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1919 : La Morgue
Infâme poème d’Artur Zickler publié par l’organe central du SPD
[23 septembre 2008] : par eric

Point d’orgue d’une campagne de calomnies et d’appels au meurtre des dirigeants spartakistes orchestrée par la contre-révolution militaire, relayée et finalement chapeautée par le parti social-démocrate allemand avec à sa tête les Ebert, Scheideman ou Noske, le Vorwärts, organe central du SPD publie le 13 janvier 1919, deux jours seulement avant l’assassinat de Karl Liebknecht et de Rosa Luxemburg le très douteux « poème » qui suit.

Le scribouillard de service, Artur Zickler, non content de faire porter sur le Spartakusbund la responsabilité des ouvriers assassinés par la soldatesque aux ordres du commandement militaire de Groener et Noske, reproche fielleusement à Liebknecht, Luxemburg et Karl Radek de ne pas figurer au nombre des victimes. Autant dire, un sérieux encouragement au capitaine Pabst et à la Division de la Garde à cheval pour en finir au plus tôt ! La publication de ce poème est sans doute la tache symbolique la plus indélébile parmi celles, innombrables, dont s’est couverte la social-démocratie allemande en ces heures décisives pour le destin de la révolution.

E.S.


La Morgue

Sur un seul rang des centaines de morts
Prolétaires !

Le fer, la poudre et le plomb n’ont pas demandé
qui est à droite, à gauche, ou qui est spartakiste
Prolétaires !

Qui a fait descendre la violence dans la rue
Prolétaires ?

Qui s’est saisi le premier des armes,
Qui a brûlé d’en faire l’épreuve ?
Spartacus !

Sur un seul rang des centaines de morts
Prolétaires !

Karl, Rosa, Radek et consorts,
Pas un, pas un parmi les morts

Sur un seul rang des centaines de morts
Prolétaires !

Artur Zickler


L’auteur de ces lignes a cru bon, quelques jours plus tard, de faire paraître dans le même journal la déclaration suivante, où l’impudence des propos le dispute à la veulerie : « Aujourd’hui, je regrette d’avoir écrit ce poème. Tout d’abord Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg n’étaient pas lâches, au contraire ils ont fait preuve de courage ; deuxièmement, ce ne sont pas eux qui ont décidé cette insurrection téméraire, au contraire ils ont cherché à la freiner. Les responsables étaient d’autres gens. [...] Aujourd’hui, naturellement, ces messieurs de la Rote Fahne (eux qui connaissent mon horreur des procès) m’accusent d’avoir incité au meurtre de Liebknecht et de Mme Luxemburg.[...] Quel reproche à faire à un socialiste, ardent admirateur de ces deux héros et qui lui-même, dans ces tristes temps, a subi de lourdes épreuves ! »


Source :

— NETTL John Peter, La vie et l’oeuvre de Rosa Luxemburg, t. 2, Paris, Bibliothèque Socialiste Maspero, n°22, 1972, traduit par Irène Petit et Marianne Rachline, pp. 749-750 ;


Crédit iconographique :

— Käthe Kollwitz, Memorial for Karl Liebknecht, 1919, Charcoal with collaged corrections on Ingres Bütten paper, 18 7/8” x 24 7/8”(48 x 63.3 cm), Private collection, Inventaire de la Galerie Saint Etienne (New York) ;