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1918-12-xx : Rosa Luxemburg à Adolf Warski
Position du parti polonais vis à vis de la politique des bolcheviks ( Extraits )
[10 décembre 2008] : par eric
Avertissement : Comme l’indique la première note, cette lettre ne nous est connue que par la brochure de Warski, parue en 1922, à un moment où la direction polonaise a été largement intégrée (et ce depuis 1918) dans la direction du parti bolchevik et où il faut faire pièce à la dissidence de Paul Levi. L’auteur lui-même indique que la lettre lui serait parvenue par voie indirecte. Il convient donc d’apprécier ce document avec une certaine réserve. L’édition allemande des lettres de Rosa Luxemburg, pourtant éditée par le SED et donc peu suspecte d’anti-léninisme, n’a répertorié cette lettre que dans le volume de complément. Notons toutefois que sur le fond, la critique de RL, qui renvoie à ses notes sur la Révolution russe, n’est pas invalidée par ce courrier. (Note : ES).

À Adolf Warski

[Fin novembre-début décembre 1918 [1]]

[...] Si notre parti [2] est plein d’enthousiasme pour le bolchevisme et qu’il a pris en même temps position contre la paix de Brest que les bolcheviks ont signée et contre leur campagne sur le mot d’ordre d’« autodétermination des peuples », alors cet enthousiasme s’allie à un esprit critique - et que pouvonsnous souhaiter de plus ?

J’ai partagé toutes tes réserves et tes scrupules, mais je les ai abandonnés sur les points les plus importants, et sur bien des points je ne suis pas allée aussi loin que toi. Certes, le terrorisme est la preuve d’une grande faiblesse, mais il est dirigé contre les ennemis intérieurs qui fondent leurs espérances sur l’existence d’un capitalisme en dehors de la Russie et dont ils reçoivent soutien et encouragement. Que la révolution européenne éclate, et les contre-révolutionnaires russes perdront non seulement ce soutien mais également - et c’est plus grave - tout leur courage. La terreur bolchevique est donc avant tout l’expression de la faiblesse du prolétariat européen. C’est un fait que la nouvelle situation agraire qui vient d’être créée est le point faible de la révolution russe, et c’est là que le bât blesse. Et il s’avère encore une fois que la plus grande révolution ne peut guère accomplir que ce qui a déjà atteint son point de maturité. Seule la révolution européenne pourra remédier à ce point faible. Et elle arrive ! [...]


Sources :

— WARKSI Adolf, Rosa Luxemburgs Stellung zu den taktischen Problemen der Revolution, Hamburg, 1922, p.6-7 ;

— LUXEMBURG Rosa, J’étais, je suis, je serai ! Correspondance 1914-1919, Textes réunis, traduits et annotés sous la direction de Georges Haupt par Gilbert Badia, Irène Petit, Claudie Weill, Paris, Éditions François Maspero, Bibliothèque Socialiste n°34, Paris, 1977, p. 366 ;

[1] C’est Adolf Warski qui indique cette date. Dans sa brochure (Cf. Sources), Warski indique qu’un soldat allemand lui avait apporté ce billet de RL en réponse à ses interrogations sur l’attitude que devait adopter le parti polonais sur les problèmes soulevés par la révolution russe. Cf. NETTL, pp. 695-697.

[2] La SDKPiL. Ce billet était une réponse aux informations que Warski lui avait communiquées sur l’activité du parti.