les indestructibles énergies révolutionnaires et communistes, avaient été préparées les thèses qui sont republiées aujourd’hui. Sur l’expérience du travail du parti et sur ces thèses se dresse la figure gigantesque du chef de la révolution communiste en Italie, Amadeo Bordiga.

Ces thèses concluent l’effort d’un groupe qui, pendant plus d’une décade, avait combattu pour les mêmes thèses fondamentales qui devaient bouleverser l’empire russe et fonder la République des Soviets ; d’un groupe qui avait combattu pour fonder en Italie la Section de l’I.C. et qui considérait devoir continuer dans cette activité, non par la méthode qui prévalut ensuite - et qui nous porte aujourd’hui à la débâcle - de combiner les galimatias des unanimité de la confusion obtenue dans les coulisses où la tromperie et la corruption devinrent la règle -, mais par la méthode opposée qui consiste à traduire les expériences sanglantes des luttes prolétariennes en des positions politiques pour lesquelles on se battra, même si elles s’opposent avec l’orientation politique prévalante, même si cette lutte doit coûter l’abandon des postes de direction.

Et les thèses de Rome ont été l’objet de multiples dérisions. Traducteurs et charlatans qui ont infesté le mouvement révolutionnaire, ont en vain essayé de mettre les plus grands révolutionnaires contre ces thèses. En vain, car les événements survenus ont prouvé que les éléments fondamentaux de ce document sont ceux que la réalité de la lutte de classe a confirmés.

Plus de six années après, en une situation qui a vu le renforcement temporaire de la réaction fasciste et aui a réduit à l’illégalité tout le mouvement prolétarien en Italie, tandis que, sur le fond des défaites allemande, anglaise et chinoise, apparaissent les lueurs crépusculaires de la Russie des Soviets, d’aucuns qui approuvèrent les Thèses de Rome ont abandonné la gauche, ont renié les thèses pour lesquelles - à contre coeur et par une voie tortueuse - ils avaient combattu à nos côtés pour fonder le parti. Et ce sont justement ces éléments recouverts jusqu’à la gorge de responsabilités dans les défaites prolétariennes, qui voudraient profiter de la gravité de la situation italienne pour anéantir l’effort que ce prolétariat sut faire pour construire son parti de classe.

Mais la milice fasciste, le gouvernement, la terreur, la trahison socialiste, le triomphe de l’opportunisme centriste ne feront que retarder, jamais ils ne supprimeront le cours de la lutte libératrice du prolétariat. Celui-ci aura besoin, pour sa bataille de demain, d’armées de fer et pour préparer ces armées dès aujourd’hui - il a besoin d’une théorie de fer.

Les Thèses de Rome sont une partie intégrante de cette théorie et - la fraction de gauche republie celles-ci, quelle peut revendiquer aujourd’hui avec d’autant plus de vigueur que se sont séparés d’elle les opportunistes qui, par opportunisme, les avaient approuvées en 1922.