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1918-10-18 : Rosa Luxemburg à Sophie Liebknecht
Impatience dans l’attente d’une libération
[23 novembre 2008] : par eric

Breslau, le 18 octobre 1918.

Ma Sonitchka chérie,

Je vous ai écrit avant-hier. Jusqu’à présent, je n’ai pas de réponse à mon télégramme au chancelier du Reich [1], ça peut durer encore quelques jours. Mais en tout cas une chose est sûre : je suis dans une telle disposition d’esprit que recevoir la visite de mes amis sous surveillance est devenu pour moi impossible. J’ai tout supporté des années durant avec grande patience et, dans d’autres circonstances, je serais restée tout aussi patiente des années encore. Mais, maintenant que s’est produit un changement général de situation, dans ma psychologie aussi il y a eu une fêlure. Les entretiens sous surveillance, l’impossibilité de parler de ce qui m’intéresse vraiment me pèsent déjà tant que je préfère renoncer à quelque visite que ce soit, jusqu’à ce que nous puissions nous revoir en individus libres.

Cela ne peut plus durer longtemps, pas vrai ? Si Dittmann et Kurt Eisner [2] sont libérés, ils ne pourront me garder plus longtemps en prison et Karl lui aussi sera bientôt libre. li vaut donc mieux attendre de nous revoir à Berlin.

D’ici là mille amitiés.

Toujours votre Rosa.


Source :

— LUXEMBURG Rosa, J’étais, je suis, je serai ! Correspondance 1914-1919, Textes réunis, traduits et annotés sous la direction de Georges Haupt par Gilbert Badia, Irène Petit, Claudie Weill, Paris, Éditions François Maspero, Bibliothèque Socialiste n°34, Paris, 1977, p. 356 ;

[1] Il s’agit du prince Max de Bade (1867-1929) qui avait formé début octobre un gouvernement de coalition où participaient pour la première fois des sociaux démocrates majoritaires.

[2] Wilhelm Dittmann (1874-1954) et Kurt Eisner (1867-1919) avaient été arrêtés après les grèves de janvier 1918. Ils furent tous deux libérés en octobre 1918.